2014-92. De la Bienheureuse Françoise Mézière, vierge et martyre, modèle des enseignants catholiques.

Mercredi 17 septembre 2014,
fête de Sainte Hildegarde de Bingen (cf. > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Pour achever mes publications relatives à la rentrée scolaire, à rebours des modes prétendûment pédagogiques, je voudrais aujourd’hui vous présenter la figure d’une authentique enseignante catholique – une sainte pédagogue – , qui est en même temps une héroïque martyre : la bienheureuse Françoise Mézière.
Je l’ai déjà évoquée, en janvier 2014 (cf. > ici), lorsque j’ai parlé des bienheureux martyrs de Laval ; mais je n’avais alors fait que citer son nom, alors qu’aujourd’hui je voudrais vous donner davantage de détails sur sa vie exemplaire, qui fait d’elle un modèle toujours actuel pour tous les enseignants catholiques.

Statue de la Bse Françoise Mézières - église de Mézangers

Statue de la bienheureuse Françoise Mézière dans l’église de Mézangers.

A – Origines, vocation et formation :

Françoise Mézière est née à Mézangers, dans le Bas-Maine (au nord de Sainte-Suzanne), le 25 août 1745, et fut baptisée le jour même.

Son père, René Mézière, excellent chrétien, était fermier pour l’abbaye d’Evron (bénédictins). Veuf de sa première épouse, dont il a déjà eu six enfants, il se remarie à la fin de l’année 1749 : Françoise est alors âgée de quatre ans et demi.
Sa deuxième épouse lui donne trois autres enfants, puis meurt à son tour en 1754, peu de temps après la mort de la sœur aînée de Françoise.
En 1758, René Mézière se marie une troisième fois.
Par tous ces décès successifs vécus dans la foi de l’Eglise, Françoise comprend très tôt que le sens véritable de la vie terrestre, c’est la préparation de l’éternité, et, en conséquence, elle perçoit toute l’importance du rôle des éducateurs pour les âmes appelées au salut.

En 1768, Françoise Mézière a 23 ans. Elle quitte la maison familiale pour aller se former à la grande et belle tache de maîtresse d’école.

En ces temps-là, se développait largement en Bas-Maine – comme en beaucoup d’autres provinces du Royaume – l’oeuvre dite des « petites écoles ».
A Evron, depuis 1720, une de ces institutions existait, grâce à la générosité de l’abbé des Bénédictins et au zèle du curé local. Cette oeuvre était dirigée par des femmes consacrées, vivant en communauté et organisées sur le modèle des « Filles de la Charité » fondées par Saint Vincent de Paul. Ces Soeurs s’occupaient aussi d’un office de charité : à la fois dispensaire où l’on venait recevoir des soins, hospice pour l’accueil de vieillards nécessiteux, orphelinat, centre à partir duquel les Soeurs partaient en visites pour prodiguer des soins et distribuer des vivres… etc.
C’est auprès de ces Soeurs, que Françoise reçut, pendant deux ans, une formation adéquate à sa double mission de maîtresse d’école et de « Soeur de charité ».

Il convient ici de préciser quelque chose qui a son importance : avant la grande révolution, et selon les règles canoniques  en vigueur, seules étaient appelées « religieuses » les femmes qui prononçaient les voeux solennels de religion, et qui de ce fait devaient nécessairement vivre en clôture stricte.
Celles qui, lors même qu’elles vivaient en communauté (mais sans clôture pour pouvoir se dévouer au soin des miséreux et des malades et tenir des écoles), ne prononçaient que des voeux simples ; elles portaient une sorte d’habit religieux et étaient appelées « Soeurs ».
Les femmes qui ne vivaient pas en communauté mais restaient dans une forme de célibat consacré (avec parfois des voeux privés prononcés dans les mains de leur confesseur), qui avaient reçu la charge d’une école de village, qui se dévouaient à l’entretien de l’église et aux visites de charité dans une paroisse, portaient également une sorte d’uniforme religieux et étaient elles-aussi appelées « Soeurs ».
Françoise fera partie de cette dernière catégorie : c’est ce qui explique que, sans être religieuse à strictement parler, elle sera couramment appelée Soeur Françoise

Evron la basilique et les bâtiments abbatiaux

Evron : la basilique et les bâtiments abbatiaux.
C’est ici que les Soeurs de la Charité d’Evron, établies sous la protection de l’abbé, formeront Françoise Mézière à sa mission de maîtresse d’école et de « Soeur de charité ».

