2015-14. Il y a deux-cents ans, à Paris, l’exhumation des restes de Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette (3ème partie).

1815 – 19 janvier – 2015

Découverte et exhumation des corps de Leurs Majestés :

frise lys

Voici enfin la troisième et dernière partie de cette étude consacrée au bicentenaire de l’exhumation des restes sacrés de Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette.
Nous retranscrivons ci-dessous dans leur intégralité les trois procès-verbaux officiels dressés à l’issue de chacun des trois jours qui permirent de retrouver, conformément aux déclarations des témoins, les précieuses reliques des corps de Leurs Majestés, puis de les placer dans des cercueils de plomb, scellés, en vue de leur transfert à la basilique nécropole royale de Saint-Denis.
On notera le soin du chancelier Dambray à faire fouiller largement aux alentours des deux tombes retrouvées, pour s’assurer qu’il n’y a pas de confusion possible avec les dépouilles d’autres suppliciés.
Comme pour les deux publications précédentes (cf. > ici et > ici), nous reproduisons scrupuleusement le texte tel qu’il est publié dans « L’Ami de la Religion et du Roi », ayant seulement pris la liberté d’espacer les paragraphes lorsque cela correspondait au sens du texte, ceci afin d’en faciliter la lecture.
Nous n’avons pas jugé bon cette fois d’ajouter de notes explicatives, puisque celles des deux précédentes publications ont dû maintenant familiariser nos lecteurs avec les personnages que l’on trouve ici cités.

Lully.

frise lys

Crypte de la Chapelle Expiatoire - autel à l'emplacement de la tombe du Roi

A l’emplacement de l’ancien cimetière de la Madeleine, dans la crypte de la Chapelle Expiatoire,
cet autel marque l’endroit précis où reposa pendant 22 ans le corps de Sa Majesté le Roi Louis XVI.

1 – Procès verbal de la découverte des restes de la Reine,
le 18 janvier 1815 :

Le 18 janvier 1815, nous Charles-Henri Dambray, chancelier de France, commandeur des ordres du Roi, accompagné de M. le comte de Blacas, ministre et secrétaire d’état au département de la maison du Roi, de M. le Bailly de Crussol, chevalier des ordres du Roi, pair de France, de M. de la Fare, évêque de Nanci, premier aumônier de S.A.R. Madame, duchesse d’Angoulême, et enfin de M. Philippe Distel, chirurgien de S.M., commissaires nommés avec nous par le Roi pour procéder à la recherche des restes précieux de LL. MM. Louis XVI, et de la Reine Marie-Antoinette, son auguste épouse ;
Nous sommes transportés, à huit heures du matin, à l’ancien cimetière de la Madeleine, rue d’Anjou-Saint-Honoré, n°. 48 ;
Entrés dans la maison attenante à laquelle le cimetière sert aujourd’hui de jardin, ladite maison occupée par le sieur Descloseaux, qui avoit acheté précédemment ledit cimetière, pour veiller lui-même à la conservation des restes précieux qui s’y trouvent déposés ; nous avons trouvé ledit sieur Descloseaux avec le sieur Danjou, son gendre, et plusieurs personnes de sa famille ; lesquels nous ont conduits dans l’ancien cimetière, et nous ont indiqué de nouveau la place où ledit sieur Danjou nous avoit déclaré qu’il croyoit pouvoir assurer que les corps de LL.MM. avoient été déposés, ainsi qu’il est constaté par l’information que nous avons faite le 22 mai dernier. Ayant ainsi reconnu de nouveau le côté du jardin où nous devions faire les recherches qui nous étoient prescrites, nous les avons commencées par celle du corps de S.M. la Reine, afin d’arriver plus sûrement à découvrir celui de S.M. Louis XVI, que nous avions lieu de croire placé plus près du mur du cimetière du côté de la rue d’Anjou.

