2014-2. « C’est ainsi que le ciel s’ouvrira pour vous… »

Sermon de notre glorieux Père Saint Augustin
pour l’octave de l’Épiphanie,
sur le Baptême de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Ce 13 janvier,  jour octave de l’Epiphanie, la sainte Eglise dans sa liturgie nous fait célébrer la commémoraison du Baptême de Notre-Seigneur : c’est donc une excellente raison pour lire et méditer ce sermon de notre glorieux Père Saint Augustin dans lequel le saint évêque d’Hippone met en lumière plusieurs points mystérieux auxquels on ne s’attache pas assez en nos temps…

Van Loo 1761

Van Loo : le Baptême de Notre-Seigneur (1761)

§1. Le Christ a reçu le baptême de pénitence pour nous amener à la pénitence :

Que Dieu Se soit fait voir parmi nous, que Notre-Seigneur Jésus-Christ ait été, en même temps, Dieu et homme, et qu’en Lui aient manifestement paru les prérogatives de l’un et de l’autre, c’est un fait annoncé en bien des manières par les Prophètes, et affirmé par le saint Evangile d’aujourd’hui : de là nous devons conclure que, si Dieu a daigné Se faire homme, c’était afin que l’homme, perdu par son péché, pût devenir Dieu.
Après avoir accompli le mystère de l’Incarnation et pris sur Lui les faiblesses de notre humaine mortalité, l’Homme-Dieu nous a appris la manière d’effacer nos fautes ; car Il est venu demander à Jean-Baptiste le baptême de la pénitence, afin de nous procurer le salut par son propre baptême.
Imitez donc et recevez le sacrement justificateur qu’a établi le Fils de Dieu. Il a fait pénitence, et, pourtant, aucune raison ne L’obligeait à la pénitence.
Pleurez, vous, car vous avez tout motif de verser des larmes de douleur. Il a effacé les péchés de la chair ; c’est à vous de les déplorer. Il a purifié dans l’eau matérielle ce qui était sans taches ; pour vous, dont la conscience est souillée, purifiez-la dans le torrent de vos larmes.

Van Loo 1761 détail 4

§2. Humilité du Baptiste :

En voyant Dieu s’approcher du baptême de pénitence pour le recevoir, le vénérable Prophète fut saisi de stupeur ; le trouble et l’épouvante se répandirent dans tout son être en la présence du Rédempteur : « Seigneur », s’écria-t-il, « soyez-moi propice ! Ces eaux où se purifient les corps sont la piscine réservée aux pécheurs. Je baptise les serviteurs, mais je ne dois point baptiser le Maître. Je le sais, Vous venez de la source des eaux célestes ; pourquoi donc entacher les choses divines au contact des choses de la terre ? En Vous se trouvent des sources toutes pures, dont les eaux abondantes rafraîchissent les terres desséchées et communiquent la fécondité à celles qui sont stériles. O saint, si, seulement, Vous m’ordonniez de m’approcher de ces eaux salutaires ! si, seulement, Vous daigniez en verser sur moi de Vos propres mains ! Purifié de mes souillures charnelles, je pourrais marcher dans le sentier du ciel, j’ignorerais les faiblesses coupables de la chair !».

Van Loo 1761 détail 1

§3. Quelle était cette justice que le Sauveur devait accomplir en recevant le baptême de pénitence ?

Néanmoins le Sauveur persiste dans Son dessein ; puis, voilant pour un instant sa divinité, Il dit à Jean : « Fais maintenant ce que Je dis, car il nous faut accomplir toute justice » (Matth. III, 15).
Voyez, quelle céleste réponse ! Le Christ ne nie pas qu’Il soit Dieu, mais parce qu’Il est devenu homme, Il veut accomplir tout ce qu’exigent les prescriptions de la loi. Car c’est justice qu’Il reçoive ce qu’Il doit donner, et qu’Il imprime le sceau de la perfection à ce qu’Il doit léguer à l’Eglise.
Alors Jean Le laissa : il ne se sépara point de Lui, mais il L’abandonna à Sa propre volonté, pour Lui laisser faire ce qu’Il désirait. Il voyait dès lors, en effet, que le baptême du Sauveur sanctifierait les eaux, et que ce bain serait, non plus celui de la pénitence, mais celui de la grâce.

