2010-31. La fin et l’esprit de l’Ordre de la Visitation.

Vendredi 2 juillet 2010,
fête de la Visitation de Notre-Dame et premier vendredi du mois.

Willem van Herp - la Visitation

En cette année du 4ème centenaire de la fondation de la Visitation (cf. > www), nous avons eu l’occasion de rappeler de quelle manière Saint François de Sales avait été amené à envisager la fondation de l’Ordre, avec Sainte Jeanne-Françoise de Chantal (cf. > www), et comment s’était passée l’ouverture du premier monastère au bord du lac d’Annecy (cf. > www). Profitons aujourd’hui de ce que cette année la divine Providence a justement voulu que la fête de la Visitation de Notre-Dame coïncidât avec un premier vendredi du mois, jour dédié au Sacré-Coeur de Jésus, pour approfondir la fin propre de l’Ordre et l’esprit particulier que les Saints Fondateurs lui ont donné.

Combien de fois n’ai-je pas entendu dire que Saint François de Sales aurait voulu fonder une congrégation de religieuses dans le but d’en faire des visiteuses des malades et des indigents mais que – les règles canoniques de l’époque ne permettant pas à des religieuses de quitter leur clôture – il avait dû se résigner à n’en faire « que » des contemplatives, lesquelles n’auraient gardé du dessein initial que le nom! Certains ajoutent même que Monsieur Vincent aurait ensuite repris l’idée et aurait réalisé ce que l’évêque de Genève n’avait pas réussi, en contournant l’obstacle des lois ecclésiastiques alors en vigueur et en ne donnant pas aux « Filles de la Charité » le statut canonique de religieuses.

S’il y a quelques petits éléments de vérité dans cette façon de présenter les choses, l’ensemble est néanmoins profondément inexact. Saint François de Sales n’est pas Saint Vincent de Paul et son dessein n’était nullement de créer une congrégation vouée aux oeuvres extérieures de charité. Le nom donné à la fondation n’a pas été choisi en rapport avec  la visite des nécessiteux, mais pour honorer un mystère évangélique : la Visitation de Notre-Dame à Sainte Elisabeth.

Aux religieuses de la Visitation sont donnés comme modèle et idéal de leur consécration les vertus particulières et l’esprit du mystère de la Visitation : mystère d’intime piété, mystère de ferveur simple et joyeuse,  mystère dans lequel l’esprit de contemplation imprègne l’accomplissement des tâches ordinaires, mystère d’émulation discrète, mystère de profonde humilité, mystère de délicat service mutuel, mystère de charité fraternelle

Il est vrai que dans le premier essai des Constitutions de la jeune fondation, Saint François de Sales avait écrit : « Cette Congrégation a deux principaux exercices, l’un de la contemplation et oraison (…); l’autre du service des pauvres et des malades » (Constitutions de 1610). Toutefois l’étude des documents primitifs prouve bien que cette visite des pauvres n’était qu’une « pratique accessoire » (l’expression est de Monseigneur Trochu). En effet ces visites ne devaient prendre aux Visitandines qu’une part restreinte de leur temps : il était prévu qu’elles ne s’y employassent qu’à tour de rôle et deux par deux, désignées pour un mois, et pas plus de deux heures par jour. Dès que le chiffre de douze religieuses était atteint, cela signifiait pour chacune dix mois de l’année pendant laquelle elle ne sortait pas du monastère. Si le saint évêque voulait que ses filles remplissent à la fois le rôle de Marthe et celui de Marie, il n’en demeure pas moins que ce qui était essentiel pour lui était la « meilleure part » (cf. Luc X, 38-42), qu’il donnait l’absolue priorité à la vie de contemplation et de retrait du monde, et qu’il voulait qu’elles soient pleinement des religieuses.

En 1615, la fondation de la Visitation à Lyon (il n’est pas possible de détailler ici toutes les péripéties liées à ce premier essaimage) entrainera l’abandon du projet de visite des pauvres et des malades : les Visitandines seront dorénavant soumises à la clôture, elles prononceront les voeux solennels et seront, dans toute la plénitude canonique du terme, des moniales.

S’il y eut bien une forme de sacrifice dans cette évolution, Saint François de Sales n’y vit point de changement substantiel de son oeuvre. A Monseigneur Denis de Marquemont, archevêque de Lyon, qui lui demandait : « Monseigneur, quelle intention eûtes-vous en fondant ce nouvel institut de femmes, puisque déjà on en compte un si grand nombre? », le saint évêque de Genève répondit : « C’est pour donner à Dieu des filles d’oraison et des âmes si intérieures, qu’elles soient trouvées dignes de servir sa Majesté infinie et de l’adorer en esprit et en vérité. Laissant les grands Ordres déjà établis dans l’Eglise honorer Notre-Seigneur par des vertus éclatantes, je veux que mes filles n’aient d’autre prétention que de le glorifier par leur abaissement ; que ce petit institut de la Visitation soit comme un pauvre colombier d’innocentes colombes, dont le soin et l’emploi est de méditer la loi du Seigneur, sans se faire voir ni entendre dans le monde. »

« Pour en venir en particulier à la fin pour laquelle notre Congrégation a été érigée, et par elle comprendre plus aisément quel est l’esprit particulier de la Visitation, j’ai toujours jugé que c’était un esprit d’une profonde humilité envers Dieu et d’une grande douceur envers le prochain » répètera Saint François de Sales aux premières religieuses (Entretiens spirituels).

