2016-31. Des trésors versaillais dans la sacristie d’un village piémontais ?

Armes de France gif

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Connaissez-vous Craveggia ?
Non ?
Moi non plus, je ne savais rien de ce village jusqu’à ce qu’un chat piémontais de mes amis me fasse parvenir un article du journal italien « La Stampa » (article disponible en italien dans sa version numérique > ici).
Cet article a retenu toute mon attention, et je l’ai porté à la connaissance de Frère Maximilien-Marie qui, s’il n’avait pas été assis et bien calé dans son fauteuil, serait probablement tombé à la renverse tant il en a été ému…

De quoi s’agit-il donc ?
Commençons dans l’ordre.

Craveggia est un village italien, dont la population est aujourd’hui inférieure à 800 habitants ; sis dans la vallée de Viggezzo, il appartient à la province de Verbano-Cusio-Ossola, dans le Piémont italien.
Craveggia est un village très pittoresque avec ses toitures traditionnelles en gneiss. 
Son église principale, dédiée aux Saints Jacques et Christophe (chiesa dei Santi Giacomo e Cristoforo), est un bel édifice du XVIIIe siècle : elle a été consacrée en 1770 et renferme de nombreuses oeuvres d’art.

Craveggia dans  la vallée de Viggezzo

Dans la vallée de Viggezzo, le village de Craveggia avec ses toitures traditionnelles en gneiss,
dominées par le clocher de l’église des Saints Jacques et Christophe.

Mais l’église des Saints Jacques et Christophe de Craveggia est aussi connue au-delà des Alpes pour son trésor.
Un trésor composé de nombreuses pièces liturgiques : vases sacrés, tableaux, reliquaires, parements d’autel, ornements sacerdotaux, statues… etc.
Or plusieurs pièces de ce trésor intéressent au plus haut point les Français, surtout s’ils sont passionnés d’histoire, encore plus s’ils ont gardé l’amour de leur monarchie sacrée, et davantage encore s’ils entretiennent et font vivre la pieuse mémoire de leurs souverains.

C’est qu’en effet, la sacristie de Craveggia renferme plusieurs pièces et ornements liturgiques qui proviendraient – excusez du peu ! – de la chapelle royale de Versailles.
C’est cela qui a failli faire tomber à la renverse Frère Maximilien-Marie.

L’arrivée de ces pièces exceptionnelles est liée à l’histoire des émigrés de cette vallée du Piémont.
La légende rapporte qu’un jeune ramoneur originaire de la vallée de Viggezzo, qui travaillait dans les cheminées du palais du Louvre en 1612, découvrit un complot visant le jeune Louis XIII ; sa loyauté permit d’éventer la conjuration et valut, en contrepartie, une protection particulière des Bourbons sur les émigrés de la province d’Ossola venus travailler à Paris, et des conditions privilégiées pour leurs activités commerciales (ramoneurs, négociants de bois, parfumeurs… etc.).
Certains, venus pauvres du Piémont, se firent en France, à Paris ou à Versailles, des situations honorables, voire s’enrichirent, et, quoique éloignés géographiquement de leur pays d’origine, lui restaient proches par le coeur et par l’attachement à l’église de leur village : l’église des Saints Jacques et Christophe doit une bonne partie de sa splendeur à la pieuse et généreuse reconnaissance des ressortissants de Craveggia établis au loin.

La famille Mellerio – nom qui fut ensuite francisé en Meller – est originaire de Craveggia : venus en France comme colporteurs et marchands de rue en 1515, les Mellerio obtinrent de la Reine-régente Marie de Médicis, en 1613, le privilège d’exercer librement leurs activités de colporteurs sur toute l’étendue du Royaume de France sans être soumis aux statuts corporatifs.
Selon la tradition familiale, en 1777 le jeune Jean-Baptiste Mellerio avait placé son étal devant le château de Versailles, et l’attention de Sa Majesté la Reine Marie-Antoinette aurait été attirée par le petit coffre, en forme de marmotte, dans lequel l’adolescent présentait sa marchandise (petit coffre toujours précieusement gardé par les descendants) et lui aurait acheté quelques bijoux : « Le lien privilégié qui unit Mellerio à la plus charmante et la plus majestueuse des reines se tisse en 1777. Cette année-là, Jean-Baptiste Mellerio, petit orfèvre-joaillier italien de douze ans s’est installé avec quelques marchandises devant les grilles du château de Versailles. La Reine Marie-Antoinette, revenant de sa promenade, remarque ce singulier marchand et donne ordre à sa suite d’aller regarder ce qu’il propose. La table est arrangée avec soin et Jean-Baptiste fait valoir ses bijoux avec tant de persuasion que la dame d’honneur est séduite et acquiert quelques pièces. Rapidement, le jeune homme intéresse, se fait connaître, exécute avec promptitude et intelligence les petites commandes qu’on lui passe, et devient bientôt fournisseur de la Reine », affirment les archives familiales.
Les Mellerio feront fortune au XIXe siècle et deviendront les fournisseurs attitrés des cours successives. Joailliers des têtes couronnées, ils seront
 aussi les créateurs d’ornements prestigieux pour nos sanctuaires les plus illustres (couronnes des statues de l’archange Saint Michel, de Notre-Dame de Fourvière ou de Notre-Dame de Lourdes, orfévrerie sacrée pour la basilique de Montmartre…).

Une autre famille originaire de Craveggia, la famille Gallanty, est celle qui, au moment de la sinistre révolution, prétend avoir pu acquérir – et donc sauver de la destruction – le drap funèbre du Roi Soleil : en velours noir, brodé d’or et d’argent, orné de six médaillons en tapisseries des Gobelins représentant des scènes de la Passion et de la Résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Drap funèbre de Louis XIV dans la sacristie de Craveggia

Dans l’un des tiroirs de la sacristie de Craveggia, le drap funèbre de Louis XIV.

