2008-61. Les intempéries du haut pays cévenol.

Lundi soir 3 novembre 2008.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

Plusieurs d’entre vous ont essayé de contacter le « Mesnil-Marie » ces derniers jours, après avoir été un peu alarmés par les nouvelles météorologiques qu’ils avaient entendues dans les journaux radiophoniques ou télévisés : quelques uns ont réussi à les joindre, mais d’autres n’y sont pas parvenus parce que nous sommes restés longtemps sans téléphone et sans Internet. Comme, ce soir, tout semble rentré dans l’ordre, je m’empresse de venir vous rassurer.

Déjà dans ma précédente chronique (ici > www), je vous disais que nous étions entrés dans une période pluvieuse… qui n’était pas tellement à mon goût. Mais au moment où je vous écrivais je n’imaginais pas ce qui allait nous arriver! Jamais je ne l’eusse cru si je ne l’eusse vu de mes propres yeux (Frère Maximilien-Marie insiste beaucoup pour que je m’exerce à une rigoureuse exactitude dans l’emploi des conjugaisons) : la neige est arrivée au matin du jeudi 30 octobre! Au début, j’ai cru que j’avais  été victime d’un enchantement – comme il en est question dans les livres de contes – et qu’ayant dormi environ deux mois je me réveillais à quelques jours de Noël. Cependant un coup d’oeil sur le calendrier m’a convaincu que ce n’était pas le cas.

Ainsi donc, la neige est tombée en abondance, serrée, pendant plus de trois heures, et – comme il avait gelé dans la nuit précédente -, nous craignions vraiment de la voir tenir au sol. Heureusement, il n’en a rien été! Les sommets environnants ont été saupoudrés de blanc et cela a fondu très rapidement. Lorsque, à la faveur d’une accalmie, Frère Maximilien-Marie est sorti pour faire quelques clichés, Chlôris et moi avons aussi fait quelques pas dehors : moi, je déteste la neige et je suis très vite rentré mettre mes pattes délicates au sec ; mais la petite Chlôris la découvrait pour la première fois et elle sautait pour attraper les flocons comme s’il se fût agi d’insectes, ce qui amusait beaucoup le Frère!

J’ai sélectionné quelques photos de ce premier jour de neige au « Mesnil-Marie » (comme d’habitude, il vous suffit de cliquer sur la vignette pour voir la photo en grand). Voici tout d’abord deux vues de notre maison : remarquez les flocons sur les troncs d’arbre et les plantes, et aussi la fumée qui sort de la cheminée, gage de siestes douillettes et prolongées auprès du poêle…

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Les deux photos suivantes ont été prises depuis le « chambas » (c’est ainsi qu’en patois local on désigne les champs en terrasse étagés sur les flancs des montagnes) qui est juste au-dessus de chez nous :  sur la première, vous voyez notre toit et, au-delà, vous apercevez la forêt légèrement poudrée ; puis sur la seconde, vous voyez le tronc et les branches de l’un de nos noyers avec en arrière-plan la maison de notre voisine et amie, Pascale, qui régale ses hôtes avec de délicieuses recettes à base de plantes sauvages.

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Mais ce fut une bien autre affaire le lendemain matin! En effet la pluie qui, dès le jeudi après-midi, avait succédé à la neige, est devenue véritablement diluvienne et quasi ininterrompue à partir du vendredi 31 octobre et pendant plus de deux jours. Le vent s’est mis à souffler avec une puissance de tempête, faisant voler des bâches de protection et même de vieilles portes qui protégeaient du bois de chauffage et du matériel de construction, alors qu’elles étaient pourtant lestées avec des lauzes ou des madriers! En entendant le mugissement des rafales, nous nous demandions si les cheminées et la toiture allaient tenir bon… Par les fenêtres, nous pouvions voir d’épais rideaux de pluie avançant en vagues successives, les arbres se tordre, et de lourds nuages sombres s’étirer, se déchirer et se recomposer à une vitesse folle.

Très rapidement, il fallut se mettre à écoper avec ténacité une eau qui s’infiltrait dans la maison avec encore plus de ténacité que Frère Maximilien-Marie n’en pouvait déployer. Pour comprendre ce phénomène, il faut bien vous rappeler que notre « Mesnil-Marie« , comme toutes les  maisons anciennes du hameau, est construit à flanc de montagne, directement sur le rocher qui affleure en de nombreux endroits.  Ainsi, dans le cas de précipitations abondantes et violentes, l’eau ruisselle sur la roche et par les veines de la roche. Notre « Mesnil-Marie » est une ancienne ferme qui a plus de 300 ans. L’ancienne étable, qui jouxte la grande pièce de vie et que l’on aménage peu à peu pour y installer les sanitaires dont la maison était totalement dépourvue à notre arrivée (vous avez une photo de cette pièce dans la chronique que j’avais rédigé à la fin du mois de septembre > www), est spécialement exposée aux inondations du fait que sur un côté entier c’est la roche qui sert de muraille et que sur une autre côté les siècles ont amassé, à l’extérieur, contre le mur une importante épaisseur de terre. L’eau  entre donc dans cette pièce par les veines du rocher et aussi en traversant le mur de pierre contre lequel la terre s’est accumulée. Les constructeurs avaient initialement prévu un système de drainage des eaux de ruissellement, mais des transformations successives et malheureuses l’ont rendu inopérant. Nous voulons bien sûr rétablir et améliorer ce drain, et aussi faire disparaître l’accumulation de la terre à l’extérieur du mur, mais jusqu’à présent nous n’avons pas eu le temps de le faire : Frère Maximilien-Marie a des problèmes de colonne vertébrale et son état de santé est assez précaire en ce moment.

