Prologue librement inspiré par celui de l’Evangile selon Saint Luc.

Prologue librement inspiré par celui de l'Evangile selon Saint Luc. dans Annonces & Nouvelles dsc08042copiecopie

Le Maître-Chat Lully

« Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements – parfois totalement insignifiants – qui se produisent en ces temps, j’ai décidé moi aussi (puisque je suis chaque jour le témoin scrupuleusement attentif d’une aventure qui est, elle, véritablement hors du commun), de tenir pour vous, amis du Mesnil-Marie, sous la forme d’un récit assorti de commentaires personnels, une espèce de diaire de la fondation du Refuge Notre-Dame de Compassion.

Ainsi pourrez-vous, en suivant les péripéties de notre vie quotidienne, ou en vous associant aux évènements humains et surtout spirituels qui en jalonnent l’existence, garder un lien plus concret avec cette oeuvre que vous soutenez d’une fidèle et pieuse amitié.

Je réclame, bien évidemment, votre indulgence car je ne suis qu’un tout petit chat, mais vous savez aussi que j’occupe au Mesnil-Marie une place privilégiée (voir ici > www)… Puissent néanmoins ces lignes être utiles à tous pour conserver et resserrer le lien de la charité, dans la paix et la joie du coeur! »

patteschats chronique dans Chronique de LullyLully, l’Observateur.

Publié dans : Annonces & Nouvelles, Chronique de Lully | le 10 septembre, 2007 |Commentaires fermés

2019-28. Conférence de Frère Maximilien-Marie en Roussillon, le 2 avril.

A l’invitation du Cercle Légitimiste du Roussillon Hyacinthe Rigaud, et en sa qualité de Prieur de la Confrérie Royale, Frère Maximilien-Marie donnera une conférence traitant des caractères divins particuliers de la Royauté française et des signes providentiels qui l’attestent, le mardi 2 avril 2019.

Toutes les personnes intéressées par la royauté traditionnelle ou qui, simplement, se posent des questions sur ce que fut vraiment la monarchie française, sont les bienvenues !
Merci de faire suivre l’information à vos amis et contacts qui se trouvent dans cette province ou dans les environs.

Toutes les indications pratiques se trouvent sur cette affichette >>>

Conférence Frère Maximilien-Marie en Roussillon le 2 avril 2019

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Publié dans : Annonces & Nouvelles, Vexilla Regis | le 16 mars, 2019 |Pas de Commentaires »

2019-27. « Etes-vous en communion avec l’Eglise ? »

Mercredi 13 mars 2019,
Mercredi des Quatre-Temps de printemps.

Triomphe de la foi Vincenzo Meucci - détail)

Le triomphe de la Foi 
( fresque de Vincenzo Meucci au palais Corsini, à Rome – 1747 - détail)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

J’ai décidé de porter à votre connaissance, précisément en ce jour – car je ne choisis pas mes dates au hasard -, des extraits d’une correspondance échangée, il y a déjà quatre ou cinq ans, entre Frère Maximilien-Marie et un prêtre dont je ne veux pas révéler l’identité, et dont je me garderai bien de publier quoi que ce soit qui permettrait de l’identifier.
Qu’il suffise de dire que quelques personnes résidant sur le territoire de sa paroisse avaient demandé à Frère Maximilien-Marie s’il pouvait de temps en temps les aider à lire et approfondir des passages du Saint Evangile.
Je laisse parler ces textes qui, à mon sens, se passent de gloses supplémentaires, mais dont j’ai pensé qu’ils pourraient être utiles à plusieurs de mes lecteurs, prêtres ou laïcs, car il en est qui se trouvent eux aussi exposés à des suspicions concernant leur communion réelle avec la Sainte Eglise…

Lully. 

1 ) Extrait de la lettre de Monsieur l’abbé X. :

« Il m’a semblé deviner, il y a quelques temps, comme une sorte de malaise dans votre relation avec notre Pape François, ou avec son enseignement… Mais sans doute suis-je dans l’erreur…
Je vous pose simplement et sans arrière pensée cette question, car  (…) vous comprendrez sans peine que (…) la communion avec l’Eglise, en la personne de l’Evêque du diocèse et du Saint Père doit être effective. Merci donc, Frère, de me la confirmer. Et ne voyez pas une quelconque curiosité malveillante dans ma demande : je vous reste bien uni dans la prière et le souvenir, bien cordial. A bientôt de nous rencontrer (…). »

2) Réponse de frère Maximilien-Marie :

« Cher Monsieur l’Abbé,
en ce qui concerne la question précise que vous me posez, je n’ai qu’une réponse à vous faire et elle est très simple : (…) »

Ici, Frère Maximilien-Marie a recopié entièrement le texte de la profession de foi tridentine et le serment anti-moderniste : par commodité et pour ne pas trop allonger cette page, je ne les retranscris pas, puisque vous en trouverez déjà les textes – textes qu’il est toujours bon de relire souvent et de d’approfondir ! – dans les pages de ce blogue > ici et > ici. Puis il a ajouté :

« En conséquence de quoi, si le pape François et Monseigneur l’Evêque professent ces mêmes choses essentielles, contenues dans le serment ci-dessus, nous sommes donc en parfaite communion.
J’ajoute que pour ce qui concerne l’émission d’opinions qui ne seraient que personnelles, quelle que soit la place occupée dans l’Eglise par les personnes qui les émettent, parce qu’elles ne sont justement que des opinions personnelles chargées d’aucun poids magistériel et n’appartenant pas au dépôt de la foi authentique transmise de manière ininterrompue depuis Notre-Seigneur et Ses Saints Apôtres, et contenue dans tous les actes du Magistère authentique, ni vous, ni moi, ni aucun fidèle ne sont tenus par la loi divine ou par la loi ecclésiastique d’y adhérer. Les choses ne sont pas plus compliquées que cela, et il n’est nul besoin d’aller chercher midi à quatorze heures.
Je ne vois point de « curiosité malveillante » dans votre question : pasteur légitime (…), une sourcilleuse vigilance pour ce qui concerne une stricte fidélité à l’enseignement authentique de la foi de l’Eglise notre Mère dans toutes les prédications, cours de catéchisme et réunions de formation proposées aux fidèles dans le cadre de la paroisse, découle de votre « munus docendi » et appartient en propre à votre charge (…) : j’espère seulement que je ne suis pas le seul (…) à être l’objet d’une telle vigilance et que vous l’exercez aussi auprès de tous vos collaborateurs pastoraux (…). »

3) Réponse de Monsieur l’Abbé X. :

« (…) Merci de votre message. Je sais bien votre Foi, et je ne la mets pas en doute (…)».

4) Réponse de Frère Maximilien-Marie :

« (…) En ce qui concerne le pape François, de plus en plus, dans le monde entier, des voix s’élèvent parmi des prélats, des religieux, des universitaires, des fidèles du rang, pour lui demander qu’il veuille bien cesser d’émettre des opinions personnelles faisant hiatus avec la doctrine traditionnelle et en contradiction avec l’analogie de la foi, qui n’ont pas d’autre valeur que d’être ses opinions personnelles, et que de toute manière il ne présente pas comme « actes de magistère » ni même d’enseignement commun, mais que sa position porte fatalement à être prises dans l’opinion publique et grâce au retentissement que leur donne la caisse de résonance médiatique, pour une parole d’Eglise faisant autorité.
A ce sujet, n’est-il pas extraordinairement significatif de constater que la moindre réserve émise sur ces « paroles non magistérielles » se voit aussitôt taxée – ou du moins suspectée – d’être un acte grave de désobéissance et de rupture de la « communion ecclésiale », souvent par ceux-là même qui ne se gênaient pas pour émettre des réticences (euphémisme), lorsque ce n’étaient pas de virulentes critiques, sur l’enseignement – et là, pour le coup, en tant que Pontife Suprême et Docteur – du pape Benoît XVI ? (…) »

Et pour approfondir :
- Et maintenant, en quoi notre effroi se changera-t-il ? > ici
- Elles ne prévaudront pas, mais cela ne signifie pas qu’elles ne feront pas tout pour l’emporter et qu’elles ne remporteront pas certaines batailles > ici
- Dix conseils pour survivre à un pape calamiteux et continuer à être catholique > ici
- Un pape peut-il tomber dans l’hérésie ? > ici

2019-26. Du quatre-vingtième anniversaire du couronnement de Sa Sainteté le Pape Pie XII.

1939 – 12 mars – 2019

Armoiries et devise de Pie XII

Armoiries et devise de Pie XII

Ce 12 mars n’est pas seulement le jour de la fête de Saint Grégoire le Grand, mais il est aussi l’anniversaire du couronnement de Sa Sainteté le Pape Pie XII.
J’ai déjà publié, à l’occasion de son septante-cinquième anniversaire, le récit de son élection (voir > ici). Aujourd’hui, accompagné d’images et de photographies d’époque, je vais largement citer le texte que la Réverende Mère Pascalina Lehnert a publié dans ses mémoires à propos de cette journée du 12 mars 1939.

