2015-13. Il y a deux-cents ans, à Paris, l’exhumation des restes de Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette (2ème partie).

1815 – 19 janvier – 2015

Enquête officielle préliminaire à l’exhumation :

frise lys

Samedi 17 janvier 2015,
Fête de Saint Antoine le Grand (cf. > www)
Anniversaire de l’apparition de Notre-Dame de Pontmain (cf. > www)
En outre, ce 17 janvier 2015 marque le mille-six-cent-vingtième anniversaire du rappel à Dieu de l’empereur Saint Théodose Ier le Grand (+ 17 janvier 395), qui, par l’édit de Thessalonique, fit du christianisme la religion officielle de l’Empire.

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La publication que nous avons faite de l’article de « L’Ami de la Religion et du Roi » (ici > www), présentait un bon résumé des préparatifs de la translation à Saint-Denis des restes sacrés de Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette qui eut lieu le 21 janvier 1815.

A l’intention toute particulière des amoureux d’histoire et des dévots fidèles de la Monarchie traditionnelle, je désire maintenant publier ci-dessous le document officiel qui termine l’enquête préparatoire à l’exhumation des deux augustes dépouilles : ils prouvent que la recherche de ces corps vénérables ne fut pas menée à la légère et que l’on fit tout, dans la mesure des moyens de l’époque, pour s’assurer de leur authenticité (car il s’est trouvé des personnes pour prétendre le contraire et affirmer que ce n’étaient pas les véritables restes de Leurs Majestés qui avaient été transférés à Saint-Denis).

Le document que je publie donc ci-dessous (en respectant la graphie de l’époque, la ponctuation et les majuscules du document original et même les « fantaisies » que l’on y trouve : par exemple « Madelaine » et « Madeleine »…) est important pour deux raisons essentielles :

1) il montre que c’est dès le moment de son arrivée à Paris que Sa Majesté le Roi Louis XVIII a souhaité que l’on retrouvât les restes du Roi et de la Reine martyrs.
Il faut bien se souvenir, en effet, que Louis XVIII est entré dans Paris le 3 mai 1814, que le gouvernement a été mis en place le 13 mai, que la Charte a été octroyée le 4 juin, et que la paix avec les Alliés (premier traité de Paris) a été signée le 30 mai : c’est donc dans un contexte politique des plus chargés que le Roi donne néanmoins des ordres formels pour que soit retrouvé et authentifié le lieu de la sépulture de Louis XVI et de Marie-Antoinette ; il y a là pour lui une sorte de priorité, alors que beaucoup d’autres eussent pu considérer qu’il ne s’agissait là que de préoccupations secondaires.

2) il témoigne que l’on fit diligence pour retrouver les survivants qui avaient été les témoins directs de ces inhumations qui avaient eu lieu vingt-et-un ans plus tôt.
Ces témoins furent interrogés séparément, et leur déposition fut faite sous la foi du serment : on voit très bien qu’en cela, le chancelier Dambray eut soin de mener à bien une enquête officielle qui ne laisserait pas de prise au doute.

Ces premières dépositions, définitivement enregistrées le 22 mai 1814, pour la conclusion de cette enquête préliminaire, furent suivies de presque huit mois de vérifications et de préparatifs pour l’exhumation, qui eut lieu les 18 et 19 janvier 1815, en présence de témoins qualifiés, comme nous le verrons dans nos prochains articles.
Comme pour ma publication d’hier (cf. > www), il m’a paru bon d’assortir le texte du document officiel de quelques notes apportant quelques précisions complémentaires.

 Lully.

frise lys

ancienne église de la Madeleine - Paris

Gravure reproduisant l’aspect de l’ancienne église de la Madeleine, à Paris,
dont le cimetière recueillit les corps de la plupart des Gardes Suisses massacrés le 10 août 1792
et les corps des quelque 1343 guillotinés sur l’ancienne place Louis XV (aujourd’hui dite « de la Concorde »)
dont ceux de Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette. 

