2017-69. Le triomphe de la Sainte Vierge dans le ciel, est la consommation de tous les mérites de cette auguste Reine du ciel et de la terre.

22 août,
Fête du Coeur immaculé de Marie.

« Jusqu’à l’intervention de Pie XII pendant la seconde guerre mondiale, ce jour était celui de l’Octave de l’Assomption : on y disait la même Messe que le 15 août après avoir fait mémoire de l’Assomption tous les jours en seconde oraison. En 1942, Pie XII institua la fête du Cœur Immaculé, on ne fit plus rien du jour Octave de l’Assomption, sauf dans le cas où une fête particulière de 1ère ou de 2ème classe l’aurait emporté sur la fête du Cœur Immaculé : dans ce cas-là, on faisait mémoire du jour octave avec la même oraison que le 15 août et on ne faisait rien de la fête du Cœur Immaculé. La suppression de l’Octave de l’Assomption en 1955 a supprimé cette rubrique » (citation de l’excellent site Introibo).
C’est néanmoins dans la continuité logique de cet octave de l’Assomption et dans la perspective du triomphe du Coeur immaculé de Marie prophétisé lors des apparitions de Fatima dont nous commémorons le centenaire en cette année 2017, que nous vous invitons à lire et à méditer sur ce sermon du Saint Curé d’Ars.

Assomption - église de la Nativité de la Vierge à Montréal

L’Assomption
(vitrail de l’église de la Nativité de Marie, à Montréal, Québec)

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Sermon de Saint Jean-Marie Vianney, curé d’Ars,
sur les grandeurs de Marie,
à l’occasion de la fête de l’Assomption.

Quia respexit humilitatem ancillæ suæ.
Parce que le Seigneur a regardé la bassesse de sa servante.

(S. Luc, I, 48.)

Si nous voyons, M.F., la sainte Vierge s’abaisser, dans son humilité, au-dessous de toutes les créatures, nous voyons aussi cette humilité l’élever au-dessus de tout ce qui n’est pas Dieu. Non, ce n’est point les grands de la terre qui l’ont fait monter à ce suprême degré de dignité où nous avons le bonheur de la contempler aujourd’hui. Les trois personnes de la Très Sainte Trinité l’ont placée sur ce trône de gloire ; elles l’ont proclamée Reine du ciel et de la terre, en la rendant dépositaire de tous les célestes trésors. Non, M.F., nous ne comprendrons jamais assez les grandeurs de Marie, et le pouvoir que Jésus-Christ son divin Fils lui a donné ; nous ne connaîtrons jamais bien le désir qu’elle a de nous rendre heureux. Elle nous aime comme ses enfants ; elle se réjouit du pouvoir que Dieu lui a donné, afin de nous être plus utile. Oui, Marie est notre médiatrice c’est elle qui présente à son divin Fils toutes nos prières, nos larmes et nos gémissements ; c’est elle qui nous attire les grâces nécessaires pour notre salut. Le Saint-Esprit nous dit que Marie, entre toutes les créatures, est un prodige de grandeur, un prodige de sainteté et un prodige d’amour. Quel bonheur pour nous, M.F., quelle espérance pour notre salut ! Ranimons notre confiance envers cette bonne et tendre Mère, en considérant 1° sa grandeur ; 2° son zèle pour notre salut ; 3° ce que nous devons faire pour lui plaire et mériter sa protection.