Après avoir fait faire par des ouvriers, du nombre desquels se trouvoit un témoin de l’inhumation de la Reine, une découverte de terre de dix pieds de long sur cinq à six de largeur et cinq ou environ de profondeur, nous avons rencontré un lit de chaux de dix ou onze pouces d’épaisseur, que nous avons fait enlever avec beaucoup de précaution, et sous lequel nous avons trouvé l’empreinte bien distincte d’une bière de cinq pieds et demi ou environ de longueur, ladite empreinte tracée au milieu d’un lit épais de chaux, et le long de laquelle se trouvoient plusieurs débris de planches encore intacts. Nous avons trouvé dans cette bière un grand nombre d’ossemens que nous avons soigneusement recueillis ; il en manquoit cependant quelques-uns, qui sans doute, étoient déjà réduits en poussière ; mais nous avons trouvé la tête entière, et la position où elle étoit placée, indiquoit d’une manière incontestable qu’elle avoit été détachée du tronc. Nous avons trouvé également quelques débris de vêtemens, et notamment deux jarretières élastiques assez bien conservées, que nous avons retirées pour être portées à S.M., ainsi que deux débris du cercueil ; nous avons respectueusement placé le surplus dans une boîte que nous avons fait apporter en attendant le cercueil de plomb que nous avons commandé. Nous avons également mis à part et serré dans une autre boîte la terre et la chaux trouvée avec les ossemens, et qui doivent être renfermées dans le même cercueil.

Cette opération faite, nous avons fait couvrir de fortes planches la place où se trouvoit l’empreinte de la bière de S.M. la Reine, et nous avons procédé, à la recherche des restes de S.M. Louis XVI.

Suivant cet égard, les premières indications qui nous avoient été données, nous avons fait creuser entre la place où le corps de la Reine avoit été trouvé et le mur du cimetière sur la rue d’Anjou, une large ouverture de douze pieds de longueur et jusqu’à douze pieds de profondeur, sans rien rencontrer qui nous annonçât le lit de chaux indicatif de la sépulture du Roi. Nous avons par là même reconnu la nécessité de creuser un peu plus bas, et toujours dans la même direction ; mais l’approche de la nuit nous a déterminés à suspendre le travail et à l’ajourner jusqu’à demain.

Nous sommes, en conséquence, sortis du cimetière avec les ouvriers que nous y avons amenés ; nous avons soigneusement fermé la porte en en prenant les clefs, et, après avoir retiré les deux caisses susmentionnées, que nous avons portées dans le salon du sieur Descloseaux, après les avoir scellées d’un cachet aux armes de France ; lesdites caisses, recouvertes d’un drap mortuaire, ont été entourées de cierges, et plusieurs ecclésiastiques de la chapelle de S.M. sont arrivés pour réciter pendant la nuit, autour de ces précieux restes, les prières de l’église.

Le directeur-général de la police, que nous avons mandé, a été chargé de placer une garde à la porte et autour du cimetière, et nous avons ajourné à demain 19, à huit heures du matin, la suite des opérations, dont nous avons arrêté et signé le présent procès-verbal, qui l’a été également par le sieur Descloseaux, propriétaire du terrain, et par le sieur Danjou, son gendre.

Fait et clos à Paris les jour et an que dessus.

Le chancelier de France, signé, DAMBRAY ; BLACAS-D’AULPS, BAILLY DE CRUSSOL, A.-L.-H. DE LA FARE, évêque de Nanci ; DISTEL, DESCLOSEAUX, DANJOU.

frise lys

2 – Procès verbal de la découverte des restes du Roi,
le 19 janvier 1815 :

Le 19 janvier 1815, nous nous sommes de nouveau transportés au cimetière ci-dessus désigné, où nous sommes entrés à huit heures et demie du matin avec les ouvriers que nous avions mandés pour continuer les travaux commencés.