Van Loo 1761 détail 2

§ 4. Les cieux s’ouvrent et l’Esprit-Saint apparaît : comment cela est-il possible ?

« Aussitôt qu’Il fut baptisé, Jésus sortit de l’eau, et les cieux s’ouvrirent » (Matth. III, 16) : emblème de la promptitude avec laquelle devait s’opérer l’oeuvre de notre régénération, et de la facilité avec laquelle le vieil homme se changerait en homme nouveau.
Jésus est baptisé, et tous les secrets mystères de l’homme se dévoilent. Les cieux s’ouvrent en présence de Jean, non pour rendre profanes les mystères célestes, mais pour rendre accessible 
à l’homme l’entrée du paradis, fermée par nos fautes. Les cieux s’ouvrent, sans qu’il y ait scission dans les éléments, sans qu’on aperçoive la moindre déchirure, la plus petite anfractuosité dans les airs, ou que Dieu ait besoin d’en soutenir les parois…
Cependant l’œil spirituel peut apercevoir ce que l’œil charnel ne saurait découvrir. Rempli de l’Esprit-Saint, Ezéchiel assure que les cieux se sont ouverts devant lui, et qu’il y a lu la mystérieuse signification des quatre animaux. De même en a-t-il été de saint Etienne, au moment où il a rendu un si beau témoignage à Jésus-Christ. Plein de l’Esprit-Saint, et portant ses regards vers le ciel, il a vu la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu, et il a dit : « Je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu » (Act. VII, 38).
Il a donc vu les cieux ouverts, celui qui prophétisait en l’Esprit ; il a vu les cieux ouverts, celui qui confessait si ouvertement le Christ : « Et j’ai vu », dit le Précurseur, « l’Esprit de Dieu descendant du ciel comme une colombe et venant sur Lui » (Matth. III, 16), c’est-à-dire sur Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Rien d’étonnant à ce que Jean ait vu venir le Saint-Esprit, puisque, avant de naître, il a tressailli dans le sein d’Elisabeth, en présence de la mère du Sauveur, et que, dans le désert, il a ainsi annoncé le Christ : « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits Ses sentiers » (Matth. III, 3).
Mais, dira peut-être quelqu’un, comment a-t-on pu voir l’Esprit de Dieu, puisqu’Il est invisible, incompréhensible et répandu dans tous les éléments, un Esprit qui est évidemment Dieu ? Le Sauveur ne dit-il pas dans l’Evangile que « Dieu est esprit » (Jean, II, 24) ?
Ce qui voit l’Esprit de Dieu, c’est le coeur pur, c’est toute intelligence dont l’Esprit-Saint daigne S’approcher. Par la toute-puissance de Sa divinité, et selon Son bon plaisir, Il pénètre dans ce coeur, dans cette intelligence, Il S’y rend visible. « L’Esprit de Dieu souffle où Il veut » (Jean III, 8) : Il gouverne toutes choses, sans être gouverné par aucune ; le monde entier reçoit la vie de cette âme éternelle, qui donne la connaissance du ciel et la refuse, qui a développé l’étendue des mers, qui couvre toute la terre et qui, pénétrant dans le vaste corps du monde, communique libéralement la vie à toutes les semences. 
Car telle est la nature de la Divinité, que, partout où tu remarques le mouvement et la vie, tu dois y voir l’action de l’Esprit de Dieu.

