2015-62. De la très humble femme par laquelle Dieu a voulu donner à Son Eglise la victoire sur Napoléon.

9 juin ,
Fête de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi ;
Commémoraison des Saints Prime et Félicien, martyrs.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Parmi les saints pour lesquels nous nourissons une spéciale dévotion au Mesnil-Marie, se trouve la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi.

Née en mai 1769 à Sienne, Anne-Marie Giannetti est l’exacte contemporaine de Napoléon Bonaparte qui naît le 15 août de cette même année à Ajaccio.
A la suite de revers de fortune, les parents d’Anne-Marie s’installent à Rome : la vie de la famille est pauvre, parfois proche de la misère.

Au soir du mercredi saint 16 avril 1783, Anne-Marie est du nombre de ces enfants et adolescents de la Ville Eternelle qui, mus par le seul Saint-Esprit, au moment de la mort de Saint Benoît-Joseph Labre (cf. > ici et aussi > ici), sans qu’ils en eussent été avertis de manière naturelle, sont sortis de leurs maisons pour crier dans les rues : « E morto il santo : le saint est mort ! »
C’est d’ailleurs la maman d’Anne-Marie qui fut choisie pour faire la toilette funèbre du saint pélerin : Anne-Marie l’accompagnait ; elle connaissait de vue, comme tout le petit peuple de Rome, le saint mendiant français, mais lors de sa mort on peut dire que l’adolescente – elle a alors quatorze ans – a compris beaucoup de choses spirituelles dont elle restera profondément marquée pour le restant de ses jours.

Gisant St Benoît-Joseph Labre à Ste Marie des Monts

Tombe de Saint Benoît-Joseph Labre, à Rome, dans l’église de Saint-Martin des Monts.

Anne-Marie dut bientôt se louer comme domestique et, pour préserver sa vertu, elle épouse Dominique Taïgi, « homme de peine » du palais Chigi.
Ce mariage n’a rien à voir avec les clichés de la passion sentimentale et du romantisme : ce sera pourtant un véritable mariage d’amour, bâti sur un profond respect mutuel et, par dessus tout, sur les valeurs chrétiennes.

Dominique Taïgi est sans nul doute un brave homme, honnête, droit et courageux ; toutefois il est aussi un véritable rustre par ses manières, et par sa propension à piquer de violentes colères.
Anne-Marie sera toujours d’une inaltérable patience avec lui, de même qu’avec ses parents, aigris et grincheux, qu’elle soigne. Elle ne fera jamais rien sans la permission de son époux ; de son côté, celui-ci acceptera aussi – sans bien la comprendre puisque cela dépasse tout ce qu’il pourrait imaginer – l’aventure spirituelle de son épouse, et il ne s’opposera pas à la grâce de Dieu.
Dominique et Anne-Marie donneront la vie à sept enfants, mais ils auront le chagrin d’en perdre trois en bas âge.

Mère attentive à l’éducation de ses enfants, femme d’intérieur dont le logement modeste est toujours propre, Anne-Marie fait la cuisine, coud les vêtements de toute la maisonnée, tient les comptes…
Rien ne distingue sa vie de celle de toutes les mères des familles pauvres qui l’entourent, sinon le rayonnement d’une joie et d’une ferveur peu communes et une sérénité inaltérable, quelles que soient les épreuves traversées.
Dominique témoignera : « Elle parlait de Dieu sans devenir ennuyeuse comme le sont beaucoup de dévotes ! »

A la vie d’apparence très ordinaire d’Anne-Marie, se superpose une vie chrétienne exemplaire : elle est tertiaire trinitaire, participe aux réunions de sa confrérie, assiste quotidiennement à la Sainte Messe, et se soumet à une direction spirituelle exigeante… Et Dieu la submerge d’un véritable océan de grâces mystiques : Dieu fait à tout moment irruption dans sa vie, qu’elle soit à l’église ou dans sa cuisine, en pleine lessive ou en train de converser avec un Monsignore, qu’elle soit à table avec les siens ou allongée aux côtés de Dominique qui dort du sommeil du juste. Elle, avec familiarité, demande au Très-Haut : « Laissez-moi, Seigneur, je suis mère de famille. »