Couronnement de Pie XII - image commémorative

Image commémorative du couronnement de Pie XII
portant la mention des villes ou pays dans lesquels il avait auparavant été en mission diplomatique

« Le 12 mars approchait – c’était le jour du couronnement. La journée fut ensoleillée, un vrai jour de fête. Nous étions déjà allées de bonne heure à la messe, puisque le Saint-Père ne célèbrerait pas à la maison. A notre retour, nous le trouvâmes dans la chapelle privée. Il était très pâle et semblait très fatigué. Que pouvait-il bien ressentir ce matin-là ? (…)

« Ce fut un jour de fête, comme on ne peut en imaginer de plus radieux, ni de plus sublime. « Saint-Père, regardez donc la place Saint-Pierre », criions-nous, remplies d’enthousiasme. Il vint à la fenêtre pour ne pas nous décevoir, mais s’en détourna à nouveau rapidement. Sur la vaste place, ondulait une foule humaine innombrable, une féérie d’uniformes et de costumes pittoresques de toutes couleurs. Ici une dame distinguée, en robe de cérémonie, là un simple paysan. Jeunes et vieux, petits et grands, pauvres et riches – tous étaient venus rendre hommage au Vicaire du Christ qui devait recevoir aujourd’hui la triple couronne : la tiare. Et par-dessus toute cette pompe et cette magnificence, retentissait ce cri repris à l’infini : « Viva, viva, viva il Papa Pio XII, il Papa Romano di Roma ! »

« Et la basilique Saint-Pierre, parée de tous ses atours, flamboyait, radieuse, au milieu d’un océan de lumière qui faisait étinceler dans toute leur beauté les riches et lourdes dorures de ses ornements. Tout était plein jusqu’à la dernière place. La foule immense bruissait et ondulait, attendant patiemment, depuis des heures, celui que tous connaissaient, aimaient et honoraient depuis des années, et qui devait aujourd’hui recevoir la plus haute dignité qui soit sur la terre. Lorsque le Saint-Père eut quitté son appartement privé pour la Sala dei Paramenti, où on devait l’habiller pour la cérémonie, nous nous mîmes également en route pour Saint-Pierre (…). Peut-il y avoir chose plus belle sur cette terre ? Aucun de ceux qui ont eu le bonheur de participer à ce couronnement-, ne pourra sans doute oublier cet événement impressionnant !

Scala Regia Pie XII porté sur la sedia gestatoria

Pie XII porté sur la sedia gestatoria descendant la Scala Regia
pour se rendre à la basilique Saint-Pierre

« Déjà les trompettes d’argent annonçaient l’approche de celui qu’on attendait ! Une immense acclamation s’éleva, qui cependant retomba peu à peu, car, dans l’atrium se déroulait la première cérémonie d’hommage du chapitre de Saint-Pierre, dont Pie XII avait été l’archiprêtre durant de longues années.

« Maintenant, il franchissait le seuil de Saint-Pierre, porté sur la sedia gestatoria. Que de fois il avait accueilli ici, en sa qualité d’archiprêtre, Pie XI, à qui il était attaché de tout son cœur et de toute son âme, et comment aurait-il pu s’empêcher aujourd’hui de penser que Pie XI lui avait toujours prédit ce jour ! La chorale entonna dans l’allégresse : Tu es Petrus. Une tempête d’applaudissements se déchaïna : un tonnerre d’acclamations et de chants, une explosion de liesse tels qu’on eût cru que les murs allaient s’effondrer.

« La longue procession s’était mise en mouvement. Le Prince héritier et la Princesse héritière d’Italie ouvraient le cortège des délégués, princes, nobles et ambassadeurs accourus de plus de cinquante pays : tous les grands de ce monde, tous les peuples rendaient hommage au pape ! Tous ceux qui assistaient à ce spectacle grandiose, plein de dignité et de beauté, en étaient transportés d’enthousiasme.

Pie XII - Couronnement

L’entrée du Pontife dans la basilique Saint-Pierre

« Enfin le Saint-Père lui-même arrivé. Le blanc de son long pluvial brodé d’or faisait encore paraître plus mince sa silhouette ascétique, et la mitre ornée de pierres précieuses accusait encore la pâleur de son visage aux traits fins. Ses belles et longues mains bénissaient et saluaient à droite et à gauche. A sa main droite qui bénissait, étincelait l’anneau du pécheur. Tous les regards étaient tournés vers le Saint-Père, et c’est vers lui que montaient tous ces applaudissements – vers lui, représentant du Christ sur la terre.

« A nouveau retentit le magnifique Tu es Petrus, cette fois-ci avec une telle puissance et une telle ampleur que les ovations diminuèrent un peu.

« Puis le Saint-Père commença la messe du couronnement. Ceux qui avaient depuis des années le bonheur de pouvoir assister à sa messe, ne voyaient, aujourd’hui encore, au milieu de toute cette magnificence et de toute cette pompe extérieure, que le prêtre entièrement absobé par le Saint Sacrifice et qui était pleinement conscient de ses fonctions sacrées. Avec quelle ferveur n’avait-il pas récité le Confiteor, entonné le Credo ! Quelle foi ardente animait le Sursum Corda, la Préface ! On put saisir chaque syllabe des paroles sacrées de la Consécration. Puis s’éleva le Pater. Jamais je n’oublierai son Fiat voluntas tua. (Je l’ai encore entendu très souvent le chanter, mais rarement, je crois, de façon plus émouvante que ce jour-là).

Cette messe sublime s’acheva. A nouveau se déchaînèrent des tempêtes d’applaudissements qui ne voulaient pas s’arrêter. Tout le monde se hâta d’aller sur la place Saint-Pierre pour pouvoir être témoin du couronnement. Les milliers de gens qui n’avaient pas pu entrer dans la basilique, avaient attendu patiemment sur la place. Maintenant tous les yeux se levaient vers la loggia décorée, où était dressé le trône du Saint-Père (…).

Couronnement de Pie XII - réception de la tiare

Pie XII reçoit le trirègne, ou tiare.

« Un enthousiasme indescriptible salua l’apparition de Pie XII. Il couvrait même les paroles lourdes de sens du rite du couronnement : « Reçois la tiare ornée de la triple couronne et sache que tu es le père des princes et des rois, le chef de l’univers, le vicaire de notre Rédempteur. A Lui l’honneur et la gloire pour les siècles des siècles ! »
L’allégresse se donna libre cours à travers l’hymne : « Coronam auream super caput ejus… ». Puis les bras du Saint-Père s’écartèrent largement en un geste inimitable, comme s’il voulait embrasser le monde entier, et les ondes portèrent, à travers l’éther, sa bénédiction Urbi et Orbi à tous les êtres humains.
Longtemps encore Pie XII salua la foule qui l’acclamait. Rome avait-elle jamais vu pareille participation, pareille fête ? »

Mère Pascalina Lehnert : « Mon privilège fut de le servir » (pp. 85-88 – Téqui 1985).

Pie XII Couronnement - 1ère bénédiction

Première bénédiction Urbi et Orbi du nouveau Pontife

Voir aussi dans ce blogue les publications consacrées à
- L’élection de Pie XII > ici
- Le 50e anniversaire de sa mort et la défense de son pontificat > ici

Publié dans : De liturgia, Memento, Nos amis les Saints | le 12 mars, 2019 |4 Commentaires »

2019-25. De Saint Grégoire 1er le Grand, pape et docteur de l’Eglise.

12 mars,
Fête de Saint Grégoire 1er le Grand, pape, confesseur et docteur de l’Eglise.

A l’occasion de deux audiences publiques générales, Sa Sainteté le Pape Benoît XVI a dressé un très intéressant portrait de son prédécesseur, le Pape Saint Grégoire le Grand, et il a su mettre en évidence les caractères de sa sainteté, l’importance de son action, et l’actualité de ses enseignements.

St Grégoire le Grand vitrail basilique Notre-Dame Montréal au Québec

Saint Grégoire le Grand
(vitrail dans la basilique Notre-Dame, à Montréal au Québec)

« Cet homme de Dieu nous montre où sont les véritables sources de la paix et d’où vient la véritable espérance. »

Premier enseignement de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
consacré à la figure du Pape Saint Grégoire le Grand
donné à l’occasion de l’audience générale
du mercredi 28 mai 2008 

Chers frères et sœurs,

(…) je voudrais aujourd’hui présenter la figure de l’un des plus grands Pères dans l’histoire de l’Eglise, un des quatre docteurs de l’Occident, le Pape saint Grégoire, qui fut évêque de Rome entre 590 et 604, et auquel la tradition attribua le titre de Magnus/Grand. Grégoire fut vraiment un grand Pape et un grand Docteur de l’Eglise ! Il naquit à Rome vers 540, dans une riche famille patricienne de la gens Anicia, qui se distinguait non seulement par la noblesse de son sang, mais également par son attachement à la foi chrétienne et par les services rendus au Siège apostolique. Deux Papes étaient issus de cette famille :  Félix III (483-492), trisaïeul de Grégoire et Agapit (535-536). La maison dans laquelle Grégoire grandit s’élevait sur le Clivus Scauri, entourée par des édifices solennels qui témoignaient de la grandeur de la Rome antique et de la force spirituelle du christianisme. Des sentiments chrétiens élevés lui furent aussi inspirés par ses parents, Gordien et Silvia, tous deux vénérés comme des saints, et par deux tantes paternelles, Emiliana et Tarsilia, qui vécurent dans leur maison en tant que vierges consacrées sur un chemin partagé de prière et d’ascèse.

Grégoire entra très tôt dans la carrière administrative, que son père avait également suivie et, en 572, il en atteint le sommet, devenant préfet de la ville. Cette fonction, compliquée par la difficulté des temps, lui permit de se consacrer à large échelle à chaque type de problèmes administratifs, en en tirant des lumières pour ses futures tâches. Il lui resta en particulier un profond sens de l’ordre et de la discipline :  devenu Pape, il suggérera aux évêques de prendre pour modèle dans la gestion des affaires ecclésiastiques la diligence et le respect des lois propres aux fonctionnaires civils. Toutefois, cette vie ne devait pas le satisfaire car, peu après, il décida de quitter toute charge civile, pour se retirer dans sa maison et commencer une vie de moine, transformant la maison de famille dans le monastère Saint André au Celio. De cette période de vie monastique, vie de dialogue permanent avec le Seigneur dans l’écoute de sa parole, il lui restera toujours la nostalgie, qui apparaît toujours à nouveau et toujours davantage dans ses homélies :  face aux assauts des préoccupations pastorales, il la rappellera plusieurs fois dans ses écrits comme un temps heureux de recueillement en Dieu, de consécration à la prière, d’immersion  sereine  dans  l’étude. Il put ainsi acquérir cette profonde connaissance de l’Ecriture Sainte et des Pères de l’Eglise dont il se servit ensuite dans ses œuvres.

