2010-24. De Sainte Pétronille et de sa protection sur la France.

31 mai, fête de Sainte Pétronille.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

C’est aujourd’hui – en plus de la fête de Marie Reine, instituée par le vénérable Pie XII en 1952 pour conclure solennellement le « mois de Marie » – la mémoire liturgique de Sainte Pétronille dont la fête fut extrêmement populaire jadis en France, comme en témoigne un certain nombre de dictons. J’ai retenu celui-ci : « Pluie de Sainte Pétronille, quarante jours mouillera nos guenilles ». Cela ne me réjouit guère parce qu’il a plu une grande partie de la matinée et, même si la fin de l’après-midi a été radieuse, je crains  très fort que nous n’ayons un été pourri…

Mais revenons à la sainte elle-même.
Elle est malheureusement bien oubliée à notre époque et c’est fort dommage. En effet, depuis le temps de Pépin le Bref, elle a été considérée comme une protectrice spéciale du Royaume de France.
Il faut d’ailleurs noter que chaque année, depuis des siècles et jusqu’à nos jours, cette fête est marquée, dans la basilique Saint-Pierre du Vatican, par une messe particulière célébrée pour la France à l’autel où sont conservées les reliques de Sainte Pétronille.

Cette tradition m’a amené à chercher des explications, que je voudrais vous faire connaître à mon tour. Cet approfondissement n’est que la préparation à quelques réflexions que je me propose de publier une prochaine fois au sujet d’une expression assez couramment  employée pour parler de la France.

Avant de vous livrer les éléments de cette étude sur Sainte Pétronille, je vous rappelle que le mois de juin qui commence est consacré au Sacré-Coeur de Jésus et je vous encourage chaleureusement à approfondir chaque jour les mystères d’amour contenus dans « ce Coeur qui a tant aimé les hommes » mais qui ne reçoit bien souvent en contrepartie qu’indifférences, ingratitudes ou mépris…

Lully.                 

* * * * * * *

1- Qui était Sainte Pétronille?

Dans son ouvrage « Rome et ses vieilles églises« , Emile Mâle écrit :

« Il y avait chez certains membres de la famille des Flaviens une inquiétude religieuse qui leur faisait prêter l’oreille à tout ce qui venait de la Judée. Vespasien, avant le siège de Jérusalem, avait consulté le mystérieux oracle du Mont Carmel. Titus avait vécu entouré de Juifs ; il avait reçu dans son intimité le juif Josèphe qui écrivait l’histoire de sa nation, et il avait aimé une juive, la séduisante Bérénice. On assurait qu’il avait voulu sauver le temple de Jérusalem, que ses soldats avaient détruit malgré sa défense. Les Flaviens ne pouvaient ignorer ni le Dieu unique des Hébreux, ni leurs espérances messianiques, et l’on comprend que quelques uns d’entre eux aient été préparés à accueillir le christianisme.

« Parmi ces convertis de la famille flavienne, il y eut, outre Flavius Clemens et Domitille, une jeune fille du nom de Petronilla, à qui une inscription donne le titre de martyre. Son nom est un diminutif féminin de Petro, et elle descendait de Titus Flavius Petro, le grand père de Vespasien. C’est pourquoi elle fut ensevelie dans les Catacombes de Domitille qui étaient celles de sa famille. »

Emile Mâle décrit les galeries des catacombes de Domitille, puis la basilique souterraine des Saints Nérée et Achillée renfermant leurs tombeaux.
Il dit alors :

« Un autre tombeau attirait aussi les prières des fidèles, celui de Petronilla. Il se trouvait dans une petite chapelle, communiquant avec la basilique et décorée d’une curieuse fresque : une jeune sainte, qu’une inscription nomme Petronella martyr, introduit dans le ciel une chrétienne appelée Veneranda (…). Petronella, que les textes nomment toujours Petronilla, était aussi vénérée dans la basilique souterraine que Nérée et Achillée, car les anciens guides des pèlerins associent son nom à celui des deux martyrs. Il ne subsiste malheureusement aucun témoignage des premiers siècles sur sainte Pétronille, et son histoire véritable est inconnue. Au VIème siècle, on lui créa une légende. L’auteur de ce petit roman, imaginant que le nom de Petronilla était un diminutif féminin de Petrus, fit de la jeune sainte une fille de saint Pierre. Un comte romain, nommé Flaccus, séduit par sa beauté, la demande en mariage ; mais la jeune fille, qui a fait voeu de se consacrer à Dieu, refuse de l’épouser. Le comte la menace de la faire mettre à mort comme chrétienne, si, au bout de trois jours, elle ne lui donne pas une réponse favorable. Pétronille prie et jeûne pour s’affermir dans sa résolution et, à la fin du troisième jour, Dieu voulant lui épargner le martyre, qu’elle a accepté dans son coeur, la rappelle à Lui. Le comte Flaccus ne peut qu’assister à ses funérailles.

