2007-14. « Dies mali sunt ».

20ème dimanche après la Pentecôte.

nuages noirs

« Les jours sont mauvais : Dies mali sunt » (Eph.V,16).
Trois petits mots qui m’ont frappé en écoutant la lecture de l’épître de la Sainte Messe de ce vingtième dimanche après la Pentecôte.
Pourquoi l’Apôtre fait-il cette remarque ?

Parce qu’il invite avec insistance ses lecteurs à faire preuve d’une très grande circonspection et à ne pas agir en insensés : « non quasi insipientes, sed ut sapientes » : « Ayez soin, mes frères de vous conduire avec une grande prudence, non comme des imprudents mais comme des sages » (Eph.V,15-16). Ajoutant aussitôt : « Redimentes tempus quoniam dies mali sunt. Rachetant le temps parce les jours sont mauvais ».

Les auditeurs de la Parole inspirée, en raison même de la malice inhérente au monde dans lequel ils vivent (1), sont exposés à de redoutables dangers. Des dangers plus redoutables que les malheurs et les souffrances physiques : le péril dans lequel les place la tentation ; le péril de la séparation d’avec Dieu pour toujours, c’est-à-dire de la damnation éternelle !

Cette exposition continue aux attaques des « esprits de malice répandus dans les airs » (Eph.VI,12) constitue une véritable pollution spirituelle de l’environnement humain : de la même manière qu’un air infesté peut contaminer ceux qui le respirent, la malice des jours qui sont les nôtres peut nous affaiblir, miner la santé de nos âmes, ruiner la vigueur de nos esprits, frapper nos cœurs de mortelle langueur.

Celui qui sait qu’une épidémie d’influenza ou de choléra sévit dans la région où il se trouve prend tout naturellement des mesures de protection et d’hygiène pour échapper à la contagion. Il serait pour le moins insensé d’agir de façon contraire !

Et celui qui sait que l’air qu’il est exposé à respirer peut être saturé de microbes pernicieux, n’hésite pas à utiliser des moyens sanitaires pour purifier et assainir l’air des pièces où il vit.

Saint Paul nous rappelle aujourd’hui avec beaucoup d’à propos qu’il en est de même pour ce qui concerne la santé de l’âme.

Ainsi donc, puisque les jours de notre existence terrestre nous exposent au danger de la contagion du mal, nous devons « racheter le temps » c’est-à-dire appliquer au cadre spatio-temporel de notre existence les grâces de la rédemption que Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a obtenues par Sa douloureuse Passion.

Dans sa sagesse inspirée, nourrie par des siècles d’expérience, la Sainte Eglise notre Mère a institué des sacramentaux qui sont une aide et une protection efficaces dans le combat que nous menons.
Les sacramentaux sont des secours spirituels, dont un très grand nombre sont liés aux inspirations ou à l’expérience des Saints. Dans ces sacramentaux, la puissance de la prière et des bénédictions de la Sainte Eglise attache à certains gestes et à certains objets matériels eux-mêmes une efficacité de grâce et de bienfaits surnaturels.
Il ne s’agit nullement de magie ou de superstition. L’efficacité des sacramentaux est conditionnée à l’exercice d’une authentique foi théologale dans un but de sanctification.

Le rituel traditionnel de la Sainte Eglise Romaine a réuni une somme extraordinaire de bénédictions : bénédictions d’objets (de piété certes, mais pas uniquement), bénédiction pour l’eau (qui devient eau bénite) bien évidemment.
Mais trop de fidèles ignorent, et beaucoup de prêtres eux-mêmes semblent ignorer – ou du moins donnent l’impression d’ignorer (parce qu’ils n’y recourent pas ou pas assez) -, qu’il y a des bénédictions particulières liées à certaines fêtes liturgiques, ou bien à certaines circonstances de la vie « ordinaire » (comme peuvent l’être par exemple des menaces d’ordre météorologique, comme la grêle ou les tempêtes), qui concernent les lieux (maisons, étables, jardins, champs, pièces ou locaux affectés à une activité particulière), mais aussi encore les aliments, les vêtements, les instruments de travail, les remèdes et médicaments, les moyens de locomotion …etc.

Pourquoi le rituel est-il donc si peu exploité, si peu mis à profit ?
Pourquoi ce moyen si simple de « racheter le temps » et de contrer la malice des jours dans lesquels nous vivons est-il si méconnu et par suite si limité dans son usage habituel ?
Sans vouloir porter de jugement, il semble cependant qu’on puisse répondre sans hésitation que c’est parce que l’esprit surnaturel, l’esprit de foi, est aujourd’hui profondément affaibli.

Le modernisme sourit avec commisération des sacramentaux ; le progressisme les tourne en dérision, les supprime ou les dénature.
Combien de prêtres « conciliaires » qui, dans les paroisses, ne bénissent pas d’eau : pour eux l’eau qu’ils utilisent par exemple pour ce qui a remplacé l’absoute aux cérémonies de funérailles n’est plus qu’un symbole, n’a qu’une valeur symbolique : c’est la simple eau du robinet sur laquelle ils n’ont prononcé aucune formule de bénédiction qui se trouve dans les bénitiers et dont les fidèles aspergent le cercueil du défunt !
J’aurais des centaines de cas précis à l’appui de ce que j’affirme, mais je ne veux pas me lancer ici dans une énumération d’exemples car il y en a malheureusement beaucoup trop à déplorer et cela ne ferait que nourrir de l’amertume ou de la colère.

Je me contenterai de relever que le « Livre des bénédictions » publié dans le contexte des réformes liturgiques consécutives au second concile du Vatican marque une régression théologique considérable, avec un alignement sur des conceptions directement inspirées par le protestantisme libéral, en contradiction avec des siècles de théologie et de pratique catholiques, en contradiction en particulier avec l’enseignement du concile de Trente. En effet ce pseudo-rituel dans une majorité de « prières de bénédiction » qu’il propose, ne bénit pas ni ne sanctifie pas les objets qui sont présentés, mais se contente d’appeler de ses vœux la faveur divine sur les personnes qui en feront usage. Arguant du fait que, étymologiquement, « benedicere » signifie « dire du bien », un très grand nombre de ces pseudo-bénédictions disent du bien de la pratique à laquelle, par exemple, tel ou tel objet servira sans que l’objet lui-même soit désormais sanctifié de manière pérenne, et sans lui attacher une grâce particulière.

Nous sommes donc attentifs à conserver l’antique rituel pour l’administration non seulement des sacrements, mais aussi pour tous les sacramentaux, en pleine continuité avec l’usage multiséculaire. Ce rituel est tout entier marqué par l’empreinte d’une authentique théologie catholique, et il garde en sa faveur la prudence surnaturelle et la sage expérience des saints, de manière à ce que, suivant leurs pas, nous agissions « ut sapientes, non quasi insipientes : non comme des imprudents mais comme des sages » (Eph.V,15-16) !

 frise

(1) « Parce que la création a été assujettie à la vanité, non parce qu’elle l’a voulue mais à cause de celui qui l’y a soumise… » (Rom. VIII,20) et aussi : « Mundus totus in maligno positus est : le monde tout entier est sous l’empire du Malin » (1 Joan.V,19).

rituel

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