2015-26. Deux-cent-cinquantième anniversaire de l’approbation par le Saint-Siège du culte liturgique du Sacré-Coeur de Jésus.

1765 – 6 février – 2015

Sacré-Coeur - Pompeo Batoni - Gesù, Roma

Rome, église du Gesù : célèbre tableau du Sacré-Coeur de Jésus,
oeuvre de Pompeo Girolamo Batoni (1709-1787)

Vendredi 6 février 2015,
Premier vendredi du mois dédié à la réparation envers le divin Coeur de Jésus ;
Fête de Saint Vaast, catéchiste du Roi Clovis puis évêque d’Arras ;
Fête de Saint Tite, disciple de Saint Paul puis évêque en Crête.

* * * * *

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

La Providence a voulu qu’en cette année 2015 le 6 février coïncidât avec le premier vendredi du mois, jour spécialement dédié à la dévotion réparatrice en l’honneur du Sacré-Coeur de Jésus : ce 6 février, en effet, marque précisément le deux-cent-cinquantième anniversaire de l’approbation romaine du culte liturgique du Sacré-Coeur de Jésus.

J’aurais l’occasion, au cours des prochains mois, de revenir sur cet évènement – et spécialement sur l’adoption de la fête du Sacré-Coeur par le Royaume de France, à la suite de cette approbation romaine – , mais je veux commencer aujourd’hui par résumer ici brièvement les faits :

A – Sainte Marguerite-Marie (1647-1690), religieuse de la Visitation de Paray-le-Monial, avait reçu des révélations spéciales de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui lui dévoilait les mystères de Son divin Coeur, la chargeait d’en diffuser la dévotion en insistant sur son caractère réparateur, et lui demandait d’oeuvrer pour que l’Eglise instituât une fête liturgique particulière où jour qu’Il lui désignait pour cela (*).

B – Sainte Marguerite-Marie mourut sans autre consolation que d’avoir vu la dévotion au Coeur adorable de Notre-Seigneur commencer à s’implanter dans son propre monastère, et dans plusieurs autres monastères de l’Ordre. Elle avait pu dévoiler et expliciter les desseins divins à plusieurs supérieures visitandines et à des religieux de la Compagnie de Jésus qui, conquis, s’efforcèrent eux-aussi, de faire connaître et aboutir les demandes du Sacré-Coeur.

C - C’est ainsi, en particulier, que se développèrent des Confréries du Sacré-Coeur qui eurent une grande influence pour le rayonnement de ce culte : les évêques qui approuvaient la création de ces confréries dans leurs diocèses ne pouvaient que constater les fruits de grâce et de sanctification de cette dévotion dans l’âme des fidèles.
Néanmoins, il n’existait pas, tant que le Saint-Siège ne l’avait pas autorisé, d’office liturgique ni de formulaire de messe propre, et les évêques pouvaient seulement autoriser, au jour demandé par Notre-Seigneur (c’est-à-dire le vendredi suivant l’octave de la fête du Très Saint Sacrement), la célébration de la messe déjà existante en l’honneur des Cinq Plaies de Notre-Seigneur.

