2021-25. Vie et culte de Saint Georges le mégalomartyr.

23 avril,
Fête de Saint Georges, mégalomartyr.

Vous savez, chers Amis, en quelle vénération nous tenons Saint Georges en notre Mesnil-Marie : le Maître-Chat Lully vous en avait d’ailleurs parlé à plusieurs reprises (par exemple > ici, et > ici).
Cette année, à l’occasion de sa fête, nous avons résolu de publier l’intégralité de la notice que lui consacre le Rd Père François Giry dans sa volumineuse « Vie des Saints ».
Nous y ajoutons quelques précisions sous forme de notes explicatives qui nous paraissent utiles pour le lecteur d’aujourd’hui.

Pierre-Paul Rubens - Saint Georges

Pierre-Paul Rubens : Saint Georges
(musée du Prado – Madrid)

« Le cardinal Baronius (note 1) a recherché très-exactement, et recueilli avec une sévère critique, toutes les histoires de saint Georges qui se trouvent dans les plus anciennes bibliothèques ; nous donnons sans aucune difficulté au public ce qu’un si grave auteur nous en a laissé par écrit ; en voici la substance.

Saint Georges naquit en Cappadoce, de parents riches et d’une illustre noblesse ; ils eurent soin de le faire instruire, dès son enfance, en la religion chrétienne. Il ne fut pas plus tôt en âge, qu’il alla à la guerre ; et comme il y était fort adroit, il parvint, en peu de temps, à la charge de tribun, ou de mestre-de-camp dans l’armée de l’empereur ; Dioclétien en fit une estime particulière, à cause de ses belles qualités, et, ne sachant pas qu’il fût chrétien, il se proposait déjà de se servir de lui dans ses plus grandes entreprises. Mais cet empereur, ayant résolu de persécuter l’Eglise et d’abolir entièrement la foi de Jésus-Christ, fit part de son intention à son conseil. Chacun l’approuva avec de grands applaudissements, excepté Georges qui s’y opposa fortement, comme à un dessein injuste et contraire au service du vrai Dieu, qu’il aimait de tout son cœur, et pour la gloire duquel il était prêt à perdre la vie. L’empereur et toute l’assistance reconnurent bien, aux paroles de ce capitaine, qu’il était chrétien : on tâcha de le détourner de sa résolution, lui représentant les bienfaits qu’il avait reçus de son prince, les avantages qu’il en pouvait espérer, et les maux où sa haine et sa disgrâce l’allaient précipiter.

Georges ne fut point ébranlé par ce raisonnement, mais, s’adressant à Dioclétien, il lui dit qu’il ferait mieux de reconnaître le vrai Dieu et de lui rendre le culte qui lui est dû, que de persécuter ses serviteurs ; parce que c’était de lui seul qu’il tenait le sceptre, et non pas de ses idoles. Il n’est pas possible de dire qu’elle fut la rage de l’empereur. Il le fit prendre et jeter en prison ; on le chargea de chaînes, on l’étendit sur le pavé, et on roula sur son corps une grosse pierre, comme pour le moudre ou pour l’écraser. Le lendemain, il fut encore présenté à Dioclétien ; mais ce prince n’ayant rien pu gagner sur la constance de cet illustre Martyr, le fit mettre dans une roue armée de tous côtés de pointes d’acier, afin de le déchirer en mille pièces : durant ce supplice, il fut consolé par une voix du ciel qui s’adressait à lui, et lui disait : Georges, ne crains rien, car je suis avec toi. Il le fut aussi par l’apparition d’un homme, plus brillant que le soleil, et vêtu d’une robe blanche, qui lui tendit la main pour l’embrasser et l’encourager dans ses peines. Aussi les nouveaux tourments qu’on lui fit souffrir renouvelèrent sa patience : ce qui donna un merveilleux contentement aux chrétiens, et une extrême confusion à leurs ennemis. Quelques uns néanmoins se convertirent ; Potoleus, entre autres, et Anatolius, tous deux préteurs, qui perdirent la vie pour Jésus-Christ.

L’empereur, voyant la constance de Georges à l’épreuve de ses supplices, employa la douceur pour tâcher de l’ébranler. Mais ce généreux Confesseur de la vérité ne voulant plus répondre par des paroles, mais par des effets, lui demanda d’aller au temple, pour y voir les dieux qu’il adorait. Dioclétien, croyant que Georges rentrait enfin en lui-même et allait céder, fit assembler le sénat et le peuple, afin qu’ils fussent présents au célèbre sacrifice que Georges devait offrir. Tout le monde ayant les yeux sur lui pour voir ce qu’il ferait, il s’approcha de l’idole d’Appolon ; puis étendant la main, et faisant le signe de la croix : Veux-tu, lui dit-il, que je te fasse des sacrifices comme à Dieu ? Le démon, qui était dans la statue, répondit : Je ne suis pas Dieu, et il n’est point d’autre Dieu que celui que tu prêches. A l’heure même, on entendit des voix lugubres et horribles, qui sortaient de la bouche de ces idoles, et elles tombèrent enfin toutes par terre réduites en pièces et en poussière. Les prêtres de ce temple exhortèrent le peuple à mettre la main sur le saint Martyr, disant à l’empereur qu’il fallait se défaire de ce magicien, et lui trancher la tête, pour empêcher que le mal n’augmentât davantage. Il fut donc mené au lieu du supplice, où, après avoir fait son oraison, il tendit le col au bourreau, et mourut en Notre-Seigneur le 23 avril de l’an 303.

