2015-79. A ceux qui cherchent le Royaume de Dieu rien ne manque.

A l’occasion du quatorzième dimanche après la Pentecôte - appelé quelquefois « dimanche de la divine Providence », mais parfois aussi « dimanche des deux maîtres » - il est bon de lire ou de relire, le commentaire que notre glorieux Père Saint Augustin donne de la péricope évangélique de ce jour (Matth. VI, 24-33) dans son « Explication du sermon sur la montagne ».

Après avoir expliqué le sens exact de la recherche du Royaume de Dieu et de sa justice, ainsi que de l’abandon confiant à la divine Providence, en écartant quelques fausses interprétations, Saint Augustin apporte à l’appui de son interprétation par des exemples tirés de la vie même de Notre-Seigneur, de la vie de la première communauté de Jérusalem et des Apôtres, en particulier Saint Paul. Il termine en examinant le cas où les serviteurs de Dieu viendraient à manquer des biens nécessaires à leur vie et explique que ce n’est pas infidélité de Dieu à Ses promesses mais que Sa Providence peut aussi s’exercer en cela pour notre purification et notre guérison.

Augustin enseignant - B. Gozzoli

Saint Augustin enseignant (Benozzo Gozzoli)

A ceux qui cherchent le Royaume de Dieu rien ne manque.

Saint Augustin : « Explication du sermon sur la montagne »
(au chapitre XVII, § 56, 57 & 58)

« (…) Quand nous cherchons premièrement le royaume de Dieu et sa justice, c’est-à-dire quand nous les mettons au dessus de tout le reste au point de ne chercher dans tout le reste qu’un moyen de les obtenir, alors nous ne devons pas craindre de manquer de ce qui est nécessaire en cette vie pour parvenir au Royaume de Dieu. Car plus haut le Seigneur a dit : « Votre Père sait que vous en avez besoin ».
Aussi, après avoir dit : « Cherchez premièrement le Royaume de Dieu et sa justice », Il n’ajoute point : cherchez ensuite ces choses, bien qu’elles soient nécessaires ; mais Il dit : « Et toutes ces choses vous seront données par surcroît », c’est-à-dire vous arriveront, si vous les cherchez sans vous en mettre en peine, pourvu qu’en les cherchant vous ne vous détourniez point du but ; que vous ne vous proposiez point deux fins, d’abord le Royaume de Dieu pour lui-même et ensuite ces choses nécessaires, mais que vous cherchiez celles-ci en vue de celui-là : dans ce cas, elles ne vous feront point défaut.
La raison en est que vous ne pouvez servir deux maîtres. Or c’est servir deux maîtres que de chercher le Royaume de Dieu comme un grand bien, puis ces objets temporels. On ne peut avoir l’oeil simple, ni servir Dieu comme seul maître, si on ne rapporte tout le reste, même le nécessaire, à ce but unique, c’est-à-dire au Royaume de Dieu.
Mais comme tout soldat reçoit une ration et une solde, ainsi tous ceux qui évangélisent reçoivent la nourriture et le vêtement. Seulement tous les soldats ne se battent pas pour le salut de la république ; il en est qui ont en vue leur salaire. Ainsi tous les ministres de Dieu ne se proposent par le salut de l’Eglise : il en est qui cherchent les avantages temporels, comme qui dirait leur ration et leur solde ; ou même se proposent les deux buts à la fois. Mais on l’a dit plus haut : « Vous ne pouvez pas servir deux maîtres ».
Nous devons donc faire du bien à tous avec un coeur simple, seulement en vue du Royaume de Dieu, et non pour nous procurer des avantages temporels soit uniquement, soit conjointement avec le Royaume de Dieu : avantages que le Seigneur renferme sous le nom de lendemain, quand Il nous dit : « Ne soyez point inquiets du lendemain ». Car ce mot n’a d’application que dans le temps, où l’avenir succède au passé.
Par conséquent, quand nous faisons quelque chose de bien, ne songeons point aux choses du temps, mais à celles de l’éternité ; alors l’oeuvre sera bonne et parfaite. « En effet, continue le Seigneur, le jour de demain sera inquiet pour lui-même », c’est-à-dire prenez votre nourriture, votre boisson, votre vêtement quand il faudra, quand la nécessité s’en fera sentir. Car tout se trouvera là, puisque notre Père sait que nous en avons besoin. « A chaque jour, dit le Seigneur, suffit son mal », c’est-à-dire il suffit que la nécessité vous force à user de ces choses (…). 

