2020-19. Des sept carêmes monastiques pratiqués au Mesnil-Marie.

Vendredi 31 janvier 2020,
Fête de la Bienheureuse Marie-Christine de Savoie (cf. > ici) ;
Mémoire de Saint Jean Bosco.

Prière et jeûne pour la France

frise

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Ceux d’entre vous qui nous suivent sur Facebook, en particulier pour l’éphéméride quotidien (ce qui est possible sans inscription), savent qu’au Mesnil-Marie nous pratiquons plusieurs carêmes, en sus du Grand Carême de préparation à Pâques.

Certains s’en étonnent.
D’autres nous taquinent amicalement à ce sujet en disant : « Vous êtes en carême toute l’année ! »
Quelques uns en sont quasi scandalisés ou horrifiés : c’est souvent le cas de ces générations de « catholiques hyper-conciliaires » qui, dirai-je de manière un peu caricaturale, ont jeté aux orties les notions de pénitence et de mortification en même temps que les soutanes et le latin.
D’autres enfin nous posent des questions à ce sujet avec un réel intérêt.
C’est tout particulièrement à l’intention de ces derniers que j’ai résolu de rédiger les explications suivantes.

A – L’obligation de la pénitence s’impose à tous les fidèles.

La pénitence est un précepte divin rappelé de manière non équivoque par Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Si vous ne faites pas pénitence, vous périrez tous ! » (cf. Luc XIII, 3).
Dans sa tradition multiséculaire, la Sainte Eglise a précisé des jours et des temps de pénitence – marqués en particulier par le jeûne et l’abstinence – qui s’imposent à tous, clercs et laïcs (en précisant aussi les personnes qui en sont exemptées) : le carême, les quatre-temps (cf. > ici), les vigiles des grandes fêtes…
Elle peut aussi, par la voix de ses pasteurs légitimes, appeler ses enfants à certains jours exceptionnels de jeûne pour une cause particulière urgente (par exemple pour éloigner la guerre ou détourner un fléau, pour contrer les menaces des impies et essayer d’obtenir un changement sociétal… etc.).

B – Des « professionnels de la pénitence ».

La Sainte Eglise, dans la grande diversité des vocations particulières qui constituent la richesse de sa fécondité spirituelle, a ses « professionnels de la pénitence » : c’est ainsi qu’au long des siècles le Saint-Esprit a suscité les ermites (comme par exemple Saint Paul de Thèbes dont nous avons parlé il y a peu > ici) et les fondations monastiques et religieuses.
Tous les religieux et religieuses ont, plus que les autres fidèles, le devoir de pratiquer la pénitence, en fonction du charisme particulier de leur institut. Toutefois certains d’entre eux sont d’une manière très spéciale orientés vers la pénitence et la réparation : les Capucins, les Clarisses, les Trappistes, les Chartreux, les Augustins déchaussés, les Filles du Calvaire, les Passionnistes, les Victimes du Sacré-Cœur, les Hiéronymites … etc.
Dans l’Eglise d’Orient, une seule Règle monastique, celle de Saint Basile, inspire la vie monastique (catholique ou orthodoxe) sans toutefois posséder un statut normatif absolu. Mais la vie de tous les moines d’Orient accorde une part importante aux pratiques traditionnelles de l’abstinence alimentaire et aux temps de jeûne.
L’Eglise d’Orient, pour ses clercs comme pour ses laïcs, a conservé davantage que le Grand Carême pascal et impose plusieurs autres carêmes à ses fidèles : nous avions aussi cela en Occident dans les premiers siècles, mais l’usage général en a été perdu depuis longtemps.

C – Au Refuge Notre-Dame de Compassion.

Le Refuge Notre-Dame de Compassion se place dans la tradition monastique de la pénitence et de la réparation et s’attache à retrouver et revivifier des traditions antiques, d’où une certaine parenté avec les usages des moines d’Orient : un ami orthodoxe a un jour dit avec un certain humour que le Mesnil-Marie est une sorte de « mini Athos catholique », ce qui m’a fait immensément plaisir !

C’est ainsi que, en fervent disciple de Saint Augustin, si attaché à la symbolique et à la portée spirituelle des nombres, nous nous sommes arrêtés à la pratique de sept carêmes (je vous entretiendrai un jour de la symbolique attachée au chiffre sept) préparatoires à de très grandes fêtes, dont voici la liste et la durée :

1 – Carême de la Nativité (du 9 novembre au 24 décembre – 46 jours) : appelé parfois en Occident « carême de Saint Martin » parce qu’il commence aux alentours de la fête de l’apôtre des Gaules.

