2017-51. Du moindre mal.

« Politiquement, la faiblesse de l’argument du moindre mal a toujours été que ceux qui choisissent le moindre mal oublient très vite qu’ils ont choisi le mal. »

Hannah Arendt

élections républicaines

Nota bene au sujet de l’illustration ci-dessus :
on peut rajouter tous les couloirs que l’on veut, aux « extrêmes » aussi bien qu’au « centre », cela ne change absolument rien à l’unique issue de ce système.

Du moindre mal :

Motif et occasion :
Parce qu’en période d’élections républicaines l’on entend – jusqu’à une nauséeuse satiété – des catholiques, voire des prêtres et des évêques, rabâcher à la manière d’un dogme (en ce qui concerne les prêtres et les évêques c’est même bien plus qu’à la manière d’un dogme puisque la plupart d’entre eux ne parlent plus des dogmes de la Sainte Eglise au point qu’on peut légitimement se demander s’ils savent qu’ils existent) qu’en politique « il faut choisir le moindre mal », ou que « de deux maux il faut choisir le moindre ».
Notez au passage que dans ce « il faut » ils mettent un caractère d’obligation absolue.

Note préliminaire :
« De deux maux il faut choisir le moindre », est une citation qui n’est tirée ni du décalogue ni de la Sainte Bible.
A ce que je sache, l’expression viendrait du « Roman de Renart ».

Première remarque préliminaire immédiatement consécutive à cette note préliminaire :
Je ne puise pas mes références morales dans « Le Roman de Renart », même si au demeurant les facéties du goupil m’amusent beaucoup.

Deuxième remarque préliminaire consécutive à la note préliminaire :
Un « moindre mal » est un mal qui est estimé (selon des critères d’appréciation souvent subjectifs) moindre par rapport à un mal considéré, lui, comme plus grand (selon les mêmes critères d’appréciation souvent très subjectifs), mais il demeure toujours un mal.
Le fait qu’il soit jugé « moindre » ne transforme pas un mal en un bien ! 

Exemple :
Dévaliser une banque est un mal que l’on n’aura jamais moralement le droit d’accomplir ; dévaliser la banque et, à cette occasion, tuer le banquier est un mal plus grave.
Dévaliser la banque sans tuer le banquier est donc réellement un « moindre mal ».
Choisir le « moindre mal », c’est-à-dire choisir de dévaliser la banque sans tuer le banquier, plutôt que de choisir la vol avec meurtre, ne rend pas pour autant le vol sans effusion de sang licite, légitime et moral.

Conclusion générale de l’exemple :
Un mal, même moindre, demeure un mal, demeure un acte intrinsèquement désordonné, et le fait qu’on choisisse de le commettre « moindre » plutôt que « plus grand » ne le justifie en aucune manière à mes yeux.
Dès lors qu’un acte ou un choix sont considérés comme étant un « mal », et même s’il est « moindre » par rapport à de plus grands maux, il n’est jamais permis de le commettre délibérément, et il ne saurait en aucune manière y avoir d’obligation morale à l’accomplir (ce fameux « il faut » dont on accompagne le « moindre mal » !).

Application :
Mon exemple du cambriolage, avec ou sans meurtre, peut être aisément transposé au plan politique.
Voter pour un candidat dont le programme comporte « relativement moins » de points négatifs que son adversaire, revient tout de même en pratique – quelque restriction mentale que l’on apporte à ce soutien –  à apporter en même temps son soutien aux points que l’on a identifiés comme négatifs figurant dans le programme de ce candidat. Il n’y en en effet aucune possibilité de panachage du programme d’un candidat lorsqu’on introduit un bulletin de vote à son nom dans l’urne républicaine.
Il n’y a aucune différence entre le bulletin de celui qui adhère totalement au programme d’un candidat et le bulletin de celui qui ne vote pour ce candidat que parce qu’il le considère comme un « moindre mal » et qui émet des réserves sur certains points de son programme ou formule intérieurement des restrictions mentales à son endroit.
En pratique, le candidat qui a présenté un programme et qui lorsqu’il est élu le met en oeuvre, ne se soucie en aucune manière des restrictions mentales de ceux qui ont contribué à son élection : il fait du nombre de scrutins en sa faveur le principal argument de sa « légitimité » d’action pour la totalité du programme qu’il avait présenté. 

Ainsi donc…
… un candidat qui est favorable à des lois contraires à l’ordre naturel, à la loi divine et à la loi morale peut-il recevoir les suffrages des catholiques au seul prétexte que son adversaire est favorable à davantage de mesures contraires à l’ordre naturel, à la loi divine et à la loi morale ?
Il a été rappelé à plusieurs reprises par le Magistère et par de nombreux hiérarques de l’Eglise qu’un catholique ne peut en aucune manière accorder son vote à un candidat favorable à l’avortement. Monsieur le Cardinal Raymond Burke à une date encore récente a rappelé qu’un homme politique favorable à l’avortement est excommunié et que les catholiques qui, le sachant, lui apportent leur soutien électoral peuvent eux aussi encourir l’excommunication.

