2014-1. Voeux pour l’an de grâce 2014.

Mercredi 1er janvier 2014,
Octave de la Nativité,
Fête de la Circoncision de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

bonne année 1914

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

J’ai sous les yeux, et je l’ai reproduite pour vous ci-dessus, une carte de voeux de « Bonne Année », gaufrée et colorée, qui fut envoyée à l’occasion du jour de l’an 1914.

Même sans tourner la carte pour lire le message qui a été rédigé au verso, et même sans l’indication de l’oblitération du timbre, on ne peut avoir aucune hésitation : 1914 est écrit en chiffres dorés – légèrement en relief – sur l’avant de la locomotive qui entre dans cette petite gare enneigée, où l’horloge du quai marque la minuit. Un chef de gare emmitoufflé, dont la barbe évoque celle du Bonhomme Noël, tend, de la main droite, une espèce de petit fanal… De la cheminée de la locomotive s’échappent, avec l’épaisse fumée qui va se confondre avec la nuit, des roses sommairement dessinées.

Jour de l’an 1914 : on se souhaitait la « Bonne Année », et ce train qui roulait en laissant échapper ces roses apportait un réconfortant sentiment de progrès, pour le bonheur de l’humanité…

Jour de l’an 1914 : on se souhaitait la « Bonne Année », on s’embrassait joyeusement en échangeant des voeux de santé et de prospérité, de bonheur et de paix.
Qui donc alors s’imaginait que six mois de cette année, qu’on se souhaitait bonne, ne seraient pas totalement accomplis avant qu’un terrible engrenage d’évènements ne se mette en mouvement, inexorablement, et n’entraîne la vieille Europe, et le monde tout entier, dans quatre années de guerre, après lesquelles rien ne serait plus comme avant !

Jour de l’an 1914 : on se souhaitait la « Bonne Année », mais le train de l’histoire était lancé sur des rails dont on ignorait où ils conduiraient l’humanité qui, en ce 1er janvier, s’échangeait des voeux de santé, de prospérité, de bonheur et de paix…

bonne année 1914 - détail 1

Jour de l’an 1914 : cent ans se sont écoulés depuis…

Jour de l’an 2014 : on se souhaite la « Bonne Année », on s’embrasse joyeusement en échangeant des voeux de santé et de prospérité, de bonheur et de paix.

Jour de l’an 2014 : on se souhaite la « Bonne Année », et le train de l’histoire avance toujours sur des rails dont on ignore jusqu’où ils conduiront l’humanité, qui échange aujourd’hui encore des voeux de santé, de prospérité et de paix…

Jour de l’an 1914.
Jour de l’an 2014.

Pour nous qui, cent ans plus tard, connaissons ce qui s’est passé, ces voeux de bonheur que l’on a échangés le 1er janvier 1914 ont quelque chose de tragiquement surréaliste :
- les destinataires de cette carte de « Bonne Année », illustrée par la locomotive 1914, étaient-ils des jeunes gens qui seraient mobilisés et envoyés sur le front quelques mois plus tard, qui connaîtraient l’enfer des tranchées, qui seraient amputés ou gazés, qui n’en reviendraient pas… ?
- les destinataires de cette carte de « Bonne Année », illustrée par la locomotive 1914, étaient-ils des jeunes filles qui nourrissaient alors de doux rêves romantiques auprès d’un joli fiancé, mais dont la guerre ferait des veuves, avant même qu’elles n’eussent connu la joie des noces ?
- les destinataires de cette carte de « Bonne Année », illustrée par la locomotive 1914, étaient-ils des enfants auxquels leur père serait enlevé, et qui grandiraient en voyant leur mère s’épuiser dans un travail, qu’en ce premier jour de l’an 1914 on n’aurait pas encore imaginé qu’une femme pût le faire ?
- les destinataires de cette carte de « Bonne Année », illustrée par la locomotive 1914 qui les entraînait tous sur les rails de la grande ou de la petite histoire, qui étaient-ils, et où étaient-ils, en ce premier jour de l’an ?
Qui seraient-ils, et où seraient-ils quelques mois, quelques années plus tard ?

bonne année 1914 - détail 1

Jour de l’an 1914. 
Jour de l’an 2014.

Les hommes qui se souhaitaient la « Bonne Année », qui s’embrassaient joyeusement en échangeant des voeux de santé et de prospérité, de bonheur et de paix, le 1er janvier 1914, étaient-ils plus mauvais ou meilleurs que les hommes qui se souhaitent la « Bonne Année », qui s’embrassent joyeusement en échangeant des voeux de santé et de prospérité, de bonheur et de paix, en ce 1er janvier 2014 ?

Nous le savons bien, les hommes de 2014, tout comme ceux de 1914, ne sont – d’une manière habituelle – ni totalement bons, ni totalement mauvais : chaucun porte en lui-même d’étranges et fluctuants mélanges de bonté et de malice, dont les proportions varient à tout instant, au gré de leurs choix et des circonstances auxquelles ils sont affrontés.
Nous le savons aussi, pour les hommes de 2014, tout comme pour ceux de 1914, dans des contextes différents mais qui, chacun à leur manière, portent leurs parts d’ombre et de lumière – distinctes ou mêlées – , l’avenir n’est pas écrit à l’avance par la main d’un aveugle destin qui lierait, voire supprimerait, notre liberté.