Lesdits ouvriers ont ouvert en notre présence une tranchée profonde de sept pieds un peu au-dessous de la tombe de S.M. la Reine, et plus près du mur, du côté de la rue d’Anjou. Nous avons découvert, à ladite profondeur, quelques terres mêlées de chaux et quelques minces débris de planches, indicatifs d’un cercueil de bois. Nous avons fait continuer la fouille avec plus de précaution ; mais au lieu de trouver un lit de chaux pure, comme autour du cercueil de la Reine, nous avons reconnu que la terre et la chaux avoient été mêlées à dessein, en telle sorte cependant que la chaux dominoit beaucoup ce mélange, mais n’avoit pas la même consistance que celle trouvée dans notre opération d’hier ; c’est au milieu de cette chaux et de cette terre que nous avons trouvé les ossemens d’un corps d’homme, dont plusieurs, presque entièrement corrodés, étoient près de tomber en poussière ; la tête étoit couverte de chaux, et elle se trouvoit placée au milieu de deux os de jambes, circonstance qui nous a paru d’autant remarquable, que cette situation étoit indiquée comme celle de la tête de Louis XVI dans l’information que nous avons faite le 22 mai dernier.

Nous avons recherché soigneusement s’il ne restoit aucune trace de vêtemens, sans pouvoir en découvrir, sans doute parce que la quantité de chaux étant beaucoup plus considérable avoit produit plus d’effet.

Nous avons recueilli tous les restes que nous avons pu recueillir dans ces amas confus de terre et de chaux, et nous les avons réunis dans un grand drap préparé à cet effet, ainsi que plusieurs morceaux encore entiers.

Quoique la place où ce corps avoit été découvert fût celle où plusieurs témoins oculaires de l’inhumation nous avoient déclaré que le corps de S.M. avoit été déposé, et que la situation de la tête ne nous laissât aucun doute sur le résultat de notre opération, nous n’avons pas laissé encore de faire enlever à vingt-cinq pieds de distance jusqu’à dix ou douze pieds de terre, pour chercher s’il n’existoit pas de lit complet de chaux qui nous indiquât une autre sépulture du Roi aussi positivement que celle de la Reine ; mais cette épreuve surabondante nous a convaincus plus complètement encore que nous étions en possession de ces restes précieux.

Nous les avons renfermés avec respect dans une grande boîte que nous avons ficelée et scellée d’un cachet aux armes de France ; nous avons ensuite apporté cette boîte dans le même salon où les restes de S.M. la Reine avoient été déposés hier, afin que les ecclésiastiques déjà rassemblés pussent continuer autour des deux corps les prières de l’église, jusqu’au moment qui sera fixé par le Roi pour leur placement dans des cercueils de plomb et le transport desdits cercueils à l’église royale de Saint-Denis.

De tout quoi nous avons rédigé et écrit le présent procès-verbal, qui a été signé par les mêmes commissaires et témoins que dans notre séance d’hier, et en outre par M. le duc de Duras, premier gentilhomme de la chambre de S.M., par M. le marquis de Dreux-Brézé, grand-maître des cérémonies de France, qui ont assisté à nos opérations d’aujourd’hui, et par M. l’abbé Dastros, vicaire-général de l’église de Paris, l’un des administrateurs du diocèse, le siège vacant, qui s’est réuni à nous pour la présente exhumation.

Fait et clos à Paris, rue d’Anjou, n°. 48, à quatre heures du soir, les jour et an que dessus.

Le chancelier de France, signé, DAMBRAY ; BLACAS-D’AULPS, BAILLY DE CRUSSOL, A.-L.-H. DE LA FARE, évêque de Nanci ; le duc de DURAS, le marquis de BREZÉ, l’abbé DASTROS, DESCLOSEAUX, DANJOU, DISTEL.

frise lys

3 – Procès-verbal de la déposition des restes de Leurs Majestés
dans des cercueils de plomb, le 20 janvier 1815 :

