2007-10. Sermon de la solennité de Ste Thérèse.

Voici le sermon prononcé par Monsieur l’Abbé Paul Aulagnier en cet dimanche 30 septembre 2007 à l’occasion de la solennité de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, patronne de la France en second :

« Nos credidimus caritati quam habet Deus in nobis. Nous avons cru – nous croyons – à la charité que Dieu a pour nous ».

On sent, en lisant ces mots de Saint Jean, le tressaillement de son âme.

C’est un vrai cri de joie, de triomphe, qui s’échappe du coeur de l’Apôtre: « Moi je crois à l’amour de Dieu pour moi! »

C’est avec un accent identique, passionné, que Sainte Thérèse dira sa foi en l’amour de Dieu.

Toute sa vie, toute sa sainteté, toute sa doctrine, seront l’expérience passionnée de cette foi. La foi en l’amour de Dieu est le fond de l’âme de Sainte Thérèse. C’est son secret.

Cette foi – simple, ferme, naïve même – en l’amour de Dieu explique tout dans Sainte Thérèse. Et sans cela rien ne s’explique.

Pour Sainte Thérèse la certitude de l’amour de Dieu est le premier ressort de la perfection et de la sainteté. C’est son originalité, sa spécificité. Thérèse, c’est la certitude de l’amour de Dieu, et sa réciprocité – amour pour amour. Elle dira souvent: « Je n’ai jamais donné à Dieu que de l’amour ». Ou encore:  » J’ai tout dit : c’est l’amour seul qui compte ».

Ce sont presque ses dernières paroles. C’est la veille de sa mort, le 29 septembre, qu’elle disait cela à sa soeur, Soeur Geneviève de la Sainte Face, qui lui demandait un mot d’adieu.

Se savoir aimée, être assurée et porter en soi la certitude d’être aimée par le Dieu tout puissant; croire – et croire de foi divine – croire fermement à l’amour de Dieu pour elle, voilà Sainte Thérèse, voilà sa contemplation, voilà son oraison, voilà l’objet de son commerce avec Dieu : se savoir aimée de Dieu!

Je crois que Sainte Thérèse n’a jamais conçu Dieu que sous sa notion la plus vraie, telle qu’Il a voulu – de fait – nous apparaître : comme l’amour de charité. « Deus caritas est » (1 Joan. IV,10).

Il y a certes l’Evangile qui le lui enseigne. Mais aussi une circonstance providentielle.

Elle est très jeune privée de sa mère. Alors son enfance se résumera toute dans la personne de son père. Sa jeunesse fut une expérience prolongée de l’amour paternel le plus tendre et le plus vigilant. Ainsi dès qu’on parla à Thérèse de Dieu, du Bon Dieu, dès qu’on lui apprit à dire à Dieu « Notre Père », cette âme d’enfant fut amenée, naturellement, à se représenter Dieu à l’image de son père de la terre.

Elle porta alors à l’extrême, à l’excès, à l’infini, la bonté, la tendresse, la sollicitude, en un mot l’amour dont son père l’entourait.

Le Bon Dieu se présente à son esprit et surtout à son coeur, comme le Père, comme son Père, comme le plus aimant, le plus tendre des pères. Bref, comme l’amour paternel et l’amour paternel à sa plus haute puissance. Comme le dit Tertulien « nemo tam pater »… « Le Père de qui toute paternité tire son nom au ciel et sur la terre »(Eph. III,14).

Et que Dieu soit notre père… c’est tout l’Evangile.

Et c’est pourquoi Sainte Thérèse a compris la substantifique moëlle de l’Evangile. Elle est l’Evangile en acte. Elle en a compris toute la substance.

Ainsi, très jeune, Sainte Thérèse vécut de cette atmosphère évangélique.

C’est de là, de cette racine, de ce principe que germe toute la vie spirituelle de Sainte Thérèse. Vous comprendrez alors que sa vie spirituelle soit faite de confiance, d’abandon, de joie.

Ces vertus naissent auprès d’un bon père. Comment ne naitraient-elles pas auprès du Bon Dieu – Père… ?

Ce principe de l’amour paternel, de la certitude d’être aimé d’un tel Père, ne peut être que le « grain de sénevé » dont nous parle l’Evangile. Elle est la plus petite des plantes, mais elle devient vite un arbre aux mille vertus.

Elle est sainte – c’est vrai -; elle fut une âme privilégiée – sans doute -; mais son privilège a été de comprendre mieux que nous et d’avoir la mission de nous faire comprendre que nous avons le même privilège qu’elle : le privilège d’être les enfants de Dieu; et donc, d’être come elle infiniment aimés, aimés d’amour paternel par Dieu notre Père.

