2015-84. La révolution fut essentiellement une conspiration contre Dieu et contre Son Christ.

Lundi 28 septembre 2015,
fête de Saint Wenceslas, duc de Bohème et martyr.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Ce n’est pas de Saint Wenceslas que l’on fête aujourd’hui dont je souhaite vous entretenir ; ce n’est pas davantage des célébrations d’hier : le dix-huitième-dimanche après la Pentecôte, la solennité de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus patronne de la France en second que l’on célèbre au dernier dimanche de septembre, ni le deux-cent-cinquantième anniversaire de la naissance d’Antoine-Philippe de La Trémoille, Prince de Talmont, que nous aimons beaucoup (27 septembre 1765), ni encore le trois cent-cinquante-cinquième anniversaire de la mort de Saint Vincent de Paul (27 septembre 1660), ni non plus le quatre-cent-quatorzième anniversaire de la naissance de Sa Majesté le Roi Louis XIII (27 septembre 1601). Rien de tout cela…

Remontons, si vous le voulez bien, jusqu’à avant-hier, samedi 26 septembre 2015.
Ce samedi 26 septembre donc, figurez-vous que j’ai pu profiter – le fait est assez rare pour que je le souligne – d’une longue journée de solitude et de repos : j’avais confié Frère Maximilien-Marie à nos amis Dany et Jean-Pierre, dans lesquels j’ai entière confiance, qui l’ont emmené loin du Mesnil-Marie pour participer à la journée du Souvenir Catholique en Languedoc, à Saussines.
De la sorte ai-je pu être tranquille (vous ne pouvez pas vous imaginer ce que c’est que d’avoir constamment un moine à surveiller : non, vraiment ce n’est pas de tout repos !), et ai-je mis à profit cette journée de vacances pour me replonger dans la lecture des oeuvres du grand cardinal Pie : ce jour marquait le bicentenaire de sa naissance, le 26 septembre 1815.

J’ignore si le diocèse de Chartres – dans lequel naquit, fut ordonné prêtre puis évêque Louis-Edouard Pie – a organisé (ou organise) des manifestations particulières pour cet anniversaire ; je sais, en revanche, que l’archidiocèse de Poitiers va le commémorer, le prochain « ouiquinde » (3 & 4 octobre 2015), par un colloque qui va évoquer par la même occasion son collaborateur puis évêque auxiliaire, Monseigneur Charles Gay, dont cette année 2015 marque également le deuxième centenaire de la naissance (cf. > ici).

Tandis donc que Frère Maximilien-Marie et nos amis se rendaient à Saussines pour honorer la mémoire des catholiques victimes de la révolution française, de mon côté j’ai trouvé et relevé un beau texte du Cardinal Pie que je tiens à porter à votre connaissance pour que vous en fassiez vous aussi l’objet de vos réflexions et méditations.
Ce texte est un extrait de l’éloge funèbre de Madame la Marquise de La Rochejaquelein prononcé lors de ses funérailles à Saint-Aubin de Baubigné le 28 février 1857, et Monseigneur Pie (il n’était pas encore cardinal) y utilise des citations de la Sainte Ecriture, et en particulier les Psaumes qui se lamentent sur les infidélités d’Israël et décrivent la ruine du Temple, afin de décrire ce que fut dans son essence la révolution, la satanique révolution...

Lully.

Cardinal Pie portrait par E. Lejeune

Le Cardinal Louis-Edouard Pie, évêque de Poitiers
(portrait par Eugène Lejeune – huile sur toile, musée des Beaux-Arts de Chartres)

La révolution fut essentiellement une conspiration contre Dieu
et contre Son Christ.

