2016-74. Le massacre de la Glacière, en Avignon.

17 octobre,
fête de Sainte Marguerite-Marie.

A la journée de recueillement qu’est tout 16 octobre, dans la pieuse mémoire de notre Souveraine martyrisée (cf. > ici, ou ici, ou encore ici et ici), succède aussitôt une autre journée de commémoraison de victimes de la satanique révolution : c’est en effet dans la terrible journée du 17 octobre 1791 que fut perpétré le massacre de la Glacière, en Avignon.
Cet horrible événement a reçu son nom de l’une des tours du Palais des Papes : la tour de la Glacière (originellement tour des latrines), accolée à la tour de Trouillas, qui avait été aménagée en glacière au temps des vice-légats.

Tour de la Glacière sur le plan du palais des papes

Emplacement de la tour de la Glacière dans l’ensemble du Palais des Papes.

A – Le contexte :

Depuis la fin du XIIIe siècle, le Comtat Venaissin était propriété de la papauté.
Le pape Clément V, contraint par la situation de la ville de Rome, à trouver refuge en d’autres lieux, s’y installe en 1309. Ce n’est toutefois qu’en 1348 que le pape Clément VI acheta la ville d’Avignon à la reine Jeanne de Naples ; dès lors, tout en restant juridiquement deux réalités distinctes, les sorts de la ville d’Avignon et du Comtat furent liés.
Après le retour de la papauté à Rome, Avignon et le Comtat, demeurant Etats de l’Eglise, furent administrés par un gouverneur, la plupart du temps un grand personnage ecclésiastique qui avait le rang de vice-légat.

Au cours des siècles, les rois de France – dans les moments de crise aigües avec le Saint-Siège – annexèrent temporairement ou occupèrent le Comtat Venaissin ; ils avaient aussi imposé des droits de douane, parfois fort élevés entre les deux Etats.
Au début de la révolution, toute une partie de la population du Comtat, souvent une bourgeoisie marchande acquise aux idées nouvelles, dont le négoce se trouvait entravé par les droits de douane, était favorable au rattachement à la France. D’autres étaient hostiles à l’administration pontificale.
Le mouvement des idées qui agitait le Royaume de France ne s’arrêtait pas aux frontières du Comtat et d’Avignon : on vit bientôt se former deux partis : a) les « papistes », plutôt conservateurs, notables attachés à la religion et à l’administration pontificale ;  et b) les pro-révolutionnaires, acquis aux idées nouvelles, dans les rangs desquels pouvaient se côtoyer des paysans excédés par les droits de douane et les bourgeois libéraux cherchant à remplacer l’ancien système par des dispositions plus favorables au commerce et à la libre circulation des biens.

Il faudrait encore ajouter à cela 1) la vieille rivalité entre Carpentras – véritable capitale historique du Comtat – et Avignon, 2) puis les conséquences de la « grande peur » de l’été 1789 qui, ne s’arrêtant pas aux frontières, avait vu la création de milices bourgeoises, ainsi que 3) le contexte extrêmement tendu dans lequel se déroulèrent les élections municipales jusqu’à déclencher des rixes et des heurts… etc.
Bref ! L’année 1790 s’acheva dans la confusion civile et religieuse : les catholiques fervents étaient de plus en plus opposés au rattachement à la France, suspectée de devenir un royaume schismatique en raison de la constitution civile du clergé, dont la condamnation par le pape était annoncée, et ils furent profondément scandalisés par la décision du conseil municipal d’Avignon de confisquer l’argenterie des églises afin de la convertir en numéraire et subvenir aux besoins de la ville.

Matthieu Jouve, dit Jourdan coupe-tête

Matthieu Jouve, dit Jourdan coupe-tête

B – Matthieu Jouve, dit « Jourdan coupe-tête ».

Né le 5 octobre 1746 dans la paroisse de Saint-Jeures, en Velay, à une lieue et demi d’Yssingeaux, Matthieu Jouve mérite en toute justice d’être qualifié de monstre révolutionnaire.
On rapporte qu’il fut successivement apprenti maréchal-ferrant, garçon boucher, soldat, contrebandier (et pour ce fait condamné à mort par contumace à Valence).
Matthieu Jouve se cacha à Paris, sous le pseudonyme de Petit. Attaché un temps aux écuries du maréchal de Vaux, il semblerait qu’il fut même un temps au service du gouverneur de la Bastille. Au début de la révolution il aurait été cabaretier, profession en accord avec ses habitudes d’ivrognerie.