B – Françoise, maîtresse d’école à Saint-Léger :

Une cousine de la troisième épouse de René Mézière, Marguerite Coutelle, dirigeait depuis 1752 l’école-dispensaire de la paroisse de Saint-Léger (à l’ouest de Sainte-Suzanne). Elle y avait été appelée en 1752 par un prêtre aussi généreux que zélé pour « apprendre à lire et à écrire gratuitement aux jeunes filles de la paroisse, de leur faire réciter tous les jours la prière et leur enseigner le catéchisme le mercredi et le samedi ».
En 1770, Françoise, qui a achevé sa formation à Evron, est appelée comme auxiliaire de la Soeur Coutelle, déjà âgée. Françoise fera la classe, visitera les malades et s’occupera en partie de la sacristie : c’est à elle que revient l’entretien des linges d’église et ornements, ainsi que la préparation des autels pour les Messes.

La Soeur Coutelle meurt en 1772 et Françoise devient alors l’institutrice titulaire de Saint-Léger.

De 1770 à 1789, pendant dix-neuf années donc, Françoise Mézière a vécu les jours les plus tranquilles et les plus heureux de son existence : une existence où ne manquent certes pas les jours d’épreuve et de deuil, mais qui se déroule dans le bonheur profond du dévouement humble, fidèle et discret, toute donnée à Dieu et aux autres… 

Françoise est soutenue par le ministère de bons prêtres, fervents, instruits, sages et zélés.
Lorsqu’elle arrive à Saint-léger, en 1770, le vicaire est l’abbé Ripault : nommé curé de Gesvres en 1776, ce prêtre intrépide refusera les serments imposés par la révolution : durant toute la Terreur et jusqu’au Concordat, il exercera son ministère clandestin avec beaucoup de succès.
En remplacement de l’abbé Ripault, les paroissiens de Saint-Léger voient arriver un jeune prêtre, l’abbé René Morin, doté d’un jugement très lucide, d’un grand esprit d’initiative et surtout une âme vraiment surnaturelle. L’abbé Morin est un apôtre de la dévotion au Coeur Sacré de Jésus.
Et en 1777, le curé nommé à Saint-Léger est l’abbé Jacques Gigant, cousin de Françoise Mézière.

église de Saint-Léger

Eglise de Saint-Léger (état actuel)

C – Les débuts de la révolution :

1789 ouvre pour l’Eglise catholique non une période de paix et d’espérances, mais une ère de grandes inquiétudes et d’angoisses, puis de cruelles persécutions.
Heureusement, comme nous l’avons vu, la cure de Saint-Léger est tenue par des prêtres d’une solide formation doctrinale et d’une piété exemplaire, auxquels Soeur Françoise peut faire pleinement confiance.

Dès le temps de la parution des « cahiers de doléances » du clergé, l’abbé Gigant, curé, et l’abbé Morin, son vicaire, vont donner la preuve de leur sagacité et de leur clairvoyance et mettre en garde leurs paroissiens contre les nouveautés et les pièges qu’elles présentent pour la religion.
La « prise » de la Bastille et les premiers troubles dans les campagnes vont bientôt confirmer leurs inquiétudes et leur causer de sévères alarmes. 
Françoise Mézière partage leurs analyse de la situation et leurs craintes.

Le décret du 2 novembre 1789 qui met les biens ecclésiastiques « à disposition de la nation », la concerne directement : en effet, l’école et le dispensaire de Saint-Léger ne pouvaient subsister que parce qu’ils étaient dotés des revenus de petites propriétés qui vont se retrouver dans la liste des biens nationaux.
Puis vient la « constitution civile du clergé », avec son fatal serment, que ni le curé ni le vicaire de Saint-Léger n’accepteront.
Et voici que, le 14 avril 1791, l’obligation du serment est étendue aux maîtres et maîtresses d’école. S’ils s’y refusent, ils se voient signigier l’interdiction d’enseigner et perdent leur traitement.
Soeur Françoise Mézière n’hésite pourtant pas un instant : entre la trahison et l’indigence, sa conscience ne lui permet pas de choisir ! Mais, interdite d’enseignement, du moins pourra-t-elle continuer son ministère d’infirmière et de garde-malade.