Mais la retraite dans la clôture de Grégoire ne dura pas longtemps. La précieuse expérience mûrie dans l’administration civile à une époque chargée de graves problèmes, les relations entretenues dans cette charge avec les byzantins, l’estime universelle qu’il avait acquise, poussèrent le Pape Pélage à le nommer diacre et à l’envoyer à Constantinople comme son « apocrisaire », on dirait aujourd’hui « nonce apostolique », pour permettre de surmonter les dernières séquelles de la controverse monophysite et, surtout, pour obtenir l’appui de l’empereur dans son effort pour contenir la poussée lombarde. Son séjour à Constantinople, où avec un groupe de moines il avait repris la vie monastique, fut très important pour Grégoire, car il lui donna l’occasion d’acquérir une expérience directe du monde byzantin, ainsi que d’approcher la question des Lombards, qui aurait ensuite mis à rude épreuve son habileté et son énergie au cours années de son pontificat. Après quelques années, il fut rappelé à Rome par le Pape, qui le nomma son secrétaire. Il s’agissait d’années difficiles :  les pluies incessantes, le débordement des fleuves, la famine qui frappait de nombreuses zones d’Italie et Rome elle-même. A la fin, la peste éclata également, faisant de nombreuses victimes, parmi lesquelles le Pape Pélage II. Le clergé, le peuple et le sénat furent unanime en choisissant précisément lui, Grégoire, pour être son Successeur sur le Siège de Pierre. Il chercha à résister, tentant également la fuite, mais il n’y eut rien à faire :  à la fin il dut céder. C’était l’année 590.

Reconnaissant la volonté de Dieu dans ce qui était arrivé, le nouveau Pontife se mit immédiatement au travail avec zèle. Dès le début, il révéla une vision particulièrement clairvoyante de la réalité avec laquelle il devait se mesurer, une extraordinaire capacité de travail pour affronter les affaires ecclésiastiques  et  civiles, un équilibre constant dans les décisions, parfois courageuses, que sa charge lui imposait. On possède une vaste documentation sur son gouvernement grâce au Registre de ses lettres (environ 800), dans lesquelles se reflète la confrontation quotidienne avec les problèmes complexes qui affluaient sur sa table. Il s’agissait de questions qui provenaient des évêques, des abbés, des clercs, et également des autorités civiles de tout ordre et degré. Parmi les problèmes qui affligeaient l’Italie et Rome à cette époque, il y en avait un d’une importance particulière dans le domaine civil et ecclésial :  la question lombarde. Le Pape y consacra toutes les énergies possibles en vue d’une solution vraiment pacificatrice. A la différence de l’empereur byzantin qui partait du présupposé que les Lombards étaient seulement des individus grossiers et prédateurs à vaincre ou à exterminer, saint Grégoire voyait ces personnes avec les yeux du bon pasteur, préoccupé de leur annoncer la parole du salut, établissant avec eux des relations fraternelles en vue d’un avenir de paix fondé sur le respect réciproque et sur la coexistence sereine entre les italiens, les impériaux et les lombards. Il se préoccupa de la conversion des jeunes peuples et de la nouvelle organisation civile de l’Europe : les Wisigoths d’Espagne, les Francs, les Saxons, les immigrés en Britannia et les Lombards furent les destinataires privilégiés de sa mission évangélisatrice. Nous avons célébré hier la mémoire liturgique de saint Augustin de Canterbury, le chef d’un groupe de moines chargés par Grégoire de se rendre en Britannia pour évangéliser l’Angleterre.

Pour  obtenir  une paix effective à Rome et en Italie, le Pape s’engagea à fond – c’était un véritable pacificateur -, entreprenant des négociations serrées avec le roi lombard Agilulf. Ces négociations conduisirent à une période de trêve qui dura environ trois ans (598-601), après lesquels il fut possible de stipuler, en 603, un armistice plus stable. Ce résultat positif fut rendu possible également grâce aux contacts parallèles que, entre temps, le Pape entretenait avec la reine Théodelinde, qui était une princesse bavaroise et qui, à la différence des chefs des autres peuples germaniques, était catholique, profondément catholique. On conserve une série de lettres du Pape Grégoire à cette reine, dans lesquelles il révèle son estime et son amitié pour elle. Théodelinde réussit peu à peu à guider le roi vers le catholicisme, préparant ainsi la voie à la paix. Le Pape se soucia également de lui envoyer les reliques pour la basilique Saint-Jean-Baptiste qu’elle fit ériger à Monza, et il ne manqua pas de lui faire parvenir ses vœux et des dons précieux à l’occasion de la naissance et du baptême de son fils Adaloald. L’histoire de cette reine constitue un beau témoignage à propos de l’importance des femmes dans l’histoire de l’Eglise. Au fond, les objectifs auxquels Grégoire aspira constamment furent trois :  contenir l’expansion des Lombards en Italie ; soustraire la reine Théodelinde à l’influence des schismatiques et renforcer sa foi catholique ; servir de médiateur entre les Lombards et les Byzantins en vue d’un accord pour garantir la paix dans la péninsule, en permettant dans le même temps d’accomplir une action évangélisatrice parmi les Lombards eux-mêmes. Son orientation constante dans cette situation complexe fut donc double :  promouvoir des ententes sur le plan diplomatique et politique, diffuser l’annonce de la vraie foi parmi les populations.

A côté de son action purement spirituelle et pastorale, le Pape Grégoire fut également le protagoniste actif d’une activité sociale multiple. Avec les rentes de l’important patrimoine que le Siège romain possédait en Italie, en particulier en Sicile, il acheta et distribua du blé, il secourut ceux qui étaient dans le besoin, il aida les prêtres, les moines et les moniales qui vivaient dans l’indigence, il paya les rançons des citoyens devenus prisonniers des Lombards, il conclut des armistices et des trêves. En outre, il accomplit aussi bien à Rome que dans d’autres parties de l’Italie une œuvre soignée de réorganisation administrative, en donnant des instructions précises afin que les biens de l’Eglise, utiles à sa subsistance et à son œuvre évangélisatrice dans le monde, soient gérés avec une rectitude absolue et selon les règles de la justice et de la miséricorde. Il exigeait que les colons soient protégés des abus des concessionnaires des terres appartenant à l’Eglise et, en cas de fraude, qu’ils soient rapidement dédommagés, afin que le visage de l’Epouse du Christ ne soit pas défiguré par des profits malhonnêtes.

Cette intense activité fut accomplie par Grégoire malgré sa santé fragile, qui le poussait souvent à rester au lit pendant de longs jours. Les jeûnes pratiqués au cours des années de sa vie monastique lui avaient procuré de sérieux problèmes digestifs. En outre, sa voix était très faible, si bien qu’il était souvent obligé de confier au diacre la lecture de ses homélies, afin que les fidèles présents dans les basiliques romaines puissent l’entendre. Il faisait cependant tout son possible pour célébrer les jours de fête Missarum sollemnia, c’est-à-dire la Messe solennelle, et il rencontrait alors personnellement le peuple de Dieu, qui lui était très attaché, car il voyait en lui la référence autorisée à laquelle puiser son assurance :  ce n’est pas par hasard que lui fut très vite attribué le titre de consul Dei. Malgré les conditions très difficiles dans lesquelles il dut œuvrer, il réussit à conquérir, grâce à sa sainteté de vie et à sa riche humanité, la confiance des fidèles, en obtenant pour son époque et pour l’avenir des résultats vraiment grandioses. C’était un homme plongé en Dieu :  le désir de Dieu était toujours vivant au fond de son âme et c’est précisément pour cela qu’il était toujours très proche de son prochain, des besoins des personnes de son époque. A une époque désastreuse, et même désespérée, il sut établir la paix et donner l’espérance. Cet homme de Dieu nous montre où sont les véritables sources de la paix, d’où vient la véritable espérance et il devient ainsi un guide également pour nous aujourd’hui.

St Grégoire le Grand vitrail de l'église de Muhlbach sur Mulhouse

(vitrail dans l’église Saint-Barthélémy à Muhlbach-sur-Munster)

« Grégoire a réellement écrit avec le sang de son cœur et c’est la raison pour laquelle il nous parle encore aujourd’hui. »

Deuxième enseignement de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
consacré à la figure du Pape Saint Grégoire le Grand
donné à l’occasion de l’audience générale
du mercredi 4 juin 2008 

Chers frères et sœurs,

Je reviendrai aujourd’hui, à l’occasion de notre rencontre du mercredi, sur la figure extraordinaire du Pape Grégoire le Grand, pour tirer quelques lumières supplémentaires de la richesse de son enseignement. Malgré les multiples engagements liés à sa fonction d’évêque de Rome, il nous a laissé de nombreuses œuvres, auxquelles l’Eglise a puisé à pleines mains au cours des siècles suivants. Outre ses nombreuses lettres – le Registre que j’ai mentionné dans la dernière catéchèse contient plus de 800 lettres – il nous a surtout laissé des écrits à caractère exégétique, parmi lesquels se distinguent le Commentaire moral à Job – célèbre sous son titre latin de Moralia in Iob -, les Homélies sur Ezéchiel et les Homélies sur les Evangiles. Il y a aussi une importante œuvre de caractère hagiographique, les Dialogues, écrite par Grégoire pour l’édification de la reine lombarde Théodelinde. L’œuvre principale et la plus célèbre est sans aucun doute la Règle pastorale, que le Pape rédigea au début de son pontificat dans le but précis de présenter un programme.

