2011-38. Vivons pour le Bon Dieu (Chanoine Antoine Crozier).

Vivons pour le Bon Dieu - chanoine A.Crozier

Ce 10 avril 2011 est le 95ème anniversaire du rappel à Dieu du chanoine Antoine Crozier, prêtre lyonnais d’une très haute spiritualité, qui avait reçu la grâce insigne des sacrés stigmates (le 1er janvier 1901 au cours de la Sainte Messe qu’il célébrait à l’autel du Saint-Sacrement dans la Primatiale Saint-Jean de Lyon) et qui était lié avec le Bienheureux Charles de Foucauld par les liens d’une profonde amitié.

A cette occasion, je suis heureux de vous livrer ici le texte intégral d’un petit opuscule que le chanoine Crozier avait fait publier en 1910 (il y eut même deux éditions dans le cours de cette même année). A ma connaissance,  ce tout petit livret dont je vous ai reproduit la couverture ci-dessus, n’a pas été réédité depuis la mort de ce saint prêtre, survenue le 10 avril 1916. Pourtant, il y a là un admirable résumé sur la manière d’atteindre à la perfection chrétienne, en un exposé aussi simple et lumineux que fondamental et riche…

Aussi, même si ce texte dépasse en longueur ce qui est habituel pour un article de blog, j’espère qu’il sera profitable à tous les lecteurs de bonne volonté qui accepteront de le lire posément, avec l’intelligence de leur coeur, et qui s’efforceront d’en mettre les leçons en pratique, de toute la ferveur de leur âme.

Frère Maximilien-Marie.

Chanoine Antoine Crozier (1850-1916)

Le chanoine Antoine Crozier (1850-1916)

Vivons pour le Bon Dieu.

Sommes-nous de bons chrétiens?

Afin de nous en rendre compte, demandons-nous quelle est la place occupée par Dieu dans notre vie de chaque jour.
Pour un trop grand nombre de soi-disant chrétiens, cette place est bien petite. On donne à Dieu cinq minutes de prière matin et soir, le temps de la Messe, des Vêpres et du Salut le dimanche.
En dehors de cela, il n’y a rien ou pas grand’chose pour Dieu. On travaille, on mange, on dort, on souffre, ou bien on jouit, on s’amuse, on satisfait son intérêt, son ambition, ses passions, on s’occupe de sa famille, de ses affaires, de tout, en un mot, excepté de Dieu. On vit pour soi, pour le monde, pour le démon, pour rien du tout ; on ne vit pas pour Dieu.

Combien de vies sont ainsi gaspillées et méritent la condamnation portée par le Maître : « En vérité, en vérité, je vous le dis, ils ont déjà reçu leur récompense! »

Et pourtant, pourquoi sommes-nous sur la terre sinon pour aller à Dieu, pour gagner le Ciel?
Si Dieu nous a créés et nous conserve l’existence, c’est bien uniquement afin que nous procurions sa gloire, sur la terre d’abord, puis dans le Ciel pendant l’éternité.

Que devons-nous faire pour rendre gloire à Dieu?

Remplir, tout simplement, nos devoirs d’état ; nous acquitter, comme il convient, de nos occupations ordinaires.
Nous devons donc travailler, manger, dormir, souffrir, nous reposer, nous distraire, nous occuper de nos affaires, de notre famille, de nos intérêts. Tout cela nous devons le faire et le bien faire, mais pas uniquement pour nous ou pour les créatures ; nous devons le faire principalement pour Dieu, en vue de Dieu, et ainsi nous rendons gloire à Dieu.

Avec quoi devons-nous acheter le Ciel?

Par toutes nos actions, par toutes nos souffrances, par tous les détails de notre vie.
A l’exemple de l’ouvrier qui, pour gagner sa journée, doit travailler un nombre d’heures déterminé au service de celui qui l’emploie, il convient que nous vivions pour Dieu, non seulement de temps en temps et à des moments fixes, mais partout et toujours.

La devise d’un vrai chrétien, c’est donc : TOUT POUR LE BON DIEU !

* * * * * * *

I. Quels moyens employer?

Un seul : vouloir fermement vivre pour Dieu et agir en conséquence.

