2019-53. Du caractère sacré naturellement inhérent à la royauté.

« L’idée royale est en dernière analyse une idée religieuse. »
Gustave Thibon

Couronne

Voici quelques réflexions que le Maître-Chat Lully avait commencé à noter en vue d’une publication qu’il n’a pas eu le temps de mener à bien lui-même. Nul doute qu’il souhaitait approfondir encore un sujet qui retenait toute son attention et nourrissait ses méditations. J’ai choisi de vous les livrer telles qu’il les a laissées.

Lully défenseur de la couronne

Quelques réflexions félines  sur le caractère sacré naturellement inhérent à la royauté :

- « Le Royaume des Cieux est comparable à un roi… »
Dans le Saint Evangile, Notre-Seigneur Jésus-Christ introduit à plusieurs reprises des paraboles par ces mots. D’ailleurs Il ne parle jamais que du « Royaume des Cieux », et non de la « république des Cieux » ou de la « démocratie des Cieux » !!!
L’un de nos chers amis prêtres faisait remarquer avec beaucoup de justesse que, contrairement à ce que pourraient imaginer quelques esprits ignorants de la réalité historique, au temps de Notre-Seigneur il n’y avait pas que des rois, et que ce n’est donc pas parce qu’il n’y aurait eu que cet unique mode d’organisation politique que notre divin Rédempteur, lorsqu’Il établit des paraboles mettant en scène une forme de gouvernement, parle exclusivement de « roi » et de « royaume ».
L’antiquité avait connu toutes les formes de gouvernement possibles et imaginables : des démocraties directes, des démocraties représentatives, diverses formes de républiques, des gouvernements oligarchiques, des aristocraties, des empires plus ou moins centralisés, des royautés monarchiques ou des royautés que l’on appelerait aujourd’hui « parlementaires », des monarchies héréditaires ou des monarchies électives, des dictatures ou des tyrannies… etc. Mais le seul et unique système de gouvernement qu’Il a trouvé parfaitement idoine à représenter l’autorité divine et la réalité spirituelle inaugurée par Son œuvre rédemptrice est la royauté héréditaire, de type paternel, absolue et de droit divin.

Couronne

- La notion de « Roi » est quasi naturelle et spontanée à l’homme pour exprimer l’excellence : une excellence exemplaire, une excellence qui attire les cœurs et qui génère l’amour, une excellence qui suscite l’enthousiasme, une excellence porteuse d’idéal, une excellence capable de fédérer les énergies, d’unir les volontés et de porter jusqu’au sublime tout ce qu’il y a de meilleur dans l’homme, une excellence porteuse de beauté et de gloire.

C’est bien pour cela que l’on dit de manière naturelle et spontanée que le lion est « le roi des animaux », que le Rhône est un « fleuve-roi », que le Mont Mézenc est « le roi des Boutières », qu’un repas fin et succulent est « royal »… etc. …etc.
Personne n’aurait l’idée de dire que le lion est le président de la république des animaux, que le Rhône est un fleuve-présidentiel, que le Mézenc est le président des Boutières, et je ne suis pas certain que ce serait un compliment que de dire à une maîtresse de maison qu’elle vous a servi un repas présidentiel… 

Et par ailleurs, les enfants, même élevés et formatés à « l’école de la république », ne cessent néanmoins pas de jouer spontanément avec des rois et des princesses.
Je n’en ai encore jamais vu qui, dans leurs jeux, lorsqu’ils veulent être un grand personnage auréolé de prestige, de courage et de vaillance, et investi d’une autorité incontestable, veuillent s’identifier à l’un ou l’autre des présidents de la république.
Quant aux petites filles, lorsqu’elles rêvent d’être belles et admirées, elles choisissent spontanément d’être des princesses. Je n’ai encore jamais entendu parler qu’elles aient pour ambition de ressembler à quelque Carla, Julie ou Brigitte !!!