Vers la fin de juillet 1791, l’abbé Gigant et l’abbé Morin sont informés par les autorités départementales qu’un curé assermenté a été nommé pour Saint-Léger, et qu’ils seront contraints de quitter et l’église et la cure.
Toutefois les paroissiens sont fermement attachés à leurs bons prêtres et ne veulent pas les voir partir. La municipalité, composée de braves gens, fait bloc avec les fidèles et le fait savoir à Bouvet, le procureur commissaire du district. Bouvet répond que la loi doit être observée et que le curé constitutionnel Heurtebise, appelé par la voix du peuple et donc par la voix de Dieu, se rendra sans délai dans la paroisse. La municipalité réplique que le corps électoral n’est pas la voix du peuple et encore moins la voix de Dieu !
Le procureur commissaire toutefois fait savoir que l’abbé Gigant et l’abbé Morin doivent abandonner immédiatement la cure et quitter la paroisse, et que le curé constitutionnel arrivera le 28 août.

Intérieur de l'église de Saint-Léger

Intérieur de l’église de Saint-Léger (état actuel).

D – Commencement des troubles à Saint-léger :

Le curé constitutionnel Heurtebise se présente en effet le 28 août, mais la municipalité refuse de l’accueillir et le prêtre jureur se trouve en face d’une foule indignée et hostile. Il rebrousse chemin…
Mais l
e dimanche suivant, 4 septembre, il réapparaît. Cette fois il a pris soin de se faire accompagner par cinquante gardes nationaux en armes. Il prend officiellement possession de l’église et de la cure. Il fait garder cette dernière par un officier avec douze soldats car il sent bien qu’il est en butte à l’hostilité de toute la paroisse.

Nous pouvons imaginer sans peine l’angoisse et la douleur de la pauvre Soeur Françoise, demeurée à Saint-Léger sans ses conseillers spirituels, lorsqu’elle fut témoin de scènes semblables.

Très rapidement des « incidents » se produisent.
Un dimanche, le vieux sacristain se moque publiquement de l’intrus ; il est aussitôt arrêté et conduit en prison.
Quelques semaines plus tard, un fermier appelé Le Villain, se présente au curé constitutionnel, qui tient les registres d’état civil pour lui demander d’inscrire son fils né le 14 octobre. Le curé n’accepte qu’à condition de baptiser d’abord l’enfant. Le fermier refuse et s’en va. L’intrus, dans le but d’insister, lui envoie des ouvriers qui travaillent pour lui. Le fermier lui répond « qu’il sait bien comment se comporter ». Dénoncé, il est déféré devant le tribunal de Sainte-Suzanne qui, le 19 octobre, le condamne à la prison.
Les catholiques de Saint-Léger sont à bout : le soir même, de nombreux coups de fusil viennent éclater sous les fenêtres de la cure. Le matin suivant, l’intrus, tremblant de peur, s’enfuit à Evron avec ses treize gardiens.

L’abbé Gigant et son vicaire, pasteurs légitimes, reviennent alors dans leur paroisse en novembre 1791 et vont y célèbrer publiquement les fonctions religieuses jusqu’à la Semaine Sainte 1792.
Alors que la situation du Royaume dégénère de jour en jour et que la révolution se fait de plus en plus violemment anticatholique, c’est un réconfort pour Soeur Françoise et pour ces paroissiens solidement ancrés dans leur convictions religieuses de continuer à bénéficier des sacrements et des enseignements forts de leurs bons prêtres.
Néanmoins, comme l’avenir s’annonce encore plus obscur que le présent, d
e toutes parts autour d’Evron, à Saint-Léger comme dans toutes les paroisses environnantes, avec grande prudence, on prépare des cachettes dans lesquelles les prêtres persécutés pourront se réfugier. Cette région de bocage s’y prête d’ailleurs à merveille. L’hiver passe en ces préparatifs. Nous voici au printemps de 1792.

Eglise de Saint-Léger le maître-autel

Eglise de Saint-Léger : le rétable du maître-autel (état actuel).
L’abbé Morin, vicaire au moment de la révolution, était un ardent promotteur du culte du Sacré-Coeur.

E – La persécution ouverte :

Le lundi de la Passion 26 mars 1792, un décret du directoire de la Mayenne prescrit aux prêtres non-jureurs des paroisses qui ont été pourvues d’un curé assermenté de se rendre sans délai à LavaI pour y être internés.
Cette mesure visait donc en particulier le curé et le vicaire de Saint-Léger (même si l’intrus avait été obligé de fuir), mais ils n’avaient évidemment aucune intention de s’y conformer.

