2020-64. Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes, en ayant pour critère de discernement la vie éternelle, l’imitation de Notre-Seigneur Jésus-Christ et, en conséquence, notre conversion profonde…

C’est seulement aujourd’hui, donc un peu plus de dix ans après qu’elle a été prononcée, que je viens de découvrir cette très remarquable homélie de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI.
Elle a été prononcée le 15 avril 2010 dans la Chapelle Pauline à l’occasion d’une Messe célébrée en présence des membres de la Commission Pontificale Biblique.

Le Saint-Père Benoît XVI commence par dire qu’il n’a pas eu « le temps de préparer une véritable homélie » : bienheureuse « improvisation » si j’ose dire (car si le texte n’avait pas été écrit à l’avance, on sent néanmoins tout de suite que le Souverain Pontife maîtrisait parfaitement un sujet que sa propre méditation et sa réflexion théologique, nourries des textes sacrés et des enseignements de la Tradition, lui ont permis de parfaitement approfondir).
Ce texte, commentant les textes de la Sainte Ecriture lus ce jour-là à la Messe, est un véritable trésor et, en ce mois de mai 2020, il n’a non seulement rien perdu de sa force, mais il en acquiert une nouvelle, au regard des événements actuellement en cours dans l’Eglise comme dans la société civile…
Un texte remarquable à lire avec la plus extrême attention, à méditer et à mettre en pratique concrètement !

 Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes,
en ayant pour critère de discernement la vie éternelle, l’imitation de Notre-Seigneur Jésus-Christ
et, en conséquence, notre conversion profonde.

Pierre-Etienne Monnot - statue de Saint Pierre - basilique du Latran

Statue de Saint Pierre
(œuvre de Pierre-Etienne Monnot – archibasilique du Très Saint Sauveur au Latran, Rome)

Tiare et clefs de Saint Pierre

Chers frères et sœurs,

Je n’ai pas trouvé le temps de préparer une véritable homélie. Je voudrais seulement inviter chacun à une méditation personnelle, en proposant et en soulignant certaines phrases de la liturgie d’aujourd’hui, qui s’offrent au dialogue de prière entre nous et la Parole de Dieu.
La parole, la phrase que je voudrais proposer à la méditation commune est cette grande affirmation de saint Pierre : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5, 29).

Saint Pierre se trouve devant l’institution religieuse suprême, à laquelle on devrait normalement obéir, mais Dieu se trouve au-dessus de cette institution et Dieu lui a donné un autre « règlement »:  il doit obéir à Dieu. L’obéissance à Dieu est la liberté, l’obéissance à Dieu lui donne la liberté de s’opposer à l’institution.
Et les exégètes attirent ici notre attention sur le fait que la réponse de saint Pierre au Sanhédrin est presque ad verbum identique à la réponse de Socrate au juge du tribunal d’Athènes. Le tribunal lui offre la liberté, la libération, à condition cependant qu’il ne continue pas à rechercher Dieu. Mais rechercher Dieu, la recherche de Dieu est pour lui un mandat supérieur, il vient de Dieu lui-même. Et une liberté achetée en renonçant au chemin vers Dieu ne serait plus une liberté. Il doit donc obéir non pas à ces juges – il ne doit pas acheter sa vie en se perdant lui-même – mais il doit obéir à Dieu.
L’obéissance à Dieu a la primauté.

Il est important de souligner ici qu’il s’agit d’obéissance et que c’est précisément l’obéissance qui donne la liberté.
L’époque moderne a parlé de la libération de l’homme, de sa pleine autonomie, et donc également de sa libération de l’obéissance à Dieu. L’obéissance ne devrait plus exister, l’homme est libre, il est autonome : rien d’autre.
Mais cette autonomie est un mensonge : c’est un mensonge ontologique, car l’homme n’existe pas par lui-même et pour lui-même, et c’est également un mensonge politique et pratique, car la collaboration, le partage de la liberté est nécessaire. Et si Dieu n’existe pas, si Dieu n’est pas une instance accessible à l’homme, il ne reste comme instance suprême que le consensus de la majorité. En conséquence, le consensus de la majorité devient le dernier mot auquel nous devons obéir. Et ce consensus – nous le savons depuis l’histoire du siècle dernier – peut également être un « consensus du mal ».