Depuis longtemps, on entendait un secret frémissement des nations, une sourde fermentation des peuples. Enfin le cri de guerre a retenti ; l’impiété a rassemblé sous ses étendards mille soldats divers qui ont oublié leurs préjugés de naissance, d’opinion, de rang, pour se coaliser contre l’ennemi commun. Désunis sur mille autres points, ils n’ont ici qu’une pensée unanime : Cogitaverunt unanimiter, simul  adversum Te testamentum disposuertunt (Ps. LXXXII, 6 : « Ils ont conspiré unaniment, ensemble contre Vous ils ont fait alliance »).
Et quel est-il cet ennemi contre lequel je vois marcher ces bataillons si serrés ?
Ah ! Que d’autres s’arrêtent à discuter les passions secondaires, à déplorer l’ébranlement des contre-coups et les accidents de la mêlée. Pour moi, m’élevant au-dessus de ces calamités communes, je dirai avec un roi, grand homme d’Etat, que, dans son fond et dans son essence, la conspiration a été ourdie contre Dieu et contre Son Christ : Convenerunt in unum adversus Dominum et adversus Christum ejus (Ps. II, 2).
C’est Dieu, c’est Son Christ, dont on veut briser les chaînes, dont on veut secouer le joug : Dirumpamus vincula eorum, et projiciamus a nobis jugum ipsorum (Ps. II, 3 : « Rompons leurs liens, et rejetons loin de nous leur joug »). Ils ont dit à Dieu et surtout à Son Christ : Retire-Toi, nous ne voulons pas de la science de Tes voies (Job. XXI, 14).
Et il fut fait comme il fut dit.
Il existait un pacte ancien, une longue alliance entre la religion et la société, entre le christianisme et la France ; le pacte fut déchiré, l’alliance rompue : Et averterunt se, et non servaverunt pactum (Ps. LXXVII, 57 : « Et ils se détournèrent [de Dieu] et n’observèrent plus l’alliance »).
Dieu était dans les lois, dans les institutions, dans les usages ; Il en fut chassé, le divorce fut prononcé entre la constitution et l’Evangile, la loi fut sécularisée, et il fut statué que l’esprit de la nation moderne n’aurait rien à déméler avec Dieu, Duquel elle s’isolait entièrement : Et in lege ejus noluerunt ambulare… et non est creditus cum Deo spiritus ejus (Ps. LXXVII, 10 b et 8 b : « …et ils n’ont pas voulu marcher dans Sa loi… et son esprit [du peuple] ne s’est point confié en Dieu »).
Dieu avait sur la terre des temples majestueux que surmontait le signe du Rédempteur des hommes ; les temples sont abattus ou fermés ; on n’y entend, au lieu des chants sacrés, que le bruit de la hache ou le cri de la scie ; la Croix du Sauveur est renversée et remplacée par des signes vulgaires : Posuerunt signa sua, signa… in securi et ascia dejecerunt eam ; incenderunt igni sanctuarium tuum (Ps. LXXIII, 4b, 6 b et 7a : « Ils ont planté leurs étendards en grand nombre… avec la cognée et la hache à double tranchant, ils l’ont renversé ; ils ont brûlé par le feu Votre sanctuaire »).
Dieu avait sur la terre des jours qui Lui appartenaient, des jours qu’Il S’était réservés et que tous les siècles et tous les peuples avaient respectés unanimement ; et toute la famille des impies s’est écriée : Faisons disparaître de la terre les jours consacrés à Dieu : Dixerunt in corde suo cognatio eorum simul : quiescere faciamus omnes dies festos Dei a terra (Ps. LXXIII, 8 : « Ils ont dit dans leur coeur, eux et tous leurs alliés ensemble : faisons cesser de dessus la terre tous les jours de fête de Dieu »).
Dieu avait sur la terre des représentants, des ministres, qui parlaient de Lui et Le rappelaient aux peuples ; les prisons, l’exil, l’échafaud, la mer et les fleuves ont tout dévoré.
Enfin, disaient-ils, il n’y a plus de prophète, et Dieu ne trouvera plus de bouche pour Se faire entendre : Jam non est propheta, et nos non cognoscet amplius (Ps. LXXIII, 9b : « il n’y a plus de prophètes et Dieu ne nous connaîtra plus »).

O vous tous qui portiez sur votre front l’onction sainte qui fait les pontifes et les prêtres, les rois et les prophètes, de quelque prétexte que l’on s’arme contre vous, rassurez-vous : c’est à cause du Nom de Jésus-Christ que vous êtes un objet de haine ; et le Seigneur, qui sait discerner entre les cupidités accessoires et la passion dominante, vous dit, comme à Samuel : « Ce n’est pas vous qu’ils ont rejeté, mais c’est Moi, de peur que Je ne règne sur eux : Non enim te abjecerunt, sed Me, ne regnem surper eos » (1 Rois VIII, 7).
C’en est fait : tous les droits de Dieu sont anéantis ; il ne reste debout que les droits de l’homme. Ou plutôt, l’homme est Dieu, sa raison est le Christ, et la nation est l’Eglise.

In « Oeuvres de Monseigneur l’Evêque de Poitiers »
Poitiers, Oudin 1868 - tome II, pages 627-629.

armoiries de Mgr Pie dosseret de son trône à la cathédrale de Poitiers

Armoiries de Monseigneur Pie
sculptées sur la boiserie de son trône épiscopal (cathédrale de Poitiers) :
Monseigneur Pie avait voulu que ses armes portassent la figure de « Notre-Dame du Pilier »
vénérée dans la cathédrale de Chartres.

