2020-59. Des processions (1ère partie) : Généralités et réflexions au sujet des processions. .

2 mai,
Fête de Saint Athanase, évêque, confesseur et docteur de l’Eglise (cf. > ici) ;
Anniversaire du rappel à Dieu de Madame la Duchesse de Ségovie (cf. > ici).

nika

Vassili Grigoriévitch Perov - procession villageoise le jour de Pâques 1861

Vassili Grigoriévitch Perov : Procession villageoise le jour de Pâques (1861)

A – Qu’est-ce qu’une procession ?
C’est un cortège religieux qui se rend d’un lieu à un autre avec des chants et des prières.

B – La procession, un rite universel :
Tous les pays, toutes les époques ont connu le rite sacré des processions : on le trouve dans les « religions primitives » et le paganisme antique ; on en voit de nombreuses représentations sur les bas-reliefs et les peintures murales de Chaldée ou d’Egypte, par exemple, bien avant les prescriptions du culte de l’Ancien Testament.
Dans son Dictionnaire pratique de liturgie romaine (éd. Bonne Presse, 1952), le chanoine Robert Lesage, cérémoniaire du cardinal-archevêque de Paris, écrit : « La procession était à l’origine théophanique, tirant son nom du rôle que la divinité y joue, et non du rôle de l’homme. C’est Dieu qui sort, se manifeste, procède. Le Clergé l’accompagne, les fidèles lui font cortège, mais ne sont en réalité que des accessoires dans la cérémonie ».

C – La procession acte théophanique et politique :
Cette remarque du chanoine Lesage n’est pas dépourvue d’intérêt et il me semble qu’il nous faut nous en bien pénétrer : une procession n’est pas à proprement parler une action humaine, mais elle est une manifestation de Dieu à l’extérieur des lieux qui Lui sont consacrés.
Une procession est en premier lieu et par essence une action divine au cours de laquelle Dieu – présent d’une manière particulière dans le lieu sacré où Il Se plaît à être honoré et à communiquer Ses grâces – montre que Son influence et Ses bienfaits s’étendent aussi loin que Sa présence : c’est-à-dire partout !
En effet, Dieu n’est pas confiné dans les églises qui Lui sont consacrées : infini et omniprésent, Il est en tout lieu et dans tous les êtres, comme nous l’enseigne la saine théologie. Le rite sacré de la procession manifeste en quelque manière cette présence universelle, Son empire total et absolu, Sa puissance qui ne peut être limitée par les murs de Ses sanctuaires, et Son action, laquelle n’est pas circonscrite au seul domaine des consciences et de l’intimité personnelle mais s’exerce sur la société et sur la vie publique.
De ce point de vue, processionner a une portée éminemment « politique », non pas, bien sûr, dans le sens partisan et « politicien » qui prévaut de nos jours, mais dans son sens premier, dérivé du mot grec « polis » qui désigne la cité avec son organisation, ordonnée à la vie des hommes et au bon fonctionnement des relations entre eux, au service du bien commun.
Ce dernier point explique d’ailleurs pour quelle raison les opposants de tout poil à la religion et à l’Eglise ont toujours combattu les processions, et ont toujours voulu les interdire ou les limiter (par exemple sous les prétextes de l’ « ordre public », des « normes sanitaires », de la « neutralité » civile et de la « laïcité », et toutes autres pseudo-raisons aux apparences très « raisonnables »).
A contrario, accomplir une procession a souvent été pour les chrétiens – surtout dans les périodes de contestation ou de persécution plus ou moins violente – le signe fort d’une résistance à l’esprit du siècle, à la sécularisation, à la tyrannie anticatholique, aux limitations qu’un pouvoir dévoyé opposait aux droits de Dieu… etc. Je connais par exemple le cas de plusieurs paroisses où, sitôt la fin de la grande terreur robespierriste, alors que le culte catholique n’était pas rétabli – loin s’en faut -, et que les paroisses se trouvaient encore sans prêtres, sans messe et sans sacrements, les fidèles sont sortis dans les rues avec les croix, bannières et statues de saints qui avaient échappé aux destructions pour processionner dans les rues de leurs villes ou villages.