Nous voyons ainsi que la soi-disant autonomie ne libère pas véritablement l’homme.
L’obéissance à Dieu est la liberté, car elle est la vérité, elle est l’instance qui nous place face à toutes les instances humaines.
Dans l’histoire de l’humanité, ces paroles de Pierre et de Socrate sont le véritable phare de la libération de l’homme, qui sait voir Dieu et, au Nom de Dieu, peut et doit obéir non pas tant aux hommes, mais à Lui, et se libérer ainsi du positivisme de l’obéissance humaine.
Les dictatures ont toujours été contre cette obéissance à Dieu. La dictature nazie, comme la dictature marxiste, ne peuvent pas accepter un Dieu qui soit au-dessus du pouvoir idéologique ; et la liberté des martyrs, qui reconnaissent Dieu, précisément dans l’obéissance au pouvoir divin, est toujours l’acte de libération à travers lequel nous parvient la liberté du Christ.

Aujourd’hui, grâce à Dieu, nous ne vivons pas sous une dictature, mais il existe des formes subtiles de dictaturesun conformisme qui devient obligatoire, penser comme tout le monde, agir comme tout le monde, et les agressions subtiles contre l’Eglise, ainsi que celles plus ouvertes, démontrent que ce conformisme peut réellement être une véritable dictature.
Pour nous vaut cette règle :  on doit obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Dieu n’est pas un prétexte pour la propre volonté, mais c’est réellement Lui qui nous appelle et nous invite, si cela était nécessaire, également au martyre.
C’est pourquoi, confrontés à cette parole qui commence une nouvelle histoire de liberté dans le monde, nous prions surtout de connaître Dieu, de connaître humblement et vraiment Dieu et, en connaissant Dieu, d’apprendre la véritable obéissance qui est le fondement de la liberté humaine.

Choisissons une deuxième parole de la première lecture :  saint Pierre dit que Dieu a élevé le Christ à Sa droite comme chef et sauveur (cf. v. 31).
Chef est la traduction du terme grec archegos, qui implique une vision beaucoup plus dynamique : archegos est celui qui montre la route, qui précède, c’est un mouvement, un mouvement vers le haut. Dieu l’a élevé à Sa droite – parler du Christ comme archegos veut donc dire que le Christ marche devant nous, nous précède et nous montre la route. Et être en communion avec le Christ signifie être en chemin, monter avec le Christ, suivre le Christ, c’est cette montée vers le haut, suivre l’archegos, celui qui est déjà passé, qui nous précède et qui nous montre la voie.

Il est ici bien évidemment important que l’on nous dise où arrive le Christ et où nous devons arriver nous aussi : hyposen - en haut – monter à la droite du Père.
La « sequela » (NB : « sequela » signifie « suite » – « la sequela Christi », est une formule traditionnelle pour parler de ceux qui s’engagent fermement à la suite du Christ) du Christ n’est pas seulement l’imitation de Ses vertus, n’est pas seulement le fait de vivre dans ce monde, pour autant que cela nous soit possible, semblables au Christ, selon Sa parole ; mais c’est un chemin qui a un objectif. Et l’objectif est la droite du Père. Il y a ce chemin de Jésus, cette « sequela » de Jésus qui termine à la droite du Père. C’est à l’horizon de cette « sequela » qu’appartient tout le chemin de Jésus, également arriver à la droite du Père.