Mais il faut que je reprenne mon récit au sujet de notre inondation. Frère Maximilien-Marie, à l’aide de pelles à balayures a donc dû remplir des seaux  qu’il fallait vider à l’extérieur. Un seau a une contenance de dix litres : il est donc assez facile de calculer – quand on remplit et vide des seaux par dizaines – que ce sont quelques milliers de litres qui ont ainsi été vidés… Toutefois cela ne pouvait suffire et l’ancienne étable avait, dès le vendredi soir, environ deux centimètres d’eau sur tout sa surface (fort heureusement, tout le matériel qui s’y trouve entreposé est déposé sur des palettes et il est donc resté  hors d’eau). Frère Maximilien-Marie s’est alors efforcé d’empêcher l’eau d’envahir la grande pièce  de vie qui est légèrement en contrebas de l’ancienne étable et il a effectivement réussi à la maintenir dans des limites raisonnables. Sur le cliché qui suit vous pourrez voir que, contrairement à la plupart de nos congénères, Chlôris ne craint pas l’eau et qu’elle profite de toutes les occasions pour patauger allègrement. Cette photo est prise au pied des deux marches qui font la communication entre l’ancienne étable et la salle à manger : à certains moments, l’eau coulait dans l’angle de la marche comme s’il s’était agi d’un robinet ouvert!

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La petite rivière qui coule à une centaine de mètres en contrebas du « Mesnil-Marie » a pris très vite des proportions impressionnantes : son rugissement furieux emplissait le fond de la vallée, et nous pouvions apercevoir ses flots boueux roulant environ deux mètres au dessus de son niveau normal. Quant au tout petit ruisseau qui coule entre la maison de Pascale et la nôtre, et qui était quasi à sec depuis le mois de juillet, il est devenu un véritable torrent furieux. Le soir de la Toussaint, on ne pouvait plus le franchir, même en sautant, sinon chaussé de grandes bottes et en entrant dans l’eau qui, à l’endroit habituel du passage, s’étalait sur une largeur d’environs deux mètres.

Le matin de la Toussaint, il n’était évidemment pas question de parcourir une soixantaine de kilomètres dans de telles conditions pour aller assister à la Sainte Messe latine traditionnelle. Frère Maximilien-Marie a dû se contenter d’aller à la Messe paroissiale la plus proche, célébrée à B**** par un ancien missionnaire d’Afrique qui remplit les fonctions de « vicaire » dans la paroisse territoriale sur laquelle le « Mesnil-Marie » est implanté. Pour franchir les quelque sept kilomètres qui séparent le « Mesnil-Marie » de B****, il a fallu  plus de vingt minutes dans une ambiance qui avait un côté surréaliste. Le dimanche 2 novembre, pour aller à la messe dominicale Frère Maximilien-Marie n’a pu sortir du « Mesnil-Marie » et atteindre la voiture qu’à la condition d’avoir chaussé de grandes bottes de cahoutchouc, sans cela il lui était impossible de franchir le ruisseau!!! Voici justement une photo  qui réunit par juxtaposition deux prises de vues. A gauche, une photo prise le jeudi 30 en fin de matinée : on voit un peu de neige sur les troncs ; à droite, une vue de ce même ruisseau prise  à la faveur d’un rayon de soleil le dimanche 2 novembre en début d’après-midi. Le lieu où il faut le franchir pour arriver au « Mesnil-Marie » se situe au sommet de cette petite cascade.

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Bref, nous avons expérimenté ce que sont les grandes pluies d’automne en haut pays cévenol, et même  s’il y a eu pour nous quelque inconfort, je sais que cela n’est rien en comparaison des dégâts énormes qui ont été causés par les eaux en crue dans plusieurs villes et villages assez proches de chez nous.  Comme le dit Pascale : « Ici, l’eau ne fait que passer et nous ne sommes pas à plaindre en comparaison de ceux qui vivent dans les endroits où les eaux se rassemblent et s’accumulent. » Moi, de toute mon âme,  je rends grâces à Dieu pour les larges murs de pierre et la solide charpente de notre « Mesnil-Marie« , et je Le prie de venir en aide à tous les malheureuses victimes de ces intempéries, en suscitant les générosités et les aides dont elles ont besoin. 

Lully.

Publié dans : Chronique de Lully |le 3 novembre, 2008 |5 Commentaires »

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5 Commentaires Commenter.