I. – Parler des grandeurs de Marie, M.F., c’est vouloir diminuer l’idée sublime que vous vous en faites ; car saint Ambroise nous dit que Marie est élevée à un si haut degré de gloire, d’honneur et de puissance, que les anges mêmes ne peuvent le comprendre ; cela est réservé à Dieu seul. De là, je conclus que tout ce que vous pourrez entendre, ne sera toujours rien ou presque rien, auprès de ce qu’elle est aux yeux de Dieu. Le plus bel éloge que l’Église puisse nous en donner, c’est de dire que Marie est la Fille du Père Éternel, la Mère du Fils de Dieu Sauveur du monde, l’Épouse du Saint-Esprit. Si le Père Éternel a choisi Marie pour sa fille par excellence, quel torrent de grâces ne doit-il pas verser dans son âme ? Elle en reçut, à elle seule, plus que tous les anges et tous les saints ensemble. Il commença par la préserver du péché originel, grâce qui n’a été accordée qu’à elle seule. Il l’a fixée dans cette grâce, avec une parfaite assurance qu’elle ne la perdrait jamais. Oui, M.F., le Père Éternel l’enrichit des dons du ciel, à proportion de la grande dignité à laquelle il devait l’élever. Il forma en elle un temple vivant des trois Personnes de la Très Sainte Trinité. Disons encore mieux, il fit pour elle tout ce qu’il était possible de faire pour une créature. Si le Père Éternel a pris tant de soin à l’égard de Marie, nous voyons aussi le Saint-Esprit venir l’embellir lui-même à un tel degré, que dès l’instant de sa conception, elle devint l’objet des complaisances des trois Personnes divines. Marie seule a le bonheur d’être la fille du Père Éternel, elle a aussi celui d’être la mère du Fils et l’épouse du Saint-Esprit. Par ces dignités incomparables, elle se voit associée aux trois Personnes de la Sainte Trinité, pour former le corps adorable de Jésus-Christ. C’est d’elle que Dieu devait se servir pour renverser ou ruiner l’empire du démon. C’est elle que les trois Personnes divines employèrent pour sauver le monde, en lui donnant un Rédempteur. Auriez-vous jamais pensé que Marie fût un tel abîme de grandeur, de puissance et d’amour ? Après le corps adorable de Jésus-Christ, elle fait le plus bel ornement de la cour céleste…

Nous pouvons dire que le triomphe de la sainte Vierge dans le ciel, est la consommation de tous les mérites de cette auguste Reine du ciel et de la terre. Ce fut dans ce moment qu’elle reçut le dernier ornement de son incomparable dignité de Mère de Dieu. Après avoir subi quelque temps les misères diverses de la vie et les humiliations de la mort, elle alla jouir d’une vie, la plus glorieuse et la plus heureuse dont une créature puisse jamais jouir. Nous nous étonnons parfois que Jésus, qui aimait tant sa mère, l’ait laissée si longtemps sur la terre après sa résurrection. La raison de ceci, c’est qu’il voulait, par ce retard, lui procurer une plus grande gloire, et que du reste, les apôtres avaient encore besoin de sa personne pour être consolés et conduits. C’est Marie qui a révélé aux apôtres les plus grands secrets de la vie cachée de Jésus-christ. C’est encore Marie qui a levé l’étendard de la virginité, qui en a fait connaître tout l’éclat, toute la beauté, et nous montre l’inestimable récompense réservée à ce saint état.

Mais reprenons, M.F., continuons à suivre Marie jusqu’au moment où elle quitte ce monde. Jésus-Christ voulut qu’avant d’être élevée au ciel, elle pût revoir encore une fois tous ses apôtres. Tous, saint Thomas excepté, furent miraculeusement transportés autour de son pauvre lit. Par un excès de cette humilité qu’elle avait toujours portée à un très haut degré, elle leur baisa à tous les pieds, et leur demanda leur bénédiction. Cet acte la préparait à l’éminente gloire à laquelle son Fils devait l’élever. Ensuite Marie leur donna à tous sa bénédiction. Il me serait impossible de vous faire comprendre les larmes que répandirent en ce moment les apôtres, sur la perte qu’ils allaient faire. La sainte Vierge n’était-elle pas, après le Sauveur, tout leur bonheur, toute leur consolation ? Mais Marie, pour adoucir un peu leur peine, leur promit de ne pas les oublier auprès de son divin Fils. On croit que le même ange qui lui avait annoncé le mystère de l’Incarnation, vint lui marquer, de la part de son Fils, l’heure de sa mort. La sainte Vierge répondit à l’ange : « Ah ! quel bonheur ! et combien je désirais ce moment ! » Après cette heureuse nouvelle, elle voulut faire son testament, qui fut bientôt fait. Elle avait deux tuniques, elle les donna à deux vierges, qui la servaient depuis longtemps. Elle se sentit alors brûler de tant d’amour que son âme, semblable à une fournaise ardente, ne pouvait plus rester dans son corps. Heureux moment !…