Le Lundi Saint 2 avril 1792, une grande manifestation fut organisée à Evron, demandant que les bons prêtres ne soient pas écartés de leurs paroisses. Saint-Léger fut l’une des paroisses représentée par le plus grand nombre de manifestants. Mais la manifestation (expression pourtant de la volonté du peuple) eut pour résultat de renforcer la haine et la détermination des révolutionnaires : rester à Saint-Léger devint alors trop risqué pour les abbés Gigant et Morin qui craignirent d’exposer leurs fidèles à de dures représailles. Aussi, le Jeudi Saint, partirent-ils pour Laval.
Ils pensaient d’une part que, de toute manière, les occasions ne manqueraient pas pour faire parvenir ordres et paroles de réconfort à leurs paroissiens les plus fervents, et en premier lieu à leur zélée Soeur de charité, et d’autre part que les sacrements pourraient continuer à être administrés par les prêtres déjà cachés dans la paroisse ou dans les environs.

Soeur Françoise commence alors un intense ministère d’agent de liaison entre les réfractaires cachés et les fidèles qui demandent les secours de la religion.

Au mois de juillet 1792, Françoise est sommée de prêter le serment dit de liberté-égalité sous peine de devoir abandonner la maison d’école qu’elle habite encore. Elle s’y refuse et trouve à se loger dans une ferme (la Baillée). Eloignée du centre du village, il lui sera ainsi plus facile de se soustraire aux regards indiscrets car sa tâche exige de plus en plus de perspicacité et de prudence.

A la fin d’août, elle apprend que les abbés Gigant et Morin ont pu embarquer pour Jersey…
Cependant une autre nouvelle lui parvient bientôt qui la remplit de joie : l’abbé Morin – officiellement embarqué pour Jersey – se cache en réalité en plein centre-ville de Laval, où il se cache chez les demoiselles Ducléré.
Alors, entre la courageuse Soeur de charité et son directeur spirituel s’établit une correspondance, dont il reste des traces. Quand, le 19 janvier 1793, on perquisitionne au domicile des demoiselles Ducléré pour y chercher l’abbé Morin, lequel put fuir à temps, les policiers mirent la main sur « quelques morceaux de papier, lesquels, selon le rapport des policiers, semblent contenir un poison aristocratique et fournir les nouvelles au sujet du dit prêtre ».

L’une des note de l’abbé Morin, en date du 26 septembre, dit : « La demoiselle Mézière m’a envoyé quelques lignes. Elle me dit qu’elle est inquiète, qu’elle n’a plus d’appointements pour payer sa pension et le cidre qu’elle a pris à l’auberge, qu’elle doit tout payer et qu’elle n’a plus d’argent… Je suis allé me recommander à l’abbé Coinon afin qu’il me fasse le plaisir de m’avancer la demi pension fixée, pour la fête de la Toussaint, devant confier à mademoiselle Mézière de quoi payer sa pension et le cidre qu’elle a pris à l’auberge (…). Mademoiselle Mézière m’a remis le reçu. Elle a reçu 118 sous que je lui ai donnés ». On voit donc que le généreux prêtre pourvoyait aux besoins de l’héroïque Soeur de charité de Saint-Léger.

L’entière année de 1793 se passe pour Françoise Mézière dans l’exercice d’un zèle et d’une charité pleins de dangers, mais riches de mérites.

Les oeuvres de charité - église de Saint-Léger

« La charité du Christ nous presse » : tableau ancien de l’église de Saint-Léger
représentant les oeuvres de miséricorde.

F – L’arrestation :

Vers la fin de décembre 1793, les épaves misérables de la Grande Armée catholique et royale de Vendée, refluent du Mans vers Laval.
Les colonnes républicaines les poursuivent implacablement ; la route est encombrée de cadavres d’hommes, de femmes et d’enfants. Des rescapés, s’éloignant des routes principales, cherchent refuge dans les bois.
Durant la seconde moitié de janvier, on signale à Françoise Mézière la présence de pauvres soldats errants et affamés. La courageuse chrétienne en accueille sept dans une première cabane et deux autres dans une seconde. L’un de ces derniers était blessé ; elle soigne les plaies du blessé et donne à manger à tous.
Mais les deux pauvres rescapés du second refuge sont découverts par les révolutionnaires et emmenés à Evron le 2 février.
A la suite de cela, Soeur Françoise est arrêtée à la ferme de la Baillée, dans la nuit du 4 au 5 février, et elle aussi conduite à Evron.
Puis, au cours de cette même journée du 5 février 1794, dans une charrette entourée de gardes à cheval, les trois prisonniers sont conduits à Laval.

