2011-71. Pour un combat cohérent…

Avec l’autorisation de l’auteur, que nous remercions très chaleureusement, nous reproduisons ci-dessous l’éditorial du N°83 de « La Blanche Hermine » (publication bimestrielle de la Fédération Bretonne Légitimiste – renseignements et abonnements : F.B.L. – B.P. 10307 – 35703 Rennes Cedex 7).
Monsieur Pierre Bodin, qui signe cet article, est également le président en exercice de l’Union des Cercles Légitimistes de France (U.C.L.F.).
Sans doute ce texte pourrait appeler des développements, ou être explicité par certains exemples… Mais outre le fait que je n’ai pas le temps de m’y consacrer présentement, je pense que nos lecteurs seront assez intelligents pour faire le lien avec tel ou tel scandale de ces derniers mois, qui a suscité des protestations ou manifestations dont nous ne nions pas les intentions louables, mais qui en définitive n’ont eu qu’un effet médiatique inverse, ainsi que le fait remarquer Monsieur Bodin.

Ainsi que l’affirmait en son temps Joseph de Maistre : « La contre-révolution n’est pas une révolution contraire, mais le contraire de la révolution ».
Il y a donc une question de cohérence essentielle, pour tous ceux qui en sont convaincus, à ne pas se servir des outils mêmes de la révolution pour tenter un authentique et sérieux travail contre-révolutionnaire.

Frère Maximilien-Marie.

Grandes armes de France

Pour un combat cohérent :

Les profondes mutations qui affectent notre pays ne peuvent laisser indifférents les catholiques et, au-delà, tous ceux qui reconnaissent l’impérieuse nécessité du respect de la loi naturelle.
Profanations, sacrilèges et blasphèmes se multiplient et rien ne semble pouvoir arrêter les progrès de l’anti-culture de la mort.
Depuis 1830, depuis la chute de la monarchie légitime, la législation a supprimé, l’une après l’autre, les dispositions visant à interdire les agressions contre la religion.
Au nom des « Droits de l’Homme » et de la tolérance, toutes les attaques sont autorisées, tout au moins envers l’Église Catholique.

Les oppositions à cette dégénérescence de la société ont été nombreuses. Si l’on ne considère que leur aspect politique, il est possible de les classer en deux grandes catégories, les défensives et les offensives.

Parmi les défensives, on peut distinguer d’abord celles qui sont purement réactionnelles. Elles sont le plus souvent le fait de personnes qui se soucient fort peu du bien commun ou qui se contentent habituellement de se lamenter sur l’état de la société mais, touchées de près par un événement ou sensibilisées occasionnellement à une cause, elles réagissent. Leur échec est assuré et leur réaction aboutit même souvent à un effet inverse, leur adversaire se parant à bon compte du statut de victime de leur intolérance.

Mais les opérations défensives peuvent aussi être plus réfléchies, plus structurées. Laissant délibérément de côté les événements imprévus, les organisateurs repèrent le scandale annoncé et préparent la riposte : l’avant (la mobilisation), le pendant (les opérations) et l’après (l’exploitation médiatique).

Pour séduisante qu’elle soit, cette tactique est aussi le plus souvent vouée à l’échec parce que le pouvoir médiatique des adversaires est aujourd’hui infiniment plus fort.

Surtout, la défense seule ne peut s’en prendre qu’aux effets. C’est oublier le conseil de Goethe : « On veut combattre le mal à la place où il se montre et l’on ne s’inquiète nullement du point où il prend son origine, d’où il exerce son action » (1).

Les politiques offensives ont au moins le mérite de viser l’origine, la source première des maux. Encore faut-il ne pas se tromper sur les remèdes à mettre en oeuvre.
Chacun ici garde en mémoire l’erreur politique du pape Léon XIII prônant le ralliement à la république.
Combien d’autres cherchent sincèrement à combattre efficacement le mal et sont prêts pour cela à faire alliance avec d’autres révolutionnaires, à épouser des idéologies contraires à la loi naturelle. Comme le pape du ralliement, ils espèrent envers et contre tout que la loi du nombre jouera un jour en leur faveur ; ils oublient que ce qui semblait encore réalisable en 1892 dans une France chrétienne à 90% l’est moins que jamais aujourd’hui dans un pays qui ne compte plus que 4,5% de pratiquants.
Dans notre démocratie française, la loi du nombre n’a jamais été qu’un mirage.

Averti par l’échec de son prédécesseur, saint Pie X conseillera différemment les Français : « Qu’ils soient persuadés (…) qu’il lui [l'Église] suffit de reprendre, avec le concours des vrais ouvriers de la restauration sociale, les organismes brisés par la Révolution et de les adapter, dans le même esprit chrétien qui les a inspirés, au nouveau milieu créé par l’évolution matérielle de la société contemporaine : car les vrais amis du peuple ne sont ni révolutionnaires ni novateurs, mais traditionalistes » (2).

Par « les organismes brisés par la Révolution », le saint Pape désigne clairement la monarchie traditionnelle et les corps intermédiaires.
Durant quatorze siècles, la monarchie légitime a su s’adapter sans jamais renier les principes qui ont fait sa grandeur.
Si après deux cents ans d’interruption l’adaptation exige un grand effort, elle est réalisable, à condition que les combattants acceptent de s’imprégner des principes.

Inutile de tergiverser, l’heure n’est pas aux compromissions, elle est à la cohérence. Rappelons-nous l’avertissement du Comte de Chambord : « Mais la France, cruellement désabusée par des désastres sans exemple, comprendra qu’on ne revient pas à la vérité en changeant d’erreur, qu’on n’échappe pas par des expédients à des nécessités éternelles » (3).

N’engageons pas nos forces dans des réactions vouées à l‟échec, l’heure est au rassemblement, au service de la monarchie légitime, seule institution capable de tarir la source de la décadence.

Pierre Bodin

1 – Cité dans « L’Action », de Jean Ousset, p.18 – Édition 1972.
2 -  Saint Pie X – « Notre charge apostolique ».
3 – Comte de Chambord – Manifeste du 5 juillet 1871.

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2 Commentaires Commenter.

  1. le 14 septembre 2011 à 12 h 40 min GKL écrit:

    Monarchie ? Mais quelle Monarchie ?
    Ce qu’il faut c’est un saint roi, oeuvrant uniquement pour notre Roi du Ciel et le bien commun.
    Cette notion est-elle encore présente dans les coeurs et dans les têtes ?

  2. le 14 septembre 2011 à 12 h 02 min Abbé Jean-Louis D. écrit:

    Autrement dit : bannir l’utopie « républicaine », qui est la ténèbre de la politique (lumière noire), pour revenir à la vraie lumière en politique qui est la monarchie (lumière blanche).
    Le combat perpétuel du Christ-Roi, Lumière du monde, et du prince de ce monde qu’il veut dominer pour l’entraîner, par les fausses lumières du siècle, dans ses ténèbres nauséabondes.
    La cohérence est de savoir profiter de l’actuelle démocratie pour parvenir à restaurer la monarchie.
    Cela semble impossible?
    Mais à Dieu, rien est impossible.

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