2008-53 a. Le Père Ange de Joyeuse et la statue de Notre-Dame de Paix (1ère partie).

Il y a dans l’ordre des Capucins – déjà particulièrement riche en personnalités originales – une figure assez extraordinaire, dont ce 28 septembre 2008 nous donne de commémorer le quatrième centenaire de la mort : je veux parler d’Henri de Joyeuse, en religion le Père Ange, frère mineur capucin.
L’évocation de ce personnage nous donnera aussi l’occasion de parler de Notre-Dame de Paix, statue aujourd’hui vénérée dans la chapelle des Soeurs de Picpus, à Paris.

Ière Partie : Le Père Ange de Joyeuse.

Né à Toulouse le 21 septembre 1563, Henri de Joyeuse était le troisième des sept fils du vicomte Guillaume de Joyeuse, lieutenant général du Roi Henri III pour le Languedoc.

Garçon brillant, et adonné aux études dès son plus jeune âge, il avait éprouvé l’attrait de la vie franciscaine, mais son père – qui avait d’autres ambitions pour ses fils – l’envoya à Paris  avec ses frères François et Scipion suivre les cours du collège de Navarre.
Très rapidement, ces jeunes gens sont introduits à la Cour où ils vont être comblés de faveur : tandis que leur père est fait maréchal de France, l’aîné – Anne – sera nommé Amiral, puis Duc et pair de France, François nommé archevêque de Narbonne puis de Toulouse, et – alors qu’il vient tout juste d’entrer dans sa seizième année – Henri est grand-maître de la garde-robe du Roi dont il est le « mignon » (il reçoit même le surnom d’archi-mignon). Un autre de ses frères est promu grand prieur de l’Ordre de Malte…

De peur de le voir abandonner la Cour pour le couvent où il aimait à faire retraite, Henri III lui fait épouser, le 28 novembre 1581, Catherine de Nogaret de Lavalette, soeur du duc d’Epernon, favori du Roi : Henri a 18 ans, Catherine en a 15.
Leur mariage fut heureux et les deux époux – qui aimaient à se retirer loin de la Cour et s’approfondissaient en piété – firent, d’un commun accord, le vœu qu’à la mort de l’un, le survivant se ferait religieux. Une fille leur naquit, le 10 janvier 1585 au Louvre : Henriette-Catherine.

Henri, âgé de 22 ans, chevalier du Saint-Esprit, et conseiller d’Etat, reçut en cette même année le gouvernement de l’Anjou et du Maine, puis de la Touraine et du Perche.

Courtisans de l'époque d'Hneri III

Au début du mois d’août 1587, son épouse mourut et Henri de Joyeuse voulut accomplir son voeu : le 4 septembre 1587, il entra nuitamment au couvent des Capucins de la rue Saint-Honoré.
On rapporte qu’en apprenant la chose Henri III se précipita au couvent des Capucins, et  que, découvrant son ancien favori  « la teste rasée et les pieds nuds, peu s’en fallut qu’il ne tomba pasmé à la renverse« .
Henri de Joyeuse reçut alors le nom de frère Ange.
Il prononça ses voeux solennels l’année suivante et, en raison des troubles politiques et religieux qui agitaient le Royaume, il fut envoyé à Venise pour y faire ses études de théologie jusqu’à sa prêtrise, en 1591.
De retour en France, le Père Ange fut nommé gardien (c’est-à-dire supérieur) du couvent d’Arles.

On était en pleine « guerre de religion » et son frère François, archevêque de Toulouse et cardinal, l’appela auprès de lui.
En ce temps, la Ligue catholique guerroyait contre l’armée d’Henri de Navarre, héritier du trône selon les Lois fondamentales du Royaume pour ce qui est du sang, mais que son appartenance au protestantisme rendait inapte à ceindre la Couronne.