Le procureur commissaire Bouvet fait parvenir à l’accusateur public le rapport suivant : « La garde nationale d’Evron a arrêté deux brigands de Vendée réfugiés dans les bois de Livet. Le jour suivant, je les ai fait comparaître devant le directoire pour leur poser quelques questions. Ces deux scélérats ont déclaré que la nommée Mézière, espèce de soeur de charité de la commune de Saint-Léger, venait les visiter dans le lieu où ils s’étaient réfugiés, qu’elle leur portait leurs moyens de subsistance et qu’elle les avait soignés d’une blessure reçue durant la route vers Le Mans. Un de ces monstres a ajouté que la jeune Mézière avait dit connaître aussi la cabane dans laquelle étaient cachés leurs sept autres compagnons. Après de telles déclarations, j’ai remis au commandant de la gendarmerie nationale de cette ville un réquisitoire pour faire arrêter la dite soeur Mézière, ce qui a été fait cette nuit-là. Ce matin-là, je l’ai fait comparaître devant les deux brigands, lesquels ont persisté dans leur déclaration qu’ils m’avaient faite le jour précédent. Je t’envoie ces trois individus pour que tu puisses en faire le procès et demander pour eux la juste punition de leurs méfaits ».

Ce document exige quelques observations.
Il est certes possible que Bouvet ait arraché aux Vendéens déprimés, errants depuis plusieurs mois, le nom de leur bienfaitrice. Mais on peut aussi se demander si cet acte d’ingratitude est bien réel.
Le révolutionnaire Bouvet peut avoir menti (le mensonge n’est-il pas une pratique courante chez cet espèce de personnage ?). On peut légitimement penser qu’il a voulu officiellement attribuer aux rescapés Vendéens une dénonciation qui proviendrait d’une autre personne, peut-être de Saint-Léger même : un informateur qu’il n’aurait pas voulu signaler…

De toute manière Bouvet était bien informé sur tout ce qui avait trait à Saint-Léger.
Rappelons-nous que dès 1791 il était bien au fait de la résistance de cette paroisse aux lois religieuses édictées par la révolution (voir supra).
Du reste, Bouvet était notaire : les actes de fondation et de dotation de l’école de Saint-Léger avaient été enregistrés dans son propre cabinet. Probablement avait-il aussi vendu lui-même, comme biens nationaux, les petites propriétés desquelles provenaient les ressources de la Soeur de Saint-Léger.
Enfin, le 14 avril 1793, Bouvet avait encore fait arrêter, à Evron, un séminariste, précisément dans la maison d’une tante de Françoise Mézière.

signature Françoise Mézière

Signature de la Bienheureuse Françoise Mézière

G – le procès, le martyre et la gloire :

Sitôt arrivé à Laval, ce 5 février, Françoise Mézière comparaît devant le tribunal qui, quinze jours auparavant, a envoyé à la guillotine les quatorze prêtres de la « Patience » (cf. > www). La Soeur ne doute pas un instant du sort qui l’attend.

Nous ne possédons pas son interrogatoire : les demandes qui lui furent adressées et les réponses qu’elle donna furent recueillies dans trois registres qui ont « mystérieusement » disparu aussitôt après le 9 thermidor. Toutefois le texte du jugement qui condamne à mort soeur Françoise avec quatre autres personnes nous a été conservé. Voici en ce qui concerne Françoise Mézière :
« Françoise Mézière, soeur de la charité de la commune de Saint-Léger, district d’Evron, arrêtée et accusée d’avoir nourri pendant neuf jours deux brigands réfugiés dans une cabane ; d’avoir soigné religieusement les blessures de l’un d’eux et de lui avoir apporté tous les secours dont elle était capable, secours qu’elle avait refusé à d’intrépides volontaires ; de ne pas vouloir révéler en outre une autre cabane en laquelle, comme tout semble l’affirmer, sont cachés sept autres brigands ; d’avoir observé le plus grand silence à ce sujet envers la municipalité ; d’avoir refusé de prêter serment de fidélité aux lois de la patrie ; d’avoir des milliers de fois, comme une autre vipère de l’espèce sacerdotale, vomi outrageusement des invectives contre le système républicain… »

On appéciera la teneur et la phraséologie de cette condamnation : ils montrent bien que si Soeur Françoise est envoyée à la mort, c’est parce qu’elle est restée fidèle à l’Eglise – à sa discipline et à sa foi – , et parce qu’elle a continué à servir Dieu qu’elle aimait plus que tout et plus que sa propre vie.
Les expressions « soigné religieusement » et « vipère de la race sacerdotale » sont suffisamment éloquentes : c’est bien la haine de Dieu et de Son Eglise qui a inspiré un tel jugement !

