2015-18. Deuxième centenaire du transfert à Saint-Denis des restes de Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette.

1815 – 21 janvier – 2015

frise lys deuil

Après avoir rapporté les textes contemporains rendant compte de l’exhumation des restes sacrés du Roi et de la Reine martyrs (cf. ici > www et suivants), en cet exact deuxième centenaire de leur transfert à la basilique nécropole royale de Saint-Denis, le 21 janvier 1815, vous trouverez ci-dessous la narration de cet évènement telle qu’elle a été publiée dans « L’Ami de la Religion et du Roi ».
Comme c’est un texte relativement long, il m’a semblé plus judicieux de vous le livrer en deux parties : la première, ci-dessous, fait une présentation générale puis décrit le convoi funèbre jusqu’à son arrivée à Saint-Denis (de 8 h à midi) ; la seconde, que je publierai demain, constitue le compte-rendu de la célébration religieuse à la basilique nécropole royale (de midi à 18 h).

Je me permets d’attirer votre attention très spécialement sur les deux premiers paragraphes : malgré les deux siècles qui nous séparent de leur rédaction, ils expriment parfaitement les sentiments qui sont aujourd’hui les nôtres au Mesnil-Marie.

Sa Majesté le Roi Louis XVIII, en raison de son état de santé, ne pouvait pas assister Elle-même à cette longue cérémonie.
Madame la duchesse d’Angoulème, Marie-Thérèse de France, fille des Souverains martyrs, n’y fut pas non plus présente, et on le comprend sans peine. D’après nos renseignements, elle s’était retirée à Saint-Cloud et c’est là qu’elle assista à une Messe de Requiem.

Lully.

frise lys deuil

Sur le service funèbre à Saint-Denis
(in « L’Ami de la Religion et du Roi »)

1ère partie : le convoi funèbre.

« Elle a donc été célébrée avec la solennité convenable, cette grande expiation que réclamoient, depuis si long-temps, et la majesté royale et notre propre honneur, cette expiation si désirée de toutes les âmes sensibles, et qui ne pouvoit déplaire qu’aux cœurs durs et barbares, cette expiation qui soulage la douleur d’une famille auguste, lave notre honte aux yeux des nations, et répare, autant qu’il est possible, le plus déplorable attentat. Il falloit que tout le peuple prit part à cette réparation afin d’effacer la tache de sa foiblesse. Il falloit que les chants de la religion retentissent partout où avoient éclaté les cris de la férocité. Il falloit que les images du deuil et du repentir fussent déployées là où le crime avoit trouvé des approbateurs et des apologistes. De tous les points de la France, il étoit parti de coupables adhésions ; il falloit que sur tous les points on décernât à la mémoire du juste d’éclatantes satisfactions qui réconciliassent avec nous et le ciel et les ombres royales, et l’Europe et la postérité.

C’étoit à Saint-Denis surtout que cette réparation devoit avoir un caractère plus imposant. Cette antique sépulture de nos rois n’en avoit point vu descendre dans ses tombeaux depuis quarante ans. Louis XVI étoit mort, et n’avoit point dormi avec ses pères, comme parle l’Ecriture, dans ces asiles où il étoit attendu. La même barbarie qui l’avoit arraché à ses sujets, l’avoit aussi séparé de ses aïeux, et on avoit craint de reconnoître ses droits en mêlant sa cendre à celle de tant de rois, ses prédécesseurs. Bien plus, l’attentat commis en sa personne fut le prélude d’un autre sacrilège. Ceux qui n’avoient pas respecté la majesté du trône, ne devoient pas épargner la sainteté des tombeaux. Ils n’avoient pu immoler qu’un Roi ; ils s’en vengèrent sur les dépouilles de tant de Rois qui n’étoient plus, et les arrachèrent outrageusement des caveaux où ils reposoient en paix. L’impiété, la licence et l’insulte comblèrent ainsi la mesure, et crurent avoir porté le dernier coup à la monarchie en dispersant la cendre des morts comme ils avoient versé le sang des vivans.

Hubert Robert - Violation des sépultures royales à Saint-Denis

Violation des sépultures royales à Saint-Denis – tableau de Hubert Robert (1733-1808)

Depuis ce temps, l’antique Basilique de Saint-Denis étoit vide, muette et abandonnée. Elle avoit tout perdu en perdant les Rois qu’elle avoit si long-temps recueillis dans son sein. La profanation qu’elle venoit d’essuyer, fut le présage de sa dégradation successive. Chaque jour ajoutoit à ses ruines. Sa toiture fut enlevée, ses vitraux brisés, tout son intérieur bouleversé. Ses voûtes mêmes s’entrouvrirent, et ceux qui passoient, il y a quelques années, auprès de ce bel édifice, ne pouvoient s’empêcher de gémir en le voyant déshonoré, détruit et livré aux oiseaux de proie, dont les cris seuls retentissoient dans son enceinte ; triste image de la monarchie détruite elle-même, et en proie à des monstres ravisseurs.

