2011-78. Jean Madiran a présenté à Rome son livre sur l’Accord de Metz

Comme chaque année, le retour de la date du 11 octobre nous vaut quelques commentaires ou publications au sujet du second concile du Vatican, dont les travaux débutèrent le 11 octobre 1962.

Quelques uns des poncifs continûment rabâchés avec force approximations, erreurs et mensonges, que j’avais lus ce matin m’avaient franchement mis en rogne, aussi le bulletin n° 241 de Correspondance Européenne, organe de liaison du Centro Lepanto, est-il arrivé à point.

Fort de l’autorisation que m’a donné le Professeur Roberto de Mattei – que je remercie encore une fois très chaleureusement – j’ai décidé de reproduire ici le septième article du bulletin, parce qu’il est justement en rapport avec le second concile du Vatican.
Un certain nombre d’entre vous le savent déjà, puisque les faits remontent à l’été 1962 et furent rendus publics quelque six mois plus tard, afin d’obtenir de l’URSS la venue d’observateurs orthodoxes russes au concile, Jean XXIII s’était engagé – par l’intermédiaire du cardinal Tisserant – à ce que le dit concile n’émette aucune condamnation ni critique du communisme!

Cette vérité historique, à laquelle Jean Madiran a consacré un ouvrage qui vient d’être traduit en italien et qu’il est allé présenter à Rome (c’est l’objet de l’article reproduit ci-dessous), a un caractère absolument effrayant, mais elle nous aide toutefois à prendre un sain recul : l’optimisme béat et les envolées emphatiques des intégristes conciliaires sont en effet infiniment plus mortifères et stériles que le réalisme paisible d’un Benoît XVI, qui sait tirer les leçons de l’histoire et peut véritablement conduire l’Eglise en dehors des ornières où de fausses interprétations l’ont embourbée depuis bientôt cinquante ans!

Frère Maximilien-Marie.

l'Accord de Metz

« Cet accord marque l’un des épisodes les moins glorieux de l’Histoire récente de l’Église catholique. L’Accord de Metz a été connu trop tard, et il reste encore bien des aspects inconnus à tirer au clair. Celui-ci est intervenu le 13 août 1962. On était à deux mois de l’inauguration du Concile Vatican II, lorsqu’a été stipulé dans cette ville française un accord entre le cardinal Tisserant et l’archevêque orthodoxe, Monseigneur Nicodème. On a découvert par la suite que ce dernier était un espion à la solde des Soviétiques. L’accord, en effet, prévoyait que le Kremlin permette d’envoyer au Concile quelques représentants de l’Église orthodoxe en échange de la promesse d’un silence total sur le communisme.

L’absence de condamnation du marxisme et des crimes perpétrés par les régimes qui lui étaient liés a entraîné des conséquences pernicieuses, tant dans l’Histoire du monde que dans l’Histoire de l’Église, contribuant à retarder la fin de la Guerre Froide, et délégitimant l’autorité du Catholicisme, car empêchant toute possibilité de condamnation de tout type d’aberration de la modernité dans les années futures.

L’accord de Metz a été révélé pour la première fois six mois seulement après sa signature, grâce aux enquêtes menées par la revue “Itinéraires”, dirigée par Jean Madiran. Cinquante ans plus tard presque, le livre de ce journaliste français a été traduit en italien sous le titre : “L’accordo di Metz” tra Cremlino e Vaticano, et a été publié par la maison d’édition Pagine, avec une Préface et une Postface du Professeur Roberto de Mattei. Sur l’initiative de la maison d’édition et de la   Fondazione Lepanto, l’ouvrage a été présenté au public à Rome, au Palais Ferrajoli, le 20 septembre dernier, en présence de l’auteur, de l’éditeur de Pagine, Luciano Lucarini, du journaliste, écrivain et parlementaire, Gennaro Malgieri, et du Professeur Roberto de Mattei.