Van Loo 1761 détail 3

§5.  Au baptême de Notre-Seigneur, la Sainte Trinité tout entière est manifestée :

Dans le baptême du Sauveur se manifestent, d’une part, le dessein secret et difficile à saisir du Saint-Esprit, et, d’autre part, le mystère tout entier de la Trinité. L’Esprit de Dieu connaissait le Verbe, et Il L’avait vu Se revêtir de notre humanité.
Pour montrer aux hommes que Sa puissance est égale à celle du Fils de Dieu, Il prend donc la forme d’une colombe, bien qu’Il soit d’une nature subtile et simple, que la sainteté Lui appartienne en propre, et qu’Il Se trouve à l’abri de toute investigation.
Et, pour que la Trinité apparaisse dans son entier, le Père, que personne n’a jamais vu, si ce n’est le Fils unique (Jean I, 18), Se fait entendre et fait connaître, par Son propre témoignage, le Christ que l’Esprit-Saint désigne déjà. Voici ses paroles : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis mes complaisances » (Matth. III, 17).
Admirable mystère de la puissance divine ! Que les voies de l’Esprit de Dieu sont impénétrables ! Il S’est revêtu des dehors d’un oiseau inoffensif, puis Il est descendu du haut des cieux sur Jésus-Christ, immédiatement après Son baptême ; ainsi nous a-t-Il montré que l’infusion du Saint-Esprit se fait dans l’âme au moment du baptême ; ainsi encore a-t-Il réfuté d’avance l’erreur méchante qui consisterait à dire que les paroles de Dieu le Père s’adressaient à Jean, et non à Dieu le Fils.

Van Loo 1761 détail 5

§6. Saint Augustin stigmatise l’incrédulité et exhorte à recevoir le saint baptême :

Ici, mes frères, il convient de tourner toute notre indignation contre les impies, et d’en finir avec la mauvaise foi des Juifs, qui ne croient point à la venue du Messie, quand le Ciel lui-même Lui rend témoignage, qui refusent de reconnaître comme Dieu celui que le Père déclare être Son Fils.
Aussi, mes très chers frères, réunissons-nous dans un même sentiment de foi, et soyons tous assez fermes pour confesser Dieu le Père, et Son Fils Jésus, et le Saint-Esprit, et reconnaître, en même temps, qu’Ils ne forment à Eux Trois qu’une seule et même substance.
Quant à vous, frères bien-aimés, à qui nous procurons le bonheur d’entendre les leçons de l’Apôtre, hâtez-vous de recevoir aussi le baptême : que rien, en lui, ne vous paraisse abject ; que rien, en lui, ne vous semble méprisable.
Le 
Sauveur du monde a daigné entrer dans cette piscine ; hâtez-vous donc, « du temps qu’il fait jour, dans la crainte d’être surpris par les ténèbres » (Matth. XII, 35). Si nombreuses que soient les blessures faites à vos coeurs par le péché, si hideuses que soient les taches imprimées à votre âme par vos fautes, nous les cicatriserons, nous les ferons disparaître avec l’eau vive du baptême : votre conscience y sera purifiée de toutes vos anciennes iniquités, une lumière toute spirituelle y sera répandue en vous ; c’est ainsi que, par mon ministère, s’accomplira parfaitement en votre personne le grand mystère de ce jour ; c’est ainsi que le ciel s’ouvrira pour vous, et que je vous ferai voir le Christ, Notre-Seigneur, à qui l’honneur, la puissance et la gloire appartiennent pendant les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Van Loo 1761 détail 6

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2 Commentaires Commenter.

  1. le 13 janvier 2014 à 20 h 39 min Jacqueline M. écrit:

    Merci frère !
    En ce moment je pense beaucoup à un enfant qui n’a pas reçu le baptême…
    et je serais tellement heureuse si ses parents se décidaient !

  2. le 13 janvier 2014 à 19 h 12 min Colette D. écrit:

    Quelle consolation nous éprouvons à lire cette homélie si complète, si impeccable aussi dans sa présentation, de telle sorte que l’esprit et le coeur navrés par la démence actuelle se trouvent revisités par le désir d’adoration et de contemplation…
    Merci, cher Frère !

    CD

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