2014-31. Le Maître-Chat, ou le conte du Chat botté.

17 mars, fête de Sainte Gertrude de Nivelles.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Grande fête pour nous les chats aujourd’hui, puisque, ainsi que je vous en avais écrit il y a quelques années, le 17 mars est le jour de notre fête patronale (voir ici > sainte Gertrude de Nivelles).

En cette occasion, je vais donc me permettre de rompre un tantinet l’austérité du grand carême pour vous recopier ci-dessous le texte authentique du fameux conte de Charles Perrault (1628-1703) intitulé « Le Maître-Chat, ou le Chat botté » (seule la graphie a été mise en conformité avec les usages actuels par Charles Deulin, au XIXe siècle) : conte qui est (est-il vraiment nécessaire de le préciser ?) l’un de mes préférés, d’autant que, vous n’ignorez pas que le nom de « Maître-Chat » dont Frère Maximilien-Marie me qualifie souvent, fait explicitement référence au matou particulièrement sagace et avisé de ce célèbre récit.

Beaucoup s’imaginent bien connaître ce conte, alors qu’en réalité ils n’en connaissent que des adaptations.
Beaucoup pensent aussi que Charles Perrault en fut l’auteur, alors qu’il n’en est que le traducteur-adaptateur : à l’origine en effet la première version de cette histoire, vouée ensuite à une si vive popularité, apparaît dans le recueil de l’italien Jean François Straparole de Caravage (1480-1558) intitulé « Les nuits facétieuses » (Le piacevoli notti), qui fut publié à Venise à partir de 1550.
Bref, « Le Maître-Chat, ou le Chat botté » figure dans le manuscrit de 1695 des « Contes de ma mère l’Oye » et lors de la publication deux ans plus tard (1697) par l’éditeur Claude Barbin on y trouve en conclusion deux « moralités » rimées.
Je vous laisse donc avec le texte de Charles Perrault, mais non sans vous avoir prié, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, de transmettre mes voeux fraternels de « Bonne fête » à chacun de vos  chats !

pattes de chat Lully.

Manuscrit du Chat botté 1695

Manuscrit du « Maître-Chat, ou le Chat botté, conte » – 1695

Le Maître-Chat

ou  le Chat botté

Un meunier ne laissa pour tous biens, à trois enfants qu’il avait, que son moulin, son âne et son Chat.
Les partages furent bientôt faits : ni le notaire, ni le procureur n’y furent point appelés. Ils auraient eu bientôt mangé tout le pauvre patrimoine. L’aîné eut le moulin, le second eut l’âne, et le plus jeune n’eut que le Chat.
Ce dernier ne pouvait se consoler d’avoir un si pauvre lot : 
« Mes frères, disait-il, pourront gagner leur vie honnêtement en se mettant ensemble ; pour moi, lorsque j’aurai mangé mon chat, et que je me serai fait un manchon de sa peau, il faudra que je meure de faim. »

chat botté 2

Le Chat, qui entendait ce discours, mais qui n’en fit pas semblant, lui dit d’un air posé et sérieux : « Ne vous affligez point, mon maître, vous n’avez qu’à me donner un sac et me faire faire une paire de bottes pour aller dans les broussailles, et vous verrez que vous n’êtes pas si mal partagé que vous croyez. »

Quoique le maître du Chat ne fît pas grand fond là-dessus, il lui avait vu faire tant de tours de souplesse pour prendre des rats et des souris, comme quand il se pendait par les pieds, ou qu’il se cachait dans la farine pour faire le mort, qu’il ne désespéra pas d’en être secouru dans la misère.

Lorsque le Chat eut ce qu’il avait demandé, il se botta bravement, et, mettant son sac à son cou, il en prit les cordons avec ses deux pattes de devant, et s’en alla dans une garenne où il y avait grand nombre de lapins. Il mit du son et des laiterons dans son sac, et s’étendant comme s’il eût été mort, attendit que quelque jeune lapin, peu instruit encore des ruses de ce monde, vînt se fourrer dans son sac pour manger ce qu’il y avait mis. À peine fut-il couché, qu’il eut contentement : un jeune étourdi de lapin entra dans son sac, et le maître Chat, tirant aussitôt les cordons, le prit et le tua sans miséricorde.