En ce 1er janvier, l’année 2014 dont nous sommes au premier jour n’existe pas encore.
Pas plus que n’existait l’année 1914 – telle que, cent ans plus tard, nous savons ce qu’elle fut – pour ceux qui se souhaitaient la « Bonne Année », le 1er janvier 1914.

Ce qui existe, c’est l’instant présent, et c’est ce que nous en faisons… avant que cet instant ne fuit, irrémédiablement.

L’année 2014 n’existe pas encore, et nous n’avons, tous et chacun, que le petit instant – le tout petit instant présent, qui est là et qui s’enfuit – pour construire l’année qui commence ; cette année qui dans l’histoire du monde sera la somme de ce que chacun en aura fait : chacun à sa place, chacun selon son état et sa vocation, chacun selon qu’il aura laissé libre court à ce qu’il y a de meilleur en lui-même, ou bien à ce qu’il y a de plus détestable…

bonne année 1914 - détail 2

Chers Amis, que vous souhaiterai-je en ce premier jour de l’an 2014 ?
Oh, certes ! Selon les formulations traditionnelles, je forme des voeux pour que chacun d’entre vous jouisse de la santé, de prospérité, de bonheur et de paix.
Pour chacun d’entre vous, dans ma prière, je demande à Dieu qu’Il vous accorde toutes les grâces nécessaires pour que cette année 2014 soit en vérité une « Bonne Année »

Je demande à Dieu.
Parce que les voeux d’un moine – que vous croyez ou que vous ne croyez pas – sont de toute manière, et avant toute autre chose, des prières à votre intention et à vos intentions.

Je demande à Dieu.
Parce que mes voeux sont bien autre chose que des souhaits, lesquels, bien souvent, n’engagent pas à grand chose, lors même qu’ils sont formulés avec beaucoup d’affection et de sincérité.
Parce que mes voeux sont soutenus par l’engagement de ma vie, offerte et consacrée à Dieu.
Parce que mes voeux sont, en moi, une farouche volonté de votre bien et de votre bonheur le plus absolu.

Toutefois je ne demande pas à Dieu de faire, Lui, à votre place, le travail qui vous incombe à vous seuls, et ce qui est de votre seule responsabilité !

Quand, au cadran de l’horloge 2014, les aiguilles indiqueront l’heure de votre unique responsabilité, puissiez-vous ne pas vous dérober !
Quand, au cadran de l’horloge 2014, les aiguilles indiqueront l’heure du courage, puissiez-vous ne pas baisser les bras !
Quand, au cadran de l’horloge 2014, les aiguilles indiqueront l’heure de la persévérance, puissiez-vous vous cramponner et tenir contre vents et marées !
Quand, au cadran de l’horloge 2014, les aiguilles indiqueront l’heure du don de soi, puissiez-vous ne pas reculer !
Quand, au cadran de l’horloge 2014, les aiguilles indiqueront l’heure du sacrifice, puissiez-vous ne pas vous effrayer !
Quand, au cadran de l’horloge 2014, les aiguilles indiqueront l’heure de la lutte, puissiez-vous ne pas céder à la tentation du ressentiment et de la haine !
Quand, au cadran de l’horloge 2014, les aiguilles indiqueront l’heure des blessures, puissiez-vous conserver malgré tout la paix intérieure !
Quand, au cadran de l’horloge 2014, les aiguilles indiqueront l’heure d’encaisser des coups, puissiez-vous ne pas désespérer !
Quand, au cadran de l’horloge 2014, les aiguilles indiqueront l’heure de la déception, puissiez-vous de point offrir de prise à l’amertume !

Quand, au cadran de l’horloge 2014, les aiguilles indiqueront l’heure des larmes, puissiez-vous pleurer sans honte et sans perdre la sérénité !
Quand, au cadran de l’horloge 2014, les aiguilles indiqueront l’heure de vous réjouir, puissiez-vous exulter et chanter sans superficialité !

bonne année 1914 - détail 2

J’ai déjà été très (trop) long…
Alors, pour achever, laissez-moi encore vous souhaiter d’être, tous et chacuns, semblables au petit fanal du vieux chef de gare de cette carte centenaire, pour projetter des rayons de douce et réconfortante clarté dans les ténèbres du monde, car « il est toujours préférable d’allumer une petite lampe plutôt que de maudire les ténèbres » !

Enfin, je veux remercier très chaleureusement ceux qui, à l’occasion de ces fêtes de la Nativité, nous ont envoyé des paquets (contenant soit de l’excellente nourriture pour l’esprit, soit de la savoureuse nourriture pour le corps), ou qui nous ont adressé quelque offrande… sachant que le Refuge Notre-Dame de Compassion ne vit que de dons.

