2011-73. Comment faut-il prier?
On raconte qu’il y avait dans une forêt un vieil ermite qui avait grande réputation de sainteté, et qu’on venait consulter de loin pour recevoir des conseils de vie spirituelle.
Ermitage d’Ucel, en Vivarais (XVe siècle)
Un matin, un jeune homme vint le trouver et le supplia de lui permettre de passer la journée auprès de lui afin d’apprendre à prier…
L’ermite y consentit.
Il demanda seulement au jeune homme de rester en silence auprès de lui tout au long du jour, tandis qu’il vaquerait à ses occupations ordinaires en faisant comme s’il n’était pas là.
Et il en fut ainsi : le jeune homme suivit l’ermite qui alla désherber son jardin, cueillir ses légumes, préparer la soupe, traire la chèvre, ramasser du bois dans la forêt… etc.
Entre chacune de ces actions, le vieil homme entrait seulement quelques instants dans son oratoire pour y faire une génuflexion devant le Saint Tabernacle.
Le soir venu, avant de s’en retourner, le jeune homme ne put s’empêcher de dire à l’ermite combien il était déçu : il avait pensé que le vieil homme – avec une telle réputation de sainteté – aurait passé toute sa journée dans son oratoire, serait entré en extase, aurait été transfiguré en regardant le Tabernacle et se serait élevé au-dessus de sol en prononçant des paroles embrasées…
Et il conclut avec de l’amertume dans la voix : « Je vous ai suivi toute la journée à vous regarder faire des choses ordinaires, et vous ne m’avez pas montré comment on prie ! »
Alors, avec un geste soudain, précis et implacable, le vieillard saisit la tête du jeune homme par l’arrière ; avant que ce dernier n’eût réalisé ce qui lui arrivait, il se retrouva la tête plongée et maintenue fermement dans le bassin de la source qui coulait devant l’ermitage !
Le temps où l’ermite lui tint la tête sous l’eau lui parut interminable, et il craignit de se noyer…
Quand l’ermite lui retira la tête de l’eau, le jeune homme aspira goulûment et avidement une grande bouffée d’air.
Il avait à peine repris ses esprits qu’il s’apprêtait à crier au vieil ermite quelque chose du genre : « Non mais ça ne va pas ! qu’est ce qui vous a pris, espèce de vieux fou ?… »
Mais avant même que des paroles n’eussent pu franchir ses lèvres, l’ermite le regarda avec un sourire plein d’amour et lui murmura avec une suavité et une assurance qui n’admettaient aucune répartie : « Tu veux apprendre à prier ? Eh bien, pour cela tu dois seulement et simplement aspirer à Dieu avec la même avidité que tu as aspiré l’air après en avoir été privé, et avoir paniqué au sentiment d’en manquer… C’est cela qui est fondamental : tout le reste n’est qu’accessoire ! On n’apprend pas à prier, de même qu’on n’apprend pas à respirer… »
Et l’ermite rentra doucement dans sa cahute et ferma la porte derrière lui.
Lully.
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Belle leçon naturelle et spirituelle !
Sous le regard de Dieu et en sa présence permanente en son coeur, accomplir ses activités quelque’elles soient, son devoir d’état idem, c’est une belle prière et une route vers la sainteté dans la persévérance.
« Dieu accorde toujours la grâce de la prière à celui qui prie »
Saint François de Sales.
Bel art de prier.