Information faite en exécution des ordres du Roi par M. le chancelier.

Le 22 mai 1814, pardevant moi Charles-Henri Dambray, chancelier de France (note 1), chargé par S.M. personnellement de constater les circonstances qui ont précédé, accompagné et suivi l’inhumation de S.M. Louis XVI et de la Reine.
Ont comparu les témoins ci-après dénommés, que j’ai mandés, sur l’indication qui m’avoit été donnée de leurs noms par S.M.

1°. Le sieur François-Silvain Renard, ancien vicaire de la Madelaine, domicilié rue de Caumartin, n°. 12 (note 2), lequel, après serment de dire la vérité, a déposé ainsi qu’il suit :
« Le 20 janvier 1793, le pouvoir exécutif manda M. Picavez, curé de la paroisse de la Madelaine (note 3), pour le charger de l’exécution de ses ordres relativement aux obsèques de S.M. Louis XVI.
« M. Picavez, ne se sentant pas le courage nécessaire pour remplir une fonction aussi pénible et aussi douloureuse, prétexta une maladie, et m’engagea, comme son premier vicaire, à le remplacer, et à veiller, sous ma responsabilité, à la stricte exécution des ordres intimés par le pouvoir exécutif. Ma réponse fut d’abord un refus positif, fondé sur ce que personne n’avoit peut-être aimé Louis XVI plus que moi ; mais sur l’observation juste que M. Picavez me fit que ce double refus pourroit avoir des suites fâcheuses et incalculables pour nous deux, j’acceptai.
« En conséquence, le lendemain 21, après m’être assuré que les ordres prescrits par le pouvoir exécutif, et relatifs à la quantité de chaux ordonnée et à la profondeur de la fosse qui, autant que je puis me le rappeler, devoit être de dix à douze pieds, avoient été ponctuellement exécutés (note 4), j’attendis à la porte de l’église, accompagné de la croix et de feu M. l’abbé Damoreau, que l’on nous remit le corps de S.M. (note 5).
« Sur la demande que j’en fis, les membres du département et de la commune me répondirent que les ordres qu’ils avoient reçus leur prescrivoient de ne pas perdre de vue un seul instant le corps de S.M. Nous fûmes donc obligés, M. Damoreau et moi, de les accompagner jusqu’au cimetière, situé rue d’Anjou.
« Arrivés au cimetière, je fis faire le plus grand silence. On nous présenta le corps de S.M. Elle étoit vêtue d’un gilet de piqué blanc, d’une culotte de soie grise et les bas pareils. Nous psalmodiâmes les vêpres, et récitâmes toutes les prières usitées pour le service des morts ; et je dois dire la vérité, cette populace qui naguère faisoit retentir l’air de ses vociférations, entendit les prières faites pour le repos de l’âme de S.M. avec le silence le plus religieux.
« Avant de descendre dans la fosse le corps de S.M., mis à découvert dans la bière, il fut jeté au fond de ladite fosse, distante à dix pieds environ du mur, d’après les ordres du pouvoir exécutif, un lit de chaux vive. Le corps fut ensuite couvert d’un lit de chaux vive, d’un lit de terre, et le tout fortement battu et à plusieurs reprises.
« Nous nous retirâmes ensuite en silence après cette trop pénible cérémonie, et il fut, autant que je puis me le rappeler, dressé par M. le juge-de-paix un procès-verbal, qui fut signé des deux membres du département, et de deux de la commune (note 6). Je dressai aussi un acte mortuaire en rentrant en l’église, mais sur un simple registre, lequel fut enlevé par les membres du comité révolutionnaire lors de la clôture de cette église ».
Ce qui est tout ce que le témoin a dit savoir, et a signé après lecture faite. 

Signé : Renard.

