2010-9. La prière de la Chananéenne, modèle d’humilité, de confiance et de persévérance.

L’Evangile de la Messe du jeudi de la première semaine de carême (Matth. XV, 21-28) nous rapporte un épisode plein d’enseignements à travers l’histoire de cette Chananéenne (Saint Marc dans le récit synoptique l’appelle Syro-phénicienne) qui « harcèle » Jésus pour obtenir la guérison de sa fille.
Lisons tout simplement ce texte en essayant de le faire vivre devant les yeux de notre âme. Représentons-nous la scène en y mettant toutes les couleurs et toute les caractéristiques de l’Orient méditerranéen :

2010-9. La prière de la Chananéenne, modèle d'humilité, de confiance et de persévérance. dans De liturgia a3631

Jean-Germain Drouais : la Chananéenne aux pieds du Christ (1784)

  1. Jésus est venu avec ses disciples dans la région de Tyr et de Sidon, c’est à dire en pays païen : qu’est-il venu y faire? Quelles sont les causes et les buts de cette « excursion » dans cette contrée? Le texte évangélique ne nous le dit pas. Cependant nous pouvons être certains – d’après la réponse que Jésus fera un peu plus loin – qu’il n’y est pas venu pour enseigner, comme il le fait habituellement en Galilée.
    La région de Tyr et de Sidon, c’est le pays des anciens Phéniciens : on y adore des idoles, aussi les Juifs pieux, les disciples, doivent s’y sentir assez mal à l’aise. Notons toutefois que dans l’Ancien Testament, c’est aussi la région où le prophète Elie, à Sarepta, a sauvé la vie d’une femme païenne et de son enfant (3ème livre des Rois
    XVII, 8-24) et il ne faut pas négliger cet « indice ».

  2. Justement voici une femme païenne : elle a entendu parler des guérisons miraculeuses opérées par Jésus, de son pouvoir sur les mauvais esprits. Bien que païenne, elle pense que ce « prophète » qui fait des prodiges chez les Juifs peut aussi lui venir en aide… Elle vient donc au-devant de lui et elle crie, elle gémit, elle se lamente.
    Jésus semble indifférent. Il ne répond pas. Il continue son chemin sans faire attention à elle. La femme n’en poursuit pas moins Jésus en continuant ses clameurs au point que les disciples en sont agacés.
    Remarquez-le : ce sont les disciples qui obligent Jésus à arrêter sa marche, et à « s’intéresser » à elle. S’intéresser, c’est d’ailleurs beaucoup dire car Jésus ne la regarde même pas. Quant aux disciples, s’ils le supplient d’intervenir, ce n’est pas par compassion mais par amour de leur tranquillité : Cette « bonne femme » nous casse les oreilles! Seigneur, faites quelque chose pour elle et ainsi nous retrouverons un peu de calme!…

  3. Jésus ne répond toujours pas à la femme, la réponse qu’il fait s’adresse aux disciples et elle est une espèce de refus : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël ». Non seulement il semble ignorer la femme, mais en plus il met en évidence qu’elle n’a AUCUN DROIT à bénéficier de ses pouvoirs de thaumaturge. Tout autre aurait pu se décourager et repartir accablé par cette réponse. Ce n’est pas le cas de cette femme. Non seulement elle insiste, mais elle devient encore plus audacieuse : jusqu’ici elle se tenait à une certaine distance, et là – franchissant le cercle des disciples – elle s’approche tout près de Jésus et se prosterne en continuant d’implorer son secours : « Seigneur, faites quelque chose pour moi! »
    Pour la première fois enfin, Jésus lui adresse directement la parole. Mais de quelle manière! Sans doute ne la regarde-t-il même pas en laissant tomber ces mots : « Il ne convient pas de prendre le pain des enfants pour le jeter aux chiens! » Cette phrase tombe comme un couperet. Jésus ne se contente pas de répéter qu’elle n’a aucun droit à bénéficier d’un miracle parce qu’elle est païenne, mais il y ajoute ce qui peut légitimement être pris pour une insulte : les Juifs sont les enfants de la maison mais vous, les païens, vous n’êtes que des chiens!

