2019-68. Des Saints Abdon et Sennen.

30 juillet,
Fête des Saints Abdon et Sennen, martyrs ;
Mémoire de Saint Léopold de Castelnuovo (courte biographie > ici, et prière > ici).

Arles-sur-Tech : abbatiale Sainte Marie. Chapelle des Saints Abdon et Sennen et grand retable contenant leurs reliques

Abbatiale Sainte-Marie, à Arles-sur-Tech
Chapelle des Saints Abdon et Sennen avec le grand retable de 1647 dans lequel sont enfermées leurs reliques.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Les Saint Abdon et Saint Sennen, dont nous célébrons la fête en ce 30 juillet, sont deux grands saints envers lesquels nous nourrissons une très grande dévotion en notre Mesnil-Marie, et je voudrais commencer par vous citer la notice que l’on peut lire à leur sujet dans la « Légende dorée » :

« Abdon et Sennen souffrirent le martyre sous l’empereur Dèce, qui, après avoir soumis la Babylonie avec d’autres provinces, et y avoir trouvé des chrétiens, les emmena avec lui à la ville de Cordoue où il les fit mourir par différents supplices. Deux vice-rois, Abdon et Sennen, prirent leurs corps et les ensevelirent. On les accusa de cette action auprès de Dèce qui les fit comparaître devant lui. On les chargea de chaînes et on les conduisit à Rome, où ils comparurent devant l’empereur et devant le Sénat ; on leur dit qu’ils avaient ou à sacrifier et qu’alors ils rentreraient libres dans leurs états, ou à se voir condamnés à être la pâture des bêtes féroces.
Ils ne manifestèrent que du mépris pour les idoles sur lesquelles ils crachèrent ; après quoi ils furent traînés à l’amphithéâtre où on lâcha sur eux deux lions et quatre ours, qui, loin de toucher ces saints, en furent même les gardiens.
On les fit donc mourir par le glaive, après quoi on leur lia les pieds et on les traîna jusqu’à l’idole du soleil devant laquelle on les jeta. Au bout de trois jours, le sous-diacre Quirinus vint les recueillir et les ensevelit dans sa maison. Ils souffrirent vers l’an du Seigneur 253. Du temps de Constantin, ces martyrs révélèrent où étaient leurs corps que les chrétiens transférèrent dans le cimetière de Pontien. Par leur mérite Dieu y accorde de nombreux bienfaits au peuple »

Statue des Saints Abdon et Sennen et coffre de leurs reliques

Abbatiale Sainte-Marie à Arles-sur-Tech
Partie centrale du retable des Saints Abdon et Sennen
Statues des deux martyrs et coffre dans lequel sont enfermées leurs reliques

Le grand retable réalisé en 1647 pour la chapelle des Saints Abdon et Sennen dans l’abbatiale Sainte-Marie d’Arles-sur-Tech, en Vallespir (le Vallespir est une région historique correspondant à la vallée du Tech, et qui relie les hauts sommets pyrénéens à la plaine du Roussillon), illustre de manière magnifique l’histoire des deux martyrs dont les saintes reliques sont conservées dans l’espèce de grand coffre aménagé au centre, en arrière du tabernacle, sous les statues des saints.
Tout autour, les panneaux sculptées illustrent le martyre des deux saints et l’histoire de leurs reliques.
Une examen plus détaillé de ce retable nous permettra de préciser certaints points de cette belle histoire sur laquelle se sont penchés de grands érudits chrétiens. 

Détail des statues des Saints Abdon et Sennen - Arles-sur-Tech

Détail des statues des Saints Abdon et Sennen
(retable – abbatiale Sainte-Marie d’Arles-sur-Tech)

La patrie des Saints Abdon et Sennen – dont certaines traditions font des frères de sang – est une région qui, dans l’Antiquité, était nommée Gordyène, au sud du lac de Van (dans l’actuelle Turquie, proche de la frontière iranienne), dont la capitale est appelée Cordoue dans « La Légende dorée ».
Il faut bien se garder de faire la confusion avec la ville de Cordoue (Cordoba en espagnol, Corduba en latin) en Andalousie : la capitale de la Gordyène se nomme en latin Cordula (mais on trouve aussi parfois les formes « Cordua » ou « Corduena »).