Malgieri a défini Madiran comme étant l’«un des maîtres de notre génération» et comme un auteur à contre-courant, «une référence du Catholicisme traditionnel». L’accord de Metz, d’après Malgieri, a permis à la culture communiste de «pénétrer dans les murs du Vatican, conditionnant toute l’Église» et causant «de graves conséquences, y compris dans la société civile», de par le sécularisme de masse dont nous supportons aujourd’hui les conséquences au plus haut degré. Cet accord «mettait en circulation une fausse monnaie : l’idée que le communisme pouvait être domestiqué». Les hiérarchies ecclésiastiques des années conciliaires ont ensuite commis l’erreur de se compromettre avec l’ennemi, au lieu de mettre les fidèles en garde, comme a osé le faire courageusement le grand dissident Alexandre Soljenitsyne. Les Pères du Concile se sont illusionnés de pouvoir, par l’accord de Metz, «adoucir les persécution anti-chrétiennes qui se déroulaient derrière le Rideau de Fer, alors que le résultat fut qu’elles n’ont fait que s’accroître», comme l’a noté Malgieri.

Comment a-t-il été possible qu’au sein de l’Église catholique, tant de personnes aient ignoré le danger qui provenait de l’impérialisme communiste? D’après le Professeur de Mattei, les causes sont nombreuses et complexes, et elles trouvent leurs racines dans la théologie moderniste, qu’avait condamnée bien des années auparavant Pie X. L’Ostpolitik du Vatican des ces années-là «encourageait la docilité à l’égard de toutes les manifestations du monde moderne, dont le communisme représentait– comme l’a souligné de Mattei –  la plus nette expression». Au cours de ces années, certains souhaitaient directement mettre un «terme à l’ère de Constantin» au cours de laquelle l’Église, «au lieu de progresser dans Son Évangélisation, comme cela s’était passé à partir de la conversion de Constantin, cédait à l’esprit du monde, et s’y subordonnait». Or, en fin de compte, le Concile a péché par manque de vision à long terme, dans la mesure où, dans son ambition d’accueillir  – comme cela est manifesté de façon particulièrement claire dans Gaudium et Spes – l’«esprit de notre temps», «il n’a pas su voir venir la crise de la modernité qui devait, quelques années plus tard, engendrer Mai 68». Parmi les nombreuses conséquences doctrinales que l’Église a subies à la suite du Concile, figure (comme l’a fort bien rappelé Jean Madiran lui-même dans l’un de ses livres traduit en italien : L’eresia del XX secolo (L’Hérésie du XXème siècle), «cette hérésie d’omission», qui consiste à se taire sur les principales Vérités de Foi. Comme l’a rappelé De Mattei, par exemple, «en France, le mot “consubstantiel” a été supprimé, et dans de nombreux pays, les catéchismes sont à ce point dépourvus de toute contenu théologique, que les familles doivent commencer toutes seules leur cheminement de Foi».

En conclusion de cette rencontre, Jean Madiran a rappelé que l’accord de Metz a été découvert tardivement, du fait d’une volonté minutieuse de le dissimuler, de la part des media et des pouvoirs forts, tandis que par ailleurs «la presse des régimes communistes a accordé une vaste publicité à cet évènement». Parler à nouveau de l’accord de Metz, et faire la lumière sur cette page sombre de l’Histoire de l’Église, est une entreprise éminemment pertinente, d’autant qu’«il faut rappeler à ceux qui croient que le communisme n’existe plus, qu’à cause de cet Accord, l’Église s’est contrainte elle-même à ne plus condamner aucune aberration, et qu’aujourd’hui nous risquons d’assister à la fin de Son Magistère», pour reprendre les mots de conclusion de Jean Madiran. »

L. M.

pénétration communiste dans l'Eglise

Vous pouvez laisser une réponse.

4 Commentaires Commenter.

  1. le 28 octobre 2011 à 10 h 09 min Luciani écrit:

    Jean Madiran est un vrai maître et sa dénonciation de l’accod de Metz devrait ouvrir les yeux des catholiques ; quand on veut dîner avec le Diable il faut se munir d’une longue cuiller.
    Mais la vraie question me paraît celle-ci : naïveté ou complicité?
    Se crever agréablement les yeux – la phrase est de Pascal – ne s’appliquerait-elle pas aux signataires de cet accord désastreux?