1. – Avant tout, nous devons éviter ce qui déplait à Dieu, ce que sa loi défend, le péché et les occasions du péché, observer tous ses commandements, remplir tous nos devoirs  envers Lui, envers le prochain et envers nous-mêmes puis nous appliquer à bien faire toutes choses afin de les rendre bonnes et dignes d’être agréées par Lui.

2. – Ces actes bons sont comme des wagons placés sur des rails et que l’on peut diriger au nord ou au midi, en avant ou en arrière. A nous de savoir, par une intention nettement déterminée, les diriger, les aiguiller vers Dieu et non pas vers le démon, le monde ou nous-mêmes.

3. – Cette intention, il importe beaucoup de l’exprimer, de l’affirmer au moins de temps en temps. Nous le faisons en offrant à Dieu nos actes, nos souffrances, notre vie de chaque jour.
Bien que placés sur des rails, les wagons sont incapables de se mouvoir par eux-mêmes, il faut les attacher les uns aux autres à la suite de la locomotive qui les entraînera, plus ou moins vite, plus ou moins loin, suivant qu’elle sera plus ou moins forte et qu’elle aura des provisions plus ou moins grandes d’eau et de charbon.
De même l’offrande de la journée faite le matin accrochera au passage tous les actes dont cette journée sera remplie et les entrainera vers Dieu.
Plus cette offrande sera intense, plus son action sera efficace sur notre conduite et sur la réalité de notre donation.
Il est donc indispensable de bien offrir à Dieu dès le matin la journée qui commence. Cette offrande sera l’acte principal de la prière du matin
.

4. – Pour que cette offrande donne réellement à Dieu chacun de nos actes, il n’est pas nécessaire de la renouveler à chaque instant et de redire sans cesse à Dieu que tout est pour Lui. Cela n’est guère possible à l’homme au milieu des soucis et des préoccupations de la vie ; Dieu ne nous le demande pas.
Quand nous voulons aller à un endroit déterminé, nous ne renouvelons pas sans cesse la volonté d’y aller ; nous continuons simplement à marcher dans la direction voulue. Une fois lancé, le train peut encore pendant un certain temps, grâce à la vitesse acquise, continuer sa route. Nous n’avons pas besoin de faire autrement, pour aller à Dieu, qui est le terme unique et nécessaire du voyage de la vie.

5. – Néanmoins, après avoir parcouru une certaine distance, la locomotive a besoin de faire usage de la vapeur pour prendre un nouvel élan.
Pour nous aussi, il est utile que, de temps en temps dans la journée et sans arrêter notre travail, nous renouvelions rapidement notre offrande par un cri du coeur, afin d’être bien sûrs d’agir toujours pour Dieu.

6. – Au bout de quelques heures, la locomotive est obligée de s’arrêter dans une gare afin d’y reprendre de l’eau et du charbon et de pouvoir ainsi parcourir une nouvelle étape.
Combien il serait bon que nous puissions faire de même et, dans le milieu du jour, par exemple, trouver un instant afin d’y renouveler bien généreusement et à notre aise notre offrande du matin!
Ainsi tout serait très certainement fait et souffert pour le Bon Dieu. Nous pourrions acquérir sans cesse des mérites incalculables et devenir très rapidement et très simplement des millionnaires du  Ciel.
Extérieurement dans notre vie, rien ne serait changé, sinon que nos devoirs seraient remplis avec plus de soins, nos actes faits avec plus d’application.
Intérieurement tout serait changé et pour Celui qui sonde les reins et les coeurs, grâce à l’intention de notre offrande, tout aurait un prix nouveau et une valeur incomparable.
Prenons donc la douce habitude d’offrir souvent nos actions à Dieu
et nous serons sûrs de vivre vraiment pour Lui!

7. – Offrons tout à Dieu, tout, même les actions les plus minimes et les plus insignifiantes. Saint Paul l’a dit : « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu. »
Ces actes sont, pour ainsi dire, les fils avec lesquels nous devons travailler à faire de notre vie une belle pièce d’étoffe que nous présenterons à Dieu au dernier jour.
Or plus un tissu est beau, plus les fils dont il se compose sont nombreux et fins.
Si nous nous contentions d’offrir à Dieu les actes principaux de nos journées, nous arriverions à tisser une étoffe formée de cordages plus ou moins gros et ressemblant plutôt à un filet ou à une serpillière qu’à un riche tissu.

