2008-14. Marie au Calvaire (2ème Partie).

Voici la suite du texte de Monsieur Olier (in « Vie intérieure de la Très Sainte Vierge Marie« , chapitre XII) :

IIIème Point :

« Sur le Calvaire, Marie se voit bien différente de ce qu’elle était à Bethléem, Là, comme Mère de celui qui est l’innocence même, Mère du Saint des saints, elle participait à la gloire que l’on rendait à son Fils ; elle prenait part aux adorations des hommes et aux acclamations des anges. Comme la Mère du Juste par essence, elle ne sentait aucun des effets de l’arrêt porté contre les mères des pécheurs. Mais sur le Calvaire, où elle est faite la mère des pécheurs, la mère des criminels, elle enfante dans la douleur et dans les angoisses, et saint Jean est le premier fruit de cette maternité, le premier-né de l’adoption, figure et symbole de tous les enfants de l’Église. En sa qualité de nouvelle Ève, pendant que le sacrifice universel est offert sur la croix en la personne de Jésus-Christ, la Très-Sainte Vierge, offrant de son côté pour les hommes cette divine Hostie, se sent aussi elle-même chargée de leurs péchés et obligée de satisfaire pour leurs crimes. Elle peut bien dire, en imitant le langage de Noémi : « Ne me regardez plus maintenant comme au jour où je mis au monde mon Fils à a Bethléem, ce paradis de volupté; en engendrant l’auteur de toute sainteté, j’étais alors la mère des saints; mais à présent que je suis la mère des pécheurs, regardez-moi au contraire comme couverte de confusion, comme noyée dans un océan d’amertume et de douleur».

De son côté Jésus, du haut de la croix, en lui adressant ces paroles : « Femme, voilà votre fils », semble lui dire : « Je ne suis pas ici comme à Bethléem, où ma naissance vous donnait tant de joie et de consolation : alors, sortant du sein du Père pour m’unir à votre âme, je portais avec moi ses parfums, ses délices et ses douceurs. Ici que vous enfantez l’Église et que je deviens un Époux de sang pour vous (1), vous êtes chargée de confusion et de honte, et vous sentez les tranchées des crimes de vos enfants». Au Calvaire, pour gage précieux de l’amour de son divin Fils, Marie reçoit le glaive de douleur, qui le fait mourir lui-même : la douleur qui perce Jésus perce aussi le coeur de sa sainte Mère. C’est aussi ce que reçoit l’Église, épouse de Jésus-Christ sur la croix. Comme les sentiments doivent être communs entre les époux, il ne lui donne non plus ici-bas d’autre partage que ses souffrances. Voilà pourquoi il disait lui-même au premier-né de la très-sainte Vierge, à saint Jean, figure de l’Église: « Pouvez-vous boire le calice que je boirai? Vous boirez mon calice, et vous serez baptisé du baptême dont je dois être moi-même baptisé » (2) ; c’est-à-dire le calice de mes souffrances et le baptême de ma mort et de ma sépulture. C’est là toute la dot qu’il fait ici-bas à son épouse, pour la rendre ensuite participante de sa gloire dans le ciel; ce qui fait dire à saint Pierre, parlant à l’Église: « Réjouissez-vous de communier aux souffrances de Jésus-Christ, afin que vous surabondiez de joie au jour de la révélation de sa gloire » (3).

Mais ce n’était pas assez pour nous que sur le Calvaire Marie devînt la mère de tous les coupables, en sa qualité de nouvelle Ève, il fallait encore qu’elle contribuât à nous réconcilier avec Dieu le Père, en détournant de dessus nos têtes les châtiments que nous méritions, et en attirant sur nous ses bénédictions et ses complaisances.

Nous avons dit que les actions du Sauveur étaient pleines de mystères, et figuraient des choses sublimes : telle fut, en particulier, l’action de Jésus, donnant saint Jean pour Fils à Marie. Ce disciple, image de tous les chrétiens, se trouvait substitué déjà à la place de Jésus-Christ, qui l’avait rempli à la Cène de son propre intérieur et de sa vie divine. Au moment donc où Marie entend prononcer ces paroles : « Voilà votre Fils« , nous considérant comme substitués à Jésus-Christ dans la personne de saint Jean, elle nous offre tous au Père éternel; et, de son côté, Dieu le Père, qui nous regarde comme ses fils adoptifs, dans la personne de ce disciple, nous comble de ses bénédictions, fulminant sur son propre Fils l’anathème et la malédiction que nous méritions tous pour nos crimes.