Selon les antiques traditions encore, Abdon et Sennen étaient de race princière et avaient embrassé la foi chrétienne lorsqu’ils étaient de jeunes adultes. L’on était vers le milieu du IIIème siècle et, à la suite de l’apôtre Saint Barthélémy, premier évangélisateur de ces contrées, de nombreux missionnaires de l’Evangile avaient œuvré, de sorte que la Sainte Eglise se trouvait déjà fermement implantée dans ces régions où elle jouissait d’une relative tolérance.
La Gordyène était depuis quelques années sous la domination perse : comme beaucoup de nobles de Gordyène et d’Arménie, Abdon et Sennen avaient été enrolés dans l’armée du roi Sapor (Chapour 1er) qui fut en lutte pendant plusieurs années contre l’empire romain.
C’est au cours de ces luttes qu’Abdon et Sennen furent faits prisonniers : en qualité de princes, ils jouissaient toutefois d’un statut de semi-liberté dans l’entourage du général Dèce.
Lorsque ce dernier déclencha une persécution contre les chrétiens de Babylonie puis de Gordyène, Abdon et Sennen, bravant les édits du persécuteur, profitèrent de la semi liberté qui leur était concédée pour ensevelir les corps des martyrs et protéger certains de leurs frères dans la foi.
Ils furent découverts et dénoncés au général qui les fit arrêter.

IMG_2343 bis

Abdon et Sennen sont dénoncés à Dèce comme chrétiens
et sont condamnés à être emprisonnés :
panneaux du côté droit de la prédelle du retable des Saints Abdon et Sennen,
abbatiale Sainte-Marie d’Arles-sur-Tech

IMG_2344 bis

Lorsqu’il succéda à Gordien III, en 244, Philippe – dit l’Arabe – conclut une paix (éphémère) avec le roi de Perse Sapor. Il commença son règne à Antioche avant de s’imposer à Rome.
Le général Dèce commença alors une carrière politique (sénateur et gouverneur de province) après avoir célébré son triomphe à Rome, triomphe auquel les princes Abdon et Sennen furent exhibés.

Philippe l’Arabe se montra plutôt favorable aux chrétiens (certains ont même pensé qu’il était chrétien en secret) : sous son règne ils ne furent pas persécutés et les deux frères Abdon et Sennen décidèrent de rester à Rome où ils purent vivre leur foi paisiblement avec la communauté chrétienne romaine.

Tout changea lorsque Dèce accéda au pouvoir (249). Il déclancha preque aussitôt une persécution violente contre les disciples du divin Crucifié : la septième persécution générale. L’un des premiers arrêtés fut le pape Saint Fabien, torturé puis décapité le 20 janvier 250.
Les Saints Abdon et Sennen ne pouvaient être oubliés de Dèce, auxquels ils avaient déjà tenu tête et ne le leur pardonnait pas. Il les fit donc appréhender et jeter en un cachot où ils subirent divers mauvais traitements avant de faire comparaître et qu’on leur intime l’ordre de rendre un culte au dieu du soleil.

IMG_2342 - Copie (2)

Abdon et Sennen sont emprisonnés
puis on veut les contraindre à rendre un culte au dieu du soleil :
panneaux du côté gauche de la prédelle du retable des Saints Abdon et Sennen,
abbatiale Sainte-Marie d’Arles-sur-Tech

IMG_2341 - Copie

Comme on ne pouvait les faire apostasier, Abdon et Sennen furent alors soumis au supplice de la flagellation, puis, comme ils restaient innébranlables dans leur confession de la foi chrétienne, ils furent conduits à l’amphithéâtre pour y être livrés en pâture aux fauves.

IMG_2345 - Copie

Flagellation des Saints Abdon et Sennen (panneau supérieur gauche du retable)
Abdon et Sennen avec les fauves dans l’amphithéâtre (panneau supérieur droit du retable)

IMG_2348

Mais les deux ours et les quatre lions affamés auxquels on livra les intrépides confesseurs, au lieu de les dépecer et de les dévorer se couchèrent à leurs pieds.
Alors le préfet ordonna que des gladiateurs, armés de tridents, de filets et de glaives, fussent introduits dans l’arène. Comme les fauves se faisaient les défenseurs d’Abdon et Sennen, ils furent massacrés, puis ce fut le tour des deux martyrs…

IMG_2346 - Copie

Les Saints Abdon et Sennen livrés aux rétiaires (panneau supérieur au centre gauche du retable)

… qui furent finalement décapités.

IMG_2347 - Copie

Décollation des Saints Abdon et Sennen (panneau supérieur au centre droit du retable)

Leurs dépouilles sanglantes furent exposées pendant trois jours au pied de la statue du soleil, à l’extérieur de l’amphithéâtre, quand enfin, de nuit, un sous-diacre nommé Quirinus put emporter les corps des martyrs et, faute de pouvoir les ensevelir dans les catacombes, qui étaient alors extrêmement surveillées, il leur donna une sépulture dans sa propre maison.
Quelques années plus tard, lors de la persécution de Valérien, huitième persécution générale, le sous-diacre Quirinus fut lui-même martyrisé, et les corps des Saints Abdon et Sennen cachés dans sa demeure, furent oubliés.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

A suivre : l’histoire des reliques des Saints Abdon et Sennen > ici.

palmes

Publié dans : Non classé |le 30 juillet, 2019 |1 Commentaire »

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 7 août 2019 à 20 h 02 min Abbé Jean-Louis D. écrit:

    Merci pour cette découverte !

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