Saint François de Sales fondateur de l'Ordre de la Visitation

Plus que partout ailleurs, c’est dans son oeuvre de fondateur que Saint François de Sales apparaît avec le plus de réalisme comme le Docteur de l’Amour divin. Ecartant résolument les prescriptions de grandes austérités habituelles dans les grands Ordres monastiques, voulant que la Visitation puisse recevoir des candidates de petite santé, il ordonne toutes choses à la pratique de la Charité selon le modèle donné par la Vierge Marie dans le mystère de sa Visitation.

Tout au long des Constitutions, Directoires et Coutumier, par mille et une petites remarques ou annotations, Saint François de Sales précise l’esprit de l’Institut. S’il souhaite que la nouvelle congrégation soit accueillante à des postulantes ayant déjà un certain âge aussi bien qu’à des jeunes filles, à des constitutions fragiles aussi bien qu’à des vigoureuses, il déclare de manière ferme et nette : « pourvu qu’elles aient l’esprit sain et bien disposé à vivre en une profonde humilité, obéissance, simplicité, douceur, résignation » (Constitutions). S’il accepte les boiteuses de corps, il écarte résolument les boiteuses d’âme, les mélancoliques, les inconstantes et les opiniâtres !

Les prétendantes à la vie religieuse seront éduquées au courage, elles travailleront à extirper de leur âme tout ce qui peut l’affaiblir et à se comporter en filles fortes, généreuses et magnanimes, pratiquant une piété virile, solide, large, sans mièvrerie : leurs principales mortifications doivent prioritairement être celles de l’imagination et des humeurs, de l’amour-propre et de la satisfaction sensible. La Visitandine doit avoir sans cesse les yeux de l’esprit fixés sur le Calvaire afin de ne plus vivre, comme Jésus-Christ son divin Epoux, que pour le salut et la sanctification des âmes.

Le saint fondateur exhorte avec insistance ses filles à n’avoir qu’un seul coeur et une seule âme, à conserver en toutes choses une vigilante sollicitude les unes pour les autres, à être toujours plus délicates dans l’exercice de la charité fraternelle. Il les avertit aussi qu’il ne suffit point d’avoir reçu une excellente formation pour se croire parvenu à la perfection mais qu’elles devront jusqu’à leur dernier souffle travailler à de nouveaux progrès : « Les voeux ne sont jamais accomplis tant qu’il y a quelque chose à faire, et l’obligation de servir Dieu et de faire progrès en son Amour dure toujours jusqu’à la mort« .

« Tout par amour… » On connaît la formule, justement célèbre, qui sonne comme un mot d’ordre. Saint François de Sales insiste à temps et à contretemps pour faire comprendre que si l’Amour est le but de toute vie chrétienne, et à bien plus forte raison de toute vie consacrée, il est aussi le moyen et la voie pour parvenir à ce but. Il a écrit que « l’Amour est l’abrégé de toute la théologie » (Traité de l’Amour Divin VIII,1) : les entretiens spirituels qu’il vient donner à ses filles (et sont aussitôt retranscrits par elles), les réflexions et avis pratiques qu’il donne à certaines occasions, les billets et les diverses lettres de direction, et jusqu’aux anecdotes en apparence les plus anodines montrent son souci de leur faire comprendre que l’amour est aussi l’abrégé de toute la vie religieuse et comment il s’incarne dans tous les détails de leur vie d’oblation.

Communiant ardemment à l’amour qui brûle au Coeur du Verbe incarné, Saint François de Sales – comme nous avons déjà eu l’occasion de le faire remarquer (cf. > www) – prépare sa chère Congrégation a être le lieu privilégié des révélations du Sacré-Coeur de Jésus grâce auxquelles la ferveur de toutes les familles religieuses et la vie spirituelle de toute l’Eglise seront revivifiées et portées à une perfection nouvelle.

Frère Maximilien-Marie.

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 7 juillet 2010 à 17 h 09 min Antoine L. écrit:

    Merci de m’éclairer sur les Visitandines qui n’ont pas été fondées principalement pour visiter les pauvres… et sur la spiritualité de St François de Sales.
    En union de prières.

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