2012-36. Vous avez dit « républicain »?

2012-36. Vous avez dit
Samedi 19 mai 2012.

Le magazine « Le Point » (horresco referensa publié ce 17 mai une chronique intitulée « Mais qui donc n’est pas républicain? »dont voici les premières lignes :

« En France, le mot « républicain » est employé ces derniers temps à toutes les sauces (…) Tout est « républicain ». Le comportement, les passations des pouvoirs, les dépôts de gerbes sur la tombe du soldat inconnu. Le fait de dire bonjour, de se serrer la main, de demander des nouvelles des enfants, de se sourire, de ne pas s’insulter d’emblée. Que des hommes politiques qui se sont côtoyés sur les bancs de l’Assemblée, parfois sur les bancs des mêmes écoles, souvent dans les mêmes cercles ou les mêmes restaurants, fassent preuve de la plus élémentaire courtoisie, et ils doivent presque s’en excuser. Voulant à tout prix échapper au mortel soupçon de connivence, ils éprouvent le besoin de s’abriter derrière le sacro-saint viatique : « républicain ». Si votre voisin ne vote pas comme vous, mais si vous le saluez dans l’escalier, sachez donc que, vous aussi, vous accomplissez un acte « républicain ». Comme ce bon monsieur Jourdain faisait de la prose en l’ignorant… » (suite de l’article > ici).

Arrivé sur cet article par les hasards d’une recherche, les sus-citées réflexions m’ont « amusé » parce qu’elles rejoignaient tout-à-fait les observations que je m’étais intérieurement faites en entendant les commentaires des journalistes, spécialement tous ces derniers jours, après les élections pestilentielles et les prétendus changements dont elles seraient la cause.

Il n’y a d’ailleurs pas que le mot républicain qui connaisse ce développement.
Le mot « citoyen », qui est normalement un substantif mais se retrouve utilisé comme adjectif, a subi des emplois véritablement hypertrophiés depuis déjà longtemps pour signifier à peu près la même chose.

En bref, « républicain » et « citoyen » semblent être devenus les incontournables synonymes (et substituts) des adjectifs « courtois », « respectueux », « affable » ou simplement « poli », parfois encore « responsable » ou « mature »… Et je ne parle pas des adjectifs « urbain » ou « civil », dont l’acception semble aujourd’hui singulièrement réduite : je ne suis pas certain d’être compris par la majorité de nos contemporains si je dis que j’ai rencontré Monsieur Untel, qu’il est venu me saluer d’un air fort civil et s’est montré très urbain dans la conversation!

Je ne suis pas loin de penser qu’il y a derrière l’emploi pléthorique des adjectifs « républicain » et « citoyen » une intention cachée, dont les journalistes qui les utilisent à satiété ne sont pas nécessairement totalement conscients.
Nous savons tous (qu’on se souvienne de la manière dont G. Orwell l’a mis en évidence dans son célèbre roman  1984) combien le langage est non seulement le véhicule de la pensée, mais encore combien il la conditionne et la façonne.
Les mots servent les processus de manipulation idéologique.
Le procédé ne date pas d’aujourd’hui ; il a déjà été largement utilisé à l’époque de la sinistre révolution, mais il a pris une ampleur jamais égalée du fait de l’omniprésence et de la toute puissance des « média ».

Est finalement qualifié de « républicain » ou de « citoyen » tout ce qui est bon, beau, louable, exemplaire, qui fait montre de comportement responsable et qui est le signe d’une attitude respectueuse (ou « tolérante »)…
Ainsi est inoculée l’idée que la république serait associée à toutes les vertus sociales et, a contrario, que tout comportement irrespectueux, toute attitude irresponsable, toute forme d’intolérance et tout défaut d’exemplarité – qui ne sont ni « républicains », ni « citoyens » – sont les vices consubstantiels à tout autre régime que la république, unique et obligée « mère éducatrice » de vertu sociale.
Ainsi encore, les hommes politiques qui veulent susciter de nobles et généreux élans dans le coeur de leurs auditeurs ressassent-ils sans cesse l’expression « les valeurs de la république », sans se donner jamais la peine de les définir : la manipulation du langage que j’ai précédemment signalée leur épargne cette peine.

Lors donc que vous vous présentez comme royaliste ou monarchiste, vous suscitez des réactions spontanées d’effroi ou de scandale : n’étant pas républicain, vous devez obligatoirement être un monstre irresponsable, un apologue de l’intolérance, un sectateur des plus extrêmes doctrines politiques d’oppression et de répression, un représentant des dictatures les plus inhumaines, une personne incapable d’écoute et de politesse, un individu plein de mépris pour le peuple, un énergumène viscéralement dangereux pour la société…
Il y a quelque 220 ans de cela, si vous n’adhériez pas aux idées républicaines et citoyennes, deux adjectifs servaient couramment à vous qualifier : fanatique et aristocrate.
Dès lors qu’ils avaient été prononcés, ces deux mots vous octroyaient le privilège d’être dénoncé sans preuve, jugé sans respect des procédures les plus élémentaires, condamné avant la moindre instruction, exécuté sans qu’il soit nécessaire de justifier en rien votre mort.

