2016-25. « C’est une amère confession que la mienne…

…plus douloureuse qu’elle ne peut sembler,
mais elle a le mérite d’être sincère ».

- Pablo Picasso - 

Séance de portrait - carte ancienne

La séance de portrait (carte postale des années 1920)


Vendredi 8 avril 2016.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Je me suis rendu compte qu’il y a fort longtemps que je ne vous ai pas adressé mes petites « Réflexions félines et citations », comme j’étais accoutumé à le faire selon un rythme à peu près mensuel.

Ce n’est pourtant pas que je n’ai rien à dire, ni de commentaire à faire.
C’est peut-être même, au contraire, parce que je prends note de beaucoup de choses – parfois trop de choses – et qu’ensuite je ne me donne pas le temps de remettre ces notes en forme et de les rédiger de manière plus léchée (pour un chat, il n’est pas de perfection concevable sans de longs et minutieux léchages) : en effet, vous autres, nos humains de compagnie, nous êtes la source de perpétuelles et profondes réflexions et interrogations…

Cela dit, je me contenterai d’une seule citation aujourd’hui.
Une citation de Picasso.
Car il se trouve que, entre autres anniversaires, le 8 avril est celui de la mort de Pablo Picasso, survenue le 8 avril 1973.

C’est une évidence pour tous ceux qui me connaissent : je ne suis pas fan – mais alors pas du tout, du tout, du tout – de l’homme Picasso, ni de sa vie, ni de ses idées, ni de son « art ».
Cet homme et son oeuvre me sont d’autant plus incompréhensibles que j’ai vu des photographies sur lesquelles il était en compagnie de chats : mais un véritable ami des chats peut-il avoir des idées aussi tordues et faire des choses aussi laides ?
Je me demande quel chat sensé, ayant pleinement conscience de toutes les grâces et beautés que le Créateur a placées en lui – le grand Léonard de Vinci n’affirmait-il pas à notre sujet : « Le plus petit des félins est un pur chef d’oeuvre » ? – , se reconnaîtrait dans ces monstrueuses caricatures par lesquelles Picasso a prétendu représenter des chats ?
Et quel chat normalement constitué serait mis en appétit par une souris dessinée par Picasso

Et bien pourtant, oui, vous m’avez bien lu, c’est une citation de ce personnage que je veux porter à votre connaissance.
Mais quelle citation !
Elle est extraite d’un ouvrage intitulé « Mystère de l’Art Sacré », qui fut publié en 1957 par feu le Révérend Père René Paroissin, des Missions Etrangères de Paris (il faudra d’ailleurs qu’un jour je vous parle de ce très excellent prêtre qui fut l’un des conseillers spirituels de notre cher Frère Maximilien-Marie).

Donc au chapitre XVI de « Mystère de l’Art Sacré », intitulé « Querelle », le Révérend Père Paroissin écrit :  » (…) Restent, en marge du sacré, les mythes de Picasso : son cubisme exacerbé et ses déformations destructrices. – Le grand écrivain italien, Giovanni Papini, a rapporté un jugement sans indulgence du peintre sur son art et qui est un triste aveu de mystification mercantile » (p. 192).
C’est aussitôt après, qu’ouvrant les guillemets, le Père Paroissin a reproduit cette « amère confession » du peintre, rapportée par G. Papini, et qui avait été publiée dans le quotidien « La Croix » du 26 avril 1952.
La voici donc (je mets en caractères gras les passages les plus remarquables) :

« Du moment que l’art n’est plus l’aliment qui nourrit les meilleurs, l’artiste peut exercer son talent en toutes les tentatives de nouvelles formules, en tous les caprices de la fantaisie, en tous les expédients du charlatanisme intellectuel.
Dans l’art, le peuple ne cherche plus consolation et exaltation ; mais les raffinés, les riches, les oisifs, les distillateurs de quintessence cherchent le nouveau, l’étrange, l’original, l’extravagant, le scandaleux.
Et moi-même, depuis le cubisme et au-delà, j’ai contenté ces maîtres et ces critiques, avec toutes les bizarreries changeantes qui me sont passées en tête, et moins ils les comprenaient et plus ils m’admiraient.

A force de m’amuser à tous ces jeux, à toutes ces fariboles, à tous ces casses-têtes, rébus et arabesques,  je suis devenu célèbre et très rapidement.
Et la célébrité signifie pour un peintre ventes, gains, fortune, richesse.
Et aujourd’hui, comme vous savez,  je suis célèbre,  je suis riche.

Mais quand je suis seul à seul avec moi-même, je n’ai pas le courage de me considérer comme un artiste, dans le sens grand et antique du mot.
Ce furent de grands peintres que Giotto, le Titien, Rembrant et Goya : je suis seulement un « amuseur public », qui a compris son temps et a épuisé le mieux qu’il a pu l’imbécilité, la vanité, la cupidité de ses contemporains.

C’est une amère confession que la mienne, plus douloureuse qu’elle ne peut sembler, mais elle a le mérite d’être sincère ».

Il me semble que cela se passe de tout autre commentaire.
Ce pourquoi je ne rajoute rien et vous laisse méditer…

Patte de chatLully.

Lully 15 mars 2016

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4 Commentaires Commenter.

  1. le 9 avril 2016 à 10 h 13 min Abbé Jean-Louis D. écrit:

    Cette confession rejoint parfaitement la pensée constante que j’ai pour l’art contemporain.
    Encore – peut-être – Picasso s’en tenait à cette pratique honteuse et le confesse, sans autre intention que recevoir honneurs, richesses et gloire, sans rechercher la subversion des valeurs.
    Car il faut le savoir, il y a eu et il y a un véritable projet, venu des coins obscurs et occultes de la franc-maçonnerie, d’amener à considérer que le mal est équivalent au bien, la laideur au beau, et qu’aucun critère ne doit dévaluer la liberté de l’homme dans ses expressions artistiques, littéraires etc…
    Tout cela se fit, évidemment, au détriment du beau, du vrai, jusqu’à leur détestation snobinarde.

  2. le 9 avril 2016 à 9 h 07 min Béa Kimcat écrit:

    Remarquable citation de Picasso…
    Merci à Maître Chat Lully
    Bien cha(t)micalement.
    Béa kimcat
    http://kimcat1b58.eklablog.com/

  3. le 9 avril 2016 à 6 h 47 min Jean P. écrit:

    Lu et réaction à chaud.
    Picasso est un dessinateur fameux. Je ne le pensais pas aussi lucide et honnête.
    Ce texte montre le délire (prémonitoire) décadent dans lequel nous nous enfonçons la fleur au fusil.
    Oui « confession douloureuse », étonnante!
    Triste!

  4. le 8 avril 2016 à 20 h 19 min Le Forez écrit:

    Qu’ils sont ridicules ceux qui portent Picasso aux nues… et il s’en amusait !
    Toujours ce besoin, cet orgueil de louer un de ses semblables.
    Hélas, rien de nouveau sous le soleil.
    Et de ce temps, la beauté picturale disparut, pour s’enfoncer dans le moche, le hideux, le noir, et on termine par le piss-Christ.
    Mais quelque chose me dit que le retour vers le beau, donc vers Dieu, est proche.
    Et pourquoi pas celui de la période bleue : le bleu du voile de la TSV Marie ?

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