Bonne, belle et fervente année 2014 !

Frère Maximilien-Marie.          

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Publié dans : Commentaires d'actualité & humeurs |le 1 janvier, 2014 |10 Commentaires »

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10 Commentaires Commenter.

  1. le 29 janvier 2014 à 10 h 04 min Francine M. écrit:

    Merci Cher Frère, pour ces puissantes lignes balayées par le vent de l’histoire, et de réfléchir à celles que nous construisons chaque jour de nos vies communes sur cette terre, où sagesse et compassion semble avoir déserté notre mémoire collective.

    Ce train d’espoir roule depuis 100 ans et va accélérant, emportant sur son passage, dans toutes les gares qu’il traverse, nos espoirs de paix et de sainte lumière d’espérance et de charité, qu’il recrache rugissant par sa cheminée non pas de roses mais de ronces et épines de la haine qui secoue les hommes depuis la nuit des temps…

    Espérons que la nuit qu’il semble traverser depuis si longtemps aille vers l’aube triomphante des ténèbres et nous sauve malgré nous.
    Merci.

    Francine M.

  2. le 15 janvier 2014 à 15 h 38 min Guy B. écrit:

    Au Frère Maximilien-Marie :
    1OOO mercis, cher Vous, pour avoir, avec quelle acuité, ressuscité les grandes ombres de nos grands parents et proches … de tous ces héros et hérones anonymes ! … de tous ces Charles Péguy¨, tellement celtes par la fibre, morts par millions pour que nos blés poussent toujours en terre française !
    Je garde dans l’âme votre petit train de 1914 : ce petit teuf-teuf riche de toutes les grandeurs et tout cahotant, sifflant l’Eternité de toutes les grandeurs et de tous les sacrifices !
    C’est au garde à Vous, et c’est, drapé de l’uniforme français symbole de toutes les hauteurs, mais qu’hélas je n’aurai jamais porté, que je vous embrasse, en souvenir de votre prière prestigieuse véhiculée jusque à nous dans le petit teuf-teuf si beau ! … si grand ! … si français, qu’il m’a tout simplement fait pleurer ! …
    Guy B.

  3. le 13 janvier 2014 à 16 h 13 min Joëlle L. écrit:

    Merci, frère Maximilien, pour ces vœux brefs et généreux !
    Merci surtout pour votre soutien dans les moments difficiles, où vous nous avez accompagnés Dom et moi.
    Je sais aussi que d’autres personnes vous attendent pour votre soutien, et je sais combien votre présence est réconfortante.
    Encore merci, Maximilien !

  4. le 2 janvier 2014 à 13 h 28 min Jérôme V. écrit:

    Merci de tout coeur de ces voeux emplis de sagesse.
    Ils semblent aller de soi, mais c’est réconfortant de voir ces belles et évidentes vérités écrites, et fort bien écrites.

  5. le 1 janvier 2014 à 18 h 01 min Michel L. écrit:

    Cher Frère Maximilien-Marie,

    Un très grand merci pour cette magnifique carte .
    A mon tour, je vous souhaite – ainsi qu’à toute la communauté spirituelle du Refuge ND de Compassion – une sainte année nouvelle.

    Michel L.

  6. le 1 janvier 2014 à 17 h 43 min Abbé Jean-Louis D. écrit:

    Oui, merci, cher frère de ces voeux.
    Nous savons que nous pouvons compter sur vos prières, mais vous savez aussi que vous pouvez compter sur les notres.
    Meilleurs voeux à vous aussi, bonne santé tellement nécessaire…, et que Dieu vous bénisse par Marie, notre très chère Mère.

  7. le 1 janvier 2014 à 17 h 09 min Bertrand T. écrit:

    Merci, Cher Frère, de ces bonnes pensées.
    Avec toute l’amitié qui est la nôtre, nous vous souhaitons une belle, excellente et sainte année nouvelle !
    En grande union,

    Bertrand T.

  8. le 1 janvier 2014 à 16 h 09 min Jacqueline T. écrit:

    Frère Maximilien-Marie,
    Bonne et heureuse année 2014 !
    Je vous souhaite aussi une bonne santé, ainsi qu’à tous les amis du Refuge Notre-Dame de Compassion.

    Jacqueline T.

  9. le 1 janvier 2014 à 15 h 56 min Jacqueline M. écrit:

    Cher frère Maximilien-Marie,
    Merci pour cette belle page…
    Comme nos aînés en 1914 nous ne connaissons pas les tourments qui peuvent nous arriver… mais nous allons vivre au jour le jour, en chrétiens, cette nouvelle année.
    A mon tour, je vous souhaite, comme à tous les fidèles de ce blog, une année de paix dans la lumière des Cieux.

  10. le 1 janvier 2014 à 14 h 46 min Rachel écrit:

    Cher Frère Maximilien-Marie,

    Merci pour vos tous vos messages, pour ces vœux, et pour cette très belle carte de 1914. « Pace e Salute », en Corse : Paix et Santé.

    Ab imo pectore.
    Rachel.

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