2020-78. Du jeûne des Apôtres appelé aussi carême des Saints Apôtres.

16 juin,
Fête de Saint Jean-François Régis (cf. > ici et > ici).

icône de l'envoi des apôtres

Icône grecque représentant la Vigne Sainte :
le Christ est le Cep et les Saints Apôtres sont les sarments (cf. Jean XV, 5)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Ainsi que vous aviez pu le lire dans les pages de ce blogue (cf. > ici), le cinquième des sept carêmes que nous pratiquons au Mesnil-Marie, est le Carême des Saints Apôtres, dont je voudrais vous entretenir quelque peu à la veille de le commencer.

Durée de ce carême :

Comme dans les Églises d’Orient (catholiques ou orthodoxes), la tradition monastique occidentale conserve plusieurs périodes de jeûne et d’abstinence, appelés « carêmes », même s’ils ne sont pas toujours des « quarantaines » (ce qui est le sens originel du mot « carême »).
Nos carêmes de Pâques et de Noël sont de vraies quarantaines, le carême de la Dormition de la Mère de Dieu (cf. > ici) de même que celui de la Sainte Croix et de la Mère des Douleurs ne durent que quinze jours chacun, ceux de l’Epiphanie et de la Pentecôte ne s’étendent que sur neuf jours.
Chez la plupart des chrétiens d’Orient – qui suivent le calendrier byzantin -, le carême des Saints Apôtres commence le lundi qui suit la fête de tous les saints, laquelle est célébrée au premier dimanche après la Pentecôte, et il va jusqu’à la fête des saints apôtres Pierre et Paul. C
omme il suit le premier dimanche après la Pentecôte et dépend donc de la date de Pâques, ce carême est de longueur variable, pouvant s’étendre, selon les années, tantôt sur plusieurs semaines tantôt sur quelques jours seulement.
Au Mesnil-Marie, il est célébré à date fixe, et commence toujours le 17 juin (plus exactement le 16 après les complies) pour s’achever à la fin de la vigile des Saints Pierre et Paul : il dure donc exactement 
douze jours,  un nombre à forte portée symbolique.

Parmi les jours de ce carême, il y en a un où l’abstinence stricte est levée : la fête de la Nativité de Saint Jean-Baptiste, le 24 juin, fête de première classe pour laquelle le poisson est alors autorisé.
Certaines années, lorsque la date de Pâques est tardive, on peut aussi avoir la fête du Sacré-Cœur de Jésus qui arrive pendant ce carême : quand cela se produit, le poisson est aussi autorisé le jour de cette fête de première classe.

Pourquoi ce jeûne ?

Le pape Saint Léon Ier le grand témoigne, dans un sermon prononcé pour la Pentecôte qui porte le numéro LXXVIII, que ce jeûne consécutif à la Pentecôte, a aussi existé dans l’Eglise latine.
Saint Léon en fait remonter l’institution aux Apôtres eux-mêmes, et il en développe le sens :

« La fête d’aujourd’hui, bien-aimée, consacrée par la descente du Saint-Esprit, est suivie, comme vous le savez, d’un jeûne solennel, lequel, étant une institution salutaire pour la guérison de l’âme et du corps, nous devons respecter avec une dévotion fervente.
Car lorsque les apôtres ont été remplis de la puissance promise et que l’Esprit de vérité est entré dans leurs cœurs, nous ne doutons pas que parmi les autres mystères de la doctrine céleste, cette discipline de la retenue spirituelle ait été établie pour la première fois à la demande du Paraclet, afin que les esprits sanctifiés par le jeûne soient plus aptes à recevoir le Chrême. 
Les disciples du Christ bénéficiaient de la protection du Tout-Puissant et les chefs de l’Église naissante étaient gardés par toute la divinité du Père et du Fils par la présence du Saint-Esprit. Mais contre les menaces d’attaques des persécuteurs, contre les cris terrifiants des impies, ils ne pouvaient pas se battre avec une force corporelle ou une chair dorlotée, car ce qui ravit l’extérieur fait davantage de mal à l’homme intérieur, et plus la substance charnelle est gardée dans la sujétion, plus l’âme raisonnable est purifiée.
Et donc ces enseignants, qui ont instruit tous les fils de l’Église par leurs exemples et leurs traditions, ont commencé les rudiments de la guerre chrétienne avec des jeûnes saints. Devant lutter contre les méchancetés spirituelles, ils pourraient revêtir l’armure de l’abstinence pour tuer les incitations au vice. 
Car les ennemis invisibles et les ennemis incorporels n’auront aucune force contre nous, si nous ne sommes empêtrés dans aucune convoitise de la chair. Le désir de nous blesser est en effet toujours actif chez le tentateur, mais il sera désarmé et impuissant, s’il ne trouve en nous aucun point par lequel il puisse nous attaquer (…).

Par conséquent, après les jours de sainte joie que nous avons consacrés à l’honneur du Seigneur ressuscité des morts puis montant au ciel, et après avoir reçu le don du Saint-Esprit, un jeûne est ordonné comme une pratique saine et nécessaire, de sorte que, si par hasard par négligence ou désordre, même au milieu des joies de la fête, une licence indue a éclaté, elle puisse être corrigée par le remède de la stricte abstinence, qui doit être accomplie avec le plus grand scrupule, afin que demeure en nous ce qui a été divinement accordé en ce jour à l’Église demeure.
Pour avoir été faits temples du Saint-Esprit, et avoir plus que jamais été irrigués avec une plus grande abondance par le flux divin, nous ne devons être vaincus par aucune convoitise ni tenus en possession par aucun vice, afin que l’habitation de la puissance divine puisse être imprimée sans souillure.
Et cela, assurément, il est possible à tous de l’obtenir, Dieu nous aidant et nous guidant, si par la purification du jeûne et par la libéralité miséricordieuse, nous nous efforçons d’être libérés de la saleté des péchés et d’être riches en fruits d’amour (…) ». 