Pouvons-nous voir, M.F., les merveilles qui s’opèrent à cette mort, sans nous sentir un ardent désir de vivre saintement pour mourir saintement ? C’est vrai, nous ne devons pas nous attendre à mourir d’amour, mais au moins ayons l’espérance de mourir dans l’amour de Dieu. Marie ne craint nullement la mort, puisque la mort va la mettre en possession du bonheur parfait ; elle sait que le ciel l’attend, et qu’elle en sera un des plus beaux ornements. Son Fils et toute la cour céleste s’avancent pour célébrer cette brillante fête, tous les saints et saintes du ciel n’attendent que les ordres de Jésus, pour venir chercher cette Reine et l’emmener en triomphe dans son royaume. Tout est préparé dans le ciel pour la recevoir ; elle va goûter des honneurs au-dessus de tout ce que l’on peut concevoir. Pour sortir de ce monde, Marie ne subit point la maladie, car elle est exempte de péché. Malgré son grand âge, son corps ne fut jamais décrépit comme celui des autres mortels, au contraire, il semblait qu’à mesure qu’il approchait de la fin, il prenait un nouvel éclat. Saint Jean Damascène nous dit que ce fut Jésus-Christ lui-même qui vint chercher sa mère. Ainsi disparaît ce bel astre qui pendant soixante et douze ans a éclairé le monde. Oui, M.F., elle revoit son Fils, mais sous un aspect bien différent de celui où elle l’avait vu, lorsque, tout couvert de sang, il était cloué à la croix.

O Amour divin, voilà la plus belle de vos victoires et de toutes vos conquêtes ! Vous ne pouviez rien faire de plus, mais aussi vous ne pouviez rien faire de moins. Oui, M F., s’il fallait que la mère d’un Dieu mourût, elle ne pouvait mourir que d’un transport d’amour. O belle mort ! ô mort heureuse ! ô mort désirable ! Ah ! qu’elle est dédommagée de ce torrent d’humiliations et de douleurs dont sa sainte âme a été inondée pendant sa vie mortelle ! Oui, elle revoit son Fils, mais tout autre que le jour où elle l’avait vu pendant sa douloureuse passion, entre les mains de ses bourreaux, portant sa croix, couronné d’épines, sans pouvoir le soulager. Oh ! non, elle ne le voit plus sous ce triste appareil, capable d’anéantir les créatures tant soit peu sensibles ; mais elle le voit, dis-je, tout brillant de lumière, revêtu d’une gloire qui fait toute la joie et le bonheur du ciel ; elle voit les anges et les saints qui tous l’environnent, le louent, le bénissent et l’adorent jusqu’à l’anéantissement. Oui, elle revoit ce tendre Jésus, exempt de tout ce qui peut le faire souffrir. Ah ! qui de nous ne voudrait pas travailler à aller rejoindre la Mère et le Fils dans ce lieu de délices ? Quelques moments de combats et de souffrances sont grandement récompensés.

Ah ! M.F., quelle mort heureuse ! Marie ne craint rien, parce qu’elle a toujours aimé son Dieu ; elle ne regrette rien, parce qu’elle n’a jamais rien possédé que son Dieu., Voulons-nous mourir sans crainte ? Vivons, comme Marie, dans l’innocence ; fuyons le péché, qui fait tout notre malheur pour le temps et pour l’éternité. Si nous avons été assez malheureux pour le commettre, à l’exemple de saint Pierre, pleurons jusqu’à notre mort, et que nos regrets ne finissent qu’avec la vie. A l’exemple du saint roi David, descendons dans le tombeau en versant des pleurs ; lavons nos âmes dans l’amertume de nos larmes. Voulons-nous, comme Marie, mourir sans chagrin ? Vivons comme elle, sans nous attacher aux choses créées ; faisons comme elle, n’aimons que Dieu seul, ne désirons que lui seul, ne cherchons qu’à lui plaire dans tout ce que nous faisons. Heureux le chrétien, qui ne quitte rien pour trouver tout !…