8. – De quoi se compose une étoffe? D’un certain nombre de fils entrelacés dont les uns forment ce qu’on nomme la chaîne et les autres la trame de l’étoffe.
Pour fabriquer le tissu, on tend avec soin sur un métier, et les uns à côté des autres les fils de la chaîne.
Pareillement en offrant à Dieu tous nos actes, en les faisant avec soin pour Lui, nous attachons, pour ainsi dire, sur ce métier merveilleux qui est notre âme, autant de fils qui nous serviront à tisser notre vie de la terre et notre vie du Ciel.

Chaque péché véniel causera une lacune plus ou moins grande dans notre vie, un trou plus ou moins important dans le tissu, comme lorsque plusieurs fils sont cassés.
Chaque péché mortel est semblable à un ouragan qui arrache tous les fils du métier, les emporte au loin et détruit tout jusqu’à ce que un acte de contrition parfaite ou l’absolution du prêtre racommodent et arrangent tout, remettent tout en place en nous permettant de reprendre le travail interrompu.

Si Dieu m’appelait à Lui aujourd’hui, qu’aurais-je de bon à Lui présenter? Que de lacunes dans ma vie, quel gaspillage des dons reçus de Lui! Oh! Je veux, comme dit Saint Paul, regagner avec acharnement le temps perdu et m’appliquer sans cesse à refaire ma vie telle que Dieu l’a voulue et préparée!
Oui, je veux tout Lui offrir afin de ne plus rien perdre, mais de bien faire vraiment 

TOUT POUR LE BON DIEU!

* * * * * * *

II. Pour quels motifs?

1. – Si l’intention d’agir pour Dieu augmente le mérite de nos actions, nous pouvons l’augmenter encore par la valeur des motifs qui nous font agir pour Dieu.
La chaîne ne suffit pas pour former une étoffe, il faut encore la trame, c’est-à-dire ce fil unique et continu qui par le moyen de la navette passe et repasse des milliers de fois à travers les fils de la chaîne et les enlace, les unit, les maintient à leur place, en fait un tout ordonné et uniforme, et donne à l’étoffe ses nuances et ses qualités.

2. – De même si nous agissons pour Dieu, sans aucun motif (ce qui est bien difficile et nous ferait ressembler à un être inintelligent) chaque battement de notre coeur passerait à travers les actes de notre vie sans y rien mettre, aussi inutilement que la navette quand elle ne contient plus de fil.
Le fil unique dont devrait se composer la trame de notre vie, le motif qui seul pratiquement nous fait agir pour Dieu, c’est l’amour dont notre coeur est rempli pour Lui (note : le seul fait d’agir pour Dieu implique nécessairement au moins un commencement d’amour pour Dieu).

3. – Plus cet amour sera parfait et élevé, plus nos actes prendront de valeur aux yeux de Dieu.
Si par exemple j’évite un péché ou je m’acquitte d’un devoir par crainte de l’enfer, mon amour pour Dieu étant moins relevé, le fil de ma trame sera plus grossier et je ne tisserai pour ainsi dire qu’une étoffe de bure.
Si j’agis pour gagner le Ciel, ou pour remercier Dieu de ses dons, le motif de mon amour est plus noble, l’étoffe de qualité supérieure.
Si enfin j’agis en vue de faire plaisir à Dieu parce que je L’aime, Lui la Bonté, la Perfection infinies, mon amour sera plus parfait, plus pur, plus délicat, la trame de tous mes actes sera un véritable fil de soie riche et précieuse.
Ma vie commencera dès lors à être d’un grand prix aux yeux de Dieu.

Donc désormais, comme il convient,

TOUT PAR AMOUR POUR LE BON DIEU !

* * * * * * *

4. – Pour augmenter mon mérite, qui m’empêche d’unir mes pauvres actes aux actions et aux souffrances de Jésus-Christ, et de leur donner ainsi une valeur incomparable?
J’en ai le droit puisque de par la volonté de Dieu, son Père, Jésus est mon Médiateur, mon Supplément, mon Tout chargé de compenser mon insuffisance et ma misère. Je puis donc envelopper ce simple fil de soie sorti de mon coeur du fil d’or infiniment précieux des mérites de Jésus-Christ et enrichir merveilleusement ma vie grâce à cette union bénie qu’Il me propose et qu’Il désire.
Par conséquent,

TOUT EN UNION AVEC LE SACRE-COEUR !