Le Guerchin - Funérailles et apothéose de Sainte Pétronille

Le Guerchin : Funérailles et apothéose de Sainte Pétronille.

« Ce récit, où rien ne rappelle la Rome des Césars et l’âge des persécutions, fut tenu pour authentique. Pétronille fut désormais appelée la fille de saint Pierre, et on racontait aux pèlerins que l’inscription qu’ils lisaient sur son tombeau : Aureliae Petronillae filliae dulcissimae, avait été gravée par saint Pierre lui-même.

« Le sarcophage de sainte Pétronille resta dans les catacombes de Domitille jusqu’au VIIIème siècle, c’est alors qu’il en fut retiré et transporté à Saint-Pierre. Chose extraordinaire, le transfert des reliques de sainte Pétronille est associé à de grands événements de l’histoire de la papauté et de l’histoire de la France » (Rome et ses vieilles églises, Flammarion 1965 pp. 34-36).

* * * * * * *

2- Pourquoi Sainte Pétronille est-elle considérée comme l’une protectrice de la monarchie française?

Continuons la lecture d’Emile Mâle :

« En 753, le pape Etienne II était menacé par les Lombards. Leur roi, Astolphe, voulait achever la conquête de l’Italie centrale, s’emparer de Rome et en faire sa capitale. Le pape, convaincu qu’il n’avait rien à attendre de l’empereur d’Orient, franchit les Alpes et vint demander aide et protection à Pépin le Bref. Le roi envoya à sa rencontre son fils aîné, Charles, celui qui devait être Charlemagne, puis il l’accueillit lui-même avec le plus profond respect : on vit alors, pour la première fois, un souverain marcher, comme un écuyer, près du cheval du pape. Pépin lui promit son appui et il tint sa promesse. Il fit deux expéditions victorieuses en Italie et enleva à Astolphe une partie de ses conquêtes pour en faire hommage au pape. Afin d’assurer pour l’avenir l’indépendance de la papauté, il créa l’Etat pontifical, qui devait durer plus de mille ans.

« Une fresque du XVIème siècle, dans la Sala Regia, au Vatican, montre Pépin s’avançant en triomphateur : il est vêtu en empereur romain, mais il a sur le front la couronne fleurdelisée des rois de France. Devant lui Astolphe, couronné du cercle de fer des rois Lombards, marche dans l’attitude humiliée d’un vaincu. Un jeune guerrier porte sur un plateau une statuette d’or : ce sont les Etats de l’Eglise personnifiés que le vainqueur vient offrir au pape.

« Ainsi, au XVIème siècle, la papauté exprimait encore sa reconnaissance au roi des Francs, qui s’était fait le chevalier de l’Eglise. Elle la lui avait exprimée, dès le VIIIème siècle, d’une autre façon.

« Le pape Etienne II, étant à Saint-Denis, donna à Pépin le Bref, comme protectrice, sainte Pétronille, et il lui promit de transférer ses reliques des Catacombes où elles reposaient, dans une chapelle de Saint-Pierre, qui deviendrait celle des rois Francs.

« Ce choix de sainte Pétronille semble fort extraordinaire et les vieux chroniqueurs ne nous l’expliquent pas. Mais nous en devinons la raison. En défendant le pape, en lui donnant un royaume, Pépin le Bref devenait le fils de l’Eglise, le fils de saint Pierre. Dans une lettre qu’Etienne II lui avait envoyée et que saint Pierre lui-même était censé avoir écrite, il faisait dire à l’apôtre que Pépin et les deux jeunes princes, Charles et Carloman, étaient « ses fils adoptifs ». Il paraissait donc naturel que sainte Pétronille, fille de saint Pierre, devint la patronne des rois Francs, qui semblaient maintenant faire partie de sa famille. C’était une soeur qui protégeait ses frères.

« Le pape Etienne II mourut sans avoir pu tenir sa promesse, mais un des premiers actes de Paul Ier, son successeur, fut de transporter le sarcophage de sainte Pétronille à saint Pierre. Il ne fut pas placé dans l’église même, mais dans un monument voisin. Il y avait, sur la gauche de la basilique, deux mausolées, qui avaient été élevés pour servir de sépulture à la famille de Théodose ; ils étaient circulaires, comme les tombeaux d’Hadrien et d’Auguste, mais n’en avaient pas les dimensions colossales. La famille de Théodose, qui s’était promis de longues destinées, laissa ces deux monuments presque vides. L’un d’eux, cependant, avait reçu le tombeau de l’impératrice Marie, femme d’Honorius : c’est là que fut placé le sarcophage de sainte Pétronille. »

Emile Mâle – je ne puis tout recopier ici – détaille ensuite la façon dont les rois Francs et les pontifes embellirent et ornèrent cette chapelle, qui devint en quelque sorte le symbole de l’alliance de la papauté et de la monarchie franque.
Le culte de la martyre romaine se répandit en France. Nombre de femmes reçurent son prénom ou les formes qui en sont dérivées : Perrine, Pernelle, Perronelle…
Louis XI fit faire des prières spéciales à Sainte Pétronille quand le Dauphin fut gravement malade. Et lorsque celui-ci – reconnaissant de devoir la vie à l’antique protectrice des rois francs – fut devenu le roi Charles VIII et vint à Rome, il « toucha les écrouelles » et fit des guérisons, dans cette chapelle de Sainte Pétronille où il était venu rendre grâces.