Approchons encore un instant de ce pauvre grabat, qui est si heureux de soutenir cette perle précieuse, cette rose toujours fraîche et sans épines, ce globe de gloire et de lumière, qui doit donner un nouvel éclat à toute la cour céleste. Les anges, dit-on, entonnèrent un cantique d’allégresse dans l’humble demeure où était le saint corps, et elle était remplie d’une odeur si agréable, qu’il semblait que toutes les douceurs du ciel y fussent descendues. Allons, M.F., accompagnons du moins en esprit, ce convoi sacré ; suivons ce tabernacle où le Père avait renfermé tous ses trésors, et qui va être caché, pour quelque temps, comme l’a été le corps de son divin Fils. La douleur et les gémissements rendirent silencieux les apôtres et tous les fidèles venus en foule pour voir encore une fois la Mère de leur Rédempteur. Mais étant revenus à eux-mêmes, ils commencèrent tous à chanter des hymnes et des cantiques pour honorer le Fils et la Mère. Une partie des anges monta au ciel pour conduire en triomphe cette âme sans égale ; l’autre, resta sur la terre pour célébrer les obsèques du saint corps. Je vous le demande, M.F., qui serait capable de nous faire la peinture d’un si beau spectacle ? D’un côté, l’on entendait les esprits bienheureux employer toute leur industrie céleste, pour témoigner la grande joie qu’ils avaient de la gloire de leur Reine ; de l’autre, on voyait les apôtres et un grand nombre de fidèles, élever aussi leurs voix pour seconder l’harmonie de ces chantres célestes. Saint Jean Damascène nous dit qu’avant de mettre le saint corps dans le tombeau, ils eurent tous le bonheur de baiser ses mains saintes et sacrées, qui, tant de fois, avaient porté le Sauveur du monde. Dans ce moment, il n’y eut pas un malade qui ne reçût sa guérison ; il n’y eut pas une personne dans Jérusalem qui ne demandât quelque grâce au bon Dieu par la médiation de Marie et qui ne l’obtînt. Dieu le voulait ainsi pour nous montrer que tous ceux qui, dans la suite, auraient recours à elle, étaient bien sûrs de tout obtenir.

Quand chacun, nous dit le même saint, eut contenté sa dévotion et reçu l’effet de ses demandes, l’on pensa à la sépulture de la Mère de Dieu. Les apôtres, selon la coutume des Juifs, ordonnèrent de laver le saint corps et de l’embaumer. Ils chargèrent donc de cet office deux vierges au service de Marie. Celles-ci, par un fait tout miraculeux, ne purent voir ni toucher le saint corps. L’on crut reconnaître en cela la volonté de Dieu, et l’on ensevelit le corps avec tous ses vêtements. Si Marie, sur la terre, fut d’une humilité sans égale, sa mort et sa sépulture furent aussi sans égales, par la grandeur des merveilles qui s’opérèrent alors. Ce furent les apôtres eux-mêmes qui portèrent le précieux dépôt, et ce cortège saint et sacré traversa la ville de Jérusalem jusqu’au lieu de la sépulture, qui était le bourg de Gethsémani, dans la vallée de Josaphat. Tous les fidèles l’accompagnèrent avec des flambeaux à la main, plusieurs se joignaient à cette troupe pieuse, qui portait l’arche de la nouvelle alliance et la conduisait au lieu de son repos. Saint Bernard nous dit que les anges faisaient eux-mêmes leur procession, précédant et suivant le corps de leur Souveraine avec des cantiques d’allégresse ; tous ceux qui étaient présents entendaient le chant de ces anges, et partout où passait ce saint corps, il répandait une odeur délicieuse, comme si toutes les douceurs et les parfums célestes étaient descendus sur la terre. Il y eut, ajoute ce saint, un malheureux juif, qui, mourant de rage de voir que l’on rendait tant d’honneurs à la Mère de Dieu, se jeta sur le corps pour le faire tomber dans la boue ; mais il ne l’eut pas plus tôt touché, que ses deux mains tombèrent desséchées. S’étant repenti, il pria saint Pierre qu’on le fît approcher du corps de la sainte Vierge. En le touchant, ses deux mains se replacèrent d’elles-mêmes sans qu’elles parussent avoir été jamais séparées. Le corps de la Mère de Dieu ayant été déposé avec respect dans le sépulcre, les fidèles se retirèrent à Jérusalem ; mais les anges continuèrent à chanter, pendant trois jours, les louanges de Marie. Les apôtres venaient les uns après les autres, pour s’unir aux anges qui restaient au-dessus du tombeau. Au bout de trois jours, saint Thomas, qui n’avait pas assisté à la mort de la Mère de Dieu, vint demander à saint Pierre le bonheur de voir encore une fois le corps virginal. Ils allèrent donc au sépulcre, et n’y trouvèrent plus que les vêtements. Les anges l’avaient emportée dans le ciel, car on ne les entendait plus. Pour vous faire une fidèle description de son entrée glorieuse et triomphante dans le ciel, il faudrait, M.F., être Dieu lui-même, qui, dans ce moment, voulut prodiguer à sa Mère toutes les richesses de son amour, de sa reconnaissance. Nous pouvons dire qu’il rassembla alors tout ce qui fut capable d’embellir son triomphe dans le ciel. « Ouvrez-vous, portes du ciel, voici votre Reine qui quitte la terre pour embellir les cieux par la grandeur de sa gloire, par son immensité de mérites et de dignité. » Quel spectacle ravissant ! jamais le ciel n’avait vu entrer dans son enceinte une créature si belle, si accomplie, si parfaite et si riche de vertus. « Quelle est celle-ci, dit l’Esprit-Saint, qui s’élève du désert de cette vie, toute comblée de délices et d’amour, appuyée sur le bras de son bien-aimé ?… » Approchez, les portes du ciel s’ouvrent, et toute la cour céleste se prosterne devant elle comme devant sa Souveraine. Jésus-Christ lui-même la conduit dans son triomphe, et la fait asseoir sur le plus beau trône de son royaume. Les trois Personnes de la Très Sainte Trinité lui mettent sur la tête une brillante couronne et la rendent dépositaire de tous les trésors du ciel. Oh ! M.F., quelle gloire pour Marie ! mais aussi quel sujet d’espérance pour nous, de la savoir si élevée en dignité, et de connaître le grand désir qu’elle a de sauver, nos âmes !