En passant rapidement ces œuvres en revue, nous devons tout d’abord noter que, dans ses écrits, Grégoire ne se montre jamais préoccupé de tracer une doctrine qui soit « la sienne », qui soit originale. Il entend plutôt se faire l’écho de l’enseignement traditionnel de l’Eglise, il veut simplement être la bouche du Christ et de son Eglise, sur le chemin qu’il faut parcourir pour arriver à Dieu. Ses commentaires exégétiques sont exemplaires à ce propos. Il fut un lecteur passionné de la Bible, dont il s’approcha avec des intentions qui n’étaient pas simplement spéculatives :  il pensait que le chrétien ne devait pas tellement tirer des connaissances théoriques de l’Ecriture Sainte, mais plutôt la nourriture quotidienne pour son âme, sa vie d’homme dans ce monde. Dans ses Homélies sur Ezéchiel, par exemple, il insiste fortement sur cette fonction du texte sacré : approcher l’Ecriture uniquement pour satisfaire son propre désir de connaissance signifie céder à la tentation de l’orgueil et s’exposer ainsi au risque de glisser dans l’hérésie. L’humilité intellectuelle est la première règle pour celui qui cherche à pénétrer les réalités surnaturelles en partant du livre sacré. L’humilité n’exclut pas du tout, bien sûr, l’étude sérieuse ; mais si l’on veut que celle-ci soit spirituellement bénéfique, en permettant d’entrer réellement dans la profondeur du texte, l’humilité demeure indispensable. Ce n’est qu’avec cette attitude intérieure que l’on écoute réellement et que l’on perçoit enfin la voix de Dieu. D’autre part, lorsqu’il s’agit de la Parole de Dieu, comprendre n’est rien, si la compréhension ne conduit pas à l’action. Dans ces Homélies sur Ezéchiel on trouve également cette belle expression selon laquelle « le prédicateur doit tremper sa plume dans le sang de son cœur ; il pourra ainsi arriver également jusqu’à l’oreille de son prochain ». En lisant ses homélies on voit que Grégoire a réellement écrit avec le sang de son cœur et c’est la raison pour laquelle il nous parle encore aujourd’hui.

Grégoire développe également ce discours dans le Commentaire moral à Job. Suivant la tradition patristique, il examine le texte sacré dans les trois dimensions de son sens :  la dimension littérale, la dimension allégorique et la dimension morale, qui sont des dimensions du sens unique de l’Ecriture Sainte. Grégoire attribue toutefois une nette priorité au sens moral. Dans cette perspective, il propose sa pensée à travers plusieurs binômes significatifs – savoir-faire, parler-vivre, connaître-agir – dans lesquels il évoque deux aspects de la vie humaine qui devraient être complémentaires, mais qui finissent souvent par être antithétiques. L’idéal moral, commente-t-il, consiste toujours à réaliser une intégration harmonieuse entre la parole et l’action, la pensée et l’engagement, la prière et le dévouement aux devoirs de son propre état : telle est la route pour réaliser cette synthèse grâce à laquelle le divin descend dans l’homme et l’homme s’élève jusqu’à l’identification avec Dieu. Le grand Pape trace ainsi pour le croyant authentique un projet complet de vie ; c’est pourquoi le Commentaire moral à Job constituera au cours du Moyen-âge une sorte de Summa de la morale chrétienne.

D’une grande importance et d’une grande beauté sont également les Homélies sur les Evangiles. La première d’entre elles fut tenue dans la basilique Saint-Pierre au cours du temps de l’Avent de 590 et donc quelques mois après son élection au pontificat ; la dernière fut prononcée dans la basilique Saint-Laurent, lors du deuxième dimanche de Pentecôte de 593. Le Pape prêchait au peuple dans les églises où l’on célébrait les « stations » – des cérémonies de prière particulières pendant les temps forts de l’année liturgique – ou les fêtes des martyrs titulaires. Le principe inspirateur, qui lie les diverses interventions ensemble, peut être synthétisé dans le terme « praedicator » :  non seulement le ministre de Dieu, mais également chaque chrétien, a la tâche de devenir le « prédicateur » de ce dont il a fait l’expérience en lui-même, à l’exemple du Christ qui s’est fait homme pour apporter à tous l’annonce du salut. L’horizon de cet engagement est l’horizon eschatologique : l’attente de l’accomplissement en Christ de toutes les choses est une pensée constante du grand Pontife et finit par devenir un motif  inspirateur  de  chacune  de  ses pensées et de ses activités. C’est de là que naissent ses rappels incessants à la vigilance et à l’engagement dans les bonnes œuvres.

Le texte peut-être le plus organique de Grégoire le Grand est la Règle pastorale, écrite au cours des premières années de pontificat. Dans celle-ci, Grégoire se propose de tracer la figure de l’évêque idéal, maître et guide de son troupeau. Dans ce but, il illustre la gravité de la charge de pasteur de l’Eglise et les devoirs qu’elle comporte:  c’est pourquoi, ceux qui n’ont pas été appelés à cette tâche ne doivent pas la rechercher avec superficialité, et ceux qui en revanche l’ont assumée sans la réflexion nécessaire doivent sentir naître dans leur âme une juste inquiétude. Reprenant un thème privilégié, il affirme que l’évêque est tout d’abord le « prédicateur » par excellence; comme tel il doit être, en premier lieu, un exemple pour les autres, de manière à ce que son comportement puisse constituer un point de référence pour tous. Une action pastorale efficace demande ensuite qu’il connaisse ses destinataires et qu’il adapte ses interventions à la situation de chacun : Grégoire s’arrête pour illustrer les différentes catégories de fidèles avec des annotations judicieuses et précises, qui peuvent justifier l’évaluation de ceux qui ont également vu dans cette œuvre un traité de psychologie. On comprend à partir de cela qu’il connaissait réellement son troupeau et parlait de tout avec les personnes de son temps et de sa ville.

Ce grand Pape insiste cependant sur le devoir que le pasteur a de reconnaître chaque jour sa propre pauvreté, de manière à ce que l’orgueil ne rende pas vain, devant les yeux du Juge suprême, le bien accompli. C’est pourquoi le chapitre final de la Règle est consacré à l’humilité : « Lorsqu’on se complaît d’avoir atteint de nombreuses vertus, il est bon de réfléchir sur ses propres manquements et de s’humilier : au lieu de considérer le bien accompli, il faut considérer celui qu’on a négligé d’accomplir ». Toutes ces précieuses indications démontrent la très haute conception que saint Grégoire se fait du soin des âmes, qu’il définit « ars artium« , l’art des arts. La Règle connut un grand succès, au point que, chose plutôt rare, elle fut rapidement traduite en grec et en anglo-saxon.

Son autre œuvre, les Dialogues, est également significative. Dans celle-ci, s’adressant à son ami et diacre Pierre, qui était convaincu que les mœurs étaient désormais tellement corrompues que la naissance de saints n’était plus possible comme par les époques passées, Grégoire démontre le contraire : la sainteté est toujours possible, même dans les temps difficiles. Il le prouve en racontant la vie de personnes contemporaines ou disparues depuis peu, que l’on pouvait tout à fait qualifier de saintes, même si elles n’avaient pas été canonisées. Le récit est accompagné par des réflexions théologiques et mystiques qui font du livre un texte hagiographique particulier, capable de fasciner des générations entières de lecteurs. La matière est tirée des traditions vivantes du peuple et a pour but d’édifier et de former, en attirant l’attention de celui qui lit sur une série de questions telles que le sens du miracle, l’interprétation de l’Ecriture, l’immortalité de l’âme, l’existence de l’enfer, la représentation de l’au-delà, des thèmes qui avaient besoin d’éclaircissements opportuns. Le livre II est entièrement consacré à la figure de Benoît de Nursie et est l’unique témoignage antique sur la vie du saint moine, dont la beauté spirituelle paraît dans ce texte avec une grande évidence.

Dans le dessein théologique que Grégoire développe dans ses œuvres, passé, présent et avenir sont relativisés. Ce qui compte le plus pour lui est le cours tout entier de l’histoire salvifique, qui continue  à  se  dérouler  parmi  les obscures méandres du temps. Dans cette perspective, il est significatif qu’il insère l’annonce de la conversion des Angles au beau milieu du Commentaire moral à Job : à ses yeux, l’événement constituait une avancée du Royaume de Dieu dont parle l’Ecriture ; il pouvait donc à juste titre être mentionné dans le commentaire d’un livre sacré. Selon lui, les guides des communautés chrétiennes doivent sans cesse s’engager à relire les événements à la lumière de la parole de Dieu :  c’est dans ce sens que le grand Pape ressent le devoir d’orienter les pasteurs et les fidèles sur l’itinéraire spirituel d’une lectio divina éclairée et concrète, inscrite dans le contexte de sa propre vie.

Avant de conclure, il est juste de prononcer un mot sur les relations que le Pape Grégoire  cultiva  avec  les patriarches d’Antioche, d’Alexandrie et de Constantinople elle-même. Il se soucia toujours d’en reconnaître et d’en respecter les droits, en se gardant de toute interférence qui en limitât l’autonomie légitime. Si toutefois saint Grégoire, dans le contexte de sa situation historique, s’opposa au titre d’ »oecuménique »  que  voulait  le Patriarche  de Constantinople, il ne le fit pas pour limiter ou nier cette autorité légitime, mais parce qu’il était préoccupé par l’unité fraternelle de l’Eglise universelle. Il le fit surtout en raison de sa profonde conviction que l’humilité devrait être la vertu fondamentale de tout évêque, et plus encore d’un Patriarche. Grégoire était resté un simple moine dans son cœur, et c’est pourquoi il était absolument contraire aux grands titres. Il voulait être – telle est son expression - servus servorum Dei. Ce terme forgé par lui n’était pas dans sa bouche une formule pieuse, mais la manifestation véritable de son mode de vivre et d’agir. Il était intimement frappé par l’humilité de Dieu, qui dans le Christ s’est fait notre serviteur, qui a lavé et lave nos pieds sales. Par conséquent, il était convaincu que notamment un évêque devrait imiter cette humilité de Dieu et suivre ainsi le Christ. Son désir fut véritablement de vivre en moine, dans un entretien constant avec la Parole de Dieu, mais par amour de Dieu il sut se faire le serviteur de tous à une époque pleine de troubles et de souffrances, se faire « serviteur des serviteurs ». C’est précisément parce qu’il le fut qu’il est grand et qu’il nous montre également la mesure de la vraie grandeur.

armoiries de Benoît XVI

2019-24. Chronique du Mesnil-Marie depuis le dimanche de la Septuagésime jusqu’au premier dimanche de Carême.