D - De nombreuses suppliques furent portées à Rome pour demander l’institution officielle de la fête du Sacré-Coeur, avec office et messe propres, ces demandes étaient parfois présentées ou soutenues par d’illustres personnages, en voici quelques exemples particulièrement représentatifs :
– en 1687, les Visitandines de Dijon, furent les premières à écrire au Saint-Siège pour demander une fête en l’honneur du Sacré-Coeur.
– en 1697, les Visitandines d’Annecy le firent à leur tour : leur demande était appuyée par l’intervention personnelle de Sa Majesté la Reine Marie-Béatrix d’Este, épouse de Sa Majesté le Roi Jacques II d’Angleterre (détrôné par la révolution de 1688), qui avait été la dirigée de Saint Claude de La Colombière et amenée par lui à la dévotion envers le Coeur de Jésus.
– la comtesse de Valdestheim, soutenue par le nonce apostolique près la Cour Impériale, demanda quelques mois plus tard, que soit accordée une fête liturgique du Sacré-Coeur aux Ursulines de Vienne (Autriche).
– à la suite de la peste de Marseille (1720) et de l’extirpation du fléau grâce à la consécration de la ville au Coeur de Jésus, Son Excellence Monseigneur de Belzunce demanda la permission d’instituer une fête solennelle du Sacré-Coeur dans le diocèse de Marseille.
– en 1725, les Visitandines de Paray-le-Monial au nom d’un grand nombre de monastères de l’Ordre, demandèrent à nouveau la concession d’une messe et d’un office propres.
– en 1726, l’archevêque de Cracovie, Son Excellence Monseigneur Constantin Szaniawsky, écrivit au Saint-Siège pour demander l’institution de la fête du Sacré-Coeur dans toute l’Eglise catholique ; sa démarche était appuyée par Sa Majesté Frédéric-Auguste, dit le Fort, Prince-électeur de Saxe et Roi de Pologne, qui écrivit personnellement au Souverain Pontife.
– en 1727, Sa Majesté Catholique le Roi Philippe V d’Espagne, petit-fils de Louis XIV, écrivit à son tour au Pape pour demander l’institution de la fête du Sacré-Coeur dans tous ses royaumes et domaines.
– en 1738 et 1745, les conciles provinciaux de Tarragone sollicitèrent à leur tour cette faveur, soutenus par un grand nombre de chapitres ou d’évêques, parmi lesquels Saint Alphonse de Ligori qui accompagna cette requête par l’envoi d’un traité sur la dévotion au Coeur de Jésus qu’il venait de publier.
– en 1740, Sa Majesté la Reine de France Marie Leczinska qui, profitant d’un courrier de félicitations au Pape Benoît XIV nouvellement élu, lui demanda l’institution de la fête du Sacré-Coeur.
– en 1762, c’est Sa Majesté le Roi Auguste III de Pologne qui écrivit au Souverain Pontife qu’il ne trouvait « pas de moyen plus propre à conjurer les graves calamités qui l’accablent, que de recourir au Sacré-Coeur, en procurant de rendre Son culte plus solennel dans son royaume ».
– en 1763, c’est l’ex-roi de Pologne et alors duc de Lorraine Stanislas Leczenski qui supplia le Pape Clément XIII de permettre la célébration de la fête dans les états de Lorraine.
– en 1764, c’est Clément-François de Paule, duc de Bavière (neveu de l’empereur Charles VII) qui pria à son tour le Souverain Pontife d’étendre la dévotion au Sacré-Coeur à toute l’Eglise…

Sacré-Coeur de Jésus

E - Pendant tout ce temps, le Saint-Siège ne faisait pas à proprement parler la sourde oreille : Rome, tout en répondant que, pour le moment, la faveur d’une fête solennelle du Sacré-Coeur avec messe et office propres, ne pouvait pas être accordée, ne cessait néanmoins pas de dispenser des brefs accordant des indulgences aux monastères ou aux églises paroissiales qui demandaient l’autorisation d’ériger des confréries en l’honneur du Coeur de Jésus.
Ainsi Innocent XII publia-t-il trente-sept concessions en sept ans de pontificat (1691-1700), Clément XI deux-cent-quatorze en vingt-et-un ans (1700-1721), Innocent XIII trente-neuf en trois ans (1721-1724), Benoît XIII quatre-vingt-six en six ans (1724-1730), Clément XII deux-cent-quarante-six en neuf ans (1730-1740) et Benoît XIV quatre-cent-dix-neuf en dix-huit-ans (1740-1758).
C’est que, dans le même temps, le culte du Coeur de Jésus se heurtait à des objections théologiques, et, avant d’autoriser un culte officiel (sanctionné par une fête liturgique) en sus de la dévotion privée (celle des simples fidèles et des confréries), le Saint-Siège Apostolique voulait que la doctrine de ce culte fût solidement et irréprochablement établie.

F - Enfin en 1764, une nouvelle demande, présentée conjointement par l’ensemble de l’épiscopat polonais et par l’archiconfrérie romaine du Sacré-Coeur, parvint à la Sacrée Congrégation des Rites, étayée cette fois par un mémoire dont l’argumentation venait à bout des précédentes objections théologiques : la Congrégation des Rites en apprécia la teneur et l’équilibre, le promoteur de la Foi (familièrement appelé « avocat du diable ») n’eut qu’à s’incliner, et le 26 janvier 1765 fut rédigé un décret que le Souverain Pontife Clément XIII approuva et parapha quelques jours plus tard : le 6 février 1765.

Voici la traduction en français du texte complet de ce décret :

