2016-56. « Depuis que je suis sur la terre, je n’ai vu mourir personne plus chrétiennement. »

19 juillet,
Fête de Saint Vincent de Paul.

Je profite de ce que ce jour est celui de la fête de Saint Vincent de Paul pour publier ci-dessous la lettre que le saint écrivit au Révérend Père Codoing, supérieur de la communauté des Lazaristes de Rome, le 15 mai 1643, c’est-à-dire le lendemain de la mort de Sa Majesté le Roi Louis XIII à laquelle il avait assisté, ayant veillé le Souverain mourant pendant ses trois derniers jours.
Voici donc le témoignage d’un saint sur la sainte mort d’un Roi qui a justement mérité son titre de Très Chrétien.

Lully.

Saint Vincent de Paul assistant Louis XIII en son agonie - vitrail de l'église Saint-Séverin à Paris

Saint Vincent de Paul assistant le Roi Louis XIII dans son agonie
(vitrail de l’église Saint-Séverin, Paris)

« Depuis que je suis sur la terre, je n’ai vu mourir personne plus chrétiennement. »

15 mai 1643.

Monsieur,

Il a plu hier à Dieu de disposer de notre bon Roi, le jour auquel il avait commencé à l’être, il y a trente-trois-ans (note 1). Sa Majesté désira que j’assistasse à sa mort avec nosseigneurs de Lisieux (note 2) et de Meaux, son premier aumônier (note 3) et le Révérend Père Dinet, son confesseur (note 4). Depuis que je suis sur la terre, je n’ai vu mourir personne plus chrétiennement. Il y a environ quinze jours qu’il me fit recommander d’aller le voir ; et pour ce qu’il se porta mieux, le lendemain je m’en revins. Il me fit redemander il y a trois jours, pendant lesquels Notre-Seigneur m’a fait la grâce d’être auprès de lui. Je n’ai jamais vu plus d’élévation à Dieu, plus de tranquillité, plus d’appréhensions des moindres atomes qui paraissent péché, plus de bonté ni plus de jugement en une personne en cet état.
Avant-hier, les médecins l’ayant vu assoupi et les yeux tournés, appréhendèrent qu’il ne dût passer et le dirent au Père confesseur, qui l’éveilla tout aussitôt et lui dit que les médecins estimaient que le temps était venu, auquel il fallait faire la recommandation de son âme à Dieu. Au même instant, cet esprit plein de celui de Dieu embrassa tendrement et longtemps ce bon Père et le remercia de la bonne nouvelle qu’il lui donnait ; et incontinent après, levant les yeux et les bras au ciel, il dit le Te Deum laudamus et l’acheva avec tant de ferveur, que le seul ressouvenir m’attendrit tant à l’heure que je vous parle. Et pour ce que la cloche m’appelle qui m’empêche de vous en dire davantage, je finis en le recommandant à vos prières et à celles de la Compagnie.

Vincent Depaul            
prêtre indigne de Saint-Lazare.

Saint Vincent de Paul assisant Louis XIII en son agonie - détail

Note 1 : Le règne de Louis XIII a commencé le 14 mai 1610, au moment de l’assassinat de son père Henri IV et s’est achevé trente-trois ans plus tard, comme le fait remarquer Saint Vincent de Paul, le 14 mai 1643.
Note 2 : L’évêque de Lisieux était Monseigneur Philippe Cospéan – ou Cospéau, ou encore Cospeaux – (1571-1646). D’abord évêque d’Aire-sur-l’Adour (1607), c’est lui qui prononça l’éloge funèbre d’Henri IV à Notre-Dame de Paris lors des funérailles du Souverain ; il fut ensuite transféré à l’évêché de Nantes (1622), et enfin à celui de Lisieux (1636).
Note 3 : Monseigneur Dominique Séguier (+ 1659), frère du chancelier de France Pierre Séguier, doyen de Notre-Dame de Paris et nommé alors premier aumônier du Roi, il est alors archevêque in partibus de Corinthe ; en 1631, Louis XIII le nomma à l’évêché d’Auxerre, puis en 1637 le fit transférer à Meaux. Il était réputé pour sa charité envers les nécessiteux.
Note 4 : Le Rd. Père Jacques Dinet, de la Compagnie de Jésus, qui avait été professeur de René Descartes au collège de La Flèche devint confesseur du Roi le 18 mars 1643 ; il était proche de Mazarin.

lys 2

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2 Commentaires Commenter.

  1. le 19 juillet 2016 à 21 h 33 min Artur écrit:

    C’est en la fête de l’Ascension 1643 que s’éteindra Louis XIII

    Importance de la fête de l’Ascension dans vie de Sainte Jeanne d’Arc

    C’est à l’Ascension 1424 que Jeannette entend ses voix pour la première fois ; c‘est à l’Ascension 1428 qu’elle se présente au sire de Beaudricourt ; c’est la veille de l’Ascension qu’elle emporte la bastille Saint-Loup ; c’est la veille de l’Ascension 1430 qu’elle est faite prisonnière à Compiègne ; c’est la veille de l’Ascension 1431 qu’elle est menacée de la torture si elle ne désavoue pas sa mission divine et qu’elle l’affirme avec plus de force que jamais.
    Enfin il était midi, l’heure de l’Ascension, quand la Messagère du Christ-Roi s’envola au royaume du Ciel, et le bûcher fumait encore lorsque les cloches de Rouen sonnèrent, en ce 30 mai 1431, les premières Vêpres de la Fête-Dieu, cette fête dont l’office de Matines commence par ces mots : «Adorons le Christ-Roi qui domine sur les peuples »

    (In Allocution de M. l’Abbé Henry du 13 mai 1945)

  2. le 19 juillet 2016 à 15 h 37 min Jean P. écrit:

    Et le vœu de Louis XIII que les ponots fêtent toujours.
    Beau, très beau témoignage.
    Quelle humilité de Vincent Depaul!

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