Dimanche 10 mars 2019,
1er dimanche de Carême.

affichette à la porte du Mesnil-Marie pendant le Carême

Affichette à la porte du Mesnil-Marie pour ce saint temps de Carême

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Nous voici entrés dans la Sainte Quarantaine : j’espère que chacun de vous s’est engagé dans ce temps de combats et de grâces avec beaucoup d’ardeur, une très grande générosité et un zèle raffermi pour la pénitence et la mortification !
Plusieurs dizaines de mes lecteurs – réguliers ou occasionnels – se sont inscrits pour recevoir les envois quotidiens de Frère Maximilien-Marie avec des petits textes spirituels qui offrent chaque jour un support spirituel de réflexion et de méditation : s’il en est encore parmi vous qui souhaiteraient s’inscrire, c’est bien évidemment encore possible (par exemple en envoyant un message > ici).

nika

Bien que ma dernière chronique soit toute récente (cf. > ici), j’ai plusieurs avis ou nouvelles à vous communiquer :

A – Inscriptions pour le pèlerinage de la Confrérie Royale au Puy-en-Velay :
Je vous en ai déjà fait l’annonce et donné tous les documents comprenant le programme et les indications pratiques (voir > ici), mais je me permets d’insister sur le fait que, si vous comptez y participer, vous ne devez pas tarder à renvoyer votre bulletin d’inscription.
N’attendez pas la dernière minute pour le faire, s’il vous plaît : même s’il reste quatre semaines pour arriver jusqu’au terme donné pour les envoyer au secrétariat de la Confrérie Royale, il vaut mieux s’en acquitter le plus tôt possible.
Frère Maximilien-Marie s’est rendu spécialement au Puy pour visiter les locaux dans lesquels le pèlerinage sera accueilli (repas, conférences, et hébergement pour ceux qui le souhaitent), c’était quelques jours avant leur mise en service et il en a été très heureux, tout y est lumineux, clair, spacieux, fonctionnel et agréable, au pied du Rocher Corneille qui porte la statue monumentale de Notre-Dame de France, et à moins de 10 minutes à pied du grand escalier de la cathédrale.
Sur la photo ci-dessous j’ai mis une grosse flèche blanche pour vous montrer ce grand bâtiment tout neuf.

Le Puy-en-Velay emplacement hébergement pèlerinage Confrérie Royale

Frère Maximilien-Marie travaille aussi avec soin aux ajustements du programme, et à tous les détails de l’organisation… et Dieu sait s’il y en a des détails auxquels il faut penser !!!

B – Déplacement en Provence pour la constitution d’un nouveau Cercle Légitimiste :
Mardi dernier, qui était le jour de la fête réparatrice de la Sainte Face (cf. > ici), notre Frère a été invité à rencontrer un groupe de personnes intéressées par la constitution d’un nouveau Cercle Légitimiste de l’UCLF, en Provence.
Il a pu exposer longuement à ces « âmes de bonne volonté », ce qu’est la Légitimité et son esprit, ce que sont les Cercles Légitimistes de l’UCLF et ce qu’on y fait… etc. Son auditoire a été très attentif et il y a eu beaucoup de questions.
En sus de la joie de voir se former un nouveau groupe d’étude et d’approfondissement qui augmentera encore le rayonnement de la Légitimité, nous nous réjouissons aussi grandement du fait que ce Cercle se place sous le vocable du Frère Fiacre de Sainte-Marguerite, dont vous n’ignorez pas qu’il est ce saint moine augustin choisi par la Très Sainte Mère de Dieu pour faire connaître à LL.MM. le Roi Louis XIII et la Reine Anne d’Autriche les admirables desseins de la Providence par lesquels prendrait fin la stérilité de leur couple, et serait donné à la France le Dauphin tant attendu : Louis-Dieudonné.
En effet, ce nouveau Cercle est géographiquement tout proche du sanctuaire de Notre-Dame de Grâces, à Cotignac, où repose le cœur du Frère Fiacre, et où Louis XIV vint en pèlerinage d’action de grâce.
Cela a donné l’occasion à Frère Maximilien-Marie, le lendemain pour l’entrée solennelle en Carême, d’assister à la Messe capitulaire du Chapitre de Saint Remi, dont vous vous souvenez qu’il est membre d’honneur, et d’y recevoir les Cendres.

Collégiale Notre-Dame, Le Val - mercredi des cendres

Sanctuaire de l’église collégiale Notre-Dame de l’Assomption, au Val,
prêt pour la célébration de la Messe capitulaire le mercredi des Cendres

C – Prions Saint Joseph !
Nous célébrons avec plaisir le mois de Saint Joseph, et je vous rappelle que c’est aujourd’hui, 10 mars, qu’il convient de commencer la neuvaine préparatoire à sa fête (voir > ici).
Pour marquer le commencement de cette neuvaine, Frère Maximilien-Marie, après la Sainte Messe, puisqu’il se trouvait au Puy, comme la plupart des dimanches, s’est rendu au sanctuaire Saint-Joseph de Bon-Espoir, à Espaly-Saint-Marcel.
J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de ce sanctuaire (cf. > ici) où Saint Joseph se plaît à répandre ses grâces sur ceux qui viennent le prier. Notre Frère lui a présenté toutes les intentions qui lui sont recommandées et, avant de repartir, y a allumé deux grands cierges à ces intentions et les a placés le plus près de sa statue qu’il lui a été possible, dans la grotte-chapelle.

Cierges offerts à Saint Joseph au sanctuaire d'Espaly

J’en profite pour vous signaler que le mardi 19 mars prochain, pour la fête de Saint Joseph, nous aurons un prêtre ami de passage au Mesnil-Marie, et qu’il y aura donc une Sainte Messe célébrée dans notre oratoire. Tous ceux qui sont géographiquement proches et souhaitent y assister seront évidemment les bienvenus…

En attendant, je vous souhaite, bien chers Amis, une fervente neuvaine et un saint cheminement de Carême.

pattes de chatLully.

Grottes chapelles et statue monumentale - Saint-Joseph de Bon-Espoir - Espaly

Parvis des grottes-chapelles et statue monumentale
Sanctuaire Saint-Joseph de Bon-Espoir à Espaly-Saint-Marcel

2019-23. Pierre Mignard : « Madame de Maintenon représentée en Sainte Françoise Romaine ».

9 mars,
Fête de Sainte Françoise Romaine (cf. > ici).

« (…) Au reste, Madame, j’ai vu la plus belle chose qu’on puisse imaginer ; c’est un portrait de Madame de Maintenon, fait par Mignard ; elle est habillée en sainte Françoise Romaine : Mignard l’a embellie ; mais c’est sans fadeur, sans incarnat, sans blanc, sans l’air de la jeunesse ; et sans toutes ses perfections, il nous fait voir un visage et une physionomie au-dessus de tout ce que l’on peut dire ; des yeux animés, une grâce parfaite, point d’atours, et avec tout cela aucun portrait ne tient devant celui-là. Mignard en a fait aussi un fort beau du Roi (cf. note 1) ; je vous envoie un madrigal que mademoiselle Bernard (cf. note 2) fit impromptu en voyant ces deux portraits : il a eu beaucoup de succès ici : vous jugerez si nous avons raison (…) ».

Ainsi s’exprime Marie-Angélique de Coulanges (cf. note 2) dans une lettre du 29 octobre 1694 adressée à sa cousine, la marquise de Sévigné qui séjournait à Grignan depuis le mois de mai de cette année 1694 et ne reviendra jamais à Paris puisqu’elle y mourra un peu moins de dix-huit mois plus tard (cf. > ici).
Ce portrait de Madame de Maintenon, nous le connaissons bien et à l’occasion de cette fête de Sainte Françoise Romaine, en cette année du troisième centenaire de la mort de l’épouse secrète du Grand Roi (15 avril 1719), nous aurons plaisir à nous attarder un peu à l’admirer.

Pierre Mignard - Madame de Maintenon représentée en Sainte Françoise Romaine 1694

Madame de Maintenon représentée en Sainte Françoise Romaine
(Pierre Mignard – 1694)

Nous noterons d’abord que ce tableau, daté de 1694, est l’une des dernières œuvres de Pierre Mignard, puisque l’artiste s’éteindra le 30 mai 1695 dans sa quatre-vingt-troisième année. C’est une huile sur toile de 138  cm x 97 cm que l’on peut admirer à Versailles.

En 1694, Françoise d’Aubigné, née le 18 novembre 1635, est donc dans sa cinquante-neuvième année ; son royal époux est dans sa cinquante-et-unième année : ils sont mariés depuis le 9 octobre 1683.

A la suite de l’abominable Princesse Palatine (Madame, épouse de Philippe, duc d’Orléans, frère puiné du Roi), laquelle dans ses lettres multiplie les termes injurieux et grossiers à l’encontre de sa belle-sœur ; à la suite du perfide Saint-Simon, écrivain de talent certes mais très petit par l’esprit, qui la détestait ; à la suite de Voltaire et, dans le sillage de ce dernier, de la majorité des historiens des XIXe et XXe siècles, on a souvent dressé de Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon, un portrait sombre inspiré par les jalousies et aigreurs d’estomac héréditaires de la branche d’Orléans ainsi que par les rancœurs calomnieuses des prétendus réformés, plus que par la vérité.
Car la vérité n’a rien à voir avec l’idéologie nourrie d’anticatholicisme qui se dresse toutes haines dehors dès que l’on évoque la figure de l’ « épouse secrète » de Louis XIV.
Mais nous aurons l’occasion d’en reparler. Revenons donc au portrait réalisé par Mignard.

