2018-33. La cérémonie du Mandatum.

8ème partie du récit du Maître-Chat Lully
relatant
la Semaine Sainte à La Garde-Freinet :

le Mandatum

Le lavement des Pieds Pierre-Paul Rubens

Pierre-Paul Rubens : le lavement des pieds.

Avant les réformes de 1955, la cérémonie du lavement des pieds, communément appelée « Mandatum » (comme pour beaucoup de dimanches, cette cérémonie a reçu ce nom en raison du premier mot latin de la première antienne qui y est chantée « Mandatum novum do vobis : Je vous donne un commandement nouveau ») a lieu au cours d’une cérémonie à part.
Traditionnellement, la Sainte Messe anniversaire de la Cène de Notre-Seigneur a lieu au matin du Jeudi Saint, et donc la cérémonie du « Mandatum » se trouve dans les missels après celle du dépouillement des autels, et elle est généralement célébrée à un autre moment de la journée bien séparé du reste des cérémonies de ce jour.

En principe, la cérémonie du « Mandatum » ne se déroule pas dans le sanctuaire ni devant l’autel majeur, mais plutôt dans le choeur – si celui-ci est distinct du sanctuaire -, dans une salle capitulaire, dans une sacristie ou dans quelque autre salle annexe de l’église.
Le décret « In una Urbis » du 22 mars 1817 précise même qu’on ne peut accomplir cette cérémonie dans l’église que si celle-ci est très vaste et peut offrir un endroit approprié hors de la vue de la chapelle du reposoir.
Ceci, redisons-le, parce que le lavement des pieds était accompli après la Sainte Messe, et donc après la procession au reposoir, et qu’il était bien évidemment hors de question que les mouvements particuliers au « Mandatum » troublassent en quelque manière le silence et le très grand recueillement qui doivent toujours règner auprès du reposoir.

L’indult autorisant la reprise des cérémonies de la Semaine Sainte selon l’usage antérieur aux réformes de 1955 accordé cette année par la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, précisait néanmoins que ceux qui bénéficieraient de cette autorisation devraient toutefois se conformer aux prescriptions horaires des réformes pacelliennes : ainsi donc, à La Garde-Freinet, la Sainte Messe de la Cène avait lieu l’après-midi et non le matin, et c’est pourquoi la cérémonie du « Mandatum » dut, contrairement à l’usage antique, être célébrée antérieurement à la Messe, dans la matinée du Jeudi Saint.
De même, le transfet du Saint-Sacrement au reposoir n’ayant point eu lieu, le rite fut accompli dans l’église, mais en dehors du sanctuaire, parce qu’il n’y avait pas d’autre lieu assez vaste pour contenir le célébrant, ses ministres, les clercs et messieurs auxquels furent lavés les pieds, et les fidèles présents.

0 - début

Après la salutation à l’autel, le diacre va demander la bénédiction du prêtre pour ensuite chanter l’Evangile.

1 - bénédiction du diacre

Pour cette cérémonie, le célébrant est en chape violette mais ses ministres – diacre et sous-diacre – ont revêtu les ornements blancs, comme à la Sainte Messe, car le diacre va commencer par chanter l’évangile « Ante diem festum Paschæ » (Jean XIII, 1-15) de la Messe de la Cène, avec toutes les cérémonies ordinaires, l’évangéliaire étant tenu par le sous-diacre, et les deux acolytes portant leurs cierges allumés (alors que ceux de l’autel ne l’étaient point).

2 - chant de l'Evangile

Encensement de l’évangéliaire avant le chant de l’Evangile

3 - le célébrant baise l'évangéliaire

Et comme à la Sainte Messe, après le chant de l’Evangile par le diacre,
le sous-diacre porte l’évangéliaire au célébrant qui le vénère par un baiser

Le célébrant dépose ensuite la chape, se ceint d’un linge, comme l’Evangile nous rapporte que le fit Notre-Seigneur, et il commence à laver les pieds de treize hommes – ici il y avait des prêtres, des religieux, les servants d’autel et quelques laïcs – qui avaient pris place sur des sièges préparés à cet effet sur le haut de la nef de l’église.