Chat botté 3

Tout glorieux de sa proie, il s’en alla chez le roi et demanda à lui parler.
On le fit monter à l’appartement de Sa Majesté, où étant entré, il fit une grande révérence au roi, et lui dit : 
« Voilà, Sire, un lapin de garenne que monsieur le marquis de Carabas (c’était le nom qu’il lui prit en gré de donner à son maître) m’a chargé de vous présenter de sa part.
— Dis à ton maître, répondit le roi, que je le remercie et qu’il me fait plaisir. »

Une autre fois, il alla se cacher dans un blé, tenant toujours son sac ouvert, et lorsque deux perdrix y furent entrées, il tira les cordons et les prit toutes deux. Il alla ensuite les présenter au roi, comme il avait fait du lapin de garenne.
Le roi reçut encore avec plaisir les deux perdrix, et lui fit donner boire.

chat botté 4

Le Chat continua ainsi, pendant deux ou trois mois, à porter de temps en temps au roi du gibier de la chasse de son maître.

Un jour qu’il sut que le roi devait aller à la promenade, sur le bord de la rivière, avec sa fille, la plus belle princesse du monde, il dit à son maître : « Si vous voulez suivre mon conseil, votre fortune est faite : vous n’avez qu’à vous baigner dans la rivière, à l’endroit que je vous montrerai, et ensuite me laisser faire. »

Le marquis de Carabas fit ce que son chat lui conseillait, sans savoir à quoi cela serait bon.

Chat botté 5

Dans le temps qu’il se baignait, le roi vint à passer, et le Chat se mit à crier de toute ses forces : « Au secours ! Au secours ! Voilà monsieur le marquis de Carabas qui se noie ! »

À ce cri, le roi mit la tête à la portière, et, reconnaissant le Chat qui lui avait apporté tant de fois du gibier, il ordonna à ses gardes qu’on allât vite au secours de monsieur le marquis de Carabas.
Pendant qu’on retirait le pauvre marquis de la rivière, le Chat s’approcha du carrosse et dit au roi, que dans le temps que son maître se baignait, il était venu des voleurs qui avaient emporté ses habits, quoiqu’il eût crié « au voleur ! » de toute ses forces… le drôle les avait cachés sous une grosse pierre.

Chat botté 6

Le roi ordonna aussitôt aux officiers de sa garde-robe d’aller quérir un de ses plus beaux habits pour monsieur le marquis de Carabas.

Le roi lui fit mille caresses, et comme les beaux habits qu’on venait de lui donner relevaient sa bonne mine (car il était beau et bien fait de sa personne), la fille du roi le trouva fort à son gré, et le marquis de Carabas ne lui eut pas jeté deux ou trois regards, fort respectueux et un peu tendres, qu’elle en devint amoureuse à la folie.

Le roi voulut qu’il montât dans son carrosse et qu’il fût de la promenade.
Le Chat, ravi de voir que son dessein commençait à réussir, prit les devants, et ayant rencontré des paysans qui fauchaient un pré, il leur dit : 
« Bonnes gens qui fauchez, si vous ne dites au roi que le pré que vous fauchez appartient à monsieur le marquis de Carabas, vous serez tous hachés menu comme chair à pâté. »

Le roi ne manqua pas à demander aux faucheurs à qui était ce pré qu’il fauchaient : « C’est à monsieur le marquis de Carabas », dirent-ils tous ensemble, car la menace du Chat leur avait fait peur.

