2010-50. Sainte Geneviève des Ardents.

Sainte Geneviève des Ardents,
céleste protectrice de la Gendarmerie Française :

origines de cette fête et précisions sur le culte de Sainte Geneviève. 

* * * * * * *

Depuis l’année 1131, le diocèse de Paris célèbre dans son calendrier propre à la date du 26 novembre une fête particulière qui porte le nom de « Sainte Geneviève des Ardents« . Cette célébration fut instituée par le Pape Innocent II pour commémorer dans l’action de grâces la cessation d’une épidémie du « mal des ardents » par le recours à de ferventes prières publiques à Sainte Geneviève, céleste patronne de Paris et protectrice du Royaume.

l'intercession de Sainte Geneviève.

G.F. Doyen, toile de 1767 : l’intercession de Sainte Geneviève délivrant la France du mal des ardents
(Paris – église Saint-Roch).

Le « mal des ardents » (nommé également « feu Saint-Antoine » ou  aussi « feu sacré ») est plus couramment appelé de nos jours « ergotisme« : il est en effet dû à l’ingestion de farines contaminées par l’ergot de seigle.

L’ergot du seigle est une espèce de champignon parasite de certaines graminées qui se présente sous forme de minces bâtonnets de deux à trois centimètres accolés à la tige de l’épi. Il peut se trouver mêlé au grain et moulu avec lui. C’est un toxique responsable au cours des temps de nombreuses épidémies. Les symptômes sont essentiellement neurologiques et entrainent  des infirmités graves et incurables, et même fréquemment la mort : frissons suivis de chaleurs, douleurs violentes à la tête et aux reins, abcès des glandes axillaires et inguinales, maux de ventre, brûlures internes, convulsions, délires, prostration, gangrène des membres… Il n’existe pas d’antidote. Très fréquentes au Moyen-Age, les épidémies du « mal des ardents » ont à peu près disparu du fait des traitements fongicides. Notons toutefois que la dernière épidémie recensée en France a eu lieu à Pont-Saint-Esprit en 1951. Actuellement l’ergot de seigle est utilisé en pharmacie : sous forme d’une molécule nommée  dihydroergotamine, il entre dans la composition de médicaments contre la migraine.

En l’an 1130, une terrible épidémie du « mal des ardents » ravagea Paris et une partie de la France, où elle fit des milliers de victimes. Pour conjurer le fléau, l’évêque de Paris ordonna des jeûnes et des prières publiques, puis il demanda que l’on transportât les malades sur le chemin de la procession solennelle qu’il conduirait depuis la basilique Sainte-Geneviève (ancienne basilique des Saints Apôtres construite par Clovis à la demande de Sainte Geneviève, où la Sainte avait été enterrée et dont le nom avait fini par supplanter celui des Apôtres) jusqu’à Notre-Dame : c’était le 26 novembre. Les malades qui touchèrent la châsse furent immédiatement guéris et, de tous ceux qui étaient à Paris, les chroniques du temps nous disent que seuls trois sceptiques moururent. Ensuite le mal commença à décroître rapidement et disparut.

Procession de la châsse de Sainte Geneviève et guérisons

Miracles pendant la procession de la châsse de Sainte Geneviève.

L’année suivante, comme nous l’écrivions au début, le pape Innocent II institua la fête de « Sainte Geneviève des Ardents », à cette date du 26 novembre où elle est restée dans le calendrier propre de Paris. 

Au XXème siècle, 18 mai 1962, le Pape Jean XXIII déclara Sainte Geneviève «Patronne céleste principale auprès de Dieu des Gendarmes français, gardiens de l’ordre public»; il assigna alors, comme fête propre de ce patronage, la fête du 26 novembre : voilà donc la raison pour laquelle l’Evêque aux Armées Françaises célèbre normalement  une Messe « officielle » pour la gendarmerie ce jour-là et pour laquelle dans toute la France, autour de cette date, les gendarmes honorent leur céleste protectrice, et non à l’occasion de la fête du 3 janvier.

Une petite église « Sainte Geneviève des Ardents » existait sur ce qui est maintenant la place du parvis de Notre-Dame (son emplacement a été marqué sur le dallage moderne et on en voit quelques vestiges dans la crypte archéologique). Contrairement à ce que des auteurs trop peu documentés ont écrit elle n’avait pas de rapport direct avec ce miracle : elle existait antérieurement à l’épidémie de 1130. D’abord connue sous le nom de « Sainte Geneviève la Petite » (pour la différencier de la basilique Sainte Geneviève) ce n’est qu’à partir de 1518 qu’elle est nommée église Sainte-Geneviève des Ardents (peut-être à l’instigation d’un curé soucieux de promouvoir le sanctuaire dont il avait la charge?). Selon une antique tradition, difficile à prouver, cette église aurait occupé l’emplacement de la maison de Sainte Geneviève. Elle jouait un rôle important dans les coutumes ecclésiastiques parisiennes de l’Ancien Régime, puisque c’est là que l’évêque de Paris nouvellement élu (le siège épiscopal de Paris n’a été promu au rang d’archevêché qu’en 1622) était présenté à son Chapitre et c’est de là que l’abbé de Sainte Geneviève le conduisait à sa cathédrale pour y faire sa première entrée. Cette petite église fut démolie en 1747 pour permettre l’agrandissement de l’Hospice des Enfants Trouvés. (*)

