2015-107. Où l’on évoque, au jour du centenaire de sa naissance, la figure d’Edith Piaf et ses liens privilégiés avec Sainte Thérèse de Lisieux.

Samedi des Quatre-Temps d’hiver 19 décembre 2015,
mémoire du Bienheureux Urbain V (cf. > ici),
centenaire de la naissance d’Edith Piaf.

Edith Piaf enfant

Edith toute petite fille

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Je fais partie de ceux que sa voix émeut et chamboule jusqu’au plus intime de l’être – cela ne se contrôle pas, c’est physique – , je suis aussi du nombre de ceux que sa vie si chaotique touche profondément, et ce n’est pas en raison d’une frénésie « pipole ». Voilà pourquoi je ne veux pas laisser passer ce 19 décembre 2015 sans évoquer le centenaire de la naissance d’Edith Giovanna Gassion, née à Paris le 19 décembre 1915, mondialement connue sous son nom de scène : Edith Piaf.

Certaines bonnes âmes réprouveront peut-être mon attachement à cette « fille de rien », élevée dans une maison close, sans éducation religieuse, aux défauts si marqués, à la vie sentimentale si agitée et scandaleuse, et à laquelle l’Eglise refusera les funérailles ecclésiastiques (note *) : « J’ai péché… Mea culpa !… Que ceux qui n’ont jamais péché me jettent la première pierre ; que ceux qui n’ont jamais aimé me refusent une prière… » a-t-elle chanté dans « Mea culpa ».
Et finalement, même si la grâce de Dieu nous a préservés de semblables errements, n’en est-il pas pourtant ainsi aussi pour chacun d’entre nous ?

Tout à la fois ange et démon, Edith, même si elle n’a pas fait de déclarations ni de déballages intimes sur cet aspect encore largement ignoré de sa vie, était en dépit de tout animée par une profonde et sincère croyance : la foi des pauvres gens qui n’ont pas reçu d’instruction religieuse et auxquels la rue a servi d’école de vie.
Une foi authentique toutefois, qui ne se pose pas de questions théologiques mais croit en une vie éternelle au-delà de la mort et qui, dans l’ignorance pratique du Bon Dieu, de Sa Loi et de Ses sacrements, cherche cependant à aller vers Lui par l’intercession de Ses saints.
« Il n’est pas possible qu’une fois mort on ne soit vraiment que poussière… Il y a quelque chose qui nous échappe, que nous ne connaissons pas… Je crois en Dieu. Il serait trop injuste que ceux qui ont souffert sur cette terre ne trouvent la paix que réduits en poussière. Le Paradis viendra… après le Jugement dernier » dit-elle à son infirmière quelques jours avant de mourir. Et aussi : « Je n’ai pas peur de la mort. C’est une autre vie qui commence », et elle lui demande d’aller à l’église Sainte-Rita de Nice pour y faire brûler un cierge. L’infirmière objecte : « Mais, Edith, j’y suis allée la semaine dernière… » et s’attire cette réponse : « Retournes-y, deux cierges valent mieux qu’un ! »

La foi fruste d’Edith s’exprimait dans le culte des saints, et au plus haut point par la relation privilégiée qu’elle eut avec Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus.
Ses proches en ont témoigné : Edith la colérique, Edith la jalouse, Edith la luxurieuse, et malgré tout Edith au coeur d’enfant vivait dans une proximité quotidienne et quasi physique avec la petite carmélite de Lisieux.

On le sait, à l’âge de six ans, devenue aveugle à cause d’une kératite aigüe, Edith fut guérie à la suite d’un pélerinage à Lisieux.
Je ne peux d’ailleurs m’empêcher de sourire en pensant à ce pèlerinage si peu conventionnel où l’on vit une mère maquerelle et ses « filles » – qui, même si elles avaient fait de gros efforts de tenue afin de paraître « respectables », ne pouvait pas passer inaperçues – venir s’agenouiller et prier sur la tombe de la bienheureuse, avec une petite fille portant un bandeau noir sur les yeux…
Depuis lors, Edith a toujours gardé un lien intime et profond avec la sainte carmélite : elle retournera souvent prier à Lisieux (y emmenant parfois ses amants !) ; tous les soirs, elle s’agenouillait pour prier devant l’image de Thérèse posée en évidence sur son chevet, lors même qu’il y avait un homme dans son lit ; il lui est arrivé de monter à genoux – incognito – les escaliers de la basilique du Sacré-Coeur de Montmartre, pour demander pardon à la sainte après une mauvaise action ; et plusieurs fois aussi il est arrivé à Edith de sentir un parfum de rose surnaturel, signe des grâces de Thérèse…
Chaque fois qu’elle entrait en scène, Edith se signait et embrassait la croix qu’elle portait toujours autour du cou.

