2018-10. Il y a 220 ans, le 20 février 1798, le Pape Pie VI était emmené captif par les révolutionnaires français.

1798 – 20 février – 2018

Départ de Pie VI de Rome le 20 février 1798

Départ de Rome de Sa Sainteté Pie VI escorté par les dragons français
survenu dans la nuit du 20 février 1798

Le 20 février 1798, bien avant l’aube, une voiture attelée fut amenée aux portes du palais apostolique du Vatican, un octogénaire malade et affaibli y monta avec beaucoup de peine. Bientôt l’équipage s’enfoncerait dans la nuit, en direction du nord.

Le vieillard perclus qui était emmené ainsi sous bonne escorte était Sa Sainteté le Pape Pie VI, captif des troupes françaises, contraint de quitter Rome, livrée à l’invasion, au pillage, à la révolution et au sacrilège.
Dix-huit mois plus tard (le 29 août 1799), le « ci-devant pape » – ainsi que le désignait la langue officielle – rendrait l’âme à Valence, en Dauphiné, au terme d’un incroyable chemin de croix.

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Né à Césène, en Romagne, le 25 décembre 1717, Jean-Ange Braschi, avait été élu au souverain pontificat le 15 février 1775 et avait choisi de prendre le nom de Pie VI, en hommage à Saint Pie V, pape de de la mise en oeuvre du concile de Trente et de la victoire de Lépante.
Son pontificat de vingt-quatre années et demi reste l’un des plus longs de l’histoire. Il en est aussi l’un des plus mouvementés et des plus dramatiques, puisqu’il vit l’aboutissement des funestes idées du « siècle des lumières » se concrétiser dans l’effroyable tourbillon de violence, de sang versé et d’impiété de la révolution.

Au-delà de tous les bouleversements politiques, le but ultime de la révolution était l’anéantissement du catholicisme.
Louis XVI aurait conservé et sa couronne et sa tête s’il avait souscrit aux mesures anti-catholiques de la révolution, et la monarchie capétienne traditionnelle n’a été combattue et abattue que parce que le Roi Très Chrétien était le rempart de la Sainte Eglise.

Il n’est évidemment pas possible de détailler ici tout ce qu’entreprit la révolution à l’encontre de l’Eglise catholique, et il faut bien garder à l’esprit que, même si pour des raisons tactiques elle a parfois fait semblant de revenir sur ses mesures persécutrices et accordé une certaine forme de liberté de culte (comme par exemple lors du traité de La Jaunaye signé avec Charette et Sapinaud en 1795), la révolution n’en poursuit pas moins l’éradication de la foi chrétienne et tend toujours et par tous les moyens à la destruction de l’Eglise.

Le Directoire (26 octobre 1795 – 9 novembre 1799) – l’histoire officielle a tendance à le faire oublier – , fut une période d’acharnement anti-catholique qui à bien des égards n’a rien à envier à la terreur robespierriste. En France, la traque contre les prêtres réfractaires y connaît un regain d’énergie, leurs emprisonnements et déportations sont remis à l’ordre du jour.
Et hors de France, le général Bonaparte reçoit du gouvernement de la première république la mission de se rendre à Rome pour y éteindre « le flambeau du fanatisme ».

En mai 1796, les troupes françaises envahirent donc la Romagne.
Pie VI, qui se savait dans l’incapacité absolue de soutenir une guerre et qui voulait par-dessus tout éviter des effusions de sang, se vit imposer par Bonaparte l’armistice de Bologne (23 juin 1796) dont les conditions étaient exhorbitantes, mais conservaient – théoriquement – au Souverain Pontife sa souveraineté territoriale et sa liberté spirituelle. Toutefois, le Directoire augmentant sans cesse ses prétentions et le peuple romain se soulevant contre les conditions exigées par les Français, Pie VI, soutenu par le Sacré-Collège unanime, rejeta les conditions de l’armistice de Bologne et tenta de trouver des soutiens du côté de l’empereur François II et du roi Ferdinand de Naples.

Lorsque Bonaparte eut connaissance des négociations entamées entre le Saint-Siège et Vienne, il envahit les Marches, s’empara d’Ancône et de Lorette (dont il pilla le trésor pour l’envoyer à Paris), et imposa aux plénipotentiaires envoyés par Pie VI – auxquels le pape avait donné la consigne de « faire tous les sacrifices, sauf en ce qui concerne la religion » – le traité de Tolentino (19 février 1797) aux termes duquel le Saint-Siège reconnaissait la république française, abandonnait ses droits sur Avignon et le Comtat venaissin, cédait à la France d’importants territoires des Etats pontificaux, s’engageait à lui payer en quatre mois la somme de 32.700.000 francs et à lui livrer des quantités d’objets d’art et de manuscrits.