La grâce mystique spéciale qui caractérise Anne-Marie est que, pendant plus de quarante années, elle a en permanence auprès d’elle (qui est seule à le voir) un globe lumineux, comme un petit soleil, à l’intérieur duquel, sous une grande couronne d’épines, elle contemple la divine Sagesse. En regardant dans ce « soleil », elle peut connaître tout ce qui se passe dans le monde et dans l’Eglise, tous les événements – passés, présents et futurs – , ainsi que l’état de la conscience et les pensées secrètes de chacun.
Ce don de prophétie et de prescience lui amenait beaucoup de monde, de simples fidèles comme des Princes de l’Eglise, venant lui demander conseil, et que, toute sa vie, elle a reçus avec une infinie patience et sollicitude.
En cela s’est accompli ce que Notre-Seigneur lui fit un jour connaître dans son action de grâces après la Sainte Communion : « Je te destine à convertir des âmes et à consoler toutes les catégories de personnes : prêtres, frères, moines, prélats, cardinaux, et même Mon Vicaire ».

la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi

La Bienheureuse Anne-Marie Taïgi

C’est que notre Bienheureuse vit dans une période de l’Eglise et de l’Europe durant laquelle, en sus des « habituels » problèmes que peuvent avoir les fidèles pour bien conduire leur vie selon les voies de Dieu, les épreuves vont se multiplier : c’est la fin du siècle des prétendues « lumières » – siècle de la création et du développement de la Franc-Maçonnerie et de quelques autres sectes pseudo-spiritualistes antichrétiennes – , cette période est celle qui voit en France le déchaînement de la révolution avec ses attaques contre la Sainte Eglise Romaine.

Après avoir dépouillé l’Eglise de France de ses biens et tenté de la séparer de Rome, après avoir pillé les sanctuaires et fermé les maisons religieuses, après avoir multiplié les sacrilèges et les profanations, après avoir déporté ou massacré des milliers d’ecclésiastiques et de catholiques fidèles, la révolution « française » a voulu exporter ses théories blasphématoires et s’est lancée à la conquête de l’Europe : pour cela, l’enfer a finalement misé sur le génie orgueilleux et dévoyé d’un tacticien militaire qui est, comme je l’écrivais en commençant, l’exact contemporain d’Anne-Marie : Napoléon Bonaparte.

C’est lui, Bonaparte, qui par le traité de Tolentino (19 février 1797) imposé au Pape Pie VI, porte atteinte à l’intégrité des Etats de l’Eglise et ordonne le pillage de leurs oeuvres d’art ; bientôt après, la « république romaine » est proclamée ; Pie VI, emmené captif par les troupes françaises, meurt d’épuisement à Valence (29 août 1799) où on lui fait des funérailles civiles !
C’est lui, Bonaparte, qui impose au Saint-Siège un concordat (15 juillet 1801) qui, s’il permet le rétablissement du culte catholique en France, n’en tend pas moins à faire de l’Eglise de France la servante de ses ambitions et de son pouvoir.
C’est lui, Napoléon, qui ne voulant pas seulement soumettre l’Eglise de France à son implaccable volonté mais l’Eglise catholique tout entière, persécute odieusement le Pape Pie VII, annexe les Etats de l’Eglise, fait enlever et emprisonner le Souverain Pontife, puis déchaîne sa colère contre les cardinaux et les évêques fidèles…

Anne-Marie voit et sait toutes ces choses.
Elle a demandé à Dieu la signification de cette terrible permission par laquelle ce Napoléon a pu s’emparer – par d’épouvantables tueries et un amoncellement de ruines – d’un continent tout entier, et porter atteinte, d’une façon aussi barbare, à tout droit humain et divin.
Et Anne-Marie a reçu de Dieu cette réponse : 
« A cette fin, J’ai mandaté Napoléon. Il était le ministre de Mes fureurs ; il devait punir les iniquités des impies, humilier les orgueilleux. Un impie a détruit d’autres impies ».
Les choses sont donc bien claires : dans le plan de la divine Sagesse, l’impie Napoléon a été une espèce de « fléau de Dieu » pour que la révolution soit punie par ce qu’elle avait elle-même enfanté !