Anne de Joyeuse, l’aîné des frères, fut tué à la bataille de Coutras. L’autre frère, Scipion (devenu Duc du fait de la mort d’Anne), gouverneur du Languedoc, assiégeait, avec l’armée de la Ligue, une place forte protestante (Villemur-sur-Tarn). Contraint de battre en retraite, il se noya dans le Tarn, le 19 octobre 1592.
Dès le 21 octobre, sur les pressions conjuguées de son frère, François  cardinal de Joyeuse, du clergé, de la noblesse, du peuple de Toulouse… et de son confesseur, le Père Ange accepta de remplacer son frère décédé. Mais comme ses voeux chez les Capucins ne lui permettaient pas de porter les armes, le Pape Clément VIII – rapidement mis au courant des événements par le Cardinal de Joyeuse – transféra ses voeux dans l’Ordre de Malte, et le Père Ange redevint Henri !
Troisième Duc de Joyeuse et chef de la Ligue en Languedoc avec le titre de gouverneur, il troqua la bure contre la cuirasse par obéissance à ses supérieurs ecclésiastiques.

Il signa bientôt une trêve d’un an avec le Duc de Montmorency, qui se disait aussi gouverneur du Languedoc – pour l’autre camp – , puis négocia la paix.
En effet, malgré la conversion du Béarnais et le ralliement progressif de la majorité du clergé de France, après son sacre à Chartres (le 27 février 1594), la Ligue ne reconnut  vraiment Henri de Navarre comme Roi de France qu’en janvier 1596, après que le Pape l’eût relevé officiellement de son excommunication !
Henri de Joyeuse fut maintenu dans sa position de lieutenant du Roi en Languedoc ; puis Henri IV  – qui l’avait en haute estime – le nomma maréchal de France, gouverneur de Narbonne et de Carcassonne et capitaine du Mont-Saint-Michel.
Aussi proche d’Henri IV qu’il l’avait été d’Henri III, le Maréchal-duc de Joyeuse ne quitta guère la Cour jusqu’à ce que sa fille épousât Henri de Bourbon, Duc de Montpensier (le 15 mai 1597) (1).
Après ce mariage, Henri de Joyeuse retrouva peu à peu ses anciennes habitudes de piété et de solitude ; il renonça à ses charges, mit ses affaires en ordre et, dans la nuit du 8 au 9 mars 1599, reprit la bure capucine au couvent de Paris, redevenant le Père Ange.

Dès lors il ne se comporta plus qu’en religieux capucin exemplaire, complètement détaché du monde. Il prêcha avec un talent remarquable dans de nombreuses églises, donna des conférences spirituelles aux bénédictines de Montmartre et aux Clarisses, défendit les privilèges des religieux contre le Parlement de Paris, fut élu deux fois Provincial (en 1601 et en 1608), veilla sur la fondation de plusieurs couvents (Beauvais, Le Mans et Alençon).
Sa charité s’exerçait surtout sur le peuple des campagnes et sur les pauvres. Il se dépensa même au service des pestiférés lors de plusieurs épidémies.

Au chapitre général de Rome auquel il participait en 1608, il fut élu définiteur. Il quitta Rome, chargé par le Pape d’une mission auprès du Duc de Savoie, mais mourut au cours du voyage, à Rivoli, le 28 septembre 1608.
Son corps, ramené à Paris sur les ordres de sa fille, fut inhumé au couvent des Capucins de la rue Saint-Honoré. Il avait atteint un haut niveau de vertu et on regrette que sa cause de béatification n’ait pas été engagée.

Voltaire, travestissant la réalité des faits, s’est moqué de lui dans la « Henriade » mais le Père Ange de Joyeuse demeure l’une des plus attachantes figures religieuses de la fin du XVIe et du début du XVIIe siècles. N’était-il pas juste de le rappeler à l’occasion du quatrième centenaire de sa mort ?

(à suivre > ici)

(1). Henriette-Catherine fut donc l’aïeule de la « Grande Mademoiselle ».

Publié dans : De Maria numquam satis, Memento, Nos amis les Saints |le 27 septembre, 2008 |2 Commentaires »

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2 Commentaires Commenter.

  1. le 16 avril 2015 à 22 h 46 min Jean-Michel écrit:

    Magnifique.
    Peut-être sera-t-il un jour béatifié ?

  2. le 27 septembre 2008 à 17 h 37 min Sebastien N. écrit:

    Bonjour Frère,

    Quel plaisir de lire ce type d’article nous rappelant un temps vraiment lointain mais si bon et si vigoureux d’espoir pour nos âmes catholiques.
    Je suis bien vos périples et ma foi, votre Maitre Chat Lully se débrouille bien… Même en cuisine!!!!

    Bon courage, frère. Grandes unions de prières pour vos intentions.
    Un ancien de Riaumont.

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