Instance faite pour la concession d’un Office et d’une Messe du très Sacré-Coeur de Jésus, par le plus grand nombre des très révérends évêques de Pologne et l’Archiconfrérie romaine érigée sous ce titre, la Sacrée Congrégation des Rites, dans la séance du 26 janvier 1765, reconnaissant que le culte du Coeur de Jésus est déjà répandu dans presque toutes les parties du monde catholique, favorisé par les évêques, enrichi par le Siège Apostolique d’un millier de brefs d’indulgences, donnés à des Confréries presque innombrables, érigées canoniquement en l’honneur du Coeur de Jésus ; comprenant en outre, que la concession de cette Messe et de cet Office n’a pas d’autre but que de développer un culte déjà établi, et de renouveler symboliquement la mémoire du divin amour, par lequel le Fils unique de Dieu a pris la nature humaine, et, obéissant jusqu’à la mort, a voulu montrer aux hommes, par son exemple, qu’il était doux et humble, comme il l’avait dit ; pour ces raisons, sur le rapport de l’Eminentissime et Révérendissime Seigneur Cardinal Evêque de Sabine, après avoir entendu le R.P.D. Cajétan Fortis, promoteur de la Foi, s’écartant des décisions du 30 juillet 1729 (**), ladite Sacrée Congrégation a pensé qu’il fallait consentir à la demande des évêques du royaume de Pologne et de ladite Archiconfrérie romaine. Elle prendra plus tard une décision sur la Messe et l’Office qu’il convient d’approuver.
Ce voeu de la Sacrée Congrégation a été soumis par moi, soussigné, secrétaire, à Notre Saint-Père le Pape, Clément XIII ; Sa Sainteté en ayant pris connaissance, l’a pleinement approuvé.

Ce 6 février 1765.
Joseph Maria, cardinal Feroni, préfet ;
Scipio Borghesi, secrétaire.
Rome MDCCLXV, de la typograhie de la Chambre Apostolique.

Clément XIII portrait par Anton Raphaël Mengs

Sa Sainteté Clément XIII, pape de 1758 à 1769,
portrait par Anton Raphaël Mengs (1728-1779)

G - Ce texte est important à plus d’un titre.
En tout premier lieu parce qu’il atteste de la diffusion du culte du Sacré-Coeur et de sa fécondité spirituelle ; et en second lieu parce qu’il résume le sens théologique de cette dévotion par cette phrase : « renouveler symboliquement la mémoire du divin amour, par lequel le Fils unique de Dieu a pris la nature humaine, et, obéissant jusqu’à la mort, a voulu montrer aux hommes, par son exemple, qu’il était doux et humble, comme il l’avait dit ».
Les précédentes demandes adressées au Saint-Siège avaient été recalées – si j’ose dire – parce qu’elles présentaient la dévotion au Sacré-Coeur comme une dévotion en quelque sorte « physiologique » en faisant du coeur de chair le siège de l’amour.
Le mémoire des évêques polonais emporta la décision du Saint-Siège parce qu’il ne présentait plus le coeur comme l’organe propre des affections sensibles, mais comme le symbole naturel de l’amour, et faisant ressortir que le culte du Sacré-Coeur célèbre en réalité l’amour que le divin Sauveur a pour les hommes.
Ce décret signé par Clément XIII ce 6 février 1765 contient donc – de la même manière que le gland contient le chêne – tous les développements que le Magistère romain dispensera dans les siècles suivants au sujet du culte du Sacré-Coeur, en particulier le Bienheureux Pie IX, Léon XIII, Pie XI et Pie XII.

H - Au mois de mai 1765, nous aurons l’occasion d’en reparler, la Sacrée Congrégation des Rites publiera les textes de l’Office et de la Messe propre de la fête du Sacré-Coeur de Jésus, annoncés dans ce décret, qui, néanmoins, ne les concédaient qu’aux diocèses du royaume de Pologne et à l’Archiconfrérie romaine. 
Toutefois, dès le mois de juillet 1765, c’est l’Ordre de la Visitation puis les évêques du Royaume de France qui obtinrent la célébration de cette fête, et progressivement elle fut adoptée dans toute la Chrétienté, jusqu’à ce que, le 25 août 1856, un décret signé du Bienheureux Pie IX en rendit enfin la célébration obligatoire dans l’Eglise universelle.

Vous le comprenez bien, chers Amis, le culte du divin Coeur de Jésus est si important dans la spiritualité du Refuge Notre-Dame de Compassion, qu’il était vraiment impossible que nous ne profitassions pas de ce deux-cent-cinquantième anniversaire pour en rappeler brièvement la genèse et, par dessus tout, pour le célébrer dans une fervente action de grâces.

Lully.

Armoiries du pape Clément XIII

Armoiries du pape Clément XIII

(*) Note 1 : On trouvera dans les pages de ce blogue plusieurs publications présentant ces révélations accordées à Sainte Marguerite-Marie : la première grande révélation > ici, la deuxième grande révélation > ici, la troisième grande révélation > ici, la grande révélation de 1675 > ici, les promesses du Sacré-Coeur > ici.
(**) Note 2 : Le 30 juillet 1729, sous le Pape Benoît XIII, un décret avait répondu de manière formellement négative aux demandes jusqu’alors adressées.

Publié dans : Memento, Vexilla Regis |le 6 février, 2015 |Pas de Commentaires »

Vous pouvez laisser une réponse.

Laisser un commentaire

A tempo di Blog |
Cehl Meeah |
le monde selon Darwicha |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | mythologie
| jamaa
| iletaitunefoi