Un sens plus aiguisé de l’apostolicité de l’Église et un amour plus fervent des Saints Apôtres :

Les auteurs spirituels des siècles suivants, ont encore développé le sens de ce carême des Saints Apôtres : après la Pentecôte, ils se sont dispersés, s’en allant dans toutes les contrées du monde ainsi que Notre-Seigneur leur en avait donné le commandement, afin d’enseigner, de faire des disciples, de convertir les peuples, de baptiser,  et d’établir partout la Sainte Eglise du Christ, si bien que toutes les Eglises particulières sur toute la surface de cette terre peuvent être rattachées à la succession apostolique comme en une sorte de généalogie spirituelle.
Avec ce jeûne donc, les fidèles expriment aux Apôtres leur reconnaissance pour leurs labeurs apostoliques, pour les persécutions qu’ils ont éprouvées durant leur mission, et ils demandent à ces glorieux Apôtres de leur obtenir toujours plus et de leur conserver le « sensus Ecclesiae – le sens de l’Église ».
La vie chrétienne est en effet une vie « ecclésiale » (même pour les ermites et les solitaires) ; la vie chrétienne se vit en un corps, le Corps mystique du Christ, ainsi que l’a enseigné Saint Paul dans plusieurs épîtres :

« Car, comme dans un seul corps nous avons beaucoup de membres et que tous les membres n’ont point la même fonction, ainsi, quoique beaucoup, nous sommes un seul corps en Jésus-Christ, étant tous en particulier les membres les uns des autres » (Rom. XII, 4-5).

« Car comme le corps est un, quoique ayant beaucoup de membres, et que tous les membres du corps, quoique nombreux, ne soient cependant qu’un seul corps, ainsi est le Christ. Car nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit pour former un seul corps, soit Juifs soit Grecs, soit esclaves soit (hommes) libres, et tous nous avons été abreuvés d’un seul Esprit » (1 Cor. XII, 12-13).

« Or vous êtes le corps du Christ, et les membres d’un membre » (1 Cor. XII, 27).

« Moi qui maintenant me réjouis dans mes souffrances pour vous, et accomplis dans ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ, pour son corps qui est l’Église » (Col I, 24).

Entrant dans le temps après la Pentecôte (le plus long de tous les temps liturgiques au cours duquel la Sainte Eglise nous demande d’approfondir toujours davantage l’esprit de l’Evangile afin d’en mieux vivre et rayonner), nous le faisons en plaçant nos pas dans ceux des Apôtres et des premiers disciples de Notre-Seigneur Jésus-Christ, implorant d’être fortifiés dans une très ferme volonté de nous montrer nous-mêmes des disciples dignes de ce nom, véritables « membres » du corps de l’Église fondée sur les Saints Apôtres, en particulier les Saints Apôtres Pierre et Paul, colonnes de l’Eglise que nous allons fêter le 29 juin, et auxquels nous demandons la grâce de les suivre et de les imiter avec plus d’exactitude et de ferveur.
La grâce d’une dévotion plus vive aux Saints Apôtres a en effet pour corollaire un ancrage plus solide dans la Sainte Tradition, et elle porte les fruits d’une plus grande vitalité spirituelle et d’une meilleure capacité à témoigner et transmettre la foi authentique, dans la stricte et absolue fidélité à l’enseignement reçu des Apôtres.

Article connexe :
Apostolicité et Tradition > ici

icône de la mission des Apôtres

La mission des Apôtres
icône russe attribuée à Fédor Zubov (1615-1689) :
conservée au musée de Yaroslavl, cette icône de très grandes dimensions (146,5 x 174,5)
est une composition complexe illustrant la croissance du Corps mystique du Christ, par la représentation de Sa Sainte Humanité qui est en quelque sorte prolongée, dans une espèce de rayonnement, par l’appel, la mission apostolique et le martyre des Saints Apôtres.

Vous pouvez laisser une réponse.

3 Commentaires Commenter.

  1. le 17 juin 2020 à 17 h 30 min Béa kimcat écrit:

    Les icônes sont superbes…
    Belle soirée frère Maximilien-Marie

  2. le 16 juin 2020 à 18 h 12 min Métropolite Mor Philipose écrit:

    Nous serons donc au moins en communion de dates puisque pour nous aussi, de Tradition Syro-Orthodoxe (Malankare) qui suivons comme vous le calendrier Grégorien, le Carême des Saints Apôtres commence en soirée du 16 juin à partir de la Vigile du 17 pour s’achever à la fin de celle des Saints Pierre et Paul.
    Je rends grâce à Dieu de savoir qu’au moins en un lieu de l’Eglise Latine, et qui plus est un oasis de fidélité, cette période sera vécue pour que d’aucun prennent conscience et vivent toujours plus profondément de cette Tradition Apostolique sans laquelle l’humanité serait bien malheureuse…
    De ce fait, je me suis permis de partager votre « post » sur Facebook en divers groupes qui, parfois pollués par diverses eaux saumâtres, trouverons dans votre blog quelques très opportuns « antipoisons » .
    En union de prières, votre respectueusement et fraternellement dans le Christ, notre Seigneur et Roi. Aloho m’barekh (Dieu vous bénisse)!
    +Métropolite Mor Philipose.

  3. le 16 juin 2020 à 13 h 13 min Abbé Jean-Louis D. écrit:

    Très intéressant pour des connaissances complètement disparues aujourd’hui.
    Merci, cher frère.

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