Sur le Calvaire, en effet, il ne traite plus Jésus comme son Fils bien-aimé. Le considérant comme criminel à cause de nous, il lui a retiré l’usage sensible de tous les dons qu’il possédait, et de tous ces augustes privilèges qu’il ne devait pas porter sur un gibet. On ne mène point à la mort un Fils de France avec ses livrées ; on lui ôte auparavant son apanage et toutes les marques de la royauté. Avant de supplicier les prêtres, on les dégrade, on les dépouille extérieurement des insignes d’une si haute dignité, de peur d’en profaner la sainteté au milieu d’un appareil de choses si criminelles. Ainsi, le Père éternel semble avoir dégradé notre Sauveur et lui avoir ôté ses marques augustes de Fils de Dieu, quoique le fond de sa dignité ne lui soit point ôté, non plus que le caractère à un prêtre; c’est-à-dire que Jésus-Christ recevant sur lui les châtiments qui nous étaient dus, le Père éternel lui retire les biens et les dons si magnifiques dont il avait comblé la partie inférieure de son âme, et qui ne devaient pas être le partage des pécheurs auxquels Jésus-Christ était alors substitué.

Si Notre-Seigneur se punit lui-même dans toute l’étendue de son zèle, comme tenant la place d’Adam et de sa postérité, qui a perverti toute sa voie ; s’il se fait, à notre place, objet de malédiction à l’égard de son Père, c’est afin de nous revêtir de son innocence, comme d’autres Jacob, et d’attirer sur nous la bénédiction qui lui était due comme Fils de Dieu. Voilà donc pourquoi, à l’heure de son agonie, il donne pour fils à sa sainte Mère ce même disciple transformé en lui ; et nous substituant tous à sa propre place dans la personne de saint Jean, il dit à Marie: « Femme, voilà votre Fils ». Il ne la nomme plus sa Mère, ayant transféré sa qualité de Fils à saint Jean, comme s’il lui répugnait, vu l’état si déplorable, si malheureux, si plein d’ignominie où il se trouve, de l’appeler la Mère d’un pendu. »

1. Exod., chap. IV, 25.

2. S. Matth., chap. XX, 22. S. Marc, chap. X, 38.

3. I. Pierre, chap. IV, 13.

Crucifixion (gravure de Missel du XVIIème siècle)

IVème Point :

« Alors fut réalisée la figure de la substitution de Jacob à Ésaü, son frère aîné, procurée par les industries de Rébecca, leur mère. Isaac était le symbole de Dieu le Père, et Rébecca, née au milieu de la Gentilité, représentait la Très-Sainte Vierge, issue d’Adam pécheur, quoique non comprise dans la malédiction, et qui devait être Mère de Jésus-Christ et de l’Église tout ensemble, signifiées par Ésaü et Jacob.

Au Calvaire, Marie accomplit en notre faveur cette figure, nous substituant nous-mêmes dans la personne de saint Jean à son Fils premier-né ; et nous revêtant dans ce moment des mérites de Jésus-Christ, elle nous présente à Dieu le Père, ainsi que Rébecca couvrit Jacob des habits précieux d’Ésaü. Il est expressément marqué dans l’Écriture que Rébecca avait les habits d’Ésaü en sa garde : c’est que les mérites de Jésus-Christ, notre aîné, sont confiés à la Très-Sainte Vierge, sa Mère et la nôtre, qui est la dépositaire de ses richesses et de ses trésors; et que, par la cession que Jésus-Christ lui a faite de tous ses droits sur ses mérites infinis, elle en devient la maîtresse et en dispose en notre faveur.

Alors Dieu le Père, à qui Marie nous présente ainsi revêtus de Jésus-Christ, nous prenant pour son propre Fils, l’objet de ses complaisances, nous bénit dans la personne de saint Jean, qui devient le sujet de la bénédiction de tout le monde. C’est Isaac qui, en bénissant Jacob son fils puîné, bénit en lui les douze tribus, c’est-à-dire toute l’Église, et qui n’a plus de bénédiction pour son fils aîné. Ou plutôt, Dieu le Père le voyant chargé de nos péchés, et étant alors son juge, ne le regarde plus comme un fils, comme un fils unique et bien-aimé, il le traite comme un étranger, comme un criminel, qui a commis lui seul les péchés les plus abominables du monde, et fait tomber sur lui toutes les injures, toutes les malédictions, tous les rebuts, tous les mépris, tous les mauvais traitements que méritaient tous les pécheurs ensemble. Dieu le Père ne semble plus connaître Jésus-Christ, son aîné. Il le traite avec la même rigueur que si c’eût été nous-mêmes, l’accablant de châtiments, le chargeant de supplices, et punissant en lui notre péché dans toute la rigueur de sa vengeance et de son courroux. Dans cette extrémité, Jésus-Christ voyant la colère et la fureur de Dieu ainsi allumées sur lui, se sert de ce qui lui reste de voix pour lui dire : « Eh! mon Dieu! mon Dieu! vous m’avez donc délaissé ». C’est ce qui le met aux derniers excès de la douleur, le noie dans les larmes, et le fait s’écrier à son Père avec de puissantes clameurs.

