2016-19. De quelques réflexions pertinentes – mais qui paraîtront sans doute bien impertinentes à certains quand elles ne sont que de bon sens – au sujet de la récente réforme du rite du Mandatum dans la « forme ordinaire » du missel romain…

Mardi Saint 22 mars 2016,
329e anniversaire de la mort de Jean-Baptiste Lully (+ 22 mars 1687).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Le 21 janvier dernier (je n’en ai pas parlé à ce moment-là parce que, vous le savez bien, chaque 21 janvier, nous avons des choses bien plus importantes et graves qui nous occupent l’esprit), la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, à la suite d’une demande expresse et insistante du pape François qui, dans la pratique, avait déjà lui-même contrevenu aux règles jusqu’alors en vigueur, a publié un décret réformant le  rite du Mandatum – ou lavement des pieds – pratiqué dans la liturgie du Jeudi Saint.

Faut-il le préciser ? La Congrégation Romaine en charge de la liturgie, par ce décret, modifie les rubriques du seul missel romain dit « de Paul VI » entré en vigueur au premier dimanche de l’Avent 1969, appelé parfois « forme ordinaire du rite romain ».
Il ne s’applique en aucune manière à la « forme extraordinaire du rite romain », c’est-à-dire à la messe dite – selon un raccourci pratique mais relativement inexact - « de Saint Pie V », en réalité le missel de 1962 utilisé dans les églises, chapelles et communautés faisant usage de la liturgie latine traditionnelle.
Ouf !…

Puisque le Refuge Notre-Dame de Compassion est attaché de manière exclusive à la pratique du rite romain antiquior, nous ne sommes donc pas directement concernés par les innovations introduites par ce décret.
Il m’est néanmoins loisible d’avoir quelque opinion à ce sujet, et – depuis deux mois – je m’étais bien promis de vous faire part, en temps opportun, de certaines de mes réflexions (pas toutes : j’en garde encore quelques unes en mon for interne).

Mandatum -  Eglise de Brushford, Somerset

Le Mandatum, ou lavement des pieds
(vitrail de l’église de Brushford, dans le comté du Somerset – Angleterre)

Dans la tradition liturgique depuis les origines, le lavement des pieds (en latin : lotio pedum) – rite institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même le Jeudi Saint, après l’institution de la Sainte Eucharistie et du sacerdoce – , est reproduit par l’Eglise chaque année lors d’une cérémonie sacrée, communément appelée Mandatum.
Le nom de Mandatum, mot latin qui signifie « commandement », donné à cette action liturgique se rapporte aux paroles mêmes de Notre-Seigneur (cf. Jean XIII, 34) qui sont reprises par l’antienne chantée au commencement du rite : « Je vous donne un commandement nouveau : que vous vous aimiez les uns les autres, de la même manière que Je vous ai aimés, dit le Seigneur… »