Chat botté 7

« Vous avez là un bel héritage, dit le roi au marquis de Carabas.
— Vous voyez, Sire, répondit le marquis ; c’est un pré qui ne manque point de rapporter abondamment toutes les années. »

Le maître Chat, qui allait toujours devant, rencontra des moissonneurs et leur dit : « Bonnes gens qui moissonnez, si vous ne dites que tous ces blés appartiennent à monsieur le marquis de Carabas, vous serez tous hachés menu comme chair à pâté. »

Le roi, qui passa un moment après, voulut savoir à qui appartenaient tous les blés qu’il voyait.
« C’est à monsieur le marquis de Carabas », répondirent les moissonneurs ; et le roi s’en réjouit encore avec le marquis.
Le Chat, qui allait devant le carrosse, disait toujours la même chose à tous ceux qu’il rencontrait, et le roi était étonné des grands biens de monsieur le marquis de Carabas.

Le maître Chat arriva enfin dans un beau château, dont le maître était un ogre, le plus riche qu’on ait jamais vu ; car toutes les terres par où le roi avait passé étaient de la dépendance de ce château.

Chat botté 8

Le Chat, qui eut soin de s’informer qui était cet ogre et ce qu’il savait faire, demanda à lui parler, disant qu’il n’avait pas voulu passer si près de son château sans avoir l’honneur de lui faire la révérence. L’ogre le reçut aussi civilement que le peut un ogre, et le fit reposer.

« On m’a assuré, dit le Chat, que vous aviez le don de vous changer en toutes sortes d’animaux ; que vous pouviez, par exemple, vous transformer en lion, en éléphant.
— Cela est vrai, répondit l’ogre brusquement, et, pour vous le montrer, vous m’allez voir devenir lion. »
Le Chat fut si effrayé de voir un lion devant lui, qu’il gagna aussitôt les gouttières, non sans peine et sans péril, à cause de ses bottes, qui ne valaient rien pour marcher sur les tuiles.

Quelque temps après, le Chat, ayant vu que l’ogre avait quitté sa première forme, descendit et avoua qu’il avait eu bien peur.
« On m’a assuré encore, dit le Chat, mais je ne saurais le croire, que vous aviez aussi le pouvoir de prendre la forme des plus petits animaux, par exemple de vous changer en un rat, en une souris ; je vous avoue que je tiens cela tout à fait impossible.
— Impossible ! reprit l’ogre ; vous allez voir ! »

Et en même temps il se changea en une souris, qui se mit à courir sur le plancher. Le Chat ne l’eut pas plus tôt aperçue, qu’il se jeta dessus et la mangea.

Chat botté 9

Cependant le roi, qui vit en passant le beau château de l’ogre, voulut entrer dedans.

Le Chat, qui entendit le bruit du carrosse, qui passait sur le pont-levis, courut au-devant et dit au roi : « Votre Majesté soit la bienvenue dans ce château de monsieur le marquis de Carabas !
— Comment, monsieur le marquis, s’écria le roi, ce château est encore à vous ! il ne se peut rien de plus beau que cette cour et que tous ces bâtiments qui l’environnent ; voyons les dedans, s’il vous plait. »

chat botté 10

Le marquis donna la main à la jeune princesse, et suivant le roi, qui montait le premier, ils entrèrent dans une grande salle, où ils trouvèrent une magnifique collation que l’ogre avait fait préparer pour ses amis, qui le devaient venir voir ce même jour-là, mais qui n’avaient pas osé entrer, sachant que le roi y était.

Le roi, charmé des bonnes qualités de monsieur le marquis de Carabas, de même que sa fille, qui en était folle, et voyant les grands biens qu’il possédait, lui dit, après avoir bu cinq ou six coups : « Il ne tiendra qu’à vous, monsieur le marquis, que vous ne soyez mon gendre. »
Le marquis, faisant de grandes révérences, accepta l’honneur que lui faisait le roi, et, dès le même jour, il épousa la princesse.

Le Chat devint le grand seigneur, et ne courut plus après les souris que pour se divertir.