Mignard - Madame de Maintenon - détail 1

Madame de Coulanges a écrit : « Mignard l’a embellie ; mais c’est sans fadeur, sans incarnat, sans blanc, sans l’air de la jeunesse ; et sans toutes ses perfections, il nous fait voir un visage et une physionomie au-dessus de tout ce que l’on peut dire ; des yeux animés, une grâce parfaite, point d’atours, et avec tout cela aucun portrait ne tient devant celui-là ».
Autant dire que Mignard n’a, ici, point fait de… mignardises !
Madame de Coulanges écrit pourtant que la marquise se trouve « embellie » sur ce portrait, qu’elle appelle : « la plus belle chose qu’on puisse imaginer ». On doit toutefois penser qu’il demeure fort ressemblant, naturel et criant de vérité, puisque « aucun portrait ne tient devant celui-là » : nous sommes donc bien en face d’un authentique portrait en lequel les contemporains reconnaissent bien la physionomie et l’expression de Madame de Maintenon, sans artifices de maquillage ou de vêture, mais dont on peut dire qu’il sublime sans flagornerie l’aspect de cette femme bientôt sexagénaire en la représentant dans une pose imprégnée de surnaturel.

En effet, l’attitude que Mignard a donnée à Madame de Maintenon se rapporte à une anecdote de la vie de Sainte Françoise Romaine, sa sainte patronne (dont nous avons par ailleurs présenté la biographie succincte > ici), pour laquelle elle nourrissait une fervente dévotion.
Alors qu’elle était encore dans les liens du mariage et se devait aux devoirs imposés par son rang : « Pour son mari, elle le considérait comme son maître, et comme celui qui tenait près d’elle la place de Dieu sur la terre ; elle lui était si soumise et obéissante, que, lors même qu’elle était occupée à la prière ou à quelque pratique de piété, elle laissait tout pour le satisfaire et vaquer aux obligations de son état : ce qui doit faire le principal objet de la dévotion d’une femme engagée dans le mariage. Aussi Dieu fit-il paraître, par une merveille, combien cette obéissance lui était agréable. Notre Sainte, récitant un jour l’office de Notre-Dame, fut tellement pressée de l’interrompre, pour satisfaire à quelque devoir de sa maison, qu’elle quitta par quatre fois un même verset ; mais, l’affaire faite, retournant à sa dévotion, elle trouva le verset écrit en lettres d’or, quoiqu’auparavant il ne fût écrit qu’en caractères communs. Quelque temps après, l’apôtre Saint Paul lui apparaissant en une extase, lui dit que son bon ange avait marqué lui-même ces nouveaux caractères, pour lui faire connaître le mérite de l’obéissance » (in « Vie des Saints » par le Rd Père Giry).

Mignard - Madame de Maintenon - détail 2

Comme on peut mieux s’en rendre compte en isolant, comme ci-dessus, les mains de Madame de Maintenon, on voit que sa main gauche (donc à droite pour nous) tient un livre d’heures, ouvert à la page de l’office de la Très Sainte Vierge Marie, et qu’un verset s’y trouve écrit en caractères dorés.
La main droite posée sur la poitrine est un geste dans lequel on peut voir exprimées en même temps la surprise de la Sainte quand elle constate le miracle, et son humble action de grâces à Dieu d’avoir fait l’objet d’une telle attention divine.

Mignard - Madame de Maintenon - détail 3

Au-delà de la représentation hagiographique, ne peut-on pas voir aussi dans le choix de ce miracle par lequel le Ciel a mis en évidence la soumission aimante de Sainte Françoise à son époux, un discret hommage à l’attitude humble et soumise de la marquise de Maintenon envers son royal époux, qu’elle a aimé passionément mais sans se permettre jamais aucune familiarité, en se tenant toujours dans une attitude de réserve et d’humble service, dans un effacement et une discrétion qui sont les marques d’une haute vertu ?
La citation de la vie de Sainte Françoise Romaine que nous avons faite ci-dessus : « Pour son mari, elle le considérait comme son maître, et comme celui qui tenait près d’elle la place de Dieu sur la terre ; elle lui était si soumise et obéissante, que, lors même qu’elle était occupée à la prière ou à quelque pratique de piété, elle laissait tout pour le satisfaire et vaquer aux obligations de son état : ce qui doit faire le principal objet de la dévotion d’une femme engagée dans le mariage », s’accorde parfaitement à ce que fut Madame de Maintenon dans la rôle qu’elle tint auprès du Grand Roi.
Louis XIV ne s’y trompait pas lorsque, avec une affectueuse taquinerie, dans l’intimité, il surnommait son épouse secrète « Sainte Françoise » !

Un autre détail est significatif, dans le décor particulièrement dépouillé de ce tableau : vous aurez remarqué en effet qu’il n’y a en arrière-plan ni tenture, ni décor lambrissé, juste une halo de lumière surnaturelle qui rayonne dans le coin supérieur gauche ; vous pouvez aussi voir que Sainte Françoise Romaine est assise sur une simple chaise (son siège n’a pas d’accoudoirs), même si l’on aperçoit un coussin sous son séant ; vous constatez aussi que la petite table à laquelle elle est accoudée est recouverte d’un jeté sans ornementation.
En revanche, sur cette table, on peut voir un unique objet : un sablier.

Le sablier est chargé de symboles.
Il figure d’abord, tout naturellement, le temps qui passe dans un inexorable écoulement : en ce sens, il représente la vanité des choses d’ici-bas au regard de l’éternité. C’est une sorte de « memento mori », et ce rappel de la mort constitue un  appel à se mettre en règle avec Dieu avant qu’il ne soit trop tard.
Mais en allant un peu plus loin, les deux parties du sablier, communiquant par un étroit goulot et qui se remplissent l’une l’autre alternativement lorsqu’on le retourne, sont aussi le symbole de la communication entre le ciel et la terre : ce qui a été en haut descend pour remplir ce qui est en bas, puis ce qui est en bas va à son tour remplir ce qui se retrouvera bientôt en haut.
Ne peut-on là aussi voir une discrète évocation du rôle de Madame de Maintenon, dont l’exigeante fidélité à Dieu a ramené le Roi dans l’observance des préceptes divins, puis dont la présence continue à ses côtés en qualité d’épouse a été pour le Grand Roi un constant soutien dans la pratique d’une vie chrétienne exemplaire, et donc une médiation de grâce ? 

Mignard - Madame de Maintenon - détail 4

Autre détail, si l’on peut dire, car il revêt une grande importance : ce sont les vêtements dont est parée cette Sainte Françoise Romaine.
Sa robe n’est point une robe du XVIIe siècle, mais elle évoque bien la coupe des robes de femmes de l’aristocratie romaine au XVe siècle, et son riche tissu de brocart, particulièrement bien rendu par le pinceau de l’artiste, fait bien penser aux tissus italiens du « quatrocento », sans rapport avec ce que les témoins ont rapporté de la manière de se vêtir de Madame de Maintenon.

En revanche, par dessus cette robe, Sainte Françoise Romaine est drapée dans un manteau bleu de France doublé d’hermine, ce qui n’est pas vraiment caractéristique de la sainte, puisque, au Grand Siècle, c’est le symbole évident d’un caractère princier.

On raconte que Mignard fit demander au Roi par sa fille, Madame de Feuguières, s’il pouvait mettre au portrait de Madame de Maintenon un manteau doublé d’hermine.
Or l’on sait que le Roi conserva toujours une certaine forme d’ambigüité sur la manière dont il manifesta – ou cela – la nature exacte de son lien avec la marquise : si tout le monde finit par penser qu’il l’avait épousée, cela ne fut toutefois jamais révélé de manière officielle, bien que le Roi marquât pour elle des attentions et des prévenances révélatrices.
La question de Mignard revenait à demander à Louis XIV : « Madame de Maintenon est-elle bien votre épouse ? » Si donc le Roi répondait : « Oui, vous pouvez mettre à Madame de Maintenon un manteau doublé d’hermine », c’était une façon de dire : « Oui, elle est bien mon épouse et elle a rang de reine ».
Mais cette fois encore le Grand Roi se montra plus rusé que le questionneur et maintint le suspense en faisant porter au peintre cette réponse pleine d’esprit et non exempte d’humour : « Sainte Françoise le mérite bien ! »

Lully.

Mignard - Madame de Maintenon - détail 5

Notes :
1 – Ce portrait « fort beau » du Roi peint par Pierre Mignard dans le même temps que cette « Madame de Maintenon représentée en Sainte Françoise Romaine », est celui de Louis XIV en armure, qui fut alors placé dans la galerie d’Apollon.

2 - « Mademoiselle Bernard » : Catherine Bernard (Rouen 1663 – Paris 1712), poétesse, romancière et dramaturge, est la première femme dont une tragédie entre au répertoire de la Comédie Française. Illustre par son esprit et son talent, elle est aussi entre autre le premier auteur du conte « Riquet à la houppe » qui sera ensuite repris par Charles Perrault. Elle fut plusieurs fois couronnée par l’Académie Française et plusieurs fois récompensée par les Jeux Floraux de Toulouse. Le madrigal dont il est ici question ne figure pas dans le corps de la lettre elle-même et semble avoir été perdu.

3 – Marie-Angélique de Coulanges : Marie-Angélique du Gué de Bagnols, née probablement en 1641, épousa en 1659 Philippe-Emmanuel de Coulanges, cousin germain et grand ami de Madame de Sévigné. Elle fréquente alors les beaux esprits du Marais : Madame de La Fayette, Madame de Richelieu, Madame Scarron, et bien sûr sa cousine Madame de Sévigné avec laquelle elle est liée d’une amitié très forte. Elle conserve l’amitié de Françoise d’Aubigné lorsque celle-ci de « veuve Scarron » devient Marquise de Maintenon. Après 1690, la très brillante et pétillante Madame de Coulanges, dont Saint-Simon dit toutefois qu’elle fut « toujours sage et considérée », c’est-à-dire qu’elle ne fut jamais une coquette dont on put douter de la vertu, devint plus grave, plus austère et plus pieuse. Elle mourut âgée de 82 ans  en 1723 dans son hôtel particulier de la rue des Tournelles à Paris.