On assigne divers théâtres à son martyre : les uns disent que ce fut à Diospolis (note 2) ; d’autres à Mitilène, en Arménie ; mais l’opinion la plus probable est que ce fut à Nicomédie ; et que de là son corps fut porté, par un de ses serviteurs, à Diospolis en Palestine, où il a reposé longtemps dans un temple fort auguste qu’on lui fit bâtir.

Ce Martyr a toujours été très-célèbre, par toutes les Eglises de l’Orient et de l’Occident : les Grecs l’appellent par excellence le grand Martyr (note 3). On dit que saint Germain, évêque de Paris, revenant du pèlerinage de Jérusalem, en apporta le bras, qui lui fut donné par l’empereur Justinien, comme un précieux trésor, et qu’il le mit en l’église de Saint-Vincent, nommée aujourd’hui Saint-Germain-des-Prés ; et que l’autre de ses bras a depuis été apporté à Cologne, comme il est écrit aux actes de saint Annon, qui en était archevêque. Cela n’empêche pas la tradition des religieux du monastère d’Anchin, près d’Hédin, qui prétendent avoir un des bras de saint Georges : car, comme il y a deux ossements principaux en chaque bras, quatre églises différentes peuvent posséder les bras d’un même Saint. On gardait autrefois son chef à Rome, dans une église qui porte son nom (note 4), où le pape Zacharie le déposa en l’année 751, après l’avoir trouvé, avec son témoignage, dans le lieu patriarcal. Mais en l’année 1600, il fut donné par le pape Clément VIII aux habitants de Ferrare. Les Vénitiens, néanmoins, prétendent le posséder et l’avoir reçu des habitants de l’île d’Engia, en l’année 1462. Mais ces deux choses ne sont pas incompatibles, puisqu’il arrive souvent que le chef d’un Saint est divisé en deux parties ; à chacune desquelles on donne le nom de chef. Saint Grégoire, pape, fit rebâtir dans la ville une église de ce saint Martyr, et saint Grégoire, évêque de Tours, parle de ses reliques aux Livres des miracles, ou la gloire des Martyrs.

Les rois, dans leurs armées, le prennent pour leur patron, et l’Eglise romaine a coutume d’invoquer saint Georges, saint Sébastien et saint Maurice, comme les principaux protecteurs de l’Eglise contre ses ennemis ; parce qu’ayant été vaillants et généreux pour le service de leurs princes temporels, ils ne sont pas moins zélés pour la gloire de l’Epouse mystique du Fils de Dieu.

On représente ordinairement saint Georges en cavalier, qui attaque un dragon pour la défense d’une fille qui implore son secours ; mais c’est plutôt un symbole qu’une histoire, pour dire que cet illustre Martyr a purgé sa province, représentée par cette fille, de l’idolâtrie, figurée par ce dragon sorti des enfers.
Tous les Martyrologes font mémoire de saint Georges au 23 avril, que l’on croit avoir été le jour de son martyre ».

palmes

Notes :

Note 1 - Baronius : Cesare Baronio (1538-1607), couramment appelé selon la forme latinisé « Baronius » dans les ouvrages ecclésiastiques, est un disciple de Saint Philippe Néri, historien ecclésiastique de renom, nommé bibliothécaire de la Bibliothèque apostolique vaticane et créé cardinal, il a réalisé un très important travail de vérification des anciens traditions et documents.
Note 2 - Diospolis : Aujourd’hui Lod, dans l’Etat d’Israël, et précédemment appelé Lydda (d’où le nom de Saint Georges de Lydda souvent donné à notre Grand Martyr), cette cité qui existait à l’âge du bronze et se trouve aussi mentionnée dans le Nouveau Testament (Saint Pierre y accomplit une guérison miraculeuse – cf. Act. IX 32-38). L’église Saint-Georges de Lod conserve toujours, dans sa crypte, le tombeau de Saint Georges.
Note 3 - Grand Martyr : c’est le sens du nom « mégalomartyr », titre que l’usage et la tradition des Eglises d’Orient accordent à 12 saints et 6 saintes martyrs répondant aux quatre critères suivants : 1) l’ancienneté (ils sont antérieurs à 313) ; 2) la popularité ; 3) la laïcité (les évêques et prêtres martyrs sont appelés « hiéromartyrs ») ; et 4) le fait de ne pas être « protomartyr » (premier martyr).
Note 4 - Eglise Saint Georges au Vélabre (Sancti Georgii ad velum aureum), à Rome : construite en 685 sous le vocable de Saint-Sébastien, elle a pris celui de Saint-Georges lorsque, en 751, comme dit dans le texte du Rd. Père Giry, le pape Zacharie y déposa plusieurs reliques du mégalomartyr 

Saint Georges - abbaye de Weltenburg - Bavière

Saint Georges : groupe sculpté en retrait du maître-autel de l’abbaye de Weltenburg (Bavière)

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3 Commentaires Commenter.

  1. le 28 avril 2021 à 8 h 51 min Xavier de Reims écrit:

    Merci à vous, cher frère, pour ce très bel article sur Saint Georges !
    Bien à vous.

  2. le 24 avril 2021 à 15 h 54 min Jean P. écrit:

    Un bonjour au Frère Maximilien-Marie depuis la chapelle Saint-Georges du Séminaire du Puy.
    Amicales pensées à vous.
    Jean

  3. le 22 avril 2021 à 15 h 57 min Béa Kimcat écrit:

    Merci pour ce bel article sur l’Histoire de Saint Georges…
    Qui m’a beaucoup intéressée. Mon mari défunt se prénommait Georges.
    Bonne fin de semaine Frère Maximilien-Marie.

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