Chat botté 11

MORALITÉ

Quelque grand que soit l’avantage
De jouir d’un riche héritage
Venant à nous de père en fils,
Aux jeunes gens, pour l’ordinaire,
L’industrie et le savoir-faire
Valent mieux que des biens acquis.

AUTRE MORALITÉ

Si le fils d’un meunier, avec tant de vitesse,
Gagne le cœur d’une princesse,
Et s’en fait regarder avec des yeux mourants ;
C’est que l’habit, la mine et la jeunesse,
Pour inspirer de la tendresse,
N’en sont pas des moyens toujours indifférents.

Chat botté 1

Vous pouvez laisser une réponse.

4 Commentaires Commenter.

  1. le 19 mars 2014 à 19 h 50 min Rachel écrit:

    Bonne fête, bon Maître-Chat Lully et continuez à bien veiller sur frère Maximilien-Marie dans ce bel ermitage. Et merci pour Le Chat Botté.

  2. le 18 mars 2014 à 0 h 15 min Robert M. écrit:

    Je ne résiste pas au plaisir de vous conter l’histoire du Chat de la Sainte Vierge :

    C’était un pauvre chat perdu, sans maîtres, qui ne savait où aller pour être aimé (car les chats ne vivent que pour être aimés) et qui fut aperçu par la Sainte Vierge.
    Notre chat vit tout de suite qu’il avait à faire à une gentille Dame. Il se laissa approcher, puis prendre dans des bras affectueux.
    Puis la Sainte Vierge emporta le chat pour le présenter à Saint Joseph qui félicita Marie en lui disant que ce chat ferait merveille pour attraper les rats et les souris qui lui rongeaient ses charpentes.
    Jésus, qui était déjà grand et avait 20 ans, connut lui-même ce chat et eut plaisir à le caresser, car son heure n’était pas encore venue.
    Quand Jésus mourut et après que Saint-Jean fut parti prêcher à Patmos, le chat resta avec la Sainte Vierge pour la consoler.
    Puis Marie monta au Ciel…
    Un jour Marie qui se trouvait un peu seule au Paradis avec Joseph (car Marie et Joseph y avaient une Maison à part) dit un jour à Joseph qu’elle regrettait un peu Nazareth car elle se souvenait d’y avoir eu un chat alors que le Paradis était réservé aux humains.
    Joseph lui suggéra d’en parler à son Fils.
    Le Fils fut d’accord avec Marie et Joseph et ils allèrent tous les trois parler à Dieu le Père Lui-même pour obtenir l’autorisation exceptionnelle d’admettre un chat au Paradis.
    Quand Dieu le Père les vit tous les trois, il n’osa pas refuser.
    Et c’est ainsi que le Chat de la Sainte Vierge ressuscita. Et, dès qu’il la vit et l’eut reconnue, il lui sauta au cou.
    Par la suite ce chat un peu spécial reçut la permission d’apparaître à certains chats terrestres particulièrement méritants, et c’est ainsi que la plupart des chats savent aujourd’hui qu’il existe un Bon Dieu.

    Bien entendu le chat Lully descend du Chat de la Sainte Vierge. Mais dresser ici sa généalogie serait trop long et je n’ai pas les qualités d’historien de notre frère Maximilien-Marie qui fait bien de nous prêcher la Pénitence et le Carême, même si je me frotte un peu à lui…

  3. le 17 mars 2014 à 13 h 15 min Sophie écrit:

    Bonne fête, cher Lully ! et merci pour cette jolie transcription (je finirai de la lire ce soir mais elle m’a bien enchantée à l’heure du café, avant de repartir au travail…)

    Bisous à tous au Mesnil-Marie :-)

  4. le 17 mars 2014 à 11 h 57 min Jacqueline T. écrit:

    Bonne Fête, Lully !
    Puissiez-vous veiller longtemps sur Frère Maximilien dont vous partagez le logis.
    Mille caresses.
    Jacqueline

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

A tempo di Blog |
Cehl Meeah |
le monde selon Darwicha |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | mythologie
| jamaa
| iletaitunefoi