Pourquoi treize ?
Le nombre et la qualité de ceux dont on lave le pied ne sont pas précisés par les rubriques du Missel Romain, tandis que le Cérémonial des Evêques (livr. II, c. XXIV, nn. 2, 3 et 4) mentionne à plusieurs reprises le chiffre treize, tout en laissant une relative liberté pour ce qui touche à la qualité de ces personnes : pauvres, chanoines, ou autres.
Henri Adam de Villiers, toujours dans les excellentes études qu’il a publiées sur le site de la Schola Sainte-Cécile au sujet des réformes de la Semaine Sainte (cf. > ici), a relevé que, à Notre-Dame de Paris, Eudes de Sully (évêque de 1197 à 1208) avait institué qu’on laverait les pieds de cinquante pauvres le Jeudi Saint ; il note aussi qu’en certains endroits on lava les pieds d’une centaine d’hommes.
Mais revenons à la question de ce chiffre treize : il semble qu’originellement, conformément au fait que Notre-Seigneur a lavé les pieds de Ses douze apôtres, c’était à douze hommes que le célébrant lavait les pieds. Cependant l’usage est passé à treize à la suite d’un miracle dont bénéficia le pape Saint Grégoire le Grand : alors qu’il s’acquittait de ce rituel auprès de douze pauvres, on vit un jeune homme, que personne n’avait vu entrer, s’adjoindre à ces douze, et qui déclara être un ange envoyé du ciel pour montrer à Grégoire combien son geste était considéré par le Christ comme fait à Lui-même.
Le savant Benoît XIV et de nombreux liturgistes expliquent donc ce chiffre treize par le souvenir de ce miracle, mais il en est quelques uns qui pensent que le treizième serait le propriétaire du Cénacle qui aurait été joint aux apîtres le Jeudi saint, ou encore qu’il s’agirait de la représentation de Saint Paul, qui est un bien un apôtre, même s’il n’était pas présent à la Sainte Cène.

4 - lavement des pieds

Le célébrant lave le pied droit de chacun des treize hommes choisis pour l’accomplissement de ce sacramental

Le rite du lavement des pieds doit s’accomplir de cette manière : le célébrant se met à genoux devant celui dont il va laver le pied, comme fit le Christ, le sous-diacre tient le pied droit que le célébrant lave puis embrasse, ensuite le diacre essuie le pied avec une serviette.
Notons que seul le célébrant – qui figure le Christ – se met à genoux devant celui dont il lave les pieds – qui représente un apôtre. Pendant toute la durée du lavement des pieds, le chœur chante neuf magnifiques antiennes.

5 - lavement des pieds

6 - lavement des pieds

7 - lavement des pieds

Après qu’il a lavé le pied d’un homme, l’a essuyé et baisé, le diacre remet au prêtre une aumône : celui-ci la donne à celui auquel il vient de laver le pied qui lui baise la main.

8 - remise de l'aumône

Après quoi le célébrant, s’étant lavé les mains et ayant déposé le linge dont il s’était ceint, reprend la chape violette : il monte au coin de l’épître accompagné de ses ministres et il chante « Pater noster », mais celui-ci est ensuite continué tout bas, puis « Et ne nos inducas in tentationem » auquel tous répondent « Sed libera nos a malo ».  Suivent quatre versets et leurs répons, et enfin une oraison termine la cérémonie. 

9 - conclusion

Cette cérémonie n’est pas strictement ecclésiastique : de tous temps, pour obéir au commandement de Notre-Seigneur, et particulièrement le Jeudi Saint, les supérieurs ont lavé les pieds de leurs inférieurs, en particulier les rois, les princes et les prélats.
Dans les pages de ce blogue, j’ai rapporté « Le dernier Jeudi Saint de la monarchie très chrétienne » (cf. > ici). Il semblerait que cet usage fut introduit à la Cour de France par Robert II dit le Pieux (972-1031), fils de Hugues Capet.

Henri Adam de Villiers, toujours dans l’article sus-cité, nous précise : « Ainsi, à la cour de France, le Roi, la Reine et le Dauphin lavaient chacun les pieds de 13 pauvres chaque Jeudi Saint, Louis XIV avait commencé à pratiquer cette cérémonie à l’âge de 4 ans et le fit jusqu’à sa mort ».
Cet usage se maintint longtemps dans les cours chrétiennes (même protestantes). Dans son « dictionnaire pratique de liturgie romaine », Robert Lesage rapporte qu’en 1907, l’empereur d’Autriche et roi de Hongrie François-Joseph, lava les pieds à douze vieillards dont la somme totale des années de leurs âges était de mille ans !

Le « Mandatum », remis à sa place traditionnelle et multicéculaire, c’est-à-dire en dehors de la Messe de la Cène dans le cours de laquelle il perd en importance et en valeur symbolique, est un sacramental à part entière qui mérite bien une cérémonie spéciale pour lui tout seul.

Saint Louis lavant les pieds des pauvres

Saint Louis lavant les pieds des pauvres

A suivre :
La célébration de la Sainte Messe du Jeudi Saint > ici

Publié dans : Chronique de Lully, De liturgia |le 23 avril, 2018 |1 Commentaire »

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 23 avril 2018 à 21 h 53 min Daniel C. écrit:

    ❤️❤️❤️

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