II. – Quel amour n’a-t-elle pas pour nous ? Elle nous aime comme ses enfants ; elle aurait voulu mourir pour nous si cela eût été nécessaire. Adressons-nous à elle avec une grande confiance, et nous sommes sûrs que, quelque misérables que nous soyons, elle nous obtiendra la grâce de notre conversion. Elle prend tant de soin du salut de notre âme, elle désire tant notre bonheur !… Nous lisons dans la vie de saint Stanislas, grand dévot envers la Reine du ciel, qu’un jour, étant en prière, il dit à la Sainte Vierge de vouloir bien se montrer à lui avec le saint Enfant Jésus. Cette prière fut si agréable au bon Dieu, que dans le même moment Stanislas vit paraître devant lui la sainte Vierge, tenant le saint Enfant entre ses bras. Une autre fois, se trouvant malade dans une maison de luthériens qui ne voulaient pas lui permettre de communier, il s’adressa à la sainte Vierge, et la pria de lui procurer ce bonheur. Sa prière à peine achevée, il vit venir un ange qui lui apportait la sainte Hostie et qui était accompagné de la sainte Vierge. Dans une circonstance à peu près semblable, la même chose lui arriva, un ange lui apporta Jésus-Christ et lui donna la sainte communion. Voyez, M.F., combien Marie prend soin du salut de ceux qui ont confiance en elle !

Que nous sommes heureux, d’avoir une Mère pour nous précéder dans la pratique des vertus que nous devons avoir, si nous voulons aller au ciel et plaire à Dieu ! Mais prenons bien garde de ne jamais mépriser ni elle, ni le culte qu’on lui rend. Saint François de Borgia nous raconte qu’un grand pécheur, à son lit de mort, ne voulait entendre parler ni de Dieu, ni de son âme, ni de confession. Saint François qui se trouvait alors dans le pays de ce malheureux, se mit à prier Dieu pour lui ; comme il priait avec larmes, il entendit une voix qui lui dit: « Allez, François, allez porter ma croix à ce malheureux, exhortez-le à la pénitence. » Saint François court vers le malade déjà dans les bras de la mort. Hélas ! il avait déjà fermé son cœur à la grâce. Saint François le pria d’avoir pitié de son âme, de demander pardon au bon Dieu ; mais non, tout était perdu pour lui. Le saint entendit encore deux fois la même voix qui lui dit « Allez, François, portez ma croix à ce malheureux. » Le saint montra encore son crucifix, qui se trouva tout couvert de sang et qui coulait de toutes parts ; il dit au pécheur que ce sang adorable lui obtiendrait son pardon s’il voulait lui demander miséricorde. Mais non, tout fut perdu pour lui, il mourut en blasphémant le saint nom de Dieu: et son malheur venait de ce qu’il avait raillé et méprisé la sainte Vierge, dans les honneurs qu’on lui rendait. Ah ! M.F., prenons bien garde de ne jamais rien mépriser de ce qui se rapporte au culte de Marie, cette Mère si bonne, si portée à nous secourir à la moindre confiance que nous avons en elle ! Voici quelques exemples qui vous montreront que, si nous avons été fidèles à la moindre pratique de dévotion envers la sainte Vierge, jamais elle ne permettra que nous mourions dans le péché.