Dans son « Dictionnaire pratique de liturgie romaine », le Chanoine Robert Lesage écrit :
« De tous temps, les Prélats, les Princes, les Rois et les Saints ont imité l’exemple du Christ. En France, depuis Robert le Pieux, les rois lavèrent ainsi les pieds de douze pauvres, qu’ils servaient ensuite à table, accompagnés des Princes du sang et des grands Officiers de la couronne (note *).
La coutume se conserva longtemps dans les cours chrétiennes, même protestantes. En 1907, l’Empereur d’Autriche le fit encore à douze vieillards dont la somme totale des années était de mille ans. En 1909, l’antique cérémonie, qui est célébrée chaque année dans la cathédrale de Westminster, fut rehaussée par la présence de la Reine d’Angleterre et de l’Impératrice douairière de Russie.
A Rome, il y avait autrefois deux lotiones pedum : le matin, le Pape lavait les pieds à douze Sous-Diacres, le soir à treize pauvres. Le diacre Jean nous rapporte un épisode de la vie du Pape S. Grégoire, qui vit un jour un treizième jeune homme, que personne n’avait vu entrer, s’adjoindre aux douze pauvres. Il déclara être un Ange envoyé du ciel pour montrer à Grégoire combien son geste était considéré par le Christ comme fait à Lui-même. Le savant Benoît XIV (De Festis D.N.J.C., liv. I, c. VI, n. 57) et de nombreux liturgistes ont expliqué le nombre treize par ce récit merveilleux. Mais d’autres auteurs ont donné des explications différentes : le treizième pauvre représenterait le Christ Lui-même (Sarnelli) auquel l’Eglise lave les pieds comme l’avait fait Marie dans la maison du Pharisien, ou bien S. Paul (Orlendi), ou bien encore le propriétaire du cénacle (Frescobaldi) qui aurait été joint aux Apôtres le Jeudi Saint.
Tout cela pour justifier la coutume existant en de nombreux endroits, et à Rome même, de laver les pieds à treize personnes. Le missel romain ne dit rien du nombre de ceux qui sont convoqués, mais le Cérémonial des Evêques (liv. II, c. XXIV, nn. 2, 3, 4) mentionne à plusieurs reprises le nombre de treize, tout en laissant la liberté relative à la qualité de ces personnes : pauvres, Chanoines ou autres. Dans la plupart des lieux, d’ailleurs, on les nomme « Apôtres » (…) ».

Je précise que le Chanoine Robert Lesage publia l’ouvrage sus-cité en 1952, c’est-à-dire peu de temps avant les réformes de la liturgie de la Semaine Sainte opérées sous le pontificat du Pape Pie XII, réformes dont le maître d’oeuvre fut – horresco referens – le catastrophique Monseigneur Annibale Bugnini.
Depuis l’Antiquité et jusqu’en 1955, le Mandatum était un rite pratiqué en dehors de la Sainte Messe. La réforme bugniniesque l’a intégré à la Messe du Jeudi Saint, au mépris de toute tradition et de toute cohérence.
Je profite donc de ce rappel pour vous encourager vivement à vous plonger dans les très remarquables études critiques qu’a publiées notre ami Henri Adam de Villiers au sujet de cette regrettable réforme dite « de Pie XII », sur le blogue « Liturgia » (introduction générale > ici, et pour ce qui concerne le Jeudi Saint et le Mandatum > ici).

Mandatum -  Brushford, Somerset - détail 1

Ainsi que cela ressort des lignes citées ci-dessus rappelant brièvement quelques éléments historiques au sujet du Mandatum, depuis toujours les personnes qui ont été choisies pour participer à ce rite – qu’il s’agisse d’ecclésiastiques ou de laïcs – ont représenté de manière symbolique les Apôtres.

Comme, d’une part, les Apôtres étaient des personnes de sexe masculin, et comme aussi, d’autre part, la tradition liturgique continue a réservé aux seules personnes de sexe masculin de tenir un rôle dans une action liturgique, il n’a jamais été question que le Mandatum fut pratiqué avec des femmes, des jeunes filles ou des fillettes, depuis les origines de l’Eglise et jusqu’à nos jours.

Jusqu’à nos jours…
C’est-à-dire jusqu’à une époque où s’affirment sans vergogne l’ignorance crasse de la doctrine divinement révélée et des traditions liturgiques antiques les mieux assurées, la confusion des esprits, les remises en question systématiques des usages les plus vénérables, les revendications des furies féministes, les modes ecclésiastiques à la remorque des idéologies ambiantes, et que sais-je encore.

C’est bien peu de chose que de dire que le sens originel du rite du lavement des pieds se trouve aujourd’hui édulcoré et dévoyé - comme d’ailleurs beaucoup d’autres éléments de la liturgie, dans la « forme ordinaire du rite romain ».
De sa compréhension mystique, héritée des Apôtres eux-mêmes et transmise par l’authentique Tradition des Pères, on est passé à une interprétation très humaine de type philanthropique et sociologique – voire socialiste – qui n’a vraiment plus grand chose de surnaturel ! 