A l’audition de la sentence, Françoise Mézière ne dissimula pas sa joie. Elle fit une révérence à ses juges et les remercia de lui procurer le bonheur d’aller retrouver Dieu au ciel. A cela, un des misérables juges répliqua par ce blasphème : « Puisque tu vas voir ton bon Dieu, présente lui mes félicitations ! »

Le jugement fut immédiatement exécuté. En cette fin de journée du 5 février 1794, Soeur Françoise gravit d’un pas résolu les marches de la guillotine.

Françoise Mézière a été béatifiée par Sa Sainteté le Pape Pie XII, le 19 juin 1955, en même temps que les autres « martyrs de Laval » et elle est fêtée liturgiquement en même temps qu’eux. Toutefois, localement – dans sa paroisse natale de Mézangers ou bien à Saint-Léger qui fut la paroisse où s’exerça son zèle admirable – elle peut-être fêtée individuellement à la date du 5 février.

« Bienheureuse Françoise Mézière,
parfaite disciple de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans ce Ciel où vous vivez pour toujours dans la gloire auprès de Lui, intercèdez pour nous !

Vous vous êtes dévouée corps et âme pour l’éducation chrétienne des enfants : obtenez-nous à chacun des grâces pour faire connaître et aimer le divin Sauveur, Son Eglise et Ses enseignements de Vérité !
Vous avez servi les pauvres, les malades et les nécessiteux à travers toutes les oeuvres de miséricorde, physiques et spirituelles : obtenez-nous à chacun des grâces pour nous dépenser généreusement au service de ces petits qui sont Vos et nos frères !
Vous êtes restée inébranlabement fidèle dans les épreuves et la persécution : obtenez-nous la grâce de ne jamais renier notre divin Roi, et – s’il le faut un jour – de donner notre vie pour Lui ! Ainsi soit-il !

Bienheureuse Françoise Mézière, priez pour nous !
Bienheureuse Françoise Mézière, priez pour nos écoles catholiques !
Bienheureuse Françoise Mézière, priez pour les éducateurs chrétiens !
Bienheureuse Françoise Mézière, priez pour notre France qui n’en finit pas d’être dévastée et entraînée sur les chemins de l’apostasie par l’esprit et les conséquences de la sinistre révolution ! »

(prière composée par Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur)

Bse Françoise Mézières - statue de l'église de Mézangers (détail)

La Bienheureuse Françoise Mézière
(détail de la statue de l’église de Mézangers)

N.B. : Je remercie d’une manière très spéciale notre ami Romain, auquel nous devons les photographies qui illustrent cet article, puisque, habitant lui-même le Bas-Maine, à ma demande, il s’est rendu à Mézangers et à Saint-Léger afin d’y réaliser ces clichés.

patte de chat Lully.

Publié dans : Memento, Nos amis les Saints, Vexilla Regis |le 17 septembre, 2014 |2 Commentaires »

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2 Commentaires Commenter.

  1. le 17 septembre 2014 à 22 h 48 min Daniel A. écrit:

    Très ému par ce récit d’autant que j’ai eu l’occasion de visiter cette charmante petite église de St-Léger il y a quelques jours, en me rendant à Evron.
    Vraiment je me demande où le Frère Maximilien va chercher toute cette documentation. J’imagine un peu les armoires qu’il peut y avoir au Mesnil-Marie, bourrées d’archives.
    D.A.

  2. le 17 septembre 2014 à 16 h 44 min L'Eveilleur écrit:

    J’ai toujours dit que la France payera encore longtemps le prix du sang versé pendant cette période tragique de la révolution.
    Cette boucherie, que nous reprochons actuellement aux Arabes du Moyen Orient, des Français s’y sont prêtés, activés dans l’ombre par la franc-maçonnerie.
    Les temps que nous vivons en France pourraient vite déraper et devenir une chasse aux chrétiens, la guillotine en moins.
    L’Eveilleur
    (une de mes aïeules, Marie Anne DOUX – Sœur Saint-Michel – , a été assassinée à Orange, en Juillet 1794 – Béatifiée en 1925)

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