Il est rapporté dans l’histoire qu’un jeune libertin se livrait, sans aucun remords, à tous les vices de son cœur. Une maladie l’arrêta au milieu de ses désordres ; tout libertin qu’il était, il n’avait pourtant jamais manqué de dire tous les jours un Ave Maria ; c’était la seule prière qu’il faisait, et encore la faisait-il bien mal : ce n’était pas autre chose qu’une simple habitude. Dès que l’on sut que sa maladie était sans espérance de guérison, on alla chercher le prêtre de la paroisse qui vint le visiter, et l’exhorta à se confesser. Mais le malade lui répondit que s’il avait à mourir, il voulait mourir comme il avait vécu, et que, s’il venait à en échapper, il ne voulait pas vivre autrement que jusqu’alors. Ce fut la réponse qu’il fit à tous ceux qui voulurent lui parler de confession. On était dans une grande consternation ; personne n’osait plus lui en parler, dans la crainte de lui donner occasion de vomir les mêmes blasphèmes et les mêmes impiétés. Sur ces entrefaites, un de ses camarades, mais plus sage que lui, qui souvent l’avait repris de ses désordres, alla le trouver. Après lui avoir parlé de différentes choses, il lui dit sans détours : « Tu devrais bien, mon camarade, penser à te convertir. » – « Mon ami, répliqua le malade, je suis un trop grand pécheur ; tu sais bien la vie que j’ai menée. » – « Eh bien ! prie la sainte Vierge qui est le refuge des pécheurs. » – « Ah ! j’ai bien dit tous les jours un Ave Maria ; mais voilà toutes les prières que j’ai faites. Crois-tu que cela me serve de quelque chose ? » – « Comment ! répliqua l’autre, cela te servira de tout. Ne lui as-tu pas demandé de prier pour toi à l’heure de la mort ? C’est donc à présent qu’elle va prier pour toi. » – « Puisque tu penses que la sainte Vierge prie pour moi, va chercher M. le curé pour me confesser tout de bon. » En prononçant ces paroles, il se mit à verser des torrents de larmes. « Pourquoi pleurer ? lui dit son ami. » – « Ah ! pourrais-je jamais assez pleurer, après avoir mené une vie si criminelle, après avoir offensé un Dieu si bon, qui veut encore me pardonner ! Je voudrais pouvoir pleurer des larmes de sang pour montrer au bon Dieu combien je suis lâché de l’avoir tant offensé ; mais, mon sang est trop impur pour être offert à Jésus-Christ en expiation de mes péchés. Ce qui me console, c’est que Jésus-Christ mon Sauveur a offert le sien à son Père pour moi, c’est en lui que j’espère. » Son ami entendant ce discours, et voyant couler ses larmes, se mit à pleurer de joie avec lui. Ce changement était si extraordinaire, qu’il l’attribua à la protection de la sainte Vierge. Dans ce moment, le curé revint, et, fort étonné de les voir pleurer tous deux, il leur demanda ce qui était arrivé. – « Ah ! Monsieur, répondit le malade, je pleure mes péchés ! Hélas ! je commence bien tard à les pleurer ! Mais je sais que les mérites de Jésus-Christ sont infinis et que sa miséricorde est sans bornes ; j’ai encore espoir que le bon Dieu aura pitié de moi. » Le prêtre, étonné, lui demanda qui avait fait en lui un pareil changement ? « La sainte Vierge, dit le malade, a prié pour moi, c’est ce qui m’a fait ouvrir les yeux sur mon misérable état. » – « Vous voulez bien vous confesser ? » – « Oh ! oui, Monsieur, je veux me confesser, et même tout haut ; puisque j’ai scandalisé par ma mauvaise vie, je veux que l’on soit témoin de non repentir. » Le prêtre lui dit que cette mesure n’était pas nécessaire, qu’il suffisait, pour réparer les scandales, de savoir qu’il avait été administré. Il se confessa avec tant de douleur et de larmes, que le prêtre fut obligé plusieurs fois de s’arrêter pour le laisser pleurer. Il reçut les sacrements avec de si grandes marques de repentir, qu’on aurait cru qu’il allait en mourir.