Le geai dépouillé de ses plumes empruntées caricature de Napoléon

Caricature inspirée de la fable de La Fontaine : « Le geai paré des plumes du paon ».
L’oiseau prétentieux a la tête de Napoléon ; des aigles – symboles des puissances souveraines d’Europe – lui arrachent les plumes qu’il avait volées pour paraître plus grand (ces plumes sont l’Espagne, la Bohême, la Pologne).

Le 9 juin 1815 - lors même que les puissances alliées poursuivaient Napoléon de leurs armées – , s’achevait le Congrès de Vienne, qui, vaille que vaille, redonnait une stabilité à l’Europe sur la base du principe de légitimité.
Neuf jours plus tard, le 18 juin 1815, à Waterloo, la folle tentative de Napoléon pour reprendre les rênes de la France et du monde allait recevoir la fin qu’elle méritait. 

Mais, en vérité, la victoire n’appartient ni aux congressistes de Vienne, ni aux Souverains alliés, ni à Wellington : elle est à Anne-Marie Taïgi.  
Car, loin des affrontements diplomatiques, loin des champs de bataille, loin des coulisses des palais, loin des intrigues politiques et loin de toute l’agitation du monde, la divine Sagesse avait aussi confié à l’épouse exemplaire de l’ « homme de peine » du palais Chigi, à la modeste mère de famille des quartiers populaires de Rome, à l’humble tertiaire priante et pénitente, la mission d’opposer un contrepoids, par sa vie fervente et mortifiée, aux ambitions démesurées et au plan orgueilleux du Bonaparte.
La fin de l’usurpation, la fin de vingt-trois années de guerres européennes ininterrompues commencées par la révolution et poursuivies par l’empire (1792-1815), la fin de la persécution de l’Eglise, la fin de la spoliation des Etats de l’Eglise, la fin de l’emprisonnement du Pape, c’est Anne-Marie qui les a obtenues par ses prières et ses pénitences.

Reconnue pour la sagesse de ses conseils et la justesse de ses prémonitions, Anne-Marie, après 1815, continuera, comme si de rien n’était, à mener sa vie humble et exemplaire, de mère de famille, puis de grand’mère.
Après Pie VII, elle continuera semblablement à soutenir Léon XII, Pie VIII et Grégoire XVI et leurs combats contre l’esprit de la révolution et les sociétés secrètes.
Je ne peux résumer ici tout ce que sa vie comporte de faits prodigieux, d’exemples admirables, ni toutes les prophéties – certaines très précises – qu’elle a transmises, concernant l’avenir du monde et de l’Eglise : cela demande des livres entiers.

Corps de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi, église Saint-Chrysogone

Corps de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi – Basilique Saint-Chrysogone au Transtévère, Rome.

Anne-Marie Taïgi rendit son âme à son Créateur à l’aube du vendredi 9 juin 1837, après trois heures d’agonie.
Elle était âgée de soixante-huit ans et vingt jours.

Déclarée « vénérable » par le Bienheureux Pie IX, elle a été béatifiée par Benoît XV le 30 mai 1920.
Son corps repose dans l’église Saint-Chrysogone au Transtévère (basilique desservie par les Pères Trinitaires, puisqu’elle était tertiaire de leur Ordre) : c’est là qu’il y a dix ans, notre Frère Maximilien-Marie a obtenu des religieux une relique de cette très humble femme par laquelle Dieu a voulu donner à Son Eglise la victoire sur Napoléon.

En ce 9 juin 2015, deuxième centenaire de la conclusion du Congrès de Vienne, et à quelques jours du bicentenaire de la victoire de Waterloo (18 juin), je considérais qu’il était de mon devoir de vous donner ici à propos de ces événements, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, un éclairage différent de celui de l’histoire officielle…

Lully.

Reliquaire de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi - Refuge ND de Compassion

Médaillon reliquaire de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi, au Mesnil-Marie.

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11 Commentaires Commenter.

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  1. le 15 juin 2021 à 12 h 25 min Maître-Chat Lully écrit:

    La vertu propitiatoire des prières et des sacrifices des saints unis au Sacrifice de notre divin Rédempteur est pourtant un pan essentiel de la théologie catholique (traditionnelle : cela va sans dire mais c’est mieux en le disant puisque la fausse théologie des modernistes a évacué – et même nie et combat – le caractère propitiatoire du Saint Sacrifice du Calvaire lui-même… et de la Sainte Messe en conséquence logique).

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