2°. Le sieur Antoine Lamaignère, juge-de-paix du premier arrondissement de Paris, demeurant rue de la Concorde, n°. 8, lequel, après serment de dire la vérité, nous a dit :
« Qu’il n’avoit pas assisté à l’inhumation du Roi, mais qu’il s’est transporté sur les lieux au moment où le corps de S.M. étoit déjà couvert de chaux ; que la place qui aujourd’hui est conservée, dans le jardin du sieur Descloseaux, ancien avocat, est bien celle où le Roi a été inhumé », et a signé après lecture faite. 

Signé : Lamaignère.

3°. Le sieur Jean-Richard-Eve Vaudremont, greffier du juge-de-paix du Ier arrondissement, demeurant rue de la Concorde, n°. 8, après serment de dire la vérité, nous a dit :
« Qu’il avoit accompagné le juge-de-paix auquel il est attaché dans la visite qu’il a faite au cimetière de la Madeleine, rue d’Anjou, peu de temps après l’inhumation du Roi, et pendant qu’on recouvroit la fosse, et qu’il est en état d’attester que le corps de S.M. avoit été placé dans le même local qui se trouve aujourd’hui marqué par des saules pleureurs dans le jardin du sieur Descloseaux », et a signé après lecture faite. 

Signé : Vaudremont.

4°. Le sieur Dominique-Emmanuel Danjou, ancien avocat, domicilié rue d’Anjou, n°. 48 (note 7) , lequel, après serment de dire la vérité, nous a dit :
« Qu’il avoit été également témoin de l’inhumation du Roi Louis XVI et de S.M. La Reine ; qu’il les avoit vu descendre tous deux dans la fosse, dans des bières découvertes qui ont été chargées de chaux et de terre : que la tête du Roi, séparée du corps, étoit placée entre ses jambes ; qu’il n’avoit jamais perdu de vue une place devenue si précieuse, et qu’il regardoit comme sacrée, quand il a vu faire par son beau-père l’acquisition du terrain déjà enclos de murs qu’il a fait rehausser pour plus grande sûreté ; que le carré où se trouvent les corps de LL. MM. a été entouré par ses soins d’une charmille fermée ; qu’il y a été planté des saules pleureurs et des cyprès », et a signé après lecture faite. 

Signé : Danjou.

5°. M. Alexandre-Etienne-Hyppolite, baron de Baye, maréchal des camps et armées du Roi, lequel, après serment de dire la vérité, nous a dit :
« Qu’il avoit vu passer la voiture qui conduisoit au cimetière de la rue d’Anjou le corps de S.M. Le Roi ; mais qu’il n’avoit pas suivi l’inhumation ; a seulement entendu dire d’une manière positive que le corps de S.M. avoit été placé dans le local décoré depuis par les soins de M. Descloseaux ; qu’il a même connoissance qu’on a offert audit sieur Descloseaux un hôtel à Paris en échangé de ce précieux terrain, que ledit sieur Descloseaux a voulu conserver », et a signé après lecture faite.

 Signé : Baye.

Fait et clos à Paris, à l’hôtel de la chancellerie, le 22 mai 1814.

Signé : Dambray.

Certifié conforme par nous, secrétaire-général de la chancellerie et du sceau.

Le Picard.

(A suivre : les compte-rendus officiels des fouilles et de l’exhumation, ici > www)

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Notes explicatives : 

Note 1 :  Charles-Henri Dambray, chancelier de France, voir ici > www la note n° 10.

Note 2 : François-Sylvain Renard, ancien génovéfain, avait prêté le serment constitutionnel et avait été élu premier vicaire à l’église de la Madeleine ; par la suite il défroqua et se maria ; on le retrouve en 1797 tenant une librairie rue Caumartin. Il décéda le 23 août 1818.

Note 3 : Dominique Joseph Picavez, était né en 1757 à Cambrai ; on le trouve en 1790 premier vicaire à Saint-Philippe-du-Roule ; ayant prêté le serment constitutionnel, il fut élu curé de la Madeleine au début de l’année 1791 ; des dénonciations furent faites contre lui en juin 1793 et on perd alors sa trace ; on le retrouve desservant de Champignolles, dans le diocèse de Dijon (Côte-d’Or), où il décède le 8 juin 1823.