Plusieurs témoignages assurent que ce fut lui qui, lors du pitoyable 14 juillet 1789, égorgea l’infortuné marquis de Launay, son ancien maître. C’est de là que lui viendrait son surnom de « Jourdan coupe-tête ».
Un certain nombre de biographes le présente aussi comme l’un des meurtriers des gardes-du-corps massacrés à Versailles lors des journées d’octobre (toutefois d’autres prétendent que, dès cette époque, il exerçait comme voiturier en Avignon et dans les environs). 
Les troubles qui éclatèrent en cette ville, au mois d’avril 1791, à l’occasion du projet de réunion du Comtat Venaissin à la France, ayant donné lieu à la formation d’un corps de volontaires sous le nom d’armée de Vaucluse, Jourdan, qui ne savait ni lire ni écrire, et qui ne signait qu’au moyen d’une griffe, devint général en chef de cette troupe, après la mort du chevalier Patrix, assassiné par ses soldats. Sous ce nouveau chef, l’armée de Vaucluse mit tout à feu et à sang dans le Comtat, dévastant les moissons, incendiant les églises, les châteaux et n’épargnant pas les chaumières.
Comme, pour le massacre dont nous allons ensuite parler, il bénéficia d’un décret d’amnistie, il se serait ensuite établi dans le commerce de la garance.
De retour à Paris au début de l’année 1794, il reçut un accueil enthousiaste au club des Jacobins ; mais comme, peu après, il eut l’audace de faire arrêter le représentant Pélissié, envoyé dans le Midi par la Convention, il fut dénoncé et appelé à comparaître devant le tribunal révolutionnaire : il s’y présenta le 27 mai arborant sur la poitrine un grand portrait de Marat… qui ne le protégea pas, puisqu’il fut condamné et guillotiné le jour même.
Voilà donc le portrait du fameux « Jourdan coupe-tête », principal instigateur du massacre que nous commémorons.

Le massacre de la Glacière - gravure de 1844

C – Le massacre de la Glacière.

Comme nous l’avons vu ci-dessus, les remous révolutionnaires avaient eu leurs conséquences jusqu’en Avignon et dans le Comtat : entre les « papistes » (blancs) et les pro-Français (rouges) le climat était de plus en plus tendu, et le fut de plus en plus pendant toute l’année 1791 : la confiscation des biens de l’Eglise, la destitution de l’archevêque – réfractaire au serment constitutionnel – , l’expulsion manu militari des chanoines de la Métropole Notre-Dame des Doms, exacerbèrent l’opposition des catholiques fidèles.
Les pro-Français, travaillés en sous-main par les francs-maçons et par divers agents de la révolution installés dans le Comtat, dont « Jourdan coupe-tête », après avoir expulsé le vice-légat du pape et fait adopter la constitution française, décidèrent, lors d’une assemblée tenue dans l’église Saint-Laurent de Bédarrides le 18 août 1791, du rattachement à la France, au mépris des droits souverains du Saint-Siège.
Mise devant le fait accompli, l’assemblée Constituante proclama, le 14 septembre 1791, que les États d’Avignon et du Comtat faisaient désormais « partie intégrante de l’Empire français ».

Dans le même temps, un coup d’état militaire avait renversé la municipalité avignonnaise, jugée trop favorable aux « papistes », et les administrateurs confièrent le commandement du fort à « Jourdan coupe-tête ». La nouvelle municipalité décida la confiscation des cloches (il ne devait plus en rester qu’une seule par église) sous prétexte de récupérer leur métal pour fabriquer de la monnaie.
Les partisans de l’Etat pontifical et les catholiques fervents, de plus en plus scandalisés par l’anticatholicisme du mouvement révolutionnaire, firent placarder dans toute la ville d’Avignon, au matin du 16 octobre 1791, une affiche dénonçant le dépouillement des églises, la confiscation des cloches, et l’impiété de la « nouvelle patrie »…
En outre, le bruit courait qu’une statue de la Madone, dans l’église du couvent des Cordeliers, avait versé des larmes de sang. La foule s’y rendit, et cette chapelle devint le point de cristallisations des débats de plus en plus houleux entre « blancs » et « rouges ».
Le patriote Lescuyer, secrétaire-greffier de la municipalité, fut dépêché sur place : il voulut monter en chaire pour prendre la parole mais, pris à partie, il fut molesté et, dans la bagarre qui s’en suivit, alla cogner de la tête contre le piédestal d’une statue. Se relevant et tentant de fuir, il fut alors frappé d’un coup de bâton qui le laissa étendu au pied de l’autel.
« Jourdan coupe-tête », commandant du fort, et Duprat, commandant de la garde nationale, rassemblèrent leurs hommes, se rendirent à la chapelle des Cordeliers, y trouvèrent Lescuyer, baignant dans son sang mais vivant : avec des menaces de représailles,  ils le promenèrent à travers la ville ce qui l’acheva…
Leur volonté était d’arrêter tous ceux qui pouvaient avoir eu quelque part à l’agression, ou pouvaient être suspectés d’y avoir pris part.
On commença par prétendre instruire un procès, mais très rapidement tous se rangèrent à l’idée de mener une action « exemplaire » au cours de laquelle seraient directement exterminés tous les possibles suspects.