Chartres - procession ND du Pilier 6 juin 1927

D – Processions et crise de l’Eglise :
Influencés par l’esprit du monde, il ne s’est pas manqué – en particulier dans les décennies qui ont suivi le concile vaticandeux – de clercs (parfois très haut placés dans la hiérarchie ecclésiastique) et de fidèles pour se faire les contempteurs des processions et œuvrer à leur abandon, les qualifiant de pratiques surannées ou de triomphalisme déplacé puisque désormais contraire au fameux « esprit du concile ».
Et c’est ainsi que l’on a vu détruit par les flammes ou livré aux brocanteurs tout l’appareil ornemental dont les paroisses s’enorgueillissaient naguère (même s’il n’était pas forcément de très grande valeur artistique comme cela était le cas dans les villages pauvres) parce qu’il était l’expression de la foi, au service de la manifestation du Dieu grand et rédempteur dans la cité terrestre, ordonnée à l’édification de la Cité céleste.
Dans le même temps, certains clercs violemment opposés aux processions, ne manquaient pas de participer aux « défilés » ou « manifestations » des syndicats ou mouvements d’inspiration marxiste, ne semblant pas se rendre compte que ce qu’ils condamnaient dans la pratique multiséculaire de l’Eglise se retrouvait là dans sa version laïciste dévoyée !
On remarque enfin que, sauf en quelques grands centres de pèlerinage (Lourdes ou Sainte-Anne d’Auray par exemple), après avoir souvent vivoté ou subsisté comme des anachronismes attirant les touristes, les processions qui ont survécu à la crise post-conciliaire reprennent de la vigueur depuis quelques années et attirent de plus en plus de catholiques « décomplexés » et fervents, et que le jeune clergé – moins intoxiqué par l’idéologie mortifère qui a dévasté la Chrétienté dans la deuxième moitié du XXe siècle – se montre plutôt favorable à la reprise des processions. C’est un signe de renouveau qui ne trompe pas.

E – Retrouver le sens et l’esprit de nos processions :
Comment la Sainte Eglise, si passionnément éprise de vie et de mouvement, si profondément amoureuse de la gloire de Dieu et de Sa louange, si viscéralement animée par un esprit missionnaire, si ardemment enthousiaste pour conquérir les cœurs et les esprits, pourrait-elle négliger ce moyen éminent de se manifester à l’extérieur et de faire connaître Celui qu’elle adore ?
« L’Eglise marche en chantant. Toute son histoire est là. Les processions traduisent d’ailleurs à merveille sa vie ordonnée, calme, confiante et joyeuse, son besoin de la prière collective et son allégresse dans le triomphe du Rédempteur. La liturgie, qui utilise tous les arts pour la gloire de Dieu, ne saurait laisser de côté l’art du mouvement, la chorégraphie, digne et mesurée, qui fait appel à tous les membres du corps humain » (chanoine R. Lesage, in « Dictionnaire pratique de liturgie romaine », article « procession »).
En bien des endroits, après plusieurs décennies d’oubli, on a aujourd’hui perdu le sens et l’esprit des processions authentiquement catholiques, et là où on les rétablit on est parfois dans l’ignorance totale des règles qui les régissent traditionnellement : ce pourquoi je me propose, en de futures publications, de rappeler ces règles et leur ordonnancement.
Pour l’heure actuelle, il me paraît toutefois essentiel – spécialement au sortir de l’éclipse du culte catholique subie au cours de ce printemps 2020 sous prétexte d’état d’urgence sanitaire – de faire un véritable travail de restauration des processions extérieures, des processions publiques – quand bien même ne réuniraient-elles que très peu de personnes -, manifestations de l’action du Dieu Tout-Puissant qui ne peut en aucune manière être confiné par les craintes, les prudences et les règlements humains.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

A suivre  : « Classification des processions » > ici.

Jules Breton  la procession de bénédiction des blés en Artois

Jules Breton : « La bénédiction des blés en Artois » (toile présentée au Salon en 1857)

nika

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