Le traité de Tolentino marquait, du moins en apparence, la fin du conflit entre la France et le Saint-Siège. Les relations diplomatiques furent rétablies, et la France désigna comme ambassadeur à Rome l’un des frères du général victorieux : Joseph Bonaparte.
Ce dernier arriva dans la Ville Eternelle accompagné du général Léonard Duphot.

Or, comme dans tous les pays qui avaient été plus ou moins subjugués par les victoires françaises, à Rome même l’agitation était à son comble : des partisans des idées révolutionnaires multipliaient les troubles et fomentaient des émeutes. Le 28 décembre 1797, à l’occasion de l’une d’elles, le général Duphot qui tentait d’empêcher une bataille de rues entre les factieux et les troupes pontificales, reçut une balle qui lui fut fatale.
Joseph Bonaparte prétendit alors que l’ambassade de France avait été violée et le Directoire ordonna aux troupes françaises d’envahir l’Etat pontifical.  

Pie VI reçoit l'ordre du Directoire

Le 15 février 1798, le général Cervoni, envoyé par Berthier, présente à Sa Sainteté le Pape Pie VI l’ordre du Directoire
lui signifiant sa destitution et lui enjoignant de quitter Rome où la république a été proclamée

Le 10 février 1798, un corps de 15.000 hommes placé sous le commandement du général Louis-Alexandre Berthier, marcha sur Rome. Pie VI, qui n’était pas en mesure de repousser l’invasion, capitula. De nouvelles conditions accablantes furent imposées au Saint-Siège.
Les troupes françaises entrèrent dans la ville le 11 février.
C’était la première fois depuis le mémorable sac de 1527 perpétré par les troupes de l’empereur Charles Quint (cf. > ici) que la Ville Eternelle se trouvait envahie.
Le 15 février 1798, la république était proclamée à Rome et l’on planta, sur le Capitole, un « arbre de la liberté » surmonté du bonnet rouge. Le pape, dont on célébrait ce jour-là les cérémonies anniversaires de l’élection, déclaré déchu, était « invité » à partir. C’est le général Cervoni, envoyé par Berthier, qui avait été chargé de cette mission.
Le 16 février, les troupes françaises bivouaquèrent sur la place Saint-Pierre et prirent le contrôle de toutes les issues du Vatican. Ils allèrent même jusqu’à hisser le drapeau tricolore sur les palais apostoliques.
Berthier institua un gouvernement provisoire composé de sept consuls à la tête desquels il plaça un prêtre apostat nommé Bassal, ancien curé de Versailles.
Dès lors, les militaires français multiplièrent les vexations à l’encontre du Souverain Pontife dont on commença à préparer le départ en répandant peu à peu le bruit qu’il le ferait de son plein gré et en faisant même courir le bruit que le pape avait résolu d’abandonner l’état ecclésiastique !