Je me répète et j’insite :
Ce n’est pas parce que ses adversaires (ou son adversaire) sont (ou est) favorable(s) à davantage de lois contraires à l’ordre naturel et à la loi divine, qu’il devient licite de favoriser, sous prétexte de « moindre mal », un candidat qui a des positions un peu moins contraires, mais néanmoins contraires, à l’ordre naturel et à la loi divine !
En reprenant mon exemple du cambriolage de la banque : ce n’est pas parce que voler sans tuer est un « moindre mal » en comparaison du vol avec meurtre qu’il m’est permis d’attaquer la banque simplement parce que j’ai la ferme intention de ne tuer personne.

Les circonstances ou les intentions subjectives ne peuvent jamais et en aucune manière transformer un « moindre mal » en un bien.

Note complémentaire (et nécessaire) :
Ceux qui élisent un candidat, ce sont ceux qui votent pour lui en introduisant un bulletin à son nom dans une enveloppe ensuite déposée dans une urne, et ceux-là seuls.
Ceux qui s’abstiennent de participer à un suffrage, ceux qui ne vont pas urner, n’élisent personne (contrairement au reproche qu’on leur fait souvent).
Accuser les abstentionnistes de contribuer à l’élection de quelqu’un est un non-sens total : c’est exactement comme si l’on accusait ceux qui vivent dans la chasteté absolue de participer à la diffusion du sida au prétexte qu’ils n’utilisent pas de préservatifs !

Lully.

Chat gif en marche

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14 Commentaires Commenter.

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  1. le 6 mai 2017 à 6 h 56 min Pierrot écrit:

    J’adore la métaphore conclusive!!!
    Très convaincante.

  2. le 5 mai 2017 à 17 h 32 min Carriere écrit:

    Cher Frère, vous parliez l’autre jour des consignes du comte de Chambord. Pouvez- vous en quelques mots les exposer svp ?

    Réponse :
    Elles se trouvent en résumé dans cette lettre que nous avons déjà publiée dans ce blogue > ici

  3. le 5 mai 2017 à 15 h 21 min Claude écrit:

    c’est à diffuser auprès des chrétiens que nous connaissons, et pas seulement les catholiques….

  4. le 5 mai 2017 à 14 h 30 min Jean P. écrit:

    Moindre mal!
    Choisir le mal!

    Où est le bien ?

    Ma vue doit baisser….je ne vois pas….LE BIEN
    Merci, mon bon chat!

  5. le 5 mai 2017 à 13 h 12 min E.Perrin écrit:

    Permettez-moi, mon Frère, de revenir sur l’exemple du vol de la banque.
    Il ne me semble pas qu’il faille présenter les choses ainsi car là vous parlez de péchés commis indéniablement, le but étant mauvais en soi.
    Mais dévaliser une banque pour sauver des personnes en danger de mourir de faim, n’est-ce pas différent ?

    Réponse :
    Ah non ! Pas du tout ! Dévaliser une banque, même avec une bonne intention « humanitaire », est un vol ; l’intention de faire le bien avec le produit d’un vol ne transforme pas ce vol en une bonne chose !

  6. le 5 mai 2017 à 9 h 13 min OUSSET écrit:

    Pas d’accord ! Car c’est petit à petit qu’on redresse les choses.

    Question de Lully :
    Et depuis que les catholiques ne boudent plus les élections républicaines et vont voter avec les encouragements de leurs pasteurs, voit-on que cela a contribué à redresser les choses (petit à petit) ?
    En ce qui me concerne j’ai plutôt l’impression que cela a contribué à polluer les consciences des catholiques et à leur faire abandonner la pureté de la doctrine politique, pour, petit à petit, de « moindre mal » en « moindre mal », non seulement arriver à la situation politique actuelle mais en outre contaminer la société ecclésiale…

  7. le 5 mai 2017 à 9 h 11 min Abbé Jean-Louis D. écrit:

    Il faut appeler les choses par leur nom: un chat est un chat. Le moindre mal reste un mal. CQFD

  8. le 5 mai 2017 à 8 h 50 min Corinne-Reine écrit:

    Satan est le grand maître de la politique, qui est toute entière inscrite dans le mal.
    Urner pour un candidat ou pour un autre, revient à donner sa voix, à Satan.
    On l’entend ricanner de la bêtise des êtres humains …
    Le curé de ma paroisse nous a bien fait la leçon, dimanche passé: « Allez voter, je vous rapelle que c’est un devoir qui incombe aux chrétiens ! »
    Pour choisir le moindre mal ?!?!?!
    Ça me fait froid dans le dos.

  9. le 5 mai 2017 à 8 h 44 min Béa Kimcat écrit:

    Et un dessin qui l’illustre bien…

  10. le 5 mai 2017 à 8 h 43 min Béa Kimcat écrit:

    Votre article maître-Chat Lully m’a beaucoup plu !!!
    Et sa fin est bien trouvée…
    Et Dieu sait s’il est d’actualité !!!
    Bien cha(t)micalement.

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