Blason d'Aubigné

Blason de la famille d’Aubigné

2012-22. « Jésus, ton ineffable image… »

Mardi dans la Quinquagésime,
Fête réparatrice de la Sainte Face de Notre-Seigneur Jésus-Christ (cf. > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En cette fête de la Sainte Face de Notre-Seigneur Jésus-Christ, méditons avec l’un des poèmes – ou plus exactement cantique, puisque Sainte Thérèse indique elle-même l’air sur lequel elle a composé ces vers (en l’occurrence une mélodie profane : « les regrets de Mignon », une romance de Frédéric Boissière) – de la carmélite de Lisieux par lequel elle a laissé transparaître sa dévotion envers le mystère de la Face adorable de Notre-Seigneur.
La dévotion à la Sainte Face était déjà très forte dans la famille Martin, bien avant que quatre de ses filles n’entrassent au Carmel où cette dévotion s’intensifia : en effet, Louis et Zélie Martin étaient inscrits à l’archiconfrérie de la Sainte Face, de Tours (cf. > ici) et leurs filles y furent inscrites elles aussi dans le cours de leur enfance ou adolescence.
Vous trouverez dans ce blogue (cf. > ici) la reproduction du tableau intitulé « Le rêve de l’Enfant Jésus » peint par Sainte Thérèse pour illustrer cette dévotion à la Sainte Face, unie à sa dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur et la prolongeant en quelque manière.
La maladie de Monsieur Martin fut pour Sainte Thérèse l’occasion d’approfondir et intensifier sa contemplation de la Face douloureuse de l’Epoux divin. Le cantique qui suit condense les thèmes spirituels chers à la sainte carmélite et, sous ses dehors littéraires faciles et d’apparence « sucrée », il renferme une théologie spirituelle d’une rare profondeur.

Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus de la Sainte Face

Sur cette photo où elle a pris la pose, Sainte Thérèse porte les représentations des deux grandes dévotions
fortement ancrées en son âme depuis son plus jeune âge : l’Enfant Jésus et la Sainte Face.
La Sainte Face ici représentée est une reproduction de celle qui est vénérée dans l’oratoire de Monsieur Dupont, à Tours.

frise

Cantique à la Sainte Face

Jésus ton ineffable image
Est l’astre qui conduit mes pas ;
Tu le sais bien, ton doux Visage
Est pour moi le ciel ici-bas !
Mon amour découvre les charmes
De tes yeux embellis de pleurs.
Je souris à travers mes larmes,
Quand je contemple tes douleurs.

Oh ! je veux pour te consoler
Vivre ignorée et solitaire ;
Ta beauté que tu sais voiler
Me découvre tout son mystère,
Et vers toi je voudrais voler !

Ta Face est ma seule patrie,
Elle est mon royaume d’amour ;
Elle est ma riante prairie,
Mon doux soleil de chaque jour ;
Elle est le lis de la vallée
Dont le parfum mystérieux
Console mon âme exilée,
Lui fait goûter la paix des cieux.

Elle est mon repos, ma douceur,
Et ma mélodieuse lyre…
Ton Visage, ô mon doux Sauveur,
Est le divin bouquet de myrrhe
Que je veux garder sur mon coeur !

Ta Face est ma seule richesse ;
Je ne demande rien de plus.
En elle, me cachant sans cesse,
Je te ressemblerai, Jésus !
Laisse en moi la divine empreinte
De tes traits remplis de douceurs,
Et bientôt je deviendrai sainte,
Vers toi j’attirerai les coeurs !

Afin que je puisse amasser
Une belle moisson dorée,
De tes feux daigne m’embraser !
Bientôt, de ta bouche adorée,
Donne-moi l’éternel baiser !

                 12 août 1895.

La gravure de la Sainte Face diffusée après le miracle et vénérée par Monsieur Dupont

2019-21. Du quatre-cent-vingt-cinquième anniversaire du Sacre de Sa Majesté le Roi Henri IV.

1594 – 27 février – 2019

Armes de France & Navarre

Ce mercredi 27 février 2019 en fin de matinée, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure SMTC le Roi Louis XX, a publié sur son compte Twitter le message suivant :

Tweett de Louis XX le 27 février 2019

Il y a vingt-cinq ans, le dimanche 27 février 1994, pour l’exact quatrième centenaire de ce Sacre, Monseigneur le Prince Louis (qui avait alors à peine 20 ans) s’était rendu à Chartres où il avait assisté à la Sainte Messe dominicale dans cette cathédrale où le premier Roi Bourbon avait reçu les onctions sacrées.

Mais au fait, savez-vous pourquoi Henri IV fut sacré à Chartres et non à Reims ?

Né le 13 décembre 1553 (cf. > ici et > ici), Henri, fils d’Antoine de Bourbon-Vendôme et de Jeanne d’Albret, fut baptisé dans la religion catholique. La mésentente et séparation de ses parents, lorsque Jeanne d’Albret devint reine de Navarre puis embrassa le protestantisme, fut la cause de plusieurs changements de confession pour le jeune Henri : lorsqu’il succèda à sa mère sur le trône de Navarre (1572), ce petit royaume pyrénéen était entièrement huguenot et le catholicisme en était banni. Nous avons pourtant plusieurs témoignages attestant que Henri de Navarre avait gardé, malgré son protestantisme officiel, une tendre dévotion à la Madone et qu’il portait le scapulaire !

Lorsque le Roi de France Henri III, alors son beau-frère, meurt assassiné par un dominicain fanatique (2 août 1589), il n’a pas de postérité.
Henri III de Navarre est son plus proche parent mâle par ordre de primogéniture, issu d’un mariage catholique (car même si Jeanne d’Albret apostasia ensuite, le mariage avec Antoine de Bourbon était un mariage catholique). Mais Henri de Navarre, quoique baptisé catholique, est alors calviniste : il manque donc une condition pour qu’il soit pleinement dynaste, puisque, selon les Lois fondamentales du Royaume, le Roi ne peut pas être d’une autre religion que la catholique.
Le Roi de France ne peut pas être sacré avec un rituel catholique, au cours d’une liturgie catholique pendant laquelle est célébrée la Sainte Messe catholique, et communier aux Précieux Corps et Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, s’il n’adhère pas à toute la foi catholique !

C’est la raison pour laquelle, derrière la fameuse Ligue et derrière les Guise, un grand nombre de catholiques considèrent que les conditions requises par les Lois fondamentales n’étant pas remplies en la personne d’Henri de Navarre, c’est le plus proche parent du Roi défunt remplissant toutes ces conditions qui est le Roi légitime, en l’occurrence le frère puiné d’Antoine de Bourbon-Vendôme (et donc oncle d’Henri de Navarre) : Charles de Bourbon, cardinal de Vendôme, archevêque de Rouen et primat de Normandie, que le parlement de Paris proclame Roi sous le nom de Charles X.
Malchance pour les ligueurs, leur « roi-cardinal » meurt le 9 mai 1590 ! Et le Royaume de France continue à se déchirer au cours d’une interminable guerre civile.

abjuration à Saint-Denys 25 juillet 1593

La solennelle abjuration de l’hérésie à Saint-Denys le 25 juillet 1593

Le 4 avril 1592, Henri de Navarre annonce son intention d’être instruit dans la foi catholique, et seize mois plus tard, le 25 juillet 1593, en la basilique nécropole royale de Saint-Denys, il abjure solennellement l’hérésie protestante.
Il est absolument certain que la phrase « Paris vaut bien une messe » n’est pas authentique, et même si l’intelligence politique n’est pas absente de cette conversion, il existe de multiples témoignages sérieux attestant dès lors de la profonde sincérité de l’adhésion d’Henri IV à la foi catholique.
La loi de catholicité étant pleinement remplie à la suite de toutes les autres Lois fondamentales, Henri est bien désormais sans conteste possible le Roi légitime de la France.

Henri IV devra toutefois encore affronter pendant de longs mois les ligueurs qui ne veulent le reconnaître. Et justement ce sont eux qui tiennent Reims : impossible de s’y rendre pour le Sacre. Or même si ce dernier ne fait pas le Roi, son importance est déterminante pour reconstituer l’unité du Royaume ; il importe donc de ne pas tarder pour le recevoir.
Les Bourbon-Vendôme ont un lien fort avec la cathédrale de Chartres : au XVème siècle, un ancêtre d’Henri, Louis 1er de Bourbon-Vendôme, a fait édifier, en action de grâces à la suite d’un vœu, une chapelle de style gothique flamboyant sur le bas-côté sud de la cathédrale, dite d’ailleurs « chapelle de Vendôme ».
Ainsi que le dit la chronique, la décision de faire de la cathédrale de Chartres le lieu de son Sacre tient à « la particulière dévotion que ses ancêtres, ducs de Vendômois, comme diocésains et principaux paroissiens, y avaient toujours portée ».
Ajoutons à cela que l’évêque de Chartres Nicolas de Thou est un vrai fidèle : opposé à la Ligue, il avait participé en 1591 à l’assemblée du clergé qui avait déclaré la bulle du pape Grégoire XIV excommuniant Henri de Navarre « nulle, injuste et suggérée par la méchanceté des ennemis de la France ». Il était présent à Saint-Denys pour l’abjuration solennelle du Roi.

sacre d'Henri IV à Chartres 27 février 1594

Sacre de SM le Roi Henri IV à Chartres le 27 février 1594

La sainte ampoule de Reims se trouvant aux mains des ligueurs, pour suppléer à son chrême miraculeux on fit venir une autre sainte ampoule conservée dans l’abbaye de Marmoutier, près de Tours, en laquelle était contenu un baume lui aussi miraculeux apporté du ciel par des anges pour guérir les blessures de Saint Martin.
Nicolas de Thou se hasarda même à affirmer que cette origine miraculeuse, attestée par Saint Sulpice-Sévère, Saint Venance Fortunat, Saint Paulin et le Bienheureux Alcuin, était plus certaine que celle de la sainte ampoule de Reims, dont ni Saint Remi ni Saint Grégoire de Tours n’avaient fait mention (!!!).