Ainsi, selon les nouvelles directives définies par le décret de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, ceux qui sont choisis pour recevoir le lavement des pieds doivent-ils désormais être « un groupe de fidèles qui représente la diversité et l’unité de chaque portion du peuple de Dieu » (sic).
On trouve également en filigrane, derrière ce genre d’affirmation, cette pitoyable autocélébration de l’assemblée, caractéristique de la liturgie postconciliaire, qu’avait naguère dénoncée un certain cardinal Ratzinger.

Cette énième réforme du missel réformé, imposée par le pape François, à travers les termes employés par le décret du Saint-Siège qui ouvre donc le rite du lavement des pieds à des personnes de sexe féminin, laisse entendre que ces dernières doivent être catholiques (c’est du moins le sens traditionnel des mots « fidèles » et « peuple de Dieu »).
Mais on notera que le même pape François est déjà allé lui-même bien au-delà, puisque il a lavé les pieds de personnes non-catholiques : des infidèles (c’est-à-dire étymologiquement des personnes qui n’ont pas la foi), en particulier des mahométans et mahométanes…

Mandatum -  Brushford, Somerset - détail 2

Cette manière de faire n’est pas nouvelle, puisque ce fut le cas déjà bien avant la fin du second concile du Vatican : les modernistes de tout poil n’ont jamais attendu que les réformes – ou pseudo réformes – soient mises en oeuvre par les autorités compétentes pour s’engager dans des innovations aventureuses… jusqu’au scandale.

Dans la « forme ordinaire du rite romain », les prêtres progressistes et leurs sinistres équipes liturgiques – dont les membres semblent spécialement choisis en fonction d’une ignorance proportionnelle à leur capacité de tout oser (et là je renvoie à un fameux dialogue de Michel Audiard à propos de ceux qui osent tout : « … c’est même à ça qu’on les reconnaît ! ») – ,  ont déjà largement « exercé leur créativité » pour mettre en oeuvre avec une application toute particulière ce qui était interdit. Ils n’ont donc pas attendu le décret du Saint-Siège publié en janvier dernier pour transformer le rite du lavement des pieds en énumération à la Prévert où les ratons-laveurs se retrouvent fort opportunément à leur place.
Le Père Bergoglio lui-même, jésuite, puis évêque et cardinal, était notoirement connu pour les « libertés » et « l’audace » de ses « célébrations eucharistiques ».
Il m’est arrivé de regarder la vidéo de l’une d’elles, qui avait lieu dans un stade pour une assemblée d’enfants : cela s’apparentait davantage à ces « shows » qu’organisent les prédicateurs évangélistes sud-américains qu’à la Sainte Messe catholique. Je précise que je n’ai pas pu aller jusqu’au bout de la dite vidéo, car c’était pour moi un spectacle insoutenablement douloureux qui m’a fait verser des larmes bien amères.

Qu’on me permette ici une question à l’adresse des inconditionnels de l’admission des femmes au lavement des pieds : avez-vous bien pensé, avant la cérémonie, à certains détails très pratico-pratiques ?
Je m’explique : dans nos contrées occidentales, lorsqu’un homme est choisi pour participer au Mandatum, il n’a habituellement qu’à retirer sa chaussure et sa chaussette et à remonter légèrement le bas de son pantalon. C’est relativement simple et sans conséquences.
Mais une femme – à moins de lui imposer de participer à la cérémonie habillée comme un homme, ce qui procède là encore d’un machisme d’autant plus insoutenable qu’il ne dit pas son nom et qu’il se cache insidieusement sous le prétexte de l’égalité des sexes – , si elle est vraiment féminine, qu’elle est en jupe et qu’elle porte un collant ou des bas (car il fait encore souvent frais sous nos latitudes au moment de la Semaine Sainte), devra-t-elle retrousser sa jupe pour retirer le-dit collant devant tout « le peuple de Dieu » rassemblé, avant de se faire laver le pied par le célébrant ? L’aura-t-on prévenue avant la cérémonie pour qu’elle prenne ses dispositions – car il ne conviendrait pas qu’elle soit prise au dépourvu, mais il faut qu’elle ait eu le temps de s’épiler les jambes et de se vernir les ongles – ? Ou bien faudra-t-il instituer, avant le début du rite, un déplacement liturgique de toutes les femmes désignées pour le lavement des pieds vers un recoin discret de l’église ou dans une sacristie, afin qu’elles y retirent, à l’abri des regards fraternels, les pièces de leur habillement qui ne permettraient pas d’atteindre directement leurs pieds droits ? Mais dans ce cas, ne faudrait-il pas les obliger de revenir déchaussées des deux pieds, car il serait plutôt cocasse de les voir arriver toutes ensemble claudiquant (surtout si le pied qui reste chaussé l’est d’un escarpin à talon aiguille) ?
Vous le savez, nous autres chats avons un sens pratique souvent beaucoup plus aiguisé que ces humains qui refont le monde, l’Eglise et la liturgie dans leurs bureaux de pseudo-intellectuels en étant coupés des réalités concrètes : si je me suis permis cette question et ses développements, c’est – bien évidemment – par pure charité…