Sa vie fut une vie de foi, de foi en l’amour de Dieu pour nous, une vie de foi telle que l’Evangile nous le demande.
Son âme se sait, se croit aimée… infiniment aimée.

Etonnez-vous alors qu’elle réponde à cet appel de l’amour par un élan, par un désir tout simple d’aimer… Et elle va, elle marche sans souci, sans inquiétude, dans cette lumière, dans cette clarté. Tout s’éclaire pour elle, tout s’illumine de cette fi, de cette certitude de l’amour…

Même quand Dieu la fait marcher par des chemins obscurs – et ce fut presque l’état continuel de son âme – même alors, c’est sa foi, sa foi assurée à l’amour de son Père qui la guide et la soutient.

Sainte Thérèse se révèle toute dans cette parole: « Il est si doux de servir le Bon Dieu dans la nuit et dans l’épreuve. Nous n’avons que cette vie pour vivre de foi ».

Dans son « Histoire d’une âme », elle dira: « Je sais que, par delà les tristes nuages mon doux soleil brille encore. »

Son doux soleil, quel est-il?

Elle le dit à la ligne précédente: « l’astre de l’amour ».

Et comment sait-elle cela? Par la foi!

Et cela est pour nous souverainement instructif. Sa foi évangélique est un regard simple et ferme pour l’amour de Dieu.

Mais pour être complet, il faudrait – me semble-t-il – ajouter une précision : l’amour auquel Thérèse croit de toute son âme a un nom; c’est l’amour miséricordieux.

Mais c’est bien là encore le dernier mot de l’Evangile.

Dans l’état actuel, Dieu nous a aimés non seulement gratuitement, sans mérite de notre part, mais il nous a aimés et nous aime tels que nous sommes, c’est-à-dire misérables, et sans tenir compte de notre misère. Ou, mieux: à cause de notre misère, parce que nous sommes misérables.

C’est là sa gloire!

C’est pour manifester son amour miséricordieux qu’il choisi, décrété, créé le monde tel qu’il est, le monde où nous vivons, avec le péché prévu et toutes les misères qui en sont la suite.

Et la gloire de Dieu, c’est que nous croyons à cet amour-là, à cet amour purement miséricordieux. Il veut que nous y croyons.

Et voilà ce que notre orgueil ne veut pas admettre : il ne veut pas être que misère. Il ne veut pas être l’objet de la pure miséricorde de Dieu. Il ne comprend pas l’amour miséricordieux.

Mais il ne s’agit pas de comprendre cet amour. Il s’agit d’y croire, d’y croire simplement, fermement, comme Sainte Thérèse ; d’y croire et de s’y plonger, comme Sainte Thérèse.

Sainte Thérèse est très claire. Dans une lettre à Soeur Marie du Sacré-Coeur – la lettre 6 – elle écrit : « Ce qui plaît au Bon Dieu dans ma petite âme, c’est de me voir aimer ma petitesse et ma pauvreté, c’est l’espérance aveugle que j’ai en sa miséricorde. »

Que ce mot est profond!… et combien instructif pour nous.

C’est du pur Evangile.

L’Evangile nous propose un amour de Dieu purement miséricordieux pour notre absolue misère. C’est cela Sainte Thérèse.

Sainte Thérèse a osé aimer son Dieu en enfant. Elle a osé, avec ses misères, entrer en relation très simple, familière, avec le Bon Dieu.

Et pourquoi?

Parce qu’elle s’est sentie aimée. Elle s’est crue aimée, aimée par Dieu qui est amour. Elle s’est crue, sans hésitation, infiniment aimée par l’infini amour. Elle s’est crue miséricordieusement aimée par le Dieu qui est – et qui est jaloux de ce titre – le Père des miséricordes.

Et la foi, en nous proposant Dieu comme l’amour miséricordieux, attire, invite, sollicite notre coeur à oser l’aimer; et c’est là, alors, que l’âme trouve la paix et le principe de la sainteté.

Ainsi soit-il.

Publié dans : Nos amis les Saints, Textes spirituels |le 1 octobre, 2007 |1 Commentaire »

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 16 mai 2008 à 15 h 19 min Isabelle B. écrit:

    Merci pour cette page.
    J’ai découvert Sainte Thérèse il y a deux ans, votre page ajoute une petite lumière à ce que j’ai pu comprendre de « histoire d’une ame ».

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