2011-72. Chevaliers des temps modernes.

Jeudi 22 septembre 2011,
fête de Saint Maurice et ses compagnons martyrs de la légion thébaine.

J’ai une dévotion particulière pour les « saints qui ont manié le glaive » : Saint Michel, Saint Maurice – que nous célébrons aujourd’hui -, Saint Georges, Saint Martin, le Bienheureux Charlemagne, Saint Louis et Sainte Jehanne d’Arc… Et je ne veux pas omettre ceux qui ne sont pas officiellement béatifiés ou canonisés mais qui donnèrent de si beaux exemples de courage chrétien dans l’adversité : de Godefroy de Bouillon à Baudoin IV de Jérusalem, de Jacques Cathelineau à Louis-Marie de Lescure et à Maurice d’Elbée, d’Andreas Hofer à notre « Grand Chanéac » local, de nos chers Zouaves Pontificaux au Maréchal de Lattre de Tassigny… etc.

Toutefois – faut-il le préciser? – ce sont moins les faits d’armes que les vertus humaines autant que surnaturelles qu’ils sous entendent qui me fascinent en tous ces héros : tant d’illusions concernant l’amour et la vie – je ne dis pas « la vie chrétienne » mais bien « la vie » d’une manière générale – ont cours en nos temps où sont largement répandues une mauvaise compréhension de la paix et de ses véritables qualités!

Que nous le voulions ou non, la vie de l’homme est un combat (cf. > www) et ceux qui refusent cette évidence ne peuvent aller que d’échecs en échecs.

J’ai donc été particulièrement heureux, ce matin, de recevoir le texte si lucide et si vrai écrit par Isabelle, une amie qui a connu beaucoup d’épreuves et de souffrances : texte qu’elle a intitulé « Chevaliers des temps modernes » et auquel je souscris pleinement. Elle m’a autorisé à le reproduire ici, et je l’en remercie très chaleureusement.

Je souhaite que les mots d’Isabelle – qu’il faut savourer lentement et méditer longuement – soient pour chacun de vous lumière et force.

 Frère Maximilien-Marie.

le combat de St Georges contre le dragon (bréviaire de Martin d'Aragon - XVe siècle)

St Georges combattant le dragon : miniature du bréviaire de Martin d’Aragon (XVème siècle)

Chevaliers des temps modernes.

« Je m’insurge toujours contre tous les discours trop mielleux qui veulent faire croire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Ce sont là paroles pour endormir. Comme si l’on pouvait tout bonnement endormir la douleur ; en réalité de tels discours endorment l’esprit!

La souffrance sera toujours un élément de ce monde. Personne ne peut y échapper.
Toutefois c’est apprendre à l’affronter, autrement, qui nous grandit, dans un combat spirituel et non pas uniquement par l’une ou l’autre méthode, technique, croyance toute limitée par nos limites humaines.
J’utilise sciemment le terme « combat » en parlant de cette confiance en plus grand que nos seules forces humaines, cette foi, car la foi n’est pas facile, faire confiance est difficile, c’est même la « chose » la plus difficile qui soit. Ce n’est pas un élan naturel de l’homme. C’est pourtant vers cela que nous sommes appelés : à cet abandon confiant en ce qui nous dépasse et dont nous sommes.
Ainsi, je m’aperçois que je reviens toujours à ce que j’ai écrit au coeur de l’épreuve du deuil : ne pas esquiver nos peurs, les épreuves, la souffrance mais sans s’y arrimer. Sans s’y attacher…  Les laisser s’exprimer pour les écouter et en apprendre qu’il y a là une marche à gravir, une nouvelle marche, une de plus, du grand escalier de la vie et que l’on doit accepter de la gravir, faute de stagner ou de redescendre.
Parfois, oui, bien sûr, il arrive de descendre, de faire du sur place, le temps de reprendre son souffle, mais ce n’est jamais pour en rester là ; sinon à quoi servirait l’escalier?

Me reviennent les paroles de mon mari : il faut parfois descendre bien bas pour grimper plus haut. Handicapé, il savait ce que voulait dire monter les marches…
Monter est un effort, une énergie à déployer, et pour la personne malade – et nous sommes tous des malades en voie (quête) de guérison –  c’est un « combat » POUR monter.
C’est ce combat POUR cette ascension qui permet de CONTRER tout ce qui s’y oppose.

Je pense aux contes de notre jeunesse, aux grands mythes universels, mythes « fondateurs » : les héros sont toujours ceux qui n’esquivent pas l’obstacle, qui prennent le temps de s’y confronter avant d’engager la lutte et vaincre en sachant perdre…
Forêts obscures des egos ignorés, de notre néant, départs impromptus, abandon de tout le connu derrière soi, rencontre de l’étrange(r), anges et démons, bêtes féroces, elfes et génies, du mystère (ce « noir » de nos enfances) qui effraie, plaies et blessures qui suppurent l’oubli, l’aveuglement, fin’amor qui ouvre la fine pointe de l’âme, conquête de La Dame d’Amour, de la Lumière, de Vérité, de la Beauté (intérieure), de le Sagesse, Source de jouvence qui est Source de Vie guérissant les plaies dont la cicatrice rappelle la lutte menée jusqu’au bout.
La victoire est toujours de « haute lutte », loin des chemins d’un bien-être mollasson parcouru à coups de pratiques méditatives en « groupe » (encore la peur de la solitude au combat), de paroles usées, de croyances en kits, de thérapies à la petite semaine.
Les mythes nous exhortent à être ces Gilgamesh, Ulysse, Jacob, Job, Jonas, Chevaliers de la Table Ronde…
C’est un chemin héroïque, qui exige persévérance et humilité : le chevalier est celui qui est capable de s’agenouiller devant plus grand que lui (c’est apprendre à connaître son petit moi et le quitter pour trouver l’Autre), il est celui qui n’a pas peur de s’incliner sachant qu’il sera invité à se relever, à s’élever. C’est le mouvement de l’adoubement…

Est chevalier celui qui passe les épreuves une à une, armé du silence et de la patience, armé de confiance, de foi… »

chevalier gif

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5 Commentaires Commenter.

  1. le 8 octobre 2011 à 19 h 52 min Antoine L. écrit:

    Merci Isabelle!

  2. le 24 septembre 2011 à 13 h 29 min Marie-Yann écrit:

    Merci, Isabelle.
    Depuis une année notre Seigneur m’a remis à genoux pour le prier… Je ne m’en trouvais plus digne…
    A présent Il sait me prendre la main pour me relever encore plus forte.
    Encore un grand merci.
    Union de prières.

    Marie-Yann

  3. le 22 septembre 2011 à 19 h 53 min Isabelle D. écrit:

    Merci, cher Frère, et merci pour la belle enluminure qui vient illustrer le noble combat POUR la Vie.
    Merci pour tout ce que vous nous apportez.

  4. le 22 septembre 2011 à 14 h 28 min Alain M. écrit:

    Remarquable analyse !

    Merci, Frère, cela prouve qu’il est nécessaire plus que jamais, de se défendre !!!

  5. le 22 septembre 2011 à 11 h 12 min Colette écrit:

    Merci, Isabelle, pour la synthèse, mais aussi évocation, imagée, poétique, si juste, si vraie, de toutes nos épreuves et de tous nos combats, qui nous mènent à Dieu, par allègement de nous-même…
    Merci !

    Colette

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