  2. le 11 octobre 2011 à 20 h 57 min Iolire écrit:

    C’est avec grande attention que j’ai lu ce document et les commentaires des Pères Abbés.

    C’est avec grand respect pour eux, pour vous mais aussi pour Benoît XVI que je vais répondre avec toute l’honnêteté intellectuelle dont je suis capable, sans ressentiment aucun, mais parce que je « sais » des choses de l’intérieur du côté slave.
    Je serai certainement incompréhensible mais ici n’est pas le lieu pour honorer mon surnom d’ »Eulalie Dalton ».

    Vous, mon Frère, savez ce que j’en pense et savez d’où je tiens le sinformations. Même aujourd’hui, mais différemment : forts de ce(s) précédent(s) l’ambitieux Cyril (qui ne demande qu’à piquer le trône de Constantinople) et le pervers de Poutine, font des ronds de jambe à Benoît XVI. Je VEUX croire que ce dernier est lucide et honnête vis-à-vis de Constantinople. Et, je veux le croire parce que c’est le premier pape pour qui j’ai une affection particulière et pour qui je prie.

    Ceux qui croient que la Sainte Russie démantelée, assassinée, violée dans sa Foi est redevenue orthodoxe en « vrai » se trompent. La Russie d’aujourd’hui est TOUJOURS soviétique et la majorité de son peuple réclame cette étiquette. Certes cela a ouvert les portes des églises pour quelques uns, mais à quel prix ???? Il faut vivre sur place pour le savoir ! Le Baron P. de B. (diacre) n’arrête pas d’accepter d’être parrain, afin de venir en aide aux VRAIS orthodoxes qui fuient la R….(pardon! je ne peux l’écrire) l’union soviétique. Il est le parrain de mon cadet; donc première source de renseignements.

    Enfin, ce texte évoque et pointe exactement ce que j’écris et crie depuis que belle-maman m’a fait ses confidences (amie de Solje qu’elle a accueillie en France au centre de l’ACER et dont les enfants jouaient avec les siens). Il est fort dommage que l’auteur ne l’ai pas rencontrée : elle aurait pu lui conter ce qui se passait en France même à cette époque du concile. Les menaces qu’elle a reçue elle-même quand elle a cru bon d’avertir certaines autorités de ce qui se passait réellement derrière le rideau de fer.

    Que personne ne se méprenne !!! Russie d’aujourd’hui= Union Soviétique. ET, il serait bon que des religieux restent des religieux sans faire de politique car il semblerait que l’ère des soutanes rouges en politique ne soit pas terminée !

  3. le 11 octobre 2011 à 18 h 30 min Abbé Michel N. écrit:

    Merci d’évoquer ce thème très délicat… qui me fait penser à ce qu’on a appelé durant la seconde guerre « le silence de Pie XII », mais le contraire n’aurait-il pas été empiré les choses?
    Tenons-nous assez compte du contexte pour éviter un certain anachronisme???
    Au début du pontificat de Benoît XVI, une de ses phrases sur l’islam, mal reprise, mal interprétée, a entrainé la mort de quelques religieux dans le monde…
    Retournons très souvent au contexte.

  4. le 11 octobre 2011 à 18 h 14 min Abbé Jean-Louis D. écrit:

    Le marxisme a pris pied dans l’Eglise et explique l’attitude des prêtres contestataires qui se vantent actuellement sur les media de désobéir à l’Eglise.
    Cette attitude du Pape Jean XXIII et celles des tractateurs est plus que regrettable. Cette compromission avec le régime communiste est une trahison pendable, semblable à celle de Judas Iscariote.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

A tempo di Blog |
Cehl Meeah |
le monde selon Darwicha |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | mythologie
| jamaa
| iletaitunefoi