En ce sens, l’objectif de ce chemin est la vie éternelle à la droite du Père en communion avec le Christ.
Aujourd’hui, nous avons souvent un peu peur de parler de la vie éternelle. Nous parlons des choses qui sont utiles pour le monde, nous montrons que le christianisme aide également à améliorer le monde, mais nous n’osons pas dire que son objectif est la vie éternelle et que de cet objectif proviennent ensuite les critères de la vie. Nous devons comprendre à nouveau que le christianisme demeure un « fragment » si nous ne pensons pas à cet objectif, qui est de suivre l’archegos à la hauteur de Dieu, à la gloire du Fils qui nous rend fils dans le Fils, et nous devons à nouveau reconnaître que ce n’est que dans la grande perspective de la vie éternelle que le christianisme révèle tout son sens.
Nous devons avoir le courage, la joie, la grande espérance que la vie éternelle existe, qu’elle est la vraie vie et que de cette vraie vie provient la lumière qui illumine également ce monde.

On peut dire que, même en faisant abstraction de la vie éternelle, de la promesse des Cieux, il est mieux de vivre selon les critères chrétiens, car vivre selon la vérité et l’amour, même face à de nombreuses persécutions, est un bien en soi-même et mieux que tout le reste. C’est précisément cette volonté de vivre selon la vérité et selon l’amour qui doit également nous ouvrir à toute l’ampleur du projet de Dieu à notre égard, au courage d’éprouver la joie dans l’attente de la vie éternelle, de la montée en suivant notre archegos. Et Soter est le Sauveur, qui nous sauve de l’ignorance, qui recherche les choses ultimes. Le Sauveur nous sauve de la solitude, nous sauve d’un vide qui demeure dans la vie sans l’éternité, Il nous sauve en nous donnant l’amour dans sa plénitude. Il est le guide. Le Christ, l’archegos, nous sauve en nous donnant la lumière, en nous donnant la vérité, en nous donnant l’amour de Dieu.

Arrêtons-nous encore sur un verset : le Christ, le Sauveur, a donné à Israël la conversion et le pardon des péchés (v. 31) – dans le texte grec, le terme est metanoia - il a donné la pénitence et le pardon des péchés.
Cela est pour moi une observation très importante : la pénitence est une grâce.
Il existe une tendance dans l’exégèse qui dit : Jésus en Galilée aurait annoncé une grâce sans condition, absolument sans condition, donc également sans pénitence, une grâce comme telle, sans conditions humaines préalables. Mais il s’agit là d’une fausse interprétation de la grâce. La pénitence est grâce ; c’est une grâce que nous reconnaissions notre péché, c’est une grâce que nous reconnaissions avoir besoin de renouvellement, de changement, d’une transformation de notre être.
Pénitence, pouvoir faire pénitence, est le don de la grâce.
Et je dois dire que nous chrétiens, également ces derniers temps, nous avons souvent évité le mot pénitence, il nous paraissait trop dur.
A présent, face aux attaques du monde qui nous parle de nos péchés, nous voyons que pouvoir faire pénitence est une grâce. Et nous voyons qu‘il est nécessaire de faire pénitence, c’est-à-dire de reconnaître ce qui ne va pas dans notre vie, s’ouvrir au pardon, se préparer au pardon, se laisser transformer.
La douleur de la pénitence, c’est-à-dire de la purification, de la transformation, cette douleur est une grâce, car elle est renouvellement, elle est l’œuvre de la miséricorde divine. Et ainsi, les deux choses que dit saint Pierre – pénitence et pardon – correspondent au début de la prédication de Jésus : metanoeite, c’est-à-dire convertissez-vous (cf. Mc 1, 15). Cela est donc le point fondamental :  la metanoia n’est pas une chose privée, qui semblerait remplacée par la grâce, mais la metanoia est l’arrivée de la grâce qui nous transforme.