Cependant il faut bien prendre garde ici d’accuser de désobéissance au divin précepte et d’inquiétude pour le lendemain, un serviteur de Dieu que nous voyons attentif à se pourvoir des choses nécessaires, ou pour lui ou pour ceux dont le soin lui est confié. Car le Seigneur lui-même, servi par les anges (Matt. IV, 16), a daigné, pour l’exemple, pour que personne ne se scandalise de voir un de ses serviteurs se procurer les choses nécessaires, a daigné, dis-je, avoir une bourse avec de l’argent, pour fournir aux besoins de la vie ; bourse dont Judas, qui le trahit, fut tout à la fois le gardien et le voleur, comme cela est écrit (Jean, XII, 6).
Et l’Apôtre Paul aussi pourrait passer pour avoir eu souci du lendemain, lui qui écrit : « Quant aux aumônes que l’on recueille pour les saints, faites, vous aussi, comme je l’ai réglé pour les églises de Galatie. Qu’au premier jour de la semaine, chacun de vous mette à part chez lui et serre ce qui lui plaira, afin que ce ne soit pas quand je viendrai que les collectes se fassent. Lorsque je serai présent, j’enverrai ceux que vous aurez désignés par vos lettres, porter vos charités à Jérusalem. Que si la chose mérite que j’y aille moi-même, ils viendront avec moi. Or je viendrai chez vous lorsque j’aurai traversé la Macédoine ; car je passerai par la Macédoine. Peut-être m’arrêterai-je chez vous et y passerai-je même l’hiver, afin que vous me conduisiez partout ou j’irai. Car ce n’est pas seulement en passant que je veux vous voir cette fois ; j’espère demeurer quelque temps avec vous, si le Seigneur le permet. Je demeurerai à Ephèse jusqu’à la Pentecôte » (1 Cor. XVI, 1-8).
Nous lisons également dans les Actes des Apôtres qu’on s’était procuré des vivres dans l’attente d’une famine prochaine : « Or, en ces jours-là, des prophètes vinrent de Jérusalem à Antioche, et il y eut une grande joie. Et quand nous fûmes assemblés, l’un d’eux, nommé Agabus, se levant, annonçait, par l’Esprit-Saint, qu’il y aurait 
une grande famine dans tout l’univers ; laquelle, en effet, arriva sous Claude César. Et les disciples résolurent d’envoyer, chacun suivant ce qu’il possédait, des aumônes aux frères qui habitaient dans la Judée. Ce qu’ils firent en effet, les envoyant aux anciens parles mains de Barnabé et de Saul » (Act. XI, 27-30).
Or, lorsque Paul se mit en mer, les provisions qu’on lui offrit paraissent avoir été bien au de là du besoin d’un seul jour (Act. XXVIII, 10).
Quant à ce passage d’une de ses épîtres : « Que celui qui dérobait ne dérobe plus, mais plutôt qu’il s’occupe en travaillant de ses mains à ce qui est bon, pour avoir de quoi donner à qui est dans le besoin » (Eph. IV, 25) ; ceux qui le comprennent mal croient y voir une contradiction avec le précepte du Seigneur : « Regardez les oiseaux du ciel ; ils ne sèment ni ne moissonnent ni n’amassent dans des greniers », et encore : « Voyez les lis des champs, comme ils croissent ; ils ne travaillent ni ne filent » ; tandis que l’Apôtre veut qu’on travaille de ses mains pour avoir de quoi donner aux autres. Et lorsque, parlant de lui-même, il dit qu’il a travaillé de ses mains pour n’être à charge à personne (1 Thess. II. 9 & 2 Thess. III, 8) ; et qu’on écrit de lui qu’il s’était joint à Aquila pour travailler avec lui et gagner sa vie (Act. XVIII, 2-3), il ne semble pas qu’il ait imité les oiseaux du ciel ni les lis des champs. Mais par ces passages des Ecritures et beaucoup d’autres du même genre on voit assez que Notre-Seigneur ne désapprouve pas celui qui se procure ces ressources par des moyens humains, mais seulement le ministre de Dieu qui travaille en vue d’obtenir des avantages temporels et non le Royaume de Dieu.

Donc tout le commandement se réduit à cette règle : Qu’on s’occupe du Royaume de Dieu même en se pourvoyant des choses matérielles, et qu’on ne songe point aux choses matérielles lorsqu’on combat pour le Royaume de Dieu.
Par là, quand même ces ressources nous feraient défaut, ce que Dieu permet souvent pour nous exercer, non-seulement notre résolution n’en serait point ébranlée, mais elle n’en serait qu’éprouvée et affermie. « Car, dit l’Apôtre, nous nous glorifions dans les tribulations, sachant que la tribulation produit la patience ; la patience, la pureté ; et la pureté l’espérance. Or l’espérance ne confond point, parce que la charité est répandue en nos coeurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné » (Rom. V, 3-5). Or, parmi les tribulations 
et les souffrances qu’il passe en revue, Paul ne mentionne pas seulement les prisons, les naufrages et les autres épreuves de ce genre, mais aussi la faim et la soif, le froid et la nudité (II Cor. XI, 23-27).
Ne nous figurons pas toutefois en lisant cela, que le Seigneur ait manqué à Ses promesses, parce que, en cherchant le Royaume de Dieu et sa ,justice, l’Apôtre a souffert la faim, la soif et la nudité, bien qu’on nous ait dit : « Cherchez premièrement le Royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît ». Le Médecin à qui nous nous sommes confiés sans réserve, de qui nous tenons les promesses de la vie présente et de la vie future, sait quand Il doit, dans notre intérêt, nous accorder ou nous retirer ces ressources, Lui qui nous gouverne et nous dirige en cette vie à travers les consolations et les épreuves, pour nous établir solidement ensuite dans le repos éternel (…).

Lys du Mesnil-Marie

« Regardez les lys des champs… Salomon lui-même dans toute sa gloire n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. »

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