Note 4 : En effet, le conseil exécutif avait donné l’ordre suivant le 20 janvier 1793 : « Le corps de Louis Capet sera transféré dans le cimetière de la Madeleine, où il sera préparé une fosse à douze pieds de profondeur. » Douze pieds, c’était deux fois la profondeur réglementaire : il s’agissait là d’une précaution pour que les royalistes et autres « nostalgiques » soient dissuadés de venir creuser en catimini pour reprendre la dépouille royale.

Note 5 : Il semblerait que, selon ce qu’il laisse entendre ici, l’abbé Renard pensait devoir célébrer une messe de funérailles avant l’inhumation, mais que les commissaires s’y opposèrent, voulant que l’ensevelissement soit accompli au plus tôt.

Note 6 : Voici le texte de ce certificat d’inhumation :
« Le vingt-un janvier mil sept cent quatre-vingt-treize, l’an deux de la République française, Nous, soussignés, administrateurs du département de Paris, chargés de pouvoirs par le conseil général du département, en vertu des arrêtés du conseil exécutif provisoire de la République française,
De là, accompagnés des citoyens Renard et Damoureau, tous deux vicaires de la paroisse de Sainte-Madelaine, chargés par le citoyen curé de procéder à l’inhumation de Louis Capet, nous nous sommes rendus au lieu du cimetière de ladite paroisse, situé rue d’Anjou-Saint-Honoré, où étant, nous avons reconnu l’exécution des ordres par nous signifiés la veille au citoyen curé, en vertu de la commission que nous avions reçue du conseil général du département. Nous sommes transportés à neuf heures du matin en la demeure du citoyen Picavez, curé de Sainte-Madelaine, lequel ayant trouvé chez lui, nous lui avons demandé s’il avoit pourvu à l’exécution des mesures qui lui avoient été recommandées la veille par le conseil exécutif et par le département pour l’inhumation de Louis Capet. Il nous a répondu qu’il avoit exécuté de point en point ce qui lui avoit été ordonné par le conseil exécutif et par le département, et que le tout étoit à l’instant préparé.
Peu après a été déposé, dans ledit cimetière, en notre présence, par un détachement de gendarmerie à pied, le cadavre de Louis Capet, que nous avons reconnu entier, dans tous ses membres, la tête étant séparée du tronc. Nous avons remarqué que les cheveux du derrière de la tête étoient coupés, et que le cadavre étoit sans cravatte, sans habit et sans souliers. Du reste il étoit vêtu d’une chemise, d’une veste piquée en forme de gilet, d’une culotte de drap gris et d’une paire de bas de soie gris. Ainsi vêtu, il a été déposé dans une bière, laquelle a été descendue dans la fosse qui a été recouverte à l’instant.
Le tout a été disposé et exécuté d’une manière conforme aux ordres donnés par le conseil exécutif provisoire de la République française.
Et avons signé avec les citoyens Picavez, Renard et Damoureau, curé et vicaires de Sainte-Madelaine.
PICAVEZ, RENARD, DAMOUREAU, LEBLANC et DUBOIS. »

Note 7 : Dominique-Emmanuel Danjou est le gendre du sieur Descloseaux : domicilié rue d’Anjou, il a pu assister depuis chez lui, par les fenêtres de l’étage qui donnent sur le cimetière, à l’inhumation des corps de Leurs Majestés et en noter le lieu exact. 

Tombes du Roi et de la Reine cimetière de la Madeleine

Emplacement des tombes de Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette
tels qu’ils se présente en 1814 après les aménagements du sieur Descloseaux.

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Publié dans : Memento, Vexilla Regis |le 17 janvier, 2015 |Pas de Commentaires »

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