2017-81. Du 450ème anniversaire de la « Michelade » de Nîmes.

1567 – 30 septembre – 2017

La Michelade de Nîmes gravure de Frans Hogenberg

La « Michelade » de Nîmes, gravure de Frans Hogenberg (1535 – 1590)

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A – Contexte et prétexte :

La deuxième « guerre de religion » commence lorsque les chefs protestants Louis 1er de Bourbon-Condé et Gaspard de Coligny, tentent d’enlever Sa Majesté le Roi Charles IX, ainsi que la Reine-mère Catherine de Médicis et d’autres membres de la famille royale, au château de Montceaux-en-Brie le dimanche 28 septembre 1567.
Fort heureusement, le Roi et les siens parviennent à s’échapper et se réfugient à Meaux avant de regagner Paris.
Cet épisode est entré dans l’histoire sous le nom de « surprise de Meaux ».

Louis 1er de Bourbon-Condé, Coligny et les conjurés, qui avaient été certains de réussir leur tentative criminelle et de s’emparer du pouvoir pour gouverner au nom de Charles IX devenu leur otage, avaient déjà envoyé des émissaires dans les provinces afin de provoquer un soulèvement général des sectateurs de Calvin. 

A Nîmes, c’est Jacques de Crussol, baron d’Acier, frère d’Antoine premier duc d’Uzès, qui porte les ordres du prince de Condé.
Ces consignes sont finalement très simples : prendre les armes, égorger les prêtres, les religieux et les principaux catholiques.
Ces ordres sont communiqués aux huguenots nîmois le lundi 29 septembre 1567 pour être exécutés le lendemain.

Le prétexte invoqué – car les protestants sont toujours habiles à se poser en victimes innocentes des méchants catholiques – est le suivant : une huguenote venant à Nîmes pour y vendre ses légumes à la « Michelade » – c’est-à-dire à la foire de la Saint-Michel (29 septembre) -  aurait été insultée par des soldats catholiques qui auraient aussi piétiné ses légumes…
Si cette histoire a quelque fondement (ce qui n’est absolument pas certain), il ne faut pas douter du fait que la « pauvre femme » ne soit en réalité une fanatique qui a elle-même commencé la provocation, car sinon qu’est-ce qui aurait pu permettre à des soldats, simplement chargés du maintien de l’ordre sur une foire, de distinguer cette protestante-là au milieu de toutes les très nombreuses autres femmes venues vendre leurs légumes ? Ses convictions religieuses n’étaient certainement pas écrites sur son nez ou sur ses salades !

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B – La réalité des faits :

L’ordre du massacre ayant été donné le lundi 29 septembre 1567, il commence à être mis en application le mardi 30.
Vers midi, les protestants en armes se répandent dans les rues de Nîmes avec des cris invitant à mettre à mort les « papistes ». Ils annoncent aussi que le Roi a été fait prisonnier, que la Reine-mère (Catherine de Médicis), le duc d’Anjou (futur Henri III), le duc d’Alençon (François, dernier fils d’Henri II et de Catherine de Médicis) et les Guise ont été tués, et que les principales villes du Royaume sont désormais aux mains des protestants.
Ces fausses nouvelles ont pour but de décupler la hargne des huguenots et de les exciter à ne pas faire de quartier.

Ces fanatiques vont chercher les principaux catholiques dans leurs maisons et partout où on pense les trouver.
Quelques uns toutefois parviennent à s’enfuir jusqu’à ce que les huguenots s’emparent des portes, les barricadent et empêchent quiconque de quitter la ville : les catholiques sont pris au piège.
Plusieurs autres catholiques se réfugient et s’enferment à l’intérieur du château de Nîmes (il était attenant à la porte d’Auguste et a été démoli depuis) ; les religionnaires en feront le siège, mais les catholiques le soutiendront victorieusement et en sortiront libres et saufs le 15 octobre.

Outre les notables, les protestants se saisissent en priorité des religieux et des prêtres : ils tentent de se saisir de l’évêque lui-même, lequel parviendra néanmoins à se cacher et à échapper à la mort.

Le conseil des calvinistes qui a ordonné ces massacres, a également décidé la démolition de la cathédrale, de l’évêché, des maisons du chapitre, des monastères et des églises.
Ils voulurent commencer les démolitions par le grand clocher de la cathédrale, monument du XIe siècle d’une masse énorme, en le sapant par la base ; ils avaient déjà écorné la première rangée de pierres, quand ils s’avisèrent que son écroulement  risquait d’écraser toutes les maisons voisines, dont plusieurs appartenaient à des calvinistes : ils en restèrent donc là pour ce qui est du clocher, mais le reste de la cathédrale fut abattu, après des scènes de profanation et de pillage indescriptibles…
Toutes les autres églises et chapelles de la ville, tant paroissiales que conventuelles, ont à subir des pillages, profanations ou destructions, et certaines ne s’en relèveront jamais.
Quantité de documents anciens d’un grand intérêt historique autant que juridique sont livrés aux flammes en même temps que les ornements sacerdotaux et nombre d’objets du culte.

Au soir de ce mardi 30 septembre, les huguenots rassemblent une centaine de catholiques (prêtres, religieux et laïcs) dans la cour de l’évêché, proche de la cathédrale.
De coups d’épée en coups de dague, ils les égorgent et les massacrent, puis ils dénudent les corps avant de les jeter dans le puits qui se trouvait alors dans cette cour.

Après ces événements, ce puits fut fermé et surmonté d’une croix : il portera longtemps le nom de « puits de malemort », mais aujourd’hui, tout comme l’ancien évêché, il n’existe plus : des constructions ont été élevées au-dessus.

Certains corps en ont été exhumés et ont été ensevelis sous le dallage de la « chapelle des martyrs », au pied du clocher de la cathédrale (rebâtie au XVIIème siècle) ou bien en d’autres édifices religieux proches, puisque Monseigneur Valentin Esprit Fléchier, évêque de Nîmes de 1689 à 1710, note dans son registre, après la visite pastorale qu’il accomplit le 30 mai 1693 à la chapelle Sainte-Eugénie« Nous avons trouvé des ossements, sous le maître-autel de la chapelle, qui proviennent du puits de l’évêché. Il s’agit bien entendu des victimes de la « Michelade ».

Certains historiens tentent, bien évidemment, de minimiser les exactions alors commises par les sectateurs de Calvin, et ne donnent qu’un chiffre très bas en ce qui concerne les catholiques mis à mort en haine de la foi et de l’Eglise lors de cette « Michelade » : certains osent ne parler que d’une vingtaine de tués !
En réalité, pour être juste, il ne faut pas limiter le nombre des victimes seulement à celles qui furent égorgées dans la cour de l’évêché et précipitées ensuite dans ce puits : il y eut sans nul doute d’autres catholiques martyrisés en d’autres endroits de la cité.

Dans les jours qui suivirent, des troupes protestantes se livrèrent à des pillages et des massacres dans les environs de Nîmes, dans l’Uzège et dans le sud du Vivarais, dans la vallée du Rhône, et jusqu’à Valence où presque toutes les églises de la ville furent mises à sac et incendiées.  

La Michelade de Nîmes lavis de Louis Boulanger vers 1838

La « Michelade » de Nîmes : lavis à l’encre de Louis Boulanger (1806 – 1867)

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Publié dans : Memento |le 29 septembre, 2017 |1 Commentaire »

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 29 septembre 2017 à 17 h 58 min Abbé Jean-Louis D. écrit:

    Il est bon de connaître ces atrocités des guerres de religion dont on accuse à sens unique l’Eglise catholique. Merci de nous avoir fait connaître celles de Nîmes.

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