A partir de cet épisode du mal des ardents, des processions solennelles de la châsse de Sainte Geneviève (distinctes des processions annuelles ordinairement programmées) furent organisées chaque fois que de graves nécessités publiques semblaient imposer un recours solennel et officiel à Sainte Geneviève : inondations,  pluies dévastatrices, sécheresse, épidémies, guerres, calamités publiques, maladie du Souverain …etc. Ces processions solennelles eurent lieu 77 fois. Elles résultaient d’une demande du peuple chrétien, transmise par les officiers municipaux au Parlement de Paris : après une concertation dans laquelle intervenaient l’Evêque, l’Abbé de Sainte-Geneviève et la Cour, le Parlement promulguait un arrêt. L’Evêque ordonnait alors une journée de jeûne général pour la veille de la procession (les Génovéfains – c’est-à-dire les moines de l’abbaye Sainte-Geneviève -, eux, devaient jeûner trois jours consécutifs) et pendant tous les jours précédant la procession les paroisses parisiennes venaient en procession à tour de rôle jusqu’au tombeau de la Sainte. La veille de la procession, la  précieuse châsse était descendue du monument au sommet duquel elle était juchée, tandis qu’on chantait les psaumes de la pénitence : on la déposait sur un reposoir et une garde d’honneur et de prières l’entourait toute la nuit. La procession se déroulait selon un cérémonial précis et immuable : tous les corps constitués – civils autant qu’ecclésiastiques-, toutes les confréries, corporations et congrégations religieuses étaient tenus d’y assister ; les châsses de Saint Marcel et d’autres saints dont les reliques étaient conservées à Paris étaient également apportées pour entourer celle de la Protectrice de la capitale. Selon un parcours inchangé, la procession se rendait à Notre-Dame où une Messe solennelle était chantée avant de remonter sur la Montagne Sainte-Geneviève. La dernière procession solennelle fut célébrée en juin 1765.

Gravure datée probablement de 1709 : ordre de procession de la châsse de Ste Geneviève

Ordre de la Procession de la Châsse de Sainte Geneviève (1709).

On sait que malheureusement, en 1793, les révolutionnaires dans leur volonté d’effacer par tous les moyens l’imprégnation du catholicisme dans la société française, détruisirent la châsse de Sainte Geneviève : les joyaux qui l’ornaient furent volés et les saintes reliques profanées et brûlées en place de Grève. La confrérie des porteurs de la châsse de Sainte Geneviève subsiste cependant et, depuis quelques années à l’occasion de la fête de Sainte Geneviève et de la neuvaine solennelle dont elle est entourée à Paris, une procession – qui n’a certes pas tout le lustre des cérémonies de jadis – est à nouveau organisée dans les rues de la capitale avec les reliques qui ont échappé au vandalisme révolutionnaire.

Nous terminerons cette « excursion historique » dont la fête de Sainte Geneviève des Ardents nous a donné l’occasion en priant avec la collecte propre de ce jour:

O Dieu, qui avez illustré notre protectrice, la Bienheureuse Vierge Geneviève, par la gloire de nombreux miracles, faites, nous Vous le demandons, que par ses prières nous soyons délivrés du feu des passions, puisque, par votre grâce, elle éteignit en ce jour le feu dévorant qui brûlait les membres des hommes. Nous vous le demandons par Jésus-Christ votre Fils et Notre-Seigneur, qui vit et règne avec Vous dans l’unité du Saint-Esprit pour les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

(En latin : Deus, qui beatæ Genovefæ Virginis patrocinium multiplici virtutum gloria decorasti : concede nobis, quæsumus ; ut ejus precibus a vitiorum æstu liberemur, quæ hodie per gratiam tuam in membris humanis ignis devorantis extinxit incendium. Per Dominum …)

Blason de Paris

(*) Notons aussi, pour la petite histoire, que cette église Sainte-Geneviève des Ardents présentait sous son porche une statue de sainte Geneviève, ce qui semble tout à fait normal, mais aussi, dans une petite niche, une statue du célèbre alchimiste Nicolas Flamel qui avait été un bienfaiteur de cette paroisse.

- Voir également :
« Réflexions à propos de Sainte Geneviève » publiées ici > www
Prières et litanies en l’honneur de Sainte Geneviève > www

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2 Commentaires Commenter.

  1. le 27 novembre 2010 à 2 h 21 min Klenik écrit:

    J’ignorais aussi…
    Merci beaucoup, comme aussi pour tous vos autres écrits, que je partage volontiers (en indiquant la source, bien sûr!)

  2. le 26 novembre 2010 à 9 h 22 min Yvette B. écrit:

    J’apprends que l’on peut fêter deux fois sainte Geneviève. Merci.

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