Quelques années plus tard, le cardinal français Jean de Bilhères Lagraulas voulut orner la chapelle de Sainte Pétronille d’une statue de la Vierge de Pitié. Il en passa commande à un jeune sculpteur de 23 ans qui commençait à avoir quelque réputation : Michel-Angelo Buonarotti…
C’est ainsi que la fameuse Pietà de Michel-Ange vit le jour !
Toutefois ce chef d’oeuvre ne resta pas longtemps dans la chapelle des rois de France. : en 1544, elle fut détruite – comme l’ensemble de la basilique constantinienne et des bâtiments qui l’entouraient – pour permettre la construction de l’actuelle basilique vaticane.
Le nouveau Saint-Pierre accueillit la Piétà dans la première chapelle à droite de l’entrée et le sarcophage de Sainte Pétronille fut placé dans un autel qui lui fut consacré dans le bras septentrional du transept. Au dessus de l’autel, une mosaïque reproduit le tableau du Guerchin.

Basilique de Saint-Pierre au Vatican : autel des reliques de Sainte Pétronille

Basilique Saint-Pierre au Vatican :
autel contenant le sarcophage de Sainte Pétronille,
mosaïque reproduisant le tableau du Guerchin et lampe votive pour la France.

Cette chapelle de Sainte Pétronille perpétue le souvenir de l’antique alliance de la papauté et des Francs.
En 1889, Léon XIII fit suspendre en avant de l’autel une lampe dont la flamme ne doit jamais s’éteindre et dont l’inscription dédicatoire dit : « Elle semblera prier sans cesse pour la France ».
C’est à cet autel que, chaque année, à l’occasion de la fête de Sainte Pétronille, comme nous le disions au début, une messe est célébrée pour la France : tous les Français se trouvant à Rome y sont invités… Le gouvernement français y est officiellement représenté par le personnel de son ambassade près le Saint-Siège.

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7 Commentaires Commenter.

  1. le 27 juillet 2013 à 14 h 17 min DENIS écrit:

    Sainte Pétronille, n’oubliez pas notre France !

  2. le 14 octobre 2010 à 10 h 53 min Luciani écrit:

    Je ne savais rien de Ste Petronille;maintenant je sais tout;Quant à Pépin le Bref savez-vous qu’il avait fait donation de la Corse au Saint-Siège?Donation confirmée par Charlemagne et à laquelle les Papes n’ont jamais renoncé,si bien qu’en Droit international la Corse fait toujours partie des Etats Pontificaux,grâce à Pépin et Charlemagne et si,defait,elle est française,elle ne peut l’être que par le Roi de France;prions Sainte Pétronille!

  3. le 8 octobre 2010 à 9 h 19 min J.L.B. écrit:

    J’y suis venu il y a une dizaine de jours,en compagnie de mon épouse et un autre couple de voyageurs.
    Bref instant de recueillement et de prière.
    …Jusqu’à ce déplacement de NS ce 8 octobre 2010, j’ignorais tout de cette sainte et du lieu dans lequel nous nous étions installés l’espace d’un instant, d’un instant d’éternité.
    Merci à l’érudition de notre exégéte.
    Car il y va de notre Histoire, de notre Patrimoine spirituel.

  4. le 9 juin 2010 à 8 h 17 min Marie-Françoise O. écrit:

    Merci d’aider ainsi les guides-conférencières !
    De Ste Pétronille, je ne connaissais que la chanson : « Pétronille, tu sens la menthe ; tu sens la pastille de menthe ; tu sens la menthe parfumée enveloppée dans du papier!!! »
    Avouez que c’était un peu juste !

  5. le 1 juin 2010 à 15 h 20 min Abbé Cyrille B. écrit:

    Merci de nous faire redécouvrir ces saints et saintes qui ont tant donné à notre Eglise, et prions les!

  6. le 1 juin 2010 à 13 h 03 min Rodolfo écrit:

    Très complet et intéressant, monsieur le chat! J’aime un peu plus Sainte Pétronille grâce à vous!

  7. le 1 juin 2010 à 10 h 29 min Jean-Louis D. écrit:

    Merci, cher frère, de nous faire partager vos recherches toujours très intéressantes et qui nous font toujours attendre les suivantes!
    Bien cordialement.

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