Mandatum -  Brushford, Somerset - détail 3

Avec ces adaptations multiformes, dont on a l’impression qu’elles vont toujours dans le sens d’un mépris de la plus authentique tradition et d’une imitation des modes du monde, la liturgie issue du second concile du Vatican me fait l’effet d’un caillou roulant sur une pente : sa vitesse s’accélère au fur et à mesure qu’il descend vers l’abîme, entraînant avec lui tout ce qui n’est pas bien accroché et qui manque de racines.
De décadence en décadence, la « forme ordinaire » devient quasi profane, de plus en plus vulgaire, se délite dans son inconsistance même, et finira par disparaître.

Nous ne la regretterons pas.
Nous ne pleurerons pas sur elle.
Peut-être même faut-il souhaiter que sa disparition totale soit hâtée…

En attendant, ce prochain Jeudi Saint, que les modernichons s’éclatent autant qu’ils le peuvent en lavant tous les pieds de « la diversité » !

Je leur suggère d’ailleurs de ne pas se limiter à une unique parité hommes/femmes, qui ne rend plus du tout compte de l’entière diversité du « peuple de Dieu », mais qu’ils enrichissent avec encore plus de soin leurs sélections pour l’admission au lavement des pieds, s’ils ne veulent pas susciter de nouvelles ségrégations.
En effet, il ne conviendrait pas d’oublier les pieds des hermaphrodites et ceux des transexuels, ni d’ailleurs – pour lutter efficacement contre l’exclusion – les roues des fauteuils roulants des culs-de-jatte !
Qu’ils n’omettent pas non plus les pieds de ces « migrants » interstellaires que sont les petit
s-hommes-verts (et les petites-femmes-vertes, bien sûr) s’il y en a qui ont stationné leur soucoupe volante sur les platanes de la place de l’église…

Pour nous, je le redis, nous ne nous sentons absolument pas concernés par toutes ces innovations dont, selon une savoureuse expression argotique qu’utilise parfois mon papa-moine, nous nous tamponnons le coquillard… avec une patte d’aligator femelle.

pattes de chatLully

Note * : voir, dans ce même blogue, l’article que j’ai publié le 28 mars 2013 : « Le dernier Jeudi Saint de la monarchie très chrétienne » > ici.

Vous pouvez laisser une réponse.

3 Commentaires Commenter.

  1. le 23 mars 2016 à 9 h 26 min Louis de Saint-Taurin écrit:

    Merci pour la précision que cela ne concerne que la nouvelle liturgie, qui m’évitera la gaffe de faire monter des dames et demoiselles en crinoline dans le choeur de mon église !

  2. le 22 mars 2016 à 21 h 26 min Maryvonne V. écrit:

    Je ne peux qu’être d’accord avec tout ce que vous dites, cher Maître-Chat.
    Heureusement que je ne verrai pas toutes ces « horreurs » dans notre petite chapelle.

    MV

  3. le 22 mars 2016 à 20 h 59 min Abbé Jean-Louis D. écrit:

    Quel avenir pour l’Eglise à travers toutes ces mises en scènes bergoliennes ?

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