Au cours de la nuit du 16 au 17 octobre, une soixantaine de « suspects » fut arrêtée et emprisonnée dans les cachots qui avaient été aménagés dans l’ancien palais papal (certains auteurs avancent jusqu’au nombre de 73 personnes).
Le fils de Lescuyer, âgé de 16 ans, se présenta à la tête d’un groupe de jeunes gens et réclama le droit de venger lui-même la mort de son père : Jourdan et Duprat y consentirent et se retirèrent pour aller dîner dans une auberge des environs.

Les emprisonnés furent sortis de leurs cellules et exécutés les uns après les autres.
Ce fut un véritable massacre tant les exécuteurs, qui n’étaient pas de vrais bourreaux, n’avaient aucune habileté particulière à abréger les souffrances de leurs victimes.
Cette absence d’ordre augmenta d’ailleurs le nombre des victimes, puisque furent aussi massacrés d’autres prisonniers arrêtés pour d’autres faits bien avant la mort de Lescuyer.
Comme les cadavres s’amoncellaient, il fallut dégager le terrain : on pratiqua donc une ouverture dans la tour de la Glacière afin d’y jeter les corps.
Lorsqu’il ne resta que les prisonniers les plus populaires – les plus difficiles à tuer – , un détachement se rendit à l’auberge où soupaient Jourdan, Duprat et leurs amis, afin d’avoir leur avis. Jourdan approuva la poursuite du massacre.
Vers la fin de la nuit, alors qu’une odeur épouvantable commençait à se dégager de la Glacière, Jourdan donna l’ordre de recouvrir les cadavres avec de la chaux vive.

Deux jours plus tard, l’Assemblée générale des citoyens actifs décida que l’église des Cordeliers serait désormais fermée au culte et son clocher démoli : de fait, le clocher fut amputé de sa flèche et de son tambour mais, à ce moment, la démolition s’arrêta là.
Un mois plus tard, la municipalité ordonna l’ouverture d’une brèche au bas de la tour de la Glacière afin de retirer les restes de la soixantaine de cadavres qui s’y trouvaient. Leur extraction eut lieu du 14 au 16 novembre : le lendemain vingt caisses de restes humains furent convoyées vers le cimetière Saint-Roch.

L’affaire eut un certain retentissement. A Paris, l’ignoble Marat, dans « L’Ami du Peuple », jugea que « la mort de ces scélérats n’[était] que le juste châtiment de leurs infâmes machinations » et salua les « actes de justice que les patriotes d’Avignon [avaient] été forcés d’exercer pour leur salut »

Malgré les historiens officiels qui s’acharnent à vouloir faire croire que ces horreurs ne sont qu’un phénomène marginal lié aux péripéties du rattachement du Comtat et d’Avignon à la France, nous, nous ne pouvons pas ne pas y voir la manifestation de la réalité – terroriste par essence – de la satanique révolution, comme cela avait déjà été le cas les 13 et 14 juin 1790 à Nîmes (cf. > ici).

Lully.

Avignon, vestiges de l'église des Cordeliers - état actuel

Avignon, vestiges de l’église des Cordeliers :
en partie détruit au moment du massacre de la Glacière, l’édifice fut vendu après la révolution
et le couvent aussi bien que la chapelle furent livrés aux démolisseurs ;
il n’en subsiste aujourd’hui que la chapelle de l’abside et une partie du clocher.

Publié dans : Memento, Vexilla Regis |le 17 octobre, 2016 |2 Commentaires »

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2 Commentaires Commenter.

  1. le 7 janvier 2017 à 13 h 14 min Bouffier écrit:

    Dans le cadre de recherches généalogiques, j’ai pu découvrir qu’un ancêtre de mon mari, à savoir Jacques Bouffier, aurait participé à ce massacre. C’est certes choquant, mais c’est avant tout découvrir des vérités qui nous importe. Merci pour ce billet très intéressant. Je poursuis donc mes recherches…

  2. le 18 octobre 2016 à 19 h 40 min OUSSET écrit:

    Un grand merci pour ces leçons d’histoire si claires, si précises que vous êtes bien le seul à nous apprendre.

    Une guide de Paris.

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