2016-58. De la légitime défense des individus et des sociétés.

La justice n’est pas la vengeance. Et, comme l’écrit Saint Jacques  « La colère de l’homme n’accomplit point la justice de Dieu : ira enim viri justitiam Dei non operatur » (Jac. I, 20).
Cela ne signifie évidemment pas non plus qu’il faille être – ou même seulement paraître – faible en face de tout ce qui porte atteinte au droit et à la justice.
Il ne sera donc pas inutile de relire et de méditer sur l’enseignement de l’Eglise au sujet de la légitime défense  : celle des individus comme celle des sociétés…

Jean-Marc Nattier - la justice châtiant l'injustice

Jean-Marc Nattier : « la justice châtiant l’injustice » (1737)

La légitime défense

2263 - La défense légitime des personnes et des sociétés n’est pas une exception à l’interdit du meurtre de l’innocent que constitue l’homicide volontaire. « L’action de se défendre peut entraîner un double effet : l’un est la conservation de sa propre vie, l’autre la mort de l’agresseur … L’un seulement est voulu ; l’autre ne l’est pas » (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 64, 7).

2264 - L’amour envers soi-même demeure un principe fondamental de la moralité. Il est donc légitime de faire respecter son propre droit à la vie. Qui défend sa vie n’est pas coupable d’homicide même s’il est contraint de porter à son agresseur un coup mortel :
« Si pour se défendre on exerce une violence plus grande qu’il ne faut, ce sera illicite. Mais si l’on repousse la violence de façon mesurée, ce sera licite… Et il n’est pas nécessaire au salut que l’on omette cet acte de protection mesurée pour éviter de tuer l’autre ; car on est davantage tenu de veiller à sa propre vie qu’à celle d’autrui » (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 64, 7).

2265 - En plus d’un droit, la légitime défense peut être un devoir grave, pour qui est responsable de la vie d’autrui. La défense du bien commun exige que l’on mette l’injuste agresseur hors d’état de nuire. A ce titre, les détenteurs légitimes de l’autorité ont le droit de recourir même aux armes pour repousser les agresseurs de la communauté civile confiée à leur responsabilité.

2266 - L’effort fait par l’Etat pour empêcher la diffusion de comportements qui violent les droits de l’homme et les règles fondamentales du vivre ensemble civil, correspond à une exigence de la protection du bien commun. L’autorité publique légitime a le droit et le devoir d’infliger des peines proportionnelles à la gravité du délit. La peine a pour premier but de réparer le désordre introduit par la faute. Quand cette peine est volontairement acceptée par le coupable, elle a valeur d’expiation. La peine, en plus de protéger l’ordre public et la sécurité des personnes, a un but médicinal : elle doit, dans la mesure du possible, contribuer à l’amendement du coupable.

2267 - L’enseignement traditionnel de l’Eglise n’exclut pas, quand l’identité et la responsabilité du coupable sont pleinement vérifiées, le recours à la peine de mort, si celle-ci est l’unique moyen praticable pour protéger efficacement de l’injuste agresseur la vie d’êtres humains.

Mais si des moyens non sanglants suffisent à défendre et à protéger la sécurité des personnes contre l’agresseur, l’autorité s’en tiendra à ces moyens, parce que ceux-ci correspondent mieux aux conditions concrètes du bien commun et sont plus conformes à la dignité de la personne humaine.

Aujourd’hui, en effet, étant données les possibilités dont l’Etat dispose pour réprimer efficacement le crime en rendant incapable de nuire celui qui l’a commis, sans lui enlever définitivement la possibilité de se repentir, les cas d’absolue nécessité de supprimer le coupable « sont désormais assez rares, sinon même pratiquement inexistants » (Evangelium vitae, n. 56).

in « Catéchisme de l’Église Catholique »,
Explication du 5e commandement de Dieu

Saint Michel gif

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3 Commentaires Commenter.

  1. le 26 juillet 2016 à 21 h 43 min Artur écrit:

    La peine de mort

    Voici ce qu’on lit dans la vie de Ste Catherine de Sienne :

    « Son amour du prochain la presse si fort qu’un jour, elle n’hésite pas à pénétrer dans la cellule d’un condamné à mort pour le conjurer de se réconcilier avec Dieu. Nicolas di Toldo avait été condamné à la peine capitale pour des raisons politiques. Exaspéré par cette sentence qu’il considérait comme injuste, il était tombé dans un profond désespoir. La visite que Catherine lui fait dans son cachot, transforme le jeune homme qui se confesse, entend la Messe et reçoit la sainte Communion. Mais il supplie la sainte de ne pas l’abandonner au moment suprême. Au jour de l’exécution, le condamné arrive sur les lieux « doux comme un agneau ». A la vue de Catherine qui n’a pas manqué à sa parole, il se sent envahi par la paix et rempli de joie. La sainte lui fait faire le signe de la Croix et l’entretient du Ciel et des beautés ineffables qui l’attendent : « Allez aux noces éternelles, bientôt vous posséderez la vie qui n’a pas de fin ! » Lui ne cesse de murmurer les noms de « JÉSUS » et de « Catherine ». C’est en les prononçant qu’il meurt, passant de cette vie mortelle à la vie éternelle du Ciel, comme l’attestera la sainte qui vit son âme pénétrer dans le sein de Dieu « comme la mariée qui arrive sur le seuil de l’époux ». Plus tard, Dieu révéla à Catherine comment cette condamnation avait permis à Nicolas di Toldo de retrouver l’état de grâce et d’être ainsi sauvé ; car dans les desseins de la Providence, tout procède de l’amour, tout est ordonné au salut de l’homme, et Dieu ne fait rien que dans ce but. »

  2. le 26 juillet 2016 à 16 h 52 min Hervé écrit:

    Bel enseignement sur la légitime défense.

    En revanche, l’enseignement sur la peine de mort me paraît plutôt suspect, avec cette mention ici déplacée de la  » dignité humaine » chère aux modernistes…

    Lully :
    La véritable dignité humaine est aussi chère à Dieu…
    Il suffit de bien préciser ce que l’on met sous les mots.

  3. le 26 juillet 2016 à 15 h 23 min Le Forez écrit:

    Il faudrait le claironner à la république qu’une partie de ses sources de droit ont pour origine St Thomas d Aquin, au moins en ce domaine. J’imagine sans peine un nez de 6 pieds de long, mais bon ce serait nécessaire que le peuple français connaisse l’origine et la légitimité de certaines de ses lois ; il n y a pas que le droit romain et le droit napoléonien.

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