Saint Bernard n’avait-il pas raison de nous dire que celui qui est sous la protection de Marie est en sûreté ; et que jamais l’on a vu la sainte Vierge abandonner une personne qui a fait quelque acte de piété en son honneur ? Non, M.F., jamais cela ne s’est vu et ne se verra. Voyez comme la sainte Vierge a récompensé un Ave Maria, que ce jeune homme avait dit tous les jours et encore, comment le disait-il ? Cependant, vous venez de voir qu’elle fit un miracle, plutôt que de le laisser mourir sans confession. Quel bonheur pour nous d’invoquer Marie, puisque ainsi elle nous sauve et nous fait persévérer dans la grâce ! Quel sujet d’espérance de penser que malgré nos péchés, elle s’offre sans cesse à Dieu pour demander notre pardon ! Oui, M.F., c’est elle qui ranime notre espérance en Dieu, c’est elle qui lui présente nos larmes, c’est elle qui nous empêche de tomber dans le désespoir à la vue de nos péchés.

Le bienheureux Alphonse de Liguori raconte qu’un de ses compagnons, prêtre, vit un jour entrer dans une église un jeune homme dont l’extérieur annonçait une âme dévorée de remords. Le prêtre s’approcha du jeune homme et lui dit : « Voulez-vous vous confesser, mon ami ? » Celui-ci répond que oui, mais, en même temps, il demande à être entendu dans un lieu retiré, car sa confession devait être longue. Quand ils furent seuls, le nouveau pénitent parla en ces termes : « Mon père, je suis étranger et gentilhomme ; mais je ne crois pas pouvoir jamais devenir l’objet des miséricordes d’un Dieu que j’ai tant offensé par ma vie si criminelle. Sans vous parler des meurtres et des infamies dont je me suis rendu coupable, je vous dirai qu’ayant désespéré de mon salut, je me suis livré à toutes sortes de péchés, moins pour contenter mes passions, que pour outrager le bon Dieu et satisfaire la haine que j’avais contre lui. J’avais un crucifix sur moi, je l’ai jeté par mépris. Ce matin même, je suis allé à la table sainte pour commettre un sacrilège, mon intention était de fouler aux pieds la sainte hostie, si les personnes qui étaient présentes ne m’en avaient empêché ; et dans ce moment, il remit à son confesseur la sainte hostie qu’il avait conservée dans un papier. En passant devant cette église, ajouta-t-il, je me suis senti pressé d’entrer, au point que je n’ai pu résister ; j’ai éprouvé des remords si violents, ils déchiraient tellement ma conscience, qu’à mesure que je me suis approché de votre confessionnal, je tombai dans un grand désespoir. Si vous n’étiez pas sorti pour venir à moi, j’allais m’en aller de l’église, je ne sais vraiment pas comment il a pu se faire que je sois ainsi à vos genoux pour me confesser. » Mais le prêtre lui dit : « N’avez-vous pas fait quelques bonnes oeuvres qui vous ont mérité une telle grâce ? peut-être avez-vous offert quelques sacrifices à la sainte Vierge ou imploré son assistance, car de telles conversions ne sont ordinairement que des effets de la puissance de cette bonne mère ? » – « Mon père, vous vous trompez, j’avais un crucifix, je l’ai jeté par mépris. » – « Mais, réfléchissez bien, ce miracle ne s’est pas fait sans quelque raison. » – « Mon père, dit le jeune homme portant la main sur son scapulaire, voilà tout ce que j’ai conservé. » – « Ah ! mon ami, lui dit le prêtre en l’embrassant, ne voyez-vous pas que c’est la sainte Vierge qui vous a obtenu cette grâce, que c’est elle qui vous a attiré dans cette église qui lui est consacrée ? » A ces paroles, le jeune homme fondit en larmes ; il entra dans tous les détails de sa vie criminelle, et sa douleur croissant toujours, il tomba aux pieds de son confesseur comme mort ; revenu à lui, il acheva sa confession. Avant de quitter l’église, il promit de raconter partout la grande miséricorde que Marie avait obtenue de son Fils pour lui.