D’après l’article de « La Stampa » les archives paroissiales, encore largement inexplorées, outre le certificat d’achat qui, lui, est bien connu et authentifié, conserveraient d’autres documents sur la manière dont les Gallanty se seraient portés acquéreurs de ce trésor et l’auraient fait parvenir à Craveggia.
Des historiens de l’art et des spécialistes des tissus confirmeraient l’authenticié de cette pièce exceptionnelle, tandis que d’autres – disons-le aussi – émettent des doutes sur cette histoire.

Détail du drap funèbre de Louis XIV

Détail du drap funèbre de Louis XIV : l’un des médaillons en tapisserie des Gobelins.

Sans pouvoir tout détailler des pièces remarquables que renferme le trésor de Craveggia, et des objets précieux de la chapelle royale de Versailles sauvés de la profanation et de la destruction, il y en a toutefois une pour laquelle je veux faire une mention particulière.

Il s’agit d’un ornement réalisé dans un somptueux tissu de soie blanche brodé de fleurs, dont la tradition locale nous affirme qu’il aurait été confectionné dans le vêtement de mariage de Sa Majesté la Reine Marie-Antoinette : originellement long d’une vingtaine de mètres, ce manteau à traîne aurait été sauvagement tailladé par les stupides révolutionnaires ; les morceaux, pieusement récupérés par les émigrés de Craveggia et offerts à leur paroisse d’origine, auraient donc été réutilisés pour réaliser cet ensemble liturgique…

Ornements liturgiques de la sacristie de Craveggia

Ornement liturgique réputé confectionné à partir du manteau de mariage de la Reine Marie-Antoinette.

Je connais plus d’un prêtre qui serait heureux de célébrer la Sainte Messe avec de tels ornements, non seulement pour leur beauté, mais surtout pour leur valeur historique et leur qualité de quasi reliques !

Pour moi – et je sais que c’est aussi le cas de mon papa-moine - j’ai été véritablement consolé d’apprendre que dans la sacristie d’un petit village d’une vallée reculée du Piémont, on conserverait avec soin et vénération des pièces inestimables réputées venir de Versailles, et que la silencieuse reconnaissance des familles de Craveggia libéralement accueillies par les Bourbons auraient préservées du grand naufrage révolutionnaire.

pattes de chatLully.

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10 Commentaires Commenter.

  1. le 1 septembre 2019 à 12 h 57 min Jean B.-N. écrit:

    Super ! des familles qui ont le sens de l’honneur, des biens de notre Royauté sauvé des prédateurs de tout envergures.
    Je viens juste de prendre connaissance de cette information qui fait chaud au cœur.

  2. le 1 septembre 2019 à 6 h 32 min Hervé N. écrit:

    Bonjour frère,
    Magnifiques reliques.
    Heureux de savoir ces trésors sauvés.
    Hervé

  3. le 27 octobre 2016 à 14 h 39 min Augustin écrit:

    Merci pour ces precieuses informations j’aimerai bien savoir si une publication sur ce sujet a été faite ?
    Merci.

    Réponse :
    A notre connaissance pas d’autre publication que sur le site de la commune et dans l’article que nous citons ici.

  4. le 3 mai 2016 à 6 h 06 min Daniel P. écrit:

    Hélas il ne s’agirait pas du drap funéraire de Louis XIV : Mme Béatrice Saule, conservateur en chef au palais de Versailles, responsable de l’exposition sur la Mort du Roi, qui s’est tenue récemment, avait dépêché un expert en tissus anciens pour examiner le linceul de Craveggia. Ils en concluent qu’il ne s’agit pas du drap funéraire de Louis XIV, lequel est amplement décrit et documenté par des textes. En outre le drap de Craveggia paraît plus récent, quoique très beau.
    En revanche, il n’est pas du tout exclu qu’il provienne réellement de la chapelle royale, ce qui est déjà beaucoup !!!

  5. le 26 avril 2016 à 16 h 23 min Jean P. écrit:

    Belle page d’histoire de…FRANCE
    Très beaux éléments précieux.
    Pour leur sécurité, ils doivent rester à Craveggia, leur sol d’origine n’étant pas sûr!

  6. le 25 avril 2016 à 13 h 46 min Le Forez écrit:

    Un réflexe serait de se dire que ces magnifiques ornements doivent retourner en France, mais avec ce gouvernement… , mieux vaut qu ils restent bien cachés dans ce petit village qui les protège comme dans un bel écrin.

  7. le 24 avril 2016 à 18 h 03 min Picoche écrit:

    C’est magnifique et émouvant. Merci. JLP

  8. le 24 avril 2016 à 11 h 48 min Hervé écrit:

    Et bien mon Frère, vous m’aviez prévenu, mais cela ne m’empêche pas de pleurer moi-aussi comme une madeleine ! Nos Rois et Reines savaient se faire aimer, au-delà des frontières du Royaume.

  9. le 24 avril 2016 à 10 h 03 min Maryvonne V. écrit:

    Je suis très émue.
    Merci, cher Frère, de nous avoir fait connaître l’existence de ces quasi reliques. Si on va à Craveggia, est-ce qu’il est possible de les voir ?

    MV

    Réponse :
    Oui, le trésor de Craveggia se visite, une paroissienne dévouée à ces merveilles les montre : en revanche, j’ignore les horaires et les jours de visite…

  10. le 24 avril 2016 à 7 h 40 min Béa Kimcat écrit:

    De très beaux ornements.
    Bien cha(t)micalement.
    Béa kimcat

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