« Edith et Thérèse, la Sainte et la Pécheresse » : Jacqueline Cartier et Hugues Vassal ont cosigné, il y a déjà plusieurs années, cet ouvrage qu’on ne peut lire (ou relire) sans émotion.
N
ous touchons là au mystère des âmes et à la stupéfiante manière dont le Bon Dieu peut établir des relations privilégiées entre certaines d’entre elles pour, malgré tout, communiquer Ses grâces et oeuvrer au salut des pécheurs.

Ici, je ne peux m’empêcher de vous rapporter, en guise de conclusion, cette admirable citation du chanoine Antoine Crozier, ce prêtre lyonnais stigmatisé que j’aime tant et qui fut l’ami intime du Bienheureux Charles de Foucauld (cf. > ici et ici) :
« De même qu’Il va prendre très loin, sur l’immensité des mers, les pluies qu’Il fait tomber dans nos champs, Dieu va prendre plus loin encore les grâces qu’Il nous donne. Et c’est ainsi que, dans le livre de nos vies, les plus belles pages sont souvent écrites par les mérites des autres, par les prières de quelque moine ou de quelque carmélite, immolés silencieusement au fond de leur cloître »

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.       

Edith et Thérèse la sainte et la pécheresse

« Edith et Thérèse – la Sainte et la Pécheresse »
Jacqueline Cartier et Hugues Vassal (ed. Anne Carrière)

Note * : on remarquera toutefois que malgré le refus des funérailles à l’église (l’Osservatore Romano faisant remarquer qu’elle avait vécu en état de péché public), plusieurs ecclésiastiques furent présents au cimetière lors des obsèques d’Edith. Outre le curé de sa paroisse parisienne et le Rd Père Leclerc, dominicain et aumônier du monde des spectacles, fut aussi présent Monseigneur Martin, venu spécialement de Rome pour la circonstance, qui gardait à Edith une reconnaissance éternelle parce que, à Marseille, « elle l’avait sauvé du suicide et lui avait rendu la foi ».

Publié dans : Memento, Nos amis les Saints |le 19 décembre, 2015 |8 Commentaires »

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8 Commentaires Commenter.

  1. le 24 décembre 2015 à 10 h 07 min Xavier de Reims écrit:

    C’est aussi ça qui me fait suivre votre blogue avec autant de « dévotion » (sic).
    J’admire l’amour que vous portez au monde et aux âmes si différentes qui le composent.
    Merci à vous.

  2. le 21 décembre 2015 à 11 h 31 min Jean-René K. écrit:

    Merci pour ces belles paroles.
    Dieu seul jugera…

  3. le 19 décembre 2015 à 23 h 09 min Bertrand T. écrit:

    Merci, Cher Frère Maximilien !
    Moi aussi j’aime beaucoup Edith Piaf. Ses chansons et sa merveilleuse voix. Un peu moins le personnage quelque peu « sulfureux », mais il est sûr « Que celui qui n’a jamais pêché… »
    Ceci étant je trouve plutôt normal que l’Eglise lui ai refusé des funérailles ecclésiastiques. Aujourd’hui, on enterre tout le monde à l’église (voir Yves Saint Laurent).
    Ce qui de toutes façons ne retire rien à son immense talent !
    Je ne connaissais pas le livre que vous évoquez et je suis bien tenté de le lire.
    Encore merci !

    Bertrand T.