Tel étoit l’état de l’église Saint-Denis, lorsque celui qui vouloit s’entourer de toutes les prérogatives de la royauté (*), imagina de prendre possession des tombeaux de nos rois comme il avoit déjà pris possession de leur trône. Il crut relever sa dynastie en lui assignant pour sépulture celle qui avoit reçu tant de générations royales. Il ordonna la restauration de Saint-Denis, et la Providence permit qu’il travaillât pour ceux mêmes dont il avoit pris la place, et qu’il réparât à la fois et leurs palais et leurs tombeaux. Du reste les caveaux qu’il avoit marqués pour sa famille, n’y ont point vu descendre ces rois d’un jour. Aucun de cette prétendue dynastie n’a souillé de sa présence ces demeures funèbres, réservées à une race auguste ; et pour y placer Louis XVI avec honneur, on n’a point été obligé d’en retirer avec ignominie les restes d’un inconnu et les ossemens de l’étranger.

On avoit fait, depuis plusieurs jours, des dispositions dans l’église pour la translation des dépouilles mortelles du Roi et de la Reine. L’église entière étoit tendue de noir, et cette immense enceinte avoit été transformée en une chapelle ardente. D’innombrables bougies y remplaçoient la clarté du jour. Le catafalque, dressé dans la nef, étoit d’un effet imposant, et des stalles et banquettes avoient été préparées à droite et à gauche.

Transfert des cendres royales à Saint-Denis le 21 janvier 1815

Transfert des cendres royales à Saint-Denis le 21 janvier 1815 : le char funèbre
(gravure d’époque)

Le 21 janvier, à huit heures précises du matin, LL. AA. RR. MONSIEUR et les deux Princes ses fils sont partis des Tuileries pour se rendre au cimetière de la Madeleine. On a récité des prières, et placé les cercueils du Roi et de la Reine dans le char funèbre destiné à les transporter.
Le convoi s’est mis en marche par la rue d’Anjou, la rue Saint-Honoré, et les boulevards jusqu’à la porte Saint-Denis. Des troupes de ligne, des détachemens de la garde nationale, la maison du Roi, les voitures des personnes de la cour, toutes drapées de noir, précédoient celles des Princes du sang, savoir : MONSIEUR, Mgr. le duc d’Angoulème, Mgr. le duc de Berry, Mgr. le duc d’Orléans (**), Mgr. le Prince de Condé (***) ; et parmi les princesses, Mme la duchesse d’Orléans, Melle d’Orléans, et Mme la duchesse de Bourbon. Cinq héraults d’armes, à cheval, en grand costume et le crêpe au bras, étoient derrière la voiture des Princes.
Enfin venoit le char, sur lequel se fixoient tous les yeux. Il traversoit cette même route où, vingt deux-ans auparavant, l’infortuné Monarque avoit passé dans un appareil bien différent. Ce souvenir douloureux s’est présenté à tous les esprits, et ces deux époques si différentes ont probablement fait couler plus d’une larme.
Malgré la rigueur du froid, la foule étoit immense, et bordoit le boulevard. Nous devons dire que chacun paroissoit pénétré des sentimens qui convenoient à ce jour de deuil. Un silence profond régnoit partout, et sans doute beaucoup d’âmes pieuses faisoient monter leurs prières vers le ciel pour celui qui ne sut que souffrir et pardonner, et pour celle qui, comme lui, ne vouloit que le bonheur des François. »

(à suivre, ici > www)

Notes explicatives proposées par Lully :

(*) Il s’agit bien sûr de l’usurpateur Napoléon Bonaparte qui est ainsi désigné, et qui ne fut rien d’autre qu’un jacobin, voulant couronner la révolution en sa misérable personne.
(**) Louis-Philippe, duc d’Orléans depuis 1793, fils de « Philippe Egalité », futur usurpateur du trône en 1830.
(***) Louis VI Henri de Bourbon-Condé (1756-1830), neuvième et dernier prince de Condé, père de l’infortuné Louis-Antoine, duc d’Enghien, que Bonaparte avait fait fusiller dans les fossés de Vincennes.

Médaille commémorative du transfert à Saint-Denis 21 janvier 1815

Avers et revers de la médaille commémorative de la translation des cendres royales à Saint-Denis
(oeuvre d’Andrieu et Durand – musée monétaire)

Avers : inscription « Ludovicus XVIII Rex Christianissimus » (Louis XVIII Roi Très Chrétien) – le Souverain est représenté de profil, tête et col nus, cheveux longs, rejetés en arrière et retombant librement en boucles sur les épaules, avec de légers favoris.

Revers : inscription « Regiis monumentis tandem inlati » (transférés enfin à la sépulture royale) et « Rebus feliciter reparatis XXI Jan. MDCCCXV » (les choses heureusement réparées le 21 janvier 1815) – quatre chevaux traînent un sarcophage monté sur un char à quatre roues ; le sarcophage porte une plaque avec l’inscription sur quatre lignes « Cineres Lud. XVI et Mar. Anton. » (cendres de Louis XVI et de Marie-Antoinette) : à droite et à gauche de cette plaque sont figurées le sceptre et la main de justice croisés et surmontés de la couronne royale, et au-dessus de la plaque sont les trois fleurs de lys de France entre deux palmes, symboles du martyre.

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Publié dans : Memento, Vexilla Regis |le 20 janvier, 2015 |Pas de Commentaires »

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