2 – Carême de l’Epiphanie (du 28 décembre au 5 janvier – 9 jours)

3 – Grand et Saint Carême de Pâques (du mercredi des Cendres au Samedi Saint – 46 jours)

4 – Carême de la Pentecôte (du vendredi après l’Ascension à la vigile de Pentecôte – 9 jours)

5 – Carême des Saints Apôtres (du 17 au 28 juin – 12 jours), présenté de manière plus développé > ici

6 – Carême de la Dormition de la Mère de Dieu (du 31 juillet au 14 août – 15 jours), dont il a déjà été question > ici.

7 – Carême de la Sainte Croix et de la Mère des Douleurs (du 30 août au 13 septembre – 15 jours)

Contrairement donc aux affirmations taquines de certains, je ne suis pas « tout le temps en carême » puisque le cumul de tous ces carêmes n’arrive qu’à 152 jours.

D – Quelle est la discipline qui s’applique lors de ces carêmes ?

- L’abstinence : c’est-à-dire la privation totale de tous les aliments d’origine animale (viande et charcuterie, poisson, œufs, laitages et fromages) ainsi que de l’huile d’olive, symbole biblique d’allégresse et d’abondance. Cette privation est absolue…
… sauf 1) à certains jours de très grandes fêtes liturgiques qui arrivent pendant ces périodes, jours auxquels le poisson peut être autorisé (mais pas la viande ni les œufs et les laitages) ; 2) et pendant les carêmes de l’Epiphanie et de la Pentecôte qui sont plus « lights » – si j’ose dire -, puisqu’ils coïncident le premier avec une partie de l’octave de la Nativité et le second avec l’octave de l’Ascension : ainsi seule la viande y est prohibée.

- Le jeûne :
Nous distinguons deux sortes de jeûne.
1) Le jeûne ordinaire où l’on ne fait qu’un seul repas quotidien, en milieu de journée ; une collation (constituée d’une écuelle de soupe ou bien de fruits, ou encore – pour ceux qui le supportent – de deux onces [soit environ soixante grammes] de pain) est autorisée le soir.
Une boisson (eau, jus de fruit, thé, café) peut également être autorisée le matin en fonction des nécessités de chacun.
En dehors du repas et de la collation (et de la tolérance d’une boisson du matin), il est strictement prohibé de manger ou de boire, sauf évidemment pour une nécessité de santé.
Les dimanches de ces carêmes ainsi que les jours de très grandes fêtes liturgiques ne sont jamais des jours de jeûne (mais – à quelques exceptions près – demeurent des jours d’abstinence).
2) Le grand jeûne, beaucoup plus strict, qui est prescrit à certains jours particuliers (mercredi des cendres et Vendredi Saint par exemple), où le « repas » de milieu de journée ne peut être constitué que de deux onces de pain (pour ceux qui le supportent) ou de riz.

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Vous le voyez, si cela représente certes une discipline, une ascèse, cela n’a non plus rien de particulièrement inhumain : aucun exploit héroïque en cela, juste l’observance des antiques traditions qui restent toujours sages et raisonnables.
Ensuite, bien sûr, chacun peut ne pas se contenter du minimum et, avec l’autorisation de son conseiller spirituel, se montrer plus généreux

Quant aux amis laïcs ou séculiers qui veulent s’associer à nous, il leur est évidemment permis de s’inspirer de ces pratiques héritées de la Tradition, en fonction de leur générosité, de leurs capacités physiques, et des obligations de leur état.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

La Croix et lys - le Puy 2019

En complément :
- Les sermons de notre Bienheureux Père Saint Augustin sur la pénitence et le jeûne que nous avons publiés > ici, > ici et > ici.

Vous pouvez laisser une réponse.

3 Commentaires Commenter.

  1. le 31 janvier 2020 à 16 h 33 min Kimcat écrit:

    Merci pour ce rappel et vos explications.
    Bonne fin de semaine frère Maximilien-Marie

  2. le 31 janvier 2020 à 14 h 56 min Guy M. écrit:

    Pour ma part, ni scandale ni horreur concernant les pratiques du rédacteur mais une admiration sans commune mesure envers lui.

  3. le 31 janvier 2020 à 10 h 00 min Anick H. écrit:

    Merci cher frère pour toutes ces explications.
    Cela m’encourage et je comprends mieux la différence entre jeûne et abstinence, et les sept carêmes.

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