  4. Et la femme ne se décourage toujours pas. Elle rebondit même sur l’insulte qu’elle vient de prendre en pleine figure par une réponse qui confine au sublime tellement elle est remplie d’humilité et de persévérante confiance : « C’est vrai, Seigneur! » Elle ne proteste pas, elle ne se défend pas, elle n’argumente pas pour défendre sa dignité… Ce « c’est vrai » a quelque chose de prodigieux!
    Et elle poursuit : « Mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leur maître. » Ce qui est une manière de dire : je le reconnais, Seigneur, je ne suis rien pour mériter votre attention et votre sollicitude, je n’ai aucun droit sur vous, aucune de vos bontés ne me sont dues… J’ai néanmoins confiance dans la miséricorde de votre Coeur : ce n’est pas en vertu de mes mérites, de mes qualités ou de ma dignité que j’espère quelque chose de vous. Vous n’avez aucune obligation envers moi, vous ne me devez rien et pourtant je crois fermement que vous pouvez accomplir ce que j’implore de votre douce pitié…

  5. Alors Jésus abandonne son APPARENCE froide, insensible, rebutante, insultante… Nous pouvons imaginer sans peine la tendresse extraordinaire de son regard qui se pose enfin sur elle lorsque il déclare – peut-être même avec une véritable émotion dans la voix – : « Ô femme, ta foi est grande : qu’il te soit fait selon ta volonté! » Et le miracle a lieu : à l’heure même sa fille est guérie.

  6. Que de leçons pour nous! Si je me suis permis de décortiquer un peu longuement cet épisode c’est pour mieux mettre en évidence les points suivants:

    - Bien souvent, lorsque nous prions, lorsque nous demandons à Dieu une grâce, n’avons-nous pas, plus ou moins consciemment, une attitude bien différente de celle de cette femme? « Seigneur, après tout, je suis chrétien ; j’ai mes défauts certes, mais qui n’en a pas? je ne suis finalement pas pire que les autres et j’appartiens à votre Eglise… Cela ne me donne-t-il pas le droit que vous interveniez en ma faveur?… »

    - La prière n’est-elle pas pour moi comme ces machines de foire – « à tous les coups on gagne! » – dans la fente desquelles on introduit une pièce et desquelles on obtient immanquablement un gadget ou un lapin en peluche? « Seigneur, j’ai mis ma pièce dans la fente du distributeur automatique de bienfaits… heu, pardon! J’ai dit la bonne prière, j’ai même fait brûler un cierge : donnant donnant, vous me devez cette grâce maintenant! »

    - J’ai égrené un chapelet, et même un rosaire entier… J’ai récité telles litanies, j’ai dit telle prière  réputée « irrésistible », j’ai accompli tel pèlerinage, j’ai fait telle neuvaine… et je n’ai pas obtenu ce que je demandais : à quoi bon en faire tant, puisque le Seigneur ne m’a pas entendu? Doute… découragement…

    - Avant de douter de la bonté de Dieu, avant de douter de l’efficacité de la prière, avant d’écouter la voix insidieuse du découragement, ne faudrait-il pas plutôt remettre en question les dispositions avec lesquelles nous prions, avec lesquelles nous nous adressons à Dieu?
    Si nos prières ne sont pas efficaces, ce n’est pas parce que Dieu ne nous entend pas mais c’est trop souvent parce que nous prions mal, sans humilité, sans confiance, sans persévérance

  7. Revenons à l’attitude de Jésus en face de la Chananéenne : s’il n’avait pas été apparemment insensible, sourd, méprisant, insultant… jamais un tel acte de foi, de confiance, de persévérance et d’humilité ne serait sorti du coeur de cette femme.
    Si les disciples étaient sans compassion, ce n’est évidemment pas le cas du Coeur de Jésus. Mais la compassion du Coeur de Jésus n’est pas du sentimentalisme, et lorsqu’il a pitié de nous il ne nous infantilise pas : au contraire il nous pousse au maximum de vertu jusque auquel nous pouvons nous élever. L’apparente rebuffade est en fait la preuve d’un immense amour puisqu’elle va permettre de s’élever au-delà du sensible et du sentimental jusqu’à produire un acte de foi et de confiance encore plus beau, plus fort, plus authentique et véritablement surnaturel ; jusqu’au sublime.

    Encore une fois, il ne faut jamais se décourager dans la prière. Si Jésus semble ne pas nous répondre c’est qu’il nous pousse à aller plus loin dans l’humilité, dans la confiance et dans la persévérance.

Frère Maximilien-Marie.

Publié dans : De liturgia, Prier avec nous, Textes spirituels |le 25 février, 2010 |1 Commentaire »

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 25 février 2010 à 15 h 43 min Gérard d.V. écrit:

    Grand merci pour ce commentaire de l’Évangile qui n’est, j’en ai peur, que trop vrai.
    Bien à vous.
    Gérard

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