2007-31. Des Saints et des animaux (4ème et dernière partie).

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J’étais véritablement enchanté d’entendre, moi le petit chat du Mesnil-Marie, l’histoire du chien de Saint Roch avec tous les développements qui s’en étaient suivis…
Mais arrivé à ce point du récit, je me suis permis d’interrompre mon papa et de lui demander : « Mais ceci est-il vraiment vrai? Ne s’agit-il pas d’un conte pour faire seulement rêver? Les animaux seront-ils bien admis un jour dans le Paradis de Dieu? Puis-je espérer, moi Lully, aller au Ciel avec toi?« 

Frère Maximilien-Marie m’a souri et il a ajouté:

« Vois-tu, Lully, Saint Thomas d’Aquin, dans la Somme Théologique, n’a fait qu’aborder ce sujet à la seule lumière de la science de son époque ; mais j’ose dire qu’il n’a pas vraiment répondu de manière satisfaisante à la question…
A l’exception de la grande école franciscaine, avec en particulier Saint Bonaventure – qui est lui aussi un Docteur de l’Eglise et qui répond de manière positive à cette question – , des générations de théologiens ont négligé de se poser les bonnes questions à propos du dessein de Dieu sur les animaux…

« Or nous lisons dans la Sainte Ecriture des affirmations très claires. Ainsi Dieu dit-il à Noé après le déluge : « Et moi, je vais établir mon Alliance avec vous et avec votre postérité après vous, avec tous les êtres vivants qui sont avec vous, oiseaux, animaux domestiques et toutes les bêtes de la terre, depuis ceux qui sont sortis de l’arche jusqu’à tout animal de la terre«  (Gen.IX, 9-11).
Dans le Psaume XXXV, au verset 7 nous lisons aussi: « Vous sauverez, Seigneur, les hommes et les bêtes ».
Et Saint Paul écrit aux Romains : « La création attend avec un ardent désir la manifestation des enfants de Dieu. La création, en effet, a été assujettie à la vanité – non de son gré mais par la volonté de celui qui l’y a soumise, – avec l’espérance qu’elle aussi sera affranchie de la servitude de la corruption, pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu. Car nous savons que, jusqu’à ce jour, la création tout entière gémit et souffre les douleurs de l’enfantement » (Rom.VIII, 19-22). Dans ce texte Saint Paul enseigne clairement que la faute d’Adam n’a pas introduit un désordre seulement dans l’âme de l’homme, par le péché, mais que tout l’ordre créé a été perturbé en conséquence du péché de l’homme ; cela lui permet d’affirmer que c’est donc l’ensemble de la création – et pas seulement l’humanité – qui est tendue vers la rédemption et à laquelle une régénération est promise.

Les animaux, comme aussi les plantes, appartiennent à la perfection du monde matériel que Dieu a créé pour Sa gloire ainsi que pour le bien et le service des hommes. Nous savons aussi que Dieu n’a de mépris pour aucune de ses créatures, Lui qui nous donne l’exemple de sa propre sollicitude pour nourrir les oiseaux du ciel afin de nous porter à la confiance en Sa Providence paternelle (cf. Matth. VI, 26).
Il y a une véritable convenance à ce que les animaux, les plantes et tout ce qui fait la perfection de la création d’ici-bas, demeurent dans le monde nouveau, dans le monde renouvelé et transformé, qui subsistera après la fin des temps : en effet, selon une hiérarchie qui est adaptée au mode de chacun, tout être créé est appelé à atteindre sa fin, qui est Dieu. Les animaux et les plantes appartiennent donc très logiquement à la perfection de la création renouvelée.

Le Christ nous donne un « moyen théologique » très simple pour résoudre certains problèmes: en demander la solution à un enfant. Ne souriez pas! « Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits, car je vous dis que leurs anges dans le Ciel contemplent sans cesse la face de mon Père qui est dans les Cieux » (Matth. XVIII, 10).
Si donc l’on demande à un enfant qui, dans la mouvance des dons reçus reçus au Baptême, a conservé son âme limpide: « Si tu étais à la place de Dieu tout-puissant, à la fin des temps, pour orner le monde nouveau, redonnerais-tu la vie aux animaux, étant bien entendu qu’alors ils n’auraient plus le pouvoir de faire aucun mal, ou bien ne placerais-tu dans ce monde nouveau que les anges et les hommes? »
La réponse ne fait pas l’ombre d’un doute et se passe de toute forme de démonstration.

Pourquoi a-t-on pendant des siècles (sous le fallacieux prétexte que ce serait là l’enseignement de la Révélation transmis par notre Mère la Sainte Eglise), répondu – et fait de la peine – à des milliers d’enfants qui ont un jour ou l’autre demandé si leur animal de compagnie irait au Ciel, que les animaux n’ont pas d’âme et qu’en conséquence ils rentrent dans le néant au moment de leur mort?

Si les animaux meurent, c’est justement qu’ils ont une âme puisque la définition de la mort c’est précisément la séparation de l’âme et du corps! L’âme est immatérielle, elle est le principe de la vie. Les animaux ont un psychisme, siège des facultés vitales, ils ont une intuition, une sensibilité, une mémoire et une certaine forme d’imagination ; ils sont capables de développer une affectivité et même – pour les plus développés – d’avoir une forme de réflexion intelligente et une véritable « personnalité ».
Le fait qu’ils ne soient pas capables de spéculer sur les réalités immatérielles, qu’ils n’aient pas une volonté dotée de libre-arbitre, qu’ils ne soient pas appelés à vivre de la grâce surnaturelle ni à jouir de la vision béatifique, signifie-t-il pour autant qu’ils sont « néantisés » quand leur corps meurt?
L’affirmer paraît singulièrement simpliste et bien peu en accord avec tout ce que les sciences de la nature nous révèlent sans cesse de l’inouïe richesse, complexité et diversité de la création, qui témoigne de l’intelligence et de la sagesse infinies du Créateur.
Pourquoi limiterait-on, sur la base d’une logique aristotélicienne purement humaine – donc très limitée – la puissance de Dieu?