Le 20 janvier 1815, à deux heures après midi, nous nous sommes rendus, suivant les ordres du Roi, dans la maison du sieur Descloseaux, rue d’Anjou, n°. 48, où étant arrivés, nous avons trouvé réunis les mêmes commissaires qui avoient assisté à nos précédentes opérations, et les personnes que le droit de leurs charges ou l’ordre du Roi y avoient rassemblées, pour être présentes au placement dans des cercueils de plomb, des restes précieux de LL. MM. Louis XVI et de la Reine Marie-Antoinette, déposés dans un salon de ladite maison, dans des caisses ficelées et cachetées, savoir, les commissaires du Roi dont les noms suivent :
M. le comte de Blacas, grand-maître de la garde-robe du Roi, ministre et secrétaire-d’Etat au département de sa maison ;
M. le Bailly de Crussol, pair de France, chevalier des ordres du Roi ;
M. de la Fare, évêque de Nanci, premier aumônier de S.A.R. Madame, duchesse d’Angoulême ;
Et en outre, M. le duc de Duras, pair de France, premier gentilhomme de la chambre de S.M. ;
M. de Noailles, prince de Poix, pair de France, capitaine des gardes-du-corps de S.M. , ayant été de service au près de S. M. Louis XVI jusques et compris le 10 août 1792.
En présence desquelles personnes nous avons examiné les boîtes ci-dessus mentionnées, dont nous avons reconnu les cachets sains et entiers ; et après les avoir rompus, nous avons procédé à la translation des précieux restes, desdites boîtes, dans les cercueils de plomb préparés à cet effet.

Les dépouilles mortelles de S.M. Louis XVI ont été placées dans un grand cercueil, avec plusieurs morceaux de chaux qui avoient été trouvés entiers, et le long desquels paroissoient quelques vestiges des planches du cercueil de bois ; le cercueil de plomb a ensuite été recouvert et soudé par les plombiers que nous avions mandés, et sur le couvercle a été posée une plaque de vermeil doré, avec cette inscription :
Ici est le corps du très-haut, très-puissant et très-excellent Prince LOUIS, seizième du nom, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre.

La même opération a été faite, en présence des mêmes personnes, à l’égard des restes de S.M. la Reine Marie-Antoinette, et le cercueil qui les contient, pareillement recouvert et soudé par les mêmes plombiers, avec cette inscription :
Ici est le corps de très-haute, très-puissante et très-excellente Princesse, Marie-Antoinette-Joséphine-Jeanne de Lorraine, archiduchesse d’Autriche, épouse de très-haut, très-puissant et très-excellent Prince LOUIS, seizième du nom, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre.

Les deux cercueils ont ensuite été replacés sous le drap mortuaire, en attendant l’époque fixée par le Roi pour le transport à Saint-Denis des deux corps.

De tout quoi, nous avons fait et clos le présent procès-verbal qui a été signé avec nous par les personnes ci-dessus dénommées, ensemble par le sieur Descloseaux, propriétaire de la maison, et le sieur Danjou, son gendre.

A Paris, les jour et an que dessus.

Le Chancelier de France, signé DAMBRAY ; BLACAS-D’AULPS ; BAILLY DE CRUSSOL ; A.-L.-H. DE LA FARE, évêque de Nanci ; le duc de DURAS ; NOAILLES, prince de POIX ; DESCLOSEAUX ; DANJOU.

Certifié conforme à la minute déposée aux archives de la chancellerie de France.
Le secrétaire-général de la chancellerie de France et du sceau, membre de la Légion-d’Honneur.
Par ordre de Mgr. le chancelier.                                                   LE PICARD .

Médaille commémorative de l'exhumation les 18-19 et 20 janvier 1815

Avers et Revers de la médaille commémorative de l’exhumation des restes de Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette (Oeuvre d’Andrieu – Musée monétaire)

Avers : inscription « Ludovicus XVIII Rex Christianissimus » (Louis XVIII Roi Très Chrétien) – le Souverain est représenté de profil, tête et col nus, cheveux longs, rejetés en arrière et retombant librement en boucles sur les épaules, avec de légers favoris.

Revers : inscription « Diebus XVIII. XIX et XXI Jan. MDCCCXV. Corpora Ludovici XVI et Mar.Ant. Aust. conjugis suae detecta defossa Regiis que atavorum sepulchris reddita pietas fraterna » (les 18, 19 et 21 janvier 1815, les corps de Louis XVI et Marie-Antoinette d’Autriche son épouse ont été découverts, exhumés et rendus à la sépulture de leurs ancêtres. Piété fraternelle).

frise lys

Publié dans : Memento, Vexilla Regis |le 17 janvier, 2015 |Pas de Commentaires »

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