Prenez garde, mes amis! Si vous n’êtes pas dans le moule « républicain » et « citoyen », je ne donne pas cher de vous!
Certes, actuellement, l’infernale machine du bon docteur Guillotin n’est pas (du moins pas encore) dressée à votre intention, mais on a tellement d’autres moyens à disposition pour vous exécuter socialement, pour vous assassiner dans votre honneur et votre réputation, pour vous mettre à mort dans l’esprit de vos contemporains…
La liberté, l’égalité et la fraternité ne sont pas destinées à tous : elles ne sont accordées (et encore cela reste-t-il très théorique) qu’à ceux qui ont accepté la lobotomisation idéologique républicaine!
patteschats citoyen dans Commentaires d'actualité & humeursLully.

DSC09629-Copie-300x220 idéologie dans Lectures & relectures

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5 Commentaires Commenter.

  1. le 3 juin 2012 à 8 h 15 min Sophie écrit:

    Merci, cher Lully, pour cette chronique « réjouissante » qui m’avez échappé jusqu’à ce matin, premier dimanche du ROYAL mois du Sacré-Coeur !

    Je lisais justement hier, dans le « canard » de ma région ce préambule à un dossier sur les « discriminations » intitulé « un mal, des mots » et présenté sous forme d’abécédaire :  » Au travail ou dans les espaces publics, dans la rue ou pour trouver un logement, la discrimination a des visages multiples. Elle peut pénaliser des personnes en fonction de leur sexe, de leur appartenance politique ou syndicale, de leur état de santé ou d’un handicap, de leur origine, et même de leur lieu de résidence. Les réponses, elles aussi, se diversifient, témoignant de la vitalité des acteurs associatifs et de l’ingéniosité des citoyens pour faire vivre une République une et indivisible. Petit tour d’horizon, avec quelques extraits de notre abécédaire francilien de la lutte contre les discriminations. »

    Je n’ai pas encore eu le temps d’éplucher les deux pages de A (comme Adresse et comme Asile) à Z (comme Zone urbaine sensible) mais un bref coup d’oeil me donne déjà furieusement envie de t’envoyer le tout, cher Lully, sous forme de rat d’égout citoyen à assassiner urgemment et radicalement !

    Je te salue, noble chat, et souhaite à la gente compagnie du Mesnil-Marie un beau, un saint et royal dimanche.

    PS : je compte sur ta féline discrétion pour ne pas me dénoncer aux pourfendeurs de la République car j’ai tout de même glissé dans ma salutation pas moins de cinq adjectifs proscrits du vocabulaire citoyen. Si ce n’est pas de la dangereuse subversion…

  2. le 22 mai 2012 à 12 h 01 min Axel du R. écrit:

    Bravo à Lully, chasseur politiquement incorrect à la pensée non unique
    dont la prise ….ne devrait pas être de position.
    Triste monde avec sa politique sans transcendance!

  3. le 20 mai 2012 à 7 h 39 min Bernard de G. écrit:

    Bravo, Lully, pour cette prise!

    Oui, l’utilisation de ces mots « républicain » et « citoyen » utilisés à toutes les sauces m’exaspèrent; Lully l’a excellement dit.

    BG.

  4. le 19 mai 2012 à 15 h 06 min Nicolas L. écrit:

    Salve, custos linguæ!

  5. le 19 mai 2012 à 14 h 03 min Irène P. écrit:

    Ainsi, Messieurs, nous devons « jouer au chat et à la souris » raie-publicaine (je ne l’écris plus que comme ça), la raie est, certes, un excellent poisson, mais il y a aussi la morue qui, cotoyant le mot « publique » fait plutôt penser à une « fleur de trottoir » !
    Bon, je me défoule, ça fait du bien parfois !
    Mais ce chat vendéen est vraiment sympa avec sa souris « phrygienne » (oh la la, je vais encore déraper, voir supra !) – j’imprime tout de suite cette photo.
    Il est remarquable que tous ces gens nous parlent constamment des « valeurs de la raie-publique » sans jamais nous préciser de quoi il s’agit !
    … Et le Christianisme, lui, évidemment, n’a aucune valeur, n’est-ce pas, même pas celle d’avoir apporté la Civilisation au monde !
    L’Europe qui, précisément, a fait le monde – que ça plaise ou non à ces gens-là – portait autrefois, justement, le beau nom de Chrétienté !
    Recevez toutes mes amitiés.

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