Enfin, le mardi 20 février 1798, qui était la veille du mercredi des cendres, à peu près trois heures avant le lever du jour, un détachement militaire français entra dans la cour principale du palais.
L’abbé Baldassari, témoin de ces événements, raconte :
« Deux officiers français chefs de bataillon, réunirent les autres officiers qui étaient de garde au Vatican, et ils allèrent ensemble à l’appartement de Sa Sainteté ; ils témoignèrent un grand désir qu’on hâtât le départ, qui cependant avait été fixé à deux heures avant la pointe du jour. Pie VI aurait pu se rendre à leurs sollicitations ; il était prêt avant qu’on vinsse l’importuner ; mais il était impossible de partir avant que les chevaux de poste fussent arrivés. Cette raison, toute décisive qu’elle était, ne put satisfaire les officiers français ; ils s’emportèrent en blasphèmes, et leur colère ne s’apaisa que lorsqu’on vint les avertir que tout était prêt pour le départ.
Le saint Père, vêtu de la simarre blanche, avait déjà entendu la messe, à genoux, dans sa chapelle particulière, avec cette piété qu’on avait toujours admirée en lui. En sortant de l’oratoire, il prit le manteau rouge et le chapeau papal ; puis tenant d’une main la canne dont il avait coutume de se servir dans ses promenades à la campagne, et appuyé de l’autre sur le bras de son maître de chambre, il s’avança vers sa voiture de voyage. Sa figure respirait un courage tranquille. Ceux de sa maison qui se trouvaient au Vatican l’accompagnèrent silencieux et consternés ; je le suivis aussi (…).
Le saint Père étant monté dans la voiture qui lui était destinée, Mgr Caracciolo et le médecin et camérier secret de’ Rossi, tous deux en habits de prélats, se placèrent en face de Sa Sainteté ; en même temps les autres personnes de la suite montèrent dans les autres voitures, et on n’attendait plus que le moment de se mettre en route, quand les deux chefs de bataillon qui avaient eu constamment l’oeil sur Sa Sainteté, demandèrent la voiture dont ils comptaient se servir eux-mêmes. Comme on ignorait que ces deux Français eussent été choisis pour diriger le voyage, personne ne répondait. Voyant qu’on restait muet et qu’on ne leur amenait pas de voiture, ils se mirent à crier et à tempêter. Le majordome essaya de les calmer et leur dit avec douceur : qu’on avait préparé autant de voitures qu’il en fallait pour la suite du saint Père, et cela au su et avec l’approbation du gouvernement romain, et de l’autorité militaire française ; qu’on avait fait venir de la poste le nombre de chevaux accordé par le gouvernement, et nécessaire pour le voyage ; que pour ce qui les regardait, il semblait assez naturel que d’autres que le Pape et ses serviteurs eussent songé à les pourvoir de voiture. A des paroles si polies et si raisonnables, les deux officiers ne répondirent que par des gestes et des propos furibonds ; ils voulurent qu’on leur donnât sur-le-champ une voiture qui se trouvait dans la remise du palais, et ils firent dételer les chevaux d’une des voitures de la suite de Sa Sainteté pour les appliquer à leur usage. Ce furent de nouveaux frais que le Pape eut à supporter ; et les personnes de sa suite, qui occupaient la voiture dont on prit les chevaux, furent obligées de suspendre leur départ, jusqu’à ce qu’on leur permît d’en avoir d’autres, permission qui se fit attendre pendant plus d’une demi-journée.
Les deux officiers français ayant enfin commandé de partir, il survint un nouvel incident qui causa quelque trouble au saint Père. Les dragons français qui composaient l’escorte, au lieu de se tenir prêts à marcher, curieux, sans doute, de voir le Pape, se groupèrent autour du carrosse de Sa Sainteté. Au même moment on entendit de toutes parts des cris confus. Pie VI témoigna de l’inquiétude, et il tournait ses regards de côté et d’autre, pour voir d’où provenaient ces clameurs. C’étaient les deux commissaires, et ensuite tous les officiers qui éclataient en reproches et en menaces contre les soldats, dont le désordre et l’indiscipline retardaient ainsi le départ. Ces cris cessèrent enfin, et la voiture du Pape s’avança précédée et suivie d’un fort détachement de dragons. O séparation douloureuse ! il nous sembla qu’on nous arrachait le coeur ; nous nous mîmes à genoux pour recevoir la bénédiction apostolique, et le 20 février de l’année 1798, une heure environ avant le jour, Pie VI abandonna pour toujours le palais du Vatican et la ville de Rome » (« Histoire de l’enlèvement et de la captivité de Pie VI » par Monsieur l’abbé Baldassari).

Départ de Pie VI de Rome le 20 février 1798 - détail

Pie VI emmené captif par les troupes françaises le 20 février 1798
(détail de la gravure publiée en haut de page)

Pie VI, qui avait eu 80 ans le 25 décembre 1797, et qui était déjà affaibli physiquement par la maladie, commençait ainsi l’ultime étape de son pélerinage terrestre, lui auquel on attribue la sentence de la « prophétie » de Saint Malachie : « Peregrinus apostolicus – le pélerin apostolique ».
Au cours des dix-huit mois qui lui restent à vivre, il va être d’abord être emmené à Sienne, puis à la chartreuse de Florence, et enfin, par Bologne, Parme, Turin, le col du Mont-Cenis, Briançon et Grenoble, il arrivera à Valence, où il mourra d’épuisement le 29 août 1799.

armoiries de Pie VI

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3 Commentaires Commenter.

  1. le 24 février 2018 à 8 h 59 min Jean P. écrit:

    Triste réalité.
    Et ce n’est pas fini!
    Quelle chance avons-nous d’avoir été éduqués autrement que dans les champs de la barbarie.
    Dieu nous aide.

  2. le 20 février 2018 à 10 h 45 min Béatrice D. écrit:

    Il est bien dommage que « cette Histoire – notre Histoire » ne fasse pas parti des cours enseignés, ce qui permettrait un autre éclairage à tous nos contemporains.
    Merci frère de cet approfondissement qui est bienvenu à tout âge.

  3. le 20 février 2018 à 9 h 18 min Jean P. écrit:

    Lire, relire et découvrir les tristes moments de l’Histoire éclaire (ce que certains de nos contemporains ne veulent surtout pas)l’étrange complexité de l’homme : Merci pour ce retour sur le passé douloureux dont rougir n’est que bien peu de chose face à la barbarie!

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