Et, enfin, une parole de l’Evangile nous dit que celui qui croit aura la vie éternelle (cf. Jn 3, 36).
Dans la foi, dans cette « transformation » que la pénitence apporte, dans cette conversion, sur cette route de l’existence, nous arrivons à la vie, à la vraie vie.
Et ici, deux autres textes me viennent à l’esprit. Dans la « Prière sacerdotale » le Seigneur dit :  Cela est la vie, Te connaître, ainsi que Ton consacré (cf. Jn 17, 3). Connaître l’essentiel, connaître la Personne décisive, connaître Dieu et Son Envoyé est la vie, la vie et la connaissance, la connaissance de réalités qui sont la vie.
Et l’autre texte est la réponse du Seigneur au Saduccéens à propos de la Résurrection, où, à partir des livres de Moïse, le Seigneur prouve la Résurrection en disant : Dieu est le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob (cf. Mt 22, 31-32 ; Mc 12, 26-27; Lc 20, 37-38). Dieu n’est pas le Dieu des morts. Si Dieu est le Dieu de ceux-ci, ils sont vivants. Celui qui est écrit dans le Nom de Dieu participe à la vie de Dieu, il vit. Et ainsi, croire signifie être inscrits dans le Nom de Dieu. Et ainsi nous sommes vivants. Celui qui appartient au Nom de Dieu n’est pas un mort, il appartient au Dieu vivant. C’est dans ce sens que nous devrions comprendre le dynamisme de la foi, qui est d’inscrire notre nom dans le Nom de Dieu et ainsi entrer dans la vie.

Prions le Seigneur afin que cela se produise et que réellement, avec notre vie, nous connaissions Dieu, pour que notre nom entre dans le Nom de Dieu et que notre existence devienne vraie vie : vie éternelle, amour et vérité.

Christ-Roi - église Sainte-Marie à Ely  Cambridgeshire

Christus vincit ! Christus regnat ! Christus imperat !
(détail d’un vitrail de l’église Sainte-Marie, à Ely dans le Cambridgeshire)

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4 Commentaires Commenter.

  1. le 9 mai 2020 à 15 h 46 min Béa kimcat écrit:

    Merci pour cette remarquable Homélie, frère Maximilien-Marie.

  2. le 7 mai 2020 à 19 h 12 min Abbé Jean-Louis D. écrit:

    Merci, cher Frère, de nous avoir livré ce texte.

  3. le 7 mai 2020 à 17 h 57 min Maître-Chat Lully écrit:

    Cher Ami,
    Merci pour la confiance qu’exprime votre message… Néanmoins, je n’ai pas grand’chose à vous répondre : n’étant pas le Bon Dieu (oui, oui, je vous assure que c’est vrai :D ), je ne suis pas en mesure de dire ce qui est dans Sa pensée secrète et dans Ses desseins pour nos temps et pour la fin des temps.
    Je ne suis ni la Pythie ni la Sibylle, et je ne bénéficie d’aucune révélation particulière !!!
    Je sais que beaucoup de personnes, en rapport avec cette « drôle » de situation, dans l’Eglise et dans le monde, ont tendance à tenir des discours à tendance eschatologique, et à faire « coller » à nos temps certains des éléments contenus dans la Révélation et qui font partie des signes annonciateurs de la fin des temps.
    Ce genre de discours et d’articles font de l’audience, parce qu’ils favorisent une espèce de curiosité (plus ou moins malsaine) consistant à vouloir connaître « les temps et les moments que le Père a réservés en Sa puissance » (cf. Act. I, 7) : pour moi, je ne vous dirai rien de plus que ce que Notre-Seigneur dit à Ses saints Apôtres qui L’interrogent à ce sujet juste avant qu’Il ne monte au Ciel alors qu’ils L’interrogent sur le temps où sera rétabli le Royaume d’Israël (cf. Act. I, 6-8).
    Quant à la question du « Katéchon » évoqué dans la seconde épître aux Thessaloniciens, je l’ai étudiée il y a plus de trente ans, mais je ne dispose actuellement ni des éléments matériels, ni du temps, pour réaliser une étude véritablement sérieuse sur ce point : car même pour un article concis, cela représente plusieurs dizaines d’heures de travail et de recherches.
    Je suis désolé.

  4. le 7 mai 2020 à 17 h 39 min BMN écrit:

    frère Maximilien,
    merci de ce texte ; une question indirecte mais qui concerne Benoit XVI : j’ai lu un article posant la question de savoir s’il n’aurait pas le rôle de « katéchon » pour notre temps ; j’ignorais cette notion qui correspond à St Paul dans 2 Thess 2, 3-12.
    Pourriez-vous développer ce concept relativement à la tradition de l’Eglise ?

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