  4. le 19 décembre 2015 à 17 h 17 min Béa Kimcat écrit:

    Merci, Frère Maximilien-Marie, pour ce bel hommage rendu à Edith Piaf.
    J’ai lu de nombreux livres sur elle et je note celui-ci pour une prochaine lecture.
    Sa voix me bouleverse à chaque fois que je l’entends…
    Bien cha(t)micalement.
    Béa kimcat

    La Môme Piaf est aussi sur mon blog > ici

  5. le 19 décembre 2015 à 16 h 39 min Jean P. écrit:

    Il est 17 h 30 et vers 15 h il y avait, sur FR3, Edith Piaf.
    J’avais les larmes aux yeux et je songeais à cette créature de DIEU qui a reçu une voix et une expression particulières.
    Je ne pensais pas trouver votre message en ouvrant l’ordi.
    Je ne suis pas un inconditionnel des vedettes qui ont bercé mon enfance. Vingt ans d’écart ne comptent pas devant tant d’humanité et de profondeur.
    Oui, il y a chez cette grande âme la main divine, j’en étais et j’en reste impressionné et persuadé.
    Merci d’avoir exprimé votre vision!
    Preuve irréfutable que l’Amour existe dans tout ce que ce mot galvaudé renferme de beauté et de grandeur.

  6. le 19 décembre 2015 à 11 h 08 min Marc A. écrit:

    Il y a quelques années, un célèbre généalogiste dont j’ai oublié le nom a prouvé que Thérèse et Édith étaient des cousines éloignées…
    C’est tout de même fou…

    Réponse de Frère Maximilien-Marie :

    Edith, préoccupée de ses racines, avait demandé à Jacques Bourgeat de travailler à son arbre généalogique : celui-ci retrouva un Jean de Gassion, né à Pau en 1609, qui s’illustra à Rocroy auprès du Grand Condé et devint maréchal de France.
    Au moment de la révolution, la lignée se sépara en deux branches, l’une – sans particule – s’établit en Normandie…

    En 1983, un patient et passionné chercheur, Gilles Henry, fit état d’un Richard Gassion, contemporain du maréchal Jean de Gassion mais sans lien de parenté avec lui. Ce Gassion-là, simple laboureur, était d’une famille établie depuis longtemps en Normandie, à Castillon.
    Gilles Henry, étudiant la descendance de ce Richard Gassion, y a trouvé des paysans, un fonctionnaire à l’octroi de Falaise, des bonnetiers…
    Le dernier de ces bonnetiers (et aussi coiffeur) épouse Augustine Duval : ils sont les parents de Victor Gassion, écuyer de cirque et grand’père d’Edith.

    En 1996, deux généalogistes, Joseph Valynseele et Denis Grando, ont remonté la branche féminine de la famille, et se sont particulièrement intéressés à cette Augustine Duval, arrière-grand’mère d’Edith.
    Ils ont ainsi découvert qu’Augustine est l’arrière-arrière-arrière-petite-fille d’un certain Louis Bohard, qui avait épousé Marie Marie à Athis-sur-Orne en 1672.
    Louis et Marie Bohard avaient eu deux fils, Jacques et Nicolas.
    Edith descend de Jacques Bohard.
    De Nicolas descend Marie-Anne qui épouse en 1775 à Athis-sur-Orne le jardinier Jean Martin : ils donnèrent naissance à Pierre Martin, capitaine de gendarmerie qui est le père de Louis Martin, horloger et père de Sainte Thérèse.

    Edith n’a jamais su ce cousinage, mais il est bien réel !

  7. le 19 décembre 2015 à 10 h 22 min Le Forez écrit:

    Maitre chat Lully ,
    dites à votre maître que c’est quelqu’un de bien, qu’il possède une belle âme. Après avoir lu un tel billet, il n’y a plus de doute.
    Je n’aimais pas la chanteuse (les goûts et les couleurs…) mais le suis de tout cœur sur ce qu’il pense de la vie d’Edith Piaf.
    Comme dit la chanson : « …quelqu’un de bien… »
    Voila des prêtres comme on en voudrait tant !

  8. le 19 décembre 2015 à 10 h 21 min Catherine A. écrit:

    Merci cher Frère,
    de prendre le risque de vous faire le défenseur d’une humble pécheresse.
    Personnellement, je n’en apprécie que plus votre blog, qui revêt là une dimension supplémentaire.
    C.A.
    P.S. : je vais commander le livre : encore une victoire à mettre à l’actif de la petite Thérèse.

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