III. – Que nous sommes heureux, M.F., d’avoir une Mère si bonne, si dévouée au salut de nos âmes ! Cependant il ne faut pas se contenter de la prier, il faut encore pratiquer toutes les autres vertus que nous savons être agréables à Dieu. Un grand serviteur de Marie, saint François de Paule, fut un jour appelé par Louis XI, espérant obtenir de lui sa guérison. Le saint trouva dans le roi toutes sortes de bonnes qualités, il s’adonnait à quantité de bonnes couvres et de prières en l’honneur de Marie. Il disait tous les jours son chapelet, faisait beaucoup d’aumônes pour honorer la sainte Vierge, portait sur lui plusieurs reliques ; mais sachant qu’il n’avait pas assez de modestie et de retenue dans ses paroles, et qu’il souffrait chez lui des gens de mauvaise vie, saint François de Paule lui dit en pleurant : « Prince, croyez-vous que toutes vos dévotions soient agréables à la sainte Vierge ? Non, non, prince, commencez à imiter Marie, et vous êtes sûr qu’elle vous tendra les mains. » En effet, ayant fait une confession de toute sa vie, il reçut tant de grâces et tant de moyens de salut, qu’il mourut de la manière la plus édifiante, en disant que Marie lui avait valu le ciel par sa protection. Le monde est plein de monuments qui nous attestent les grâces que la sainte Vierge nous obtient ; voyez tous ces sanctuaires, tous ces tableaux, toutes ces chapelles en l’honneur de Marie. Ah ! M.F., si nous avions une tendre dévotion envers Marie, que de grâces nous obtiendrions tous pour notre salut ! Oh ! pères et mères, si tous les matins vous mettiez tous vos enfants sous la protection de la sainte Vierge, elle prierait pour eux, elle les sauverait et vous aussi. Oh ! comme le démon redoute la dévotion envers la sainte Vierge !… Il se plaignait un jour hautement au bienheureux François que deux sortes de personnes le faisaient bien souffrir. D’abord, celles qui contribuent à répandre la dévotion à la sainte Vierge, puis celles qui portent le saint Scapulaire.

Ah ! M.F., en faut-il davantage pour nous inspirer une grande confiance à la sainte Vierge et le désir de nous consacrer entièrement à elle en mettant notre vie, notre mort et notre éternité entre ses mains ? Quelle consolation pour nous dans nos chagrins, dans nos peines, de savoir que Marie veut et peut nous secourir ! Oui, nous pouvons dire que celui qui a le bonheur d’avoir une grande confiance en Marie a son salut en sûreté ; et jamais on n’aura entendu dire que celui qui a mis son salut entre les mains de Marie, ait été damné. Nous reconnaîtrons à l’heure de la mort combien la sainte Vierge nous a fait éviter de péchés, et comme elle nous a fait faire du bien que nous n’aurions jamais fait sans sa protection. Prenons-la pour notre modèle, et nous sommes sûrs de bien marcher dans le chemin du ciel. Admirons en elle cette humilité, cette pureté, cette charité, ce mépris de la vie, ce zèle pour la gloire de son Fils et le salut des âmes. Oui, M.F., donnons-nous et consacrons-nous à Marie pour toute notre vie. Heureux celui qui vit et meurt sous la protection de Marie, le ciel lui est assuré ! C’est ce que je vous souhaite.

Coeur douloureux et immaculé de Marie

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 22 août 2017 à 8 h 42 min Le Forez écrit:

    Ah ! si tous les prêtres pouvaient avoir cette joie, cette humilité, qu’elle serait belle notre France chrétienne !
    Merci pour ce passage d’anthologie.

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