  1. le 4 novembre 2008 à 20 h 21 min Clara écrit:

    Point de tristesse dans ce texte cher Lully, je l’ai lu, relu, avec un tel plaisir et grande facilité, ceci à un tel point que c’était comme si j’y étais, entendant le bruit du torrent qui roulait vivement, sentant le vent, tout dans cette description des éléments, mais déjà l’espoir qu’après ce mauvais temps, après l’hiver il y aura le printemps et vivant dans un pays où les tempêtes… nous sont très connues je puis vous assurer qu’elles nous font apprécier le printemps quand il arrive plus que si nous vivions près de la mer
    Aussi, ces photos, comme je les ai regardées…. longtemps … presque comme si voyais ton papa s’y promener avec frère François.
    La fumée de la cheminée…nous faisait bien comprendre que vous y étiez au chaud tous très  »ron-ron ».
    Mais Lully, tu devrais essayer de faire comme Chlôris, elle semble bien s’amuser.. de l’eau qui coule, des flocons qui tournoient..
    Et il me faut ajouter que dans un milieu anglophone où je suis, ayant aussi travaillé en anglais pendant 40 ans…lire ton blog Lully c’est du  »bonbon » pour moi, qui ai quitté la France il y a bien des années.
    Miaou Miaou Lully et Chlôris…

  2. le 4 novembre 2008 à 19 h 39 min Ioanna écrit:

    Tout à fait d’accord (sssssss) avec toi, Sophie, pour l’ordonnance prescrite.

    Mais, très franchement, je crois qu’il faudrait que quelqu’un attache les frères avec des liens solides et les surveille, afin que le mot « repos » puisse prendre un sens (pour eux)…. Et que quelqu’un d’autre alimente le feu pour les tenir au chaud (quand-même) et puis (pourquoi pas) des qui n’ont rien à faire et qui viendraient, si nécessaire, éponger : « travail d’utilité publique » par exemple ?
    Après ce déluge, faut bien rigoler …
    Je vous embrasse.

  3. le 4 novembre 2008 à 8 h 16 min Sophie écrit:

    Ces éléments déchaînés, ce temps d’apocalypse, et à l’autre bout cette fondante petite peluche grise et blanche contemplant l’eau qui ruisselle… Deux visages extrêmes de la fabuleuse Création !
    Vous savez combien j’aime la neige, contrairement à d’autres…
    En regardant les photos, j’ai vraiment senti une bouffée d’air pur, le parfum des arbres, oh que c’était bon, merci !
    Mais Opsilos a raison : urgence drainage, cette histoire d’eau affleurant par la roche, glagla (mot irlandais comme chacun sait).
    J’espère que vous êtes remis de vos émotions et du monstrueux écopage.
    Ordonnance du jour : repos absolu au coin du feu !

  4. le 4 novembre 2008 à 1 h 18 min Ioanna écrit:

    Réflexions à la suite de ma lecture.

    En lisant ton récit, cher Lully, je me suis crue (ah, ah !!!)transportée dans une salle de projection cinématographique, plongée (ah, ah !!!)dans le film qui se déroulait devant mes yeux …
    Les mots n’étaient plus des codes de communication ; ils portaient en eux les images détaillées, les sons de la tempête de vent et du ruisseau. J’ai senti la fatigue des frères et ai vu la joie de Chlôris à jouer avec les flocons de neige.

    L’emploi du passé simple est une pure merveille. C’est la seconde fois qu’une narration me fait un tel effet, depuis la fameuse « madeleine » de Proust.

    Quoique ces journées fûrent bien éprouvantes pour les frères, il faut dire que ce Mesnil se trouve à un endroit qui ne peut laisser indifférent. La nature qui l’entoure est un vrai « spectacle » à elle toute seule. Tout y est « présent », sincère, majestueux.

    Propice à glorifier le Seigneur. Propice à cette sorte de prière qui n’a pas de mots. La Prière Continue. Celle, qui nous incite et nous dirige vers l’humilité. Profonde. Celle, qui nous fait prendre conscience que nos certitudes ne sont qu’illusion. Celle qui nous guide vers la compassion de nous-mêmes (acte de Foi, difficile). Et qui fait couler les larmes de nos péchés. Celle qui nous installe dans Son silence et où il n’y a de présent que Son Nom. L’expérience de Son existence Réelle.

    Le paysage de CE Mesnil n’est pas facile. Y aller n’est pas facile. L’automne n’y est pas facile. L’hiver doit l’être encore moins. Mais tout est beauté. Tout est prière. La majesté du paysage est inversement proportionnelle au degré de notre humilité.

    L’humilité de ton papa, cher Lully, transpire dans cette narration. J’ai dit un jour que si Dieu devait avoir une habitation « humaine » ce serait dans ces montagnes. Aujourd’hui, je dis, qu’Il lui fallait un fidèle serviteur. Je crois bien qu’Il a choisi ton papa.

    Prends-en bien soin.

  5. le 4 novembre 2008 à 1 h 15 min Opsilos écrit:

    Lully,
    Merci pour ces dernières infos.
    Je pense que la priorité pour tes patrons est de remettre en route « le système de drainage des eaux de ruissellement » qui a été mis en place par les premiers propriétaires afin de ne plus te trouver dans cette situation de « Déluge de Noé ».

    Grooossses Pensées à tes patrons et aussi à ton pote Chlôris.

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