* * * * * * *

5. – Enfin, je rendrai mon offrande encore plus parfaite, en la faisant à toutes les intentions du Sacré-Coeur.
A mesure que les détails de ma vie sont transformés par l’amour et l’union à Jésus, le Bon Dieu les utilise pour le plus grand bien de tous et Il en inscrit les mérites au Livre de vie en vue de ma récompense éternelle. De même, le maître paye le travail de l’ouvrier et tire tout le parti possible de l’étoffe qui lui a été livrée.
Dieu me permet néanmoins de Lui offrir mes actions et mes souffrances à des intentions particulières, pour obtenir à des âmes qui me sont chères diverses faveurs spirituelles ou temporelles. Toutefois, Il n’exauce pas mes requêtes si elles sont en opposition avec sa sainte Volonté.
Au lieu de m’attarder à énumérer de grâces qui ne conviennent peut-être pas à ces âmes, il m’est bien plus facile de faire mon offrande simplement pour l’accomplissement de toutes les intentions du Sacré-Coeur sur chacune d’elles. Ainsi je suis certain de toujours demander ce qui est le meilleur ; ma prière, écho fidèle de celle du divin Maître, est sûrement exaucée.
Et pourquoi restreindre mon offrande seulement à quelques âmes? Ne puis-je pas laisser à Jésus le soin d’en disposer à son gré pour toutes les âmes qui en ont besoin?
Voilà comment j’agis en faisant et souffrant toutes choses, en général, à toutes les intentions du Sacré-Coeur.

Une telle manière de faire est grande, généreuse ; elle témoigne d’une confiance et d’un abandon absolus envers Dieu ; donc elle ne peut que Lui être très agréable.
De plus elle rend très parfaite mon union avec le Sacré-Coeur. En offrant tout à ses intentions, j’aide véritablement le divin Sauveur à réaliser tous ses desseins d’amour sur la France, l’Eglise et le monde, je travaille avec Lui à établir partout le règne de Dieu et je participe à toute l’oeuvre qu’Il est venu accomplir sur la terre.

Ainsi mon champ d’action est aussi vaste que l’univers, mon apostolat embrasse toutes les âmes, tous les coeurs, et ma vie prend véritablement toute sa valeur et toute sa fécondité.

Donc,

TOUT AUX INTENTIONS DU SACRE-COEUR !

* * * * * * *

Conclusion :

En conséquence, tous les matins et plus souvent même, si je le puis, je réciterai du fond du coeur l’offrande suivante qui contient tous les détails capables de rendre mon amour aussi parfait et ma vie aussi méritoire que possible :

Ô Jésus, Souverain Prêtre,
Par le Coeur immaculé de Marie et avec tous ceux qui Vous aiment,
Je Vous offre et Vous consacre toutes mes prières, toutes mes actions, tutes mes souffrances, ma vie et ma mort,
Par amour pour Vous,
En union avec votre Sacré-Coeur,
A toutes les intentions de votre Sacré-Coeur.

Dans la journée, il me sera plus aisé de dire et de redire souvent pour m’encourager à bien travailler et à bien souffrir :

Tout pour votre Amour, ô Coeur de Jésus!

J’espère mener ainsi une vie vraiment chrétienne et toute surnaturelle, plaire à mon Maître et commencer dès ici-bas au milieu des luttes et des tristesses de cette terre, l’acte d’amour parfait qui sera dans le Ciel l’unique occupation de mon âme et de mon coeur pendant l’éternité.

Ainsi soit-il !

coeurdejsus.jpg

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3 Commentaires Commenter.

  1. le 9 mai 2011 à 15 h 32 min Henri écrit:

    c’est toujours un plaisir de vous lire

  2. le 14 avril 2011 à 7 h 35 min Abbé Jean-Louis D. écrit:

    Plein de gratitude, merci, cher frère, de nous avoir fait connaître ce texte du Chanoine Crozier.

  3. le 11 avril 2011 à 19 h 04 min Mike et Mylène écrit:

    Merci de nous avoir fait découvrir la chanoine Crozier que nous ne connaissions pas.
    Nous allons imprimer sa prière afin de pouvoir la dire souvent.
    En union de prières.

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