2016-16. Procès-verbal de la comparution de Jean-Nicolas Stofflet devant la commission militaire qui l’a envoyé à la mort.

1796 – 25 février – 2016

* * *
220e anniversaire de l’exécution

de

Jean-Nicolas Stofflet

frise lys deuil

Jean-Nicolas Stofflet

C’est le 25 février 1796 vers 10 h du matin que Jean-Nicolas Stofflet fut fusillé à Angers, au Champ-de-Mars (aujourd’hui « jardin du Mail »), avec quatre compagnons d’armes.
J’ai déjà résumé la biographie de Stofflet dans les pages de ce blogue (voir > ici) et j’ai également publié le texte de la proclamation par laquelle il annonça la reprise des combats, à la fin de janvier 1796 (voir > ici).

Pour marquer le deux-cent-vingtième anniversaire de sa mort héroïque, je veux aujourd’hui publier le texte du procès-verbal de son interrogatoire devant la commission militaire qui l’a envoyé à la mort. Il est daté du « 5 ventôse an IV », c’est-à-dire du 24 février 1796, la veille de l’exécution.
Je le reproduis ci-dessous tel que je l’ai découvert dans l’ouvrage intitulé : « Correspondance secrète de Charette, Stofflet, Puisaye, et autres… ».

Ce livre, en deux tomes, a été publié à Paris, sans nom d’auteur chez F. Buisson – imprimeur libraire sis au n° 20 de la rue Haute-Feuille – , en « l’an VII de la république française » (note : l’an VII de la république va du 22 septembre 1798 au 22 septembre 1799) : sa parution a donc suivi de quelque deux années et demi seulement l’exécution de Stofflet.

Après avoir scanné l’incipit de cet interrogatoire, j’en ai recopié le texte complet en respectant l’orthographe et la ponctuation utilisées dans l’ouvrage.

A la lecture de ce procès-verbal, on est frappé finalement par l’insignifiance des questions posées : on a envie de dire que c’est une comparution de pure forme, puisque de toute manière, le verdict est connu d’avance et ne dépendra pas de cette comparution.

Lully.

frise lys deuil

Incipit de l'interrogatoire de Stofflet

Interrogé de ses noms, prénoms, âge, qualités et demeure ?
- A répondu s’appeler Nicolas Stofflet, âgé de 44 ans, natif de Luneville, département de la Meurthe, ci-devant province de Lorraine, d’aucun métier ; qu’il a servi pendant 18 ans, après lequel temps, il s’est retiré à Maulevrier, département de Maine-et-Loire.

Interrogé de ce qu’il faisoit au pays de Maulevrier ?
- A répondu, en qualité de garde-chasse, jusqu’à l’époque de la révolution, que depuis, il a fait la guerre, en prenant les armes contre la république jusqu’au moment que la pacification fut faite entre lui et les représentans du peuple.

Interrogé, si depuis la pacification faite avec les représentans, il n’a pas repris les armes contre la république, et s’il n’a pas, par une proclamation qui a la date d’environ un mois, engagé tous les royalistes et habitants du pays insurgé, à se réunir à lui pour marcher contre les républicains ?
- A répondu, qu’oui ; parce qu’on n’avoit pas tenu les conditions de la pacification, passée avec les représentans du peuple à Monglande (note *).

Interrogé au nom de qui il combattoit contre la république ?
- A répondu que c’étoit au nom du roi, c’est-à-dire, du premier homme qu’on auroit pu mettre sur le trône.

Interrogé s’il n’a pas provoqué la dissolution des armées républicaines, en faisant proposer aux chefs de cantonnemens ou garnisons, des appointemens considérables, s’ils vouloient passer au service du roi, sous le commandement de lui Stofflet ?
- A répondu que non ; d’ailleurs, ajoute-t-il, où voudriez-vous que j’aie pris de l’argent.

Interrogé en quelle qualité il commandoit dans les armées royales ?
- A répondu, en qualité de commandant, depuis le commencement.

Interrogé de nous dire les noms des principaux chefs qui servoient sous son commandement ?
- A répondu, qu’ils se nommoient Nicolas, de la commune de Cholet ; Nicolas Blin de Tousol ; Guichard, de Soloire.

Interrogé, si lorsqu’il a été arrêté dans la commune de la Poitevinière, il n’avoit pas le dessein, avec le rassemblement qu’il avoit ordonné, d’attaquer les postes, et sur lesquels il avoit jeté ses vues ?
- A répondu qu’oui ; et d’attaquer le poste qu’il auroit cru le plus foible ; et que le rassemblement qu’il avoit fait, pouvoit monter à 3 ou 400 hommes.

Interrogé, quelles fonctions remplissoit Bernier, ci-devant curé ?
- Celle de commissaire général, et que sa demeure habituelle étoit au Lavoir.

Interrogé où il prenoit ses munitions, s’il n’avoit pas des agens dans les villes environnantes le pays insurgé, ou dans celle qui sont au milieu du pays occupé par les troupes républicaines ?
- A répondu, qu’il les achetoit du premier venu, c’est-à-dire, des habitans du pays, qui s’en procuroient dans différens endroits ; qu’il n’avoit point d’agens dans les villes environnantes le pays insurgé ; que la poudre qu’il achetoit n’étoit point en cartouches.

Interrogé quelles fonctions remplissoient auprès de lui les cinq autres accusés ?
- A répondu qu’ils n’en remplissoient aucune, à l’exception de Moreau, qui étoit son domestique.

Interrogé combien il avoit de chevaux, et où ils étoient, quand lui accusé a été arrêté ?
- A répondu qu’ils étoient dans différentes métairies, et qu’il en avoit particulièrement deux dans la forêt de Vézin.

Interrogé s’il n’avoit pas une caisse militaire, et où elle étoit déposée ?
- A répondu qu’il n’en avoit point, parce qu’il ne soldoit point ses troupes.

Interrogé pourquoi, lorsqu’il a été arrêté, il s’est révolté contre la troupe, qui avoit été pour s’emparer de lui ?
- A répondu que c’étoit pour se faire tuer sur le champ.

Lecture à lui faite de l’interrogation, a dit ses réponses contenir vérité, et a signé avec nous et le citoyen Crolbo, que le conseil a choisi pour secrétaire.

Signé : STOFFLET, et CROLBO, secrétaire.

Signature de Stofflet

Note * : Monglande = mauvaise graphie de « Mont-Glonne », qui était le nom par lequel avait été rebaptisée la paroisse de Saint-Florent le Vieil pendant la période révolutionnaire. On se souvient que Stofflet avait refusé de signer le traité de pacification à La Jaunaye, le 17 février 1795. Il n’avait accepté cette pacification qu’à contre-coeur et plus tard : c’est à Saint-Florent le Vieil, le 2 mai 1795 qu’il avait finalement signé la paix.

frise lys deuil

Publié dans : Memento, Vexilla Regis |le 24 février, 2016 |Pas de Commentaires »

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