Autres textes du Cardinal Pie publiés dans ce blogue :
- Eloge de Sainte Jeanne d’Arc à Orléans le 8 mai 1844 > ici
- Sur l’apostasie et le règne du Christ > ici
- Sur la venue de l’antéchrist > ici
- Sur Saint Benoît-Joseph Labre > ici
- Sur les nations qui refusent le règne de Dieu > ici
- Sur les révélations privées > ici

Publié dans : Lectures & relectures, Memento, Vexilla Regis |le 28 septembre, 2015 |6 Commentaires »

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6 Commentaires Commenter.

  1. le 2 octobre 2015 à 9 h 26 min Le Forez écrit:

    La révolution ne s’est jamais arrêtée depuis 1789, parfois ralentie mais la roue qui écrase tout continue ses ravages et insulte Dieu, des années d’après guerre à celles de 90, ce fut un faux répit (*), maintenant viennent de  » plus belle » les tribulations mais avec l’aide de Dieu dans cette vallée de larmes, je ne vois que l’Espérance, car avec Lui, nous ne craindrons rien ! Peut être y laisser la vie terrestre, peu importe, seule la vie éternelle compte, préparons notre âme pour en faire une belle présentation, le jour venu.

    (*) Pardon, j’avais oublié l’épisode 68 et Vatican II, et, pour ce dernier, l’action des occultes… déjà en place depuis le début du 20 ième siècle.

  2. le 28 septembre 2015 à 19 h 04 min Rachel écrit:

    Cher Lully,
    que ce texte de Monseigneur Pie est d’une brûlante actualité !
    Oui, les prophètes de l’Ancien Testament parlent de notre temps.
    Merci pour cet excellent article.

  3. le 28 septembre 2015 à 14 h 56 min Jean P. écrit:

    Cher Lully, tu connais la musique!
    Et l’adage : l’Histoire est un perpétuel recommencement.
    Sauf que, jusqu’à il y a peu, 2 milliards d’individus faisaient l’histoire.
    Plus les hommes sont nombreux, plus la méchanceté aveugle est forte.
    Alors, avec 7 milliards, voire plus, attends-toi au pire.
    Prends bien soin de ton moine.

  4. le 28 septembre 2015 à 12 h 33 min Abbé Jean-Louis D. écrit:

    J’ai fait un tour sur Wikipedia au sujet de Mgr Jouin, contemporain du Cardinal Pie.
    Cet évêque complète la pensée du Cardinal, mais va beaucoup plus loin.
    Il a fait éditer les ‘Protocoles des Sages de Sion’, à l’authenricité desquels je crois fermement, ne serait-ce que par la réalisation de tout ce qu’ils projetaient ; et d’ailleurs Saint Maximilien Kolbe les cite dans ses écrits pour les dénoncer.
    Evidemment, ces ‘Protocoles des Sages de Sion’ sont aujourd’hui présentés comme un faux. Cela va de soi!
    Les reconnaître comme vrais serait donner crédit à ceux qui sont désignés d’une manière péjorative comme des ‘complotistes’.
    Et pourtant, ce sont eux qui ont raison.

  5. le 28 septembre 2015 à 12 h 16 min Abbé Jean-Louis D. écrit:

    Pauvre Lully, il n’est pas bon d’être ‘Maître-Chat’ d’un tel moine qui n’arrête pas !
    M’enfin, c’est pour le Bon Dieu !
    Pour en venir au Cardinal Pie, sa lucidité nous rejoint par ce qui semble être la victoire, plus que jamais, de Satan, Prince dominant ce monde (pour l’instant, puisqu’il est déjà vaincu !).
    L’infâme Peillon résume la haine révolutionnaire.

  6. le 28 septembre 2015 à 12 h 10 min Paulette L. écrit:

    Il faudrait faire un résumé de ce texte, 5 lignes maximum, sinon, ce ne sera pas lu… pour dire enfin ce que fut réellement la révolution française.

    Réponse de Lully :

    Mais c’est que justement un texte tel que celui-là ne se résume pas !
    Dire « la révolution française est mauvaise : elle est d’essence satanique ! » est une forme de résumé, mais en disant cela vous n’aurez convaincu personne parmi tous les intoxiqués -intellectuellement et psychologiquement – de la prétendue éducation (sic) nationale (re-sic).
    Cet extrait de l’éloge funèbre de Madame de La Rochejaquelein est justement intéressant parce que le Cardinal Pie n’a pas hésité à démontrer, avec des citations à l’appui, que ce qui a été mis en oeuvre à la révolution se trouvait en quelque sorte déjà prophétisé dans l’Ancien Testament et que l’apostasie d’Israël et la destruction du Temple de Jérusalem pouvaient être considérées comme des figures de l’apostasie officielle de la France et de l’entreprise de destruction de l’Eglise initiée lors de la grande révolution.

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