C’est donc l’amour de Marie pour les hommes qui la conduit au Calvaire. Aussi quelle constance ne fait-elle pas paraître ! Pour exprimer la force de son cœur et la fermeté de son âme dans la tribulation de la croix, l’Écriture sainte nous marque qu’elle était debout : « La Mère de Jésus était debout à côté de la croix ». Agar, voyant son fils aux abois, le délaisse ; elle dit qu’elle n’a pas le courage de le voir expirer, et a besoin d’un ange qui la ramène à lui, et Marie voyant son Fils sur la croix, souffrir intérieurement et extérieurement, voyant allumées contre lui la colère de Dieu et sa fureur, ce qui était pour elle un coup d’épée qui lui perçait le coeur de part en part, elle assiste courageusement et le sacrifie pour le salut du monde. La force de la vertu divine en Marie est en proportion avec celle de Jésus-Christ. Elle montre plus de force de Dieu en elle qu’il n’en a jamais paru dans toutes les créatures. Elle porte les tentations, les peines, les tribulations et les langueurs qui l’accablent de toutes parts sans faire paraître aucune sorte d’infirmité ou ces faiblesses ordinaires qui abattent le corps. Généreuse, forte et vigoureuse, malgré l’accablement des douleurs de son Fils, elle l’offre pour nous à Dieu en sacrifice, comme une mère pleine de compassion et d’amour pour ses enfants. Alors que tous les apôtres l’ont abandonné, hormis saint Jean, elle qui n’a jamais manqué de foi pour confesser le saint nom de son Fils et pour le publier le Messie, paraît ici comme la reine de Confesseurs et la reine des Martyrs; et c’est avec beaucoup de raison que l’Église lui applique en cette circonstance les paroles de l’Ecclésiastique : « Comme un cyprès j’ai été élevée sur la montagne de Sion » (1). Le cyprès est l’image de la mort, parce que, une fois coupé, il ne repousse plus ; et, pour cela, on s’en servait autrefois dans les funérailles, et on l’attachait même à la maison des morts. Sur le Calvaire, cette Mère de douleur, se tenant debout, était là comme un cyprès attaché à la maison, c’est-à-dire à l’humanité de son divin Fils, et y servait d’ornement pour signaler ses funérailles.

C’est ainsi que par sa charité, Marie, en sa qualité de nouvelle Ève, contribue à la naissance de l’Église que Jésus-Christ engendre sur la croix. La fin qu’il s’était proposée dans son Incarnation était de s’associer tous les peuples de la terre qui adoraient chacun à part quelque fausse divinité, et de ne faire qu’un seul cœur du sien propre et de tous les autres coeurs, afin de louer et de glorifier son Père dans l’unité d’un même esprit qui est le sien. Car l’Église n’est que la diffusion de la religion du cœur de Jésus-Christ ; elle est son supplément, l’explication et l’exposition des sentiments renfermés dans son coeur, l’expression des devoirs qu’il rend à Dieu son Père. Aussi sur la croix était-elle censée comprise et reposer dans son coeur, comme Ève au côté d’Adam avant qu’elle fût créée. Cette unité d’esprit avec lui était l’objet de son travail en croix, et c’est ce qui lui fait verser la dernière goutte de sang qui lui reste. Ce sang le plus cher, le plus précieux de son corps, qui avait maintenu sa vie jusqu’au moment où il expira ; ce sang, que quelques-uns disent qu’il avait gardé depuis son Incarnation, le même qu’il tira du sein de Marie, il le verse sur la Croix comme la chose la plus chère qui lui restât pour mériter de ramener à Dieu, dans une même foi et un même amour toutes les nations de la terre.

L’eau et le sang sorti de son côté signifièrent, en effet, qu’il répandrait la religion de son cœur par les sacrements spécialement par le Baptême et l’Eucharistie, qui sont le commencement et la consommation de la religion de Jésus-Christ ; celui qui est baptisé commence à vivre de la vie de Jésus, et celui qui communie à son corps et à son sang est dans la consommation de cette vie. Comme donc ces deux sacrements servent à Jésus-Christ pour engendrer et pour nourrir son Église, et qu’ils furent figurés par l’eau et le sang, sortis de son côté, les Pères disent qu’il engendra l’Église elle-même sur la Croix par cette ouverture; ce qui avait été exprimé d’avance dans la personne d’Adam ravi en extase, lorsque Dieu lui tira, d’auprès du coeur, une partie de lui-même pour lui en former une aide semblable à lui, Ève figure de l’Église. »

1. Eccli., chap. XXIV, 17.

(à suivre > ici)

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