2018-92. De Saint Théofrède de Carméni appelé aussi Saint Chaffre.

19 octobre,
Fête de Saint Théofrède ;
Mémoire de la Bienheureuse Agnès de Jésus (cf. > ici et > ici) ;
Mémoire de Saint Pierre d’Alcantara.

Buste-reliquaire de Saint Théofrède

Buste-reliquaire de Saint Théofrède :
argent et vermeil sur âme de chêne avec cabochons et pierres semi-précieuses
(XIème siècle – trésor de l’abbaye Saint-Chaffre du Monastier)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Le calendrier liturgique particulier du Mesnil-Marie, comme l’ancien calendrier traditionnel propre du diocèse du Puy, célèbre à la date du 19 octobre la fête de Saint Théofrède de Carméni (note : dans son calendrier réformé, le diocèse du Puy a déplacé la fête de Saint Théofrède au 19 novembre).
J’avais déjà eu l’occasion, il y a plusieurs années, d’évoquer brièvement ce saint lorsque je vous avais parlé des richesses patrimoniales de la petite cité vellave du Monastier-sur-Gazeille (cf. > ici), mais je veux aujourd’hui vous le faire davantage connaître.

Blason du Monastier

Blason de la ville du Monastier :
D’azur à deux clefs affrontées d’argent passées en sautoir, à l’épée haute du même brochante.

Monasterium Calmeliacense, tel fut à l’origine le nom de ce bourg du Velay, à quelque trois lieues du Puy : le nom « Le Monastier » est évidemment dérivé de « monasterium » puisque l’agglomération s’est formée autour d’un monastère, fondé au VIIème siècle sur ses terres de la région des hauts plateaux qui entoure le mont Mézenc, par Calminius - Saint Calmin – , duc d’Aquitaine et comte d’Auvergne.
Ce monastère, d’abord placé sous le vocable de Saint Pierre, est le premier des trois que fonda Saint Calmin.
Son premier abbé se nommait Eudes : il avait été archidiacre de Saint-Paul-Trois-Châteaux avant d’entrer à l’abbaye de Lérins, et il fut envoyé comme supérieur de la petite communauté lors de la fondation de Calmin.

Eudes avait un neveu qui était aussi son filleul : fils de Leuffroi (Leufredus), préfet d’Orange, Théofrède [du germain « Théodefred » ou « Théodfried », latinisé en « Theofredus » qui deviendra Théoffroy au Moyen-Age et Tchaffré en occitan pour devenir finalement Chaffre].
Théofrède avait reçu une excellente éducation et fut attiré très jeune par les choses divines : il dut lutter contre les ambitions humaines que son père nourrissait pour lui, et pour faire accepter sa vocation. C’est alors qu’il entra au monastère de Calmin que dirigeait son oncle et parrain. Sous son abbatiat, Théofrède devint un moine appliqué à la pratique des vertus, auquel furent peu à peu confiées des charges, si bien qu’à la mort d’Eudes il fut élu pour lui succéder.
Abbé exemplaire, Théofrède gouverna son monastère avec sagesse, zèle et prudence : il avait non seulement le souci de la perfection de ses moines et de leur croissance dans la vie spirituelle, mais il œuvra aussi pour l’évangélisation et l’instruction des populations des alentours.

Verrière du martyre de Saint Théofrède

Vitrail de la façade occidentale de l’abbatiale du Monastier racontant  son martyre :
en haut, il ordonne à ses moines de se cacher dans la forêt à l’approche des Sarrasins ;
au milieu, seul, il admoneste les païens mahométans ;
en bas, roué de coups et laissé pour mort, Théofrède rend le dernier soupir au milieu de ses moines saufs.

Lorsque des bandes sarrasines firent des incursions dans le Velay, Théofrède ordonna à ses moines de se cacher dans une forêt voisine, tandis que lui restait seul dans l’abbaye.
Les païens mahométans le trouvèrent prosterné dans son église, se saisirent de lui et le rouèrent de coups, avant de l’abandonner moribond. Le lendemain, alors que les sarrasins s’apprêtaient à accomplir l’un de leurs rites idolâtres, Saint Théofrède trouva encore la force et le courage de les haranguer et de dénoncer leur culte impie. Les mahométans furieux s’acharnèrent encore sur lui, mais une tempête provoqua leur fuite et ils ne purent incendier l’abbaye.
Saint Théofrède rendit son âme à Dieu quelques jours plus tard, entouré de ses moines sortis de leurs cachettes. Selon la tradition, Saint Théofrède était nonagénaire lorsqu’il subit ce martyre, que la troisième leçon du second nocturne – aux matines du bréviaire traditionnel – place le 19 octobre de l’an 732 (c’est-à-dire quelques jours avant la fameuse victoire de Charles Martel à Poitiers, le 25 octobre 732).

La popularité de Saint Théofrède – devenu Saint Chaffre, selon les déformations dues à la prononciation vellave de l’occitan – fit que le monastère abandonna le vocable de Saint-Pierre pour prendre son patronage.
Restaurée par Louis 1er le Pieux, l’abbaye adopta la règle de Saint Benoît en 817. Elle obtint de nombreux privilèges royaux et exemptions, et eut un rayonnement considérable : Saint-Chaffre se trouva au XIIème siècle à la tête d’un réseau comprenant deux abbayes (Le Monastier et Cervere, en Piémont), vingt-cinq prieurés conventuels et deux-cent-septante-quatre églises ou bénéfices dans dix-neuf diocèses de France (Le Puy, Mende, Viviers, Clermont, Die, Rodez, Grenoble, Vienne, Valence, Embrun, Maurienne, Uzès, Nîmes, Montpellier, Orange, Carpentras, Cavaillon, Glandève et Apt), dans celui de Genève (Suisse) dans celui de Turin et dans le Piémont italien.
Après la guerre de Cent Ans et au XVIème siècle, certaines possessions ou bénéfices de l’abbaye furent attribués à d’autres congrégations.
En 1667, l’abbaye fut rattachée à Cluny, puis, en 1786, elle fut officiellement supprimée par la « Commission des Réguliers » alors qu’elle comptait encore une vingtaine de moines.
A la révolution, les biens de l’abbaye furent confisqués et vendus comme biens nationaux et, depuis, l’abbatiale a été affectée au culte paroissial.
Malgré les très louables efforts de la municipalité du Monastier, cette église abbatiale à laquelle – malgré sa splendeur architecturale – le clergé diocésain donne peu de vie, fait aujourd’hui penser à une grande coquille vide…

Il n’en demeure pas moins que Saint Théofrède est un saint dont le rayonnement transcende les aléas de l’histoire et les périodes de décadence qui affectent la Sainte Eglise, et que le témoignage héroïque qu’il a rendu à la Vérité révélée face aux envahisseurs mahométans lui confère une exemplarité d’une actualité flagrante.

Saint Théofrède, modèle de vie monastique et martyr intrépide, priez pour nous !

Buste reliquaire de saint Théofrède profil

Buste reliquaire de Saint Théofrède de profil
(XIème siècle – trèsor de l’abbatiale Saint-Chaffre du Monastier)

Publié dans : De liturgia, Nos amis les Saints, Prier avec nous |le 19 octobre, 2018 |2 Commentaires »

Vous pouvez laisser une réponse.

2 Commentaires Commenter.

  1. le 20 octobre 2018 à 19 h 22 min Abbé Jean-Louis D. écrit:

    Heureux d’avoir découvert ce saint du Velay.

  2. le 19 octobre 2018 à 13 h 29 min Goës écrit:

    Merci pour ce rappel, Maître Lully : je ne connaissais pas ce Saint.

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