Cette espérance de « l’affranchissement de la servitude de la corruption pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu » dont parle Saint Paul se trouve dans toute la création ici-bas. Il y a en tout être vivant un appétit naturel à exister perpétuellement, sinon comme individu au moins en tant qu’espèce (la génération tend à cela). Il ne convient pas qu’un appétit naturel soit frustré. En outre, rappelons-le, tout être créé est ordonné à une fin, qui est Dieu, et qu’il doit atteindre selon une hiérarchie et des modes divers. Rien ne s’oppose à ce que les animaux soient « glorifiés » au temps de la régénération : c’est-à-dire que la puissance divine les revête d’incorruptibilité et de clarté. Leur recherche de nourriture n’aura plus lieu d’être, et donc il n’y aura plus de plus fort dévorant un plus faible (tu n’auras plus besoin ni envie de croquer les souris, mon Lully!), comme il n’y aura plus de génération. Les animaux et les plantes seront présents en raison de leur beauté, vivant une vie commune paisible, jouissant – selon la capacité de chacun – d’une certaine béatitude sensible en laquelle leur appétit naturel sera comblé.

Alors on verra la réalisation de ce qui a été prophétisé par Isaïe : « Le loup habitera avec l’agneau, la panthère reposera sur le chevreau; le veau, le lion et le boeuf gras vivront ensemble, et un jeune enfant les conduira. La vache et l’ourse auront même pâturage, leurs petits un même gîte, et le lion mangera du fourrage comme le boeuf. Le nourrisson s’ébattra sur le trou de la vipère, et l’enfant à peine sevré mettra sa main sur la prunelle du basilic. On ne fera point de mal et on ne causera point de dommage sur toute ma montagne sainte; car le pays sera rempli de la connaissance du Seigneur, comme le fond des mers par les eaux qui le couvrent » (Is.XI, 6-9). »

C’est ainsi que Frère Maximilien-Marie a achevé l’histoire des Saints et des animaux, et moi je me suis endormi sur ses genoux en ronronnant… Et tous les battements de mon petit coeur de chat étaient une louange amoureuse au Créateur tandis que je voyais en rêve le beau Ciel du Bon Dieu.

Patte de chatLully.                                         

Chat coussin

Publié dans : Chronique de Lully, Nos amis les Saints |le 10 novembre, 2007 |2 Commentaires »

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2 Commentaires Commenter.

  1. le 3 novembre 2017 à 9 h 58 min Le Forez écrit:

    Hé bien, voila encore une idée reçue (celle qui affirme que les animaux n’ont pas d’âme, à laquelle je souscrivais bien que cela me rebutait) qui tombe à plat, et tant mieux car je trouvais injuste qu’ils ne bénéficient pas de l’Amour éternel du Bon Dieu.
    Possédant un chat depuis 4 ans, je suis heureux qu’à son dernier jour, il puisse connaître aussi cette douce félicité, lui qui nous apporte beaucoup.
    Dieu nous donne tant d’Amour que cela aurait été incongru (et en somme, un manque d’Amour de sa part) que nos petits compagnons n’en bénéficient pas.
    Heureux de m’être trompé et c’est avec une immense joie que j’accueille cette vérité.
    Merci, mon Dieu ! merci, frère !

    Réponse :

    Attention ! Le fait que les animaux ont une âme – qui est une vérité philosophique, puisque ce sont des êtres animés, vivants – ne signifie pas qu’ils ont une âme semblable à celle de l’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu et appelé à la vie surnaturelle.
    L’Eglise ne tranche pas de manière à « obliger » ses fidèles au sujet de cette âme animale : certains théologiens pensent qu’elle est réduite à néant à la mort de l’animal ; d’autres, en particulier ceux de l’école franciscaine, pensent que l’âme animale retourne à Dieu et que, à la fin des temps, au moins certains animaux (spécialement ceux qui auront eu un lien privilégié avec un humain sauvé) retrouveront une forme d’existence… selon des modalités qui nous dépassent et qui n’appartiennent qu’à Dieu, qui est tout puissant et n’a de mépris pour aucune de ses créatures.

  2. le 30 octobre 2010 à 20 h 05 min Béa écrit:

    Comme je suis heureuse d’avoir lu la réponse que ton cher Papa Maximilien t’as faite Lully
    Je suis remplie de joie de savoir que les animaux seront près de nous avec nous dans l’Eternité!
    Comme ton papa l’a dit, a moi aussi on a fait comprendre un jour, que le animaux n’iraient pas auprès de Dieu, car ils étaient sans âmes!!

    Qu’ai je pleuré étant petite lorsque nous perdions a la maison un ami a 4 pattes, d’ailleurs, on faisait un enterrement avec papa et maman, on mettait une petite croix, je sais il y en a qui vont rire, mais moi ca me permettait de continuer a aller les voir et leur parler!! Tu sais je mettais même des fleurs sauvage( coquelicots, marguerite des champs etc.. sur leur petite tombes).

    Tout s’éclaire pour moi maintenant avec l’explication de frère sur la prophétisé par Isaïe, que n’y avais-je pas pensé avant ???
    Dis Lully, crois tu que ton papa m’autoriserait a faire des copies de cette belle histoire, et de l’explication faite a la fin???

    Peux tu lui demander, je compte sur toi mon petit Lully
    Je t’embrasse fort, avec des bizoux tendresse!!
    Ton amie Béa

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