Couronne

- Il existe un lien véritablement ontologique entre la royauté et le sacré.
La royauté est une institution humaine en laquelle se trouve quelque chose qui dépasse infiniment le caractère simplement naturel de toutes les autres institutions humaines.
L’idée du roi est inséparable d’une forme de transcendance : il en a été ainsi depuis la nuit des temps, chez tous les peuples, et bien avant le judaïsme et la révélation chrétienne définitive.
L’idée de royauté est naturellement inséparable d’une vision sacrale de l’univers et de la société. Un roi est le signe visible d’une conception de l’univers et de la société soumis l’un et l’autre à la divinité.
Un roi est toujours bien plus qu’un simple gouvernant, bien plus qu’un simple chef politique ou qu’un simple conducteur d’homme, parce que le roi occupe toujours une place de médiation entre une portion de l’humanité, confiée à sa garde, et la divinité.

Couronne

- L’homme est naturellement religieux, et lors même qu’il fait la part entre le domaine à strictement parler religieux et le domaine de la vie ordinaire avec ses contingences triviales et matérielles, son univers n’est cependant jamais totalement profane : tout, dans l’univers et dans sa vie, lui parle de l’ordre voulu par Dieu ; tout, dans l’univers et dans sa vie, lui est occasion d’élever son coeur et son esprit vers Dieu…
Et celui qui est le chef de la société civile est naturellement le garant de l’ordre divin et des lois données par Dieu à Sa création.
Voilà pourquoi le roi est un intermédiaire entre Dieu et l’homme ; voilà pourquoi le pouvoir du roi est une délégation divine ; voilà pourquoi il y a un caractère quasi sacerdotal en tout roi.

Je parle de ce qui est normal, dans l’ordre naturel.
La Révélation divine et l’épanouissement du christianisme vont apporter un caractère surnaturel à cette compréhension naturelle de l’ordre du monde, et vont élever la royauté à un degré de perfection inégalé, capable aussi d’élever la société tout entière à un degré de civilisation incomparable.

Couronne

- La perte de l’esprit chrétien, le rejet du christianisme, l’apostasie massive des sociétés autrefois chrétiennes – à partir de la pseudo réforme protestante puis de la grande révolution -, ont dénaturé la compréhension profonde de ce qu’est la royauté, ont dénaturé jusqu’à la compréhension du caractère sacré naturel de la royauté qui existait déjà avant la Révélation chrétienne, et se sont employés à mettre à bas toutes les royautés chrétiennes ou à les vider de leur sens lorsqu’elles ont survécu.

C’est ainsi qu’actuellement, malheureusement, toutes les royautés contemporaines, en Europe notamment, ont perdu leur dimension sacrée, même lorsqu’elles ont conservé certaines apparences traditionnelles : elles ne vivent plus du tout de la verticalité qui est inhérente au pouvoir royal…
Et d’ailleurs, il n’y a plus de pouvoir royal à proprement parler puisque ces fantômes de monarchie ont rejeté la transcendance, ou du moins l’ignorent, et se prosternent devant ces idoles modernes que sont « la souveraineté populaire », la « démocratie », la « représentation nationale », la « majorité » obtenue par tel ou tel parti, l’ « alternance électorale », le « parlementarisme »… et autres foutaises héritées du nominalisme, du protestantisme, du jansénisme, des pseudo « lumières » et de la révolution.
Toutes les royautés européennes qui subsistent aujourd’hui ne sont plus – hélas ! – que des royautés profanées.

Le Roi est mort. Vive le Roi !

Publié dans : Lectures & relectures, Vexilla Regis |le 22 juin, 2019 |2 Commentaires »

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2 Commentaires Commenter.

  1. le 25 juin 2019 à 9 h 49 min Le Forez écrit:

    Quelle plus belle « propagande » que cet article, que tout Français devrait connaître ? et il y a urgence !
    Tant pis pour les lobotomisés de l’éducation nationale ; ça leur remettra la tête à l’endroit.

  2. le 23 juin 2019 à 7 h 08 min de la Forest écrit:

    Ces diverses considérations sur le vrai sens de la royauté sont passionnantes. Il faudra revenir souvent à intervalles réguliers sur ce sujet qui a des implications pratiques et automatiques incontestables. Merci cher frère Maximilian Marie. À.C.

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