Pour ce Sacre du 27 février 1594, on déploya la plus grande pompe possible : la cathédrale avait été parée de façon somptueuse et tous les princes et grands seigneurs qui y assistèrent rivalisèrent de luxe.
Selon le témoignage d’un chroniqueur contemporain, les évêques de Nantes, de Digne, de Maillezais, d’Orléans et d’Angers, y figuraient comme pairs ecclésiastiques, subrogés aux évêques de Laon, de Langres, de Chalons et de Noyon, « les uns desquels étaient absents, ou mal disposés, ou morts ». Quant aux anciens pairs laïques, les ducs de Bourgogne, de Normandie et d’Aquitaine, les comtes de Toulouse, de Flandre et de Champagne, ils furent représentés par trois princes du sang (Conti, Soissons, Montpensier), et par trois ducs (Luxembourg-Piney, Retz et Ventadour). Le maréchal de Matignon remplit les fonctions de connétable. Le chancelier (de Chiverny), le grand maître (comte de Saint-Pol), le grand chambellan (duc de Longueville), et le grand écuyer (duc de Bellegarde), étaient présents.

Le lendemain, Nicolas de Thou remit au Roi, dans la forme accoutumée, le collier de l’ordre du Saint-Esprit.

Henri IV touchant les écrouelles

Henri IV touchant les écrouelles : « Le Roi te touche, Dieu te guérit ».

C’est donc avec une ferveur particulière en ce 27 février que nous avons repris les paroles du si populaire chant « Vive Henri IV » : « Au diable guerres, rancunes et partis ! Comme nos pères, chantons en vrais amis, au choc des verres les roses et les lys ! » Puis tournant notre pensée et notre cœur vers l’aîné de ses descendants, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon : « Chantons l’antienne qu’on chantera dans mille ans : que Dieu maintienne en paix ses descendants ! »

Vivent les Bourbons !
Vive la descendance d’Henri IV !
Vive le Roi Louis XX !

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Publié dans : Chronique de Lully, De liturgia, Memento, Vexilla Regis | le 28 février, 2019 |3 Commentaires »

2019-20. « C’est une grande grâce que, dans la vie de l’Eglise, le Seigneur ait suscité une personnalité aussi exubérante, riche et complexe que celle de saint Pierre Damien ».

23 février,
Fête de Saint Pierre Damien, ermite, cardinal et docteur de l’Eglise ;
Vigile de Saint Mathias, apôtre.

Saint Pierre Damien (1007-1072) n’est pas à proprement parler un saint populaire ; il est même relativement peu connu, et pourtant ce chercheur de Dieu, ce lettré, ce savant, cet ermite, cet évêque, ce cardinal, cet homme de Dieu engagé dans la réforme des mœurs d’un siècle qui, à bien des égards, ressemble beaucoup au nôtre, est finalement un saint très actuel.
Nous, qui vivons mille ans après lui, pouvons tirer un grand profit de ses exemples et de ses enseignements.
Voici la présentation qu’en avait faite Sa Sainteté le Pape Benoît XVI lors d’une audience générale, il y a dix ans.

Saint Pierre Damien

Saint Pierre Damien, revêtu de l’habit des ermites camaldules
offrant ses œuvres à la Madone

« C’est une grande grâce que, dans la vie de l’Eglise, le Seigneur ait suscité une personnalité aussi exubérante, riche et complexe que celle de saint Pierre Damien ».

Enseignement donné par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
lors de l’audience générale
du mercredi 9 septembre 2009

Chers frères et sœurs,

Au cours des catéchèses de ces mercredis, je traite certaines grandes figures de la vie de l’Eglise depuis ses origines. Je voudrais m’arrêter aujourd’hui sur l’une des personnalités les plus significatives du XIe siècle, saint Pierre Damien, moine, amant de la solitude et dans le même temps, intrépide homme d’Eglise, engagé personnellement dans l’œuvre de réforme commencée par les Papes de l’époque. Il est né à Ravenne en 1007 dans une famille noble, mais pauvre. Devenu orphelin de ses deux parents, il vécut une enfance marquée par les privations et les souffrances, même si sa sœur Roselinda s’engagea à lui servir de mère et son grand frère Damien l’adopta comme son enfant. C’est précisément pour cela qu’il sera appelé par la suite Pierre de Damien, Pierre Damien. Il suivit une formation d’abord à Faenza, puis à Parme où, à l’âge de 25 ans déjà, nous le trouvons engagé dans l’enseignement. A côté d’une bonne compétence dans le domaine du droit, il acquit une grande habileté et un raffinement dans l’art de composer – l’ars scribendi - et, grâce à sa connaissance des grands classiques latins, il devint l’« un des meilleurs latinistes de son époque, l’un des plus grands écrivains du Moyen Age latin » (J. Leclercq, Pierre Damien, ermite et homme d’Eglise, Rome, 1960, p. 172).

Il se distingua dans les genres littéraires les plus divers :  des lettres aux sermons, des hagiographies aux prières, des poèmes aux épigrammes. Sa sensibilité pour la beauté le conduisait à la contemplation poétique du monde. Pierre Damien concevait l’univers comme une « parabole » inépuisable et une étendue de symboles, à partir de laquelle il interprétait la vie intérieure et la réalité divine et surnaturelle. Dans cette perspective, aux alentours de l’an 1034, la contemplation de l’absolu de Dieu le poussa à se détacher progressivement du monde et de ses réalités éphémères, pour se retirer dans le monastère de Fonte Avellana, fondé quelques décennies plus tôt seulement, mais déjà célèbre en raison de son austérité. Pour édifier les moines, il écrivit la Vie du fondateur, saint Romuald de Ravenne, et s’engagea dans le même temps à en approfondir la spiritualité, en exposant son idéal de monachisme érémitique.

Il faut immédiatement souligner un détail:  l’ermitage de Fonte Avellana était consacré à la Sainte Croix, et la Croix sera le mystère chrétien qui, plus que tout autre, fascinera Pierre Damien. « Celui qui n’aime pas la croix du Christ n’aime pas le Christ », affirme-t-il (Sermo, XVIII 11, p. 117) et il se qualifie comme:  « Petrus crucis Christi servorum famulus - Pierre serviteur des serviteurs de la croix du Christ » (Ep. 9, 1). Pierre Damien adresse à la croix de très belles prières, dans lesquelles il révèle une vision de ce mystère aux dimensions cosmiques, car il embrasse toute l’histoire du salut:  « O bienheureuse Croix – s’exclame-t-il – la foi des patriarches, les prophéties des prophètes, le sénat des apôtres chargé de juger, l’armée victorieuse des martyrs et les foules de tous les saints te vénèrent, te prêchent et t’honorent » (Sermo, XVIII 14, p. 304). Chers frères et sœurs, que l’exemple de saint Pierre Damien nous pousse nous aussi à regarder toujours la Croix comme l’acte suprême d’amour de Dieu à l’égard de l’homme, qui nous a donné le salut.

Pour le déroulement de la vie érémitique, ce grand moine rédige une Règle, dans laquelle il souligne profondément la « rigueur de l’ermitage » :  dans le silence du cloître, le moine est appelé à passer une longue vie de prière, diurne et nocturne, avec des jeûnes prolongés et austères ; il doit s’exercer à une généreuse charité fraternelle et à une obéissance au prieur toujours prête et disponible. Dans l’étude et la méditation quotidienne, Pierre Damien découvre les significations mystiques de la Parole de Dieu, trouvant dans celle-ci une nourriture pour sa vie spirituelle. C’est dans ce sens qu’il qualifie la cellule de l’ermitage de « parloir où Dieu converse avec les hommes ». La vie érémitique est pour lui le sommet de la vie chrétienne, elle se trouve « au sommet des états de vie », car le moine, désormais libre des liens du monde et de son propre moi, reçoit « les arrhes de l’Esprit Saint et son âme s’unit heureuse à l’Epoux céleste » (Ep. 18, 17 ; cf. Ep. 28, 43sq). Cela apparaît important également pour nous aujourd’hui, même si nous ne sommes pas des moines :  savoir faire le silence en nous pour écouter la voix de Dieu, chercher, pour ainsi dire un « parloir » où Dieu parle avec nous :  apprendre la Parole de Dieu dans la prière et dans la méditation est le chemin de la vie.

Saint Pierre Damien, qui fut substantiellement un homme de prière, de méditation, de contemplation, fut également un fin théologien :  sa réflexion sur différents thèmes doctrinaux le conduit à des conclusions importantes pour la vie. Ainsi, par exemple, il expose avec clarté et vivacité la doctrine trinitaire en utilisant déjà, dans le sillage des textes bibliques et patristiques, les trois termes fondamentaux, qui sont ensuite devenus déterminants également pour la philosophie de l’Occident, processio, relatio et persona (cf. Opusc. XXXVIII:  PL CXLV, 633-642; et Opusc. II et III:  ibid., 41sq et 58sq). Toutefois, étant donné que l’analyse théologique du mystère le conduit à contempler la vie intime de Dieu et le dialogue d’amour ineffable entre les trois Personnes divines, il en tire des conclusions ascétiques pour la vie en communauté et pour les relations entre chrétiens latins et grecs, divisés sur ce thème. La méditation sur la figure du Christ a elle aussi des conséquences pratiques significatives, toute l’Ecriture étant axée sur Lui. Le « peuple des juifs – note saint Pierre Damien -, à travers les pages de l’Ecriture Sainte, a comme porté le Christ sur ses épaules » (Sermo XLVI, 15). Le Christ, ajoute-t-il, doit donc se trouver au centre de la vie du moine :  « Que le Christ soit entendu dans notre langue, que le Christ soit vu dans notre vie, qu’il soit perçu dans notre cœur » (Sermo VIII, 5). L’union intime avec le Christ engage non seulement les moines, mais tous les baptisés. Nous trouvons ici un rappel puissant, également pour nous, à ne pas nous laisser totalement prendre par les activités, par les problèmes et par les préoccupations de chaque jour, en oubliant que Jésus doit vraiment être au centre de notre vie.

La communion avec le Christ crée l’unité d’amour entre les chrétiens. Dans la lettre 28, qui est un traité d’ecclésiologie de génie, Pierre Damien développe une profonde théologie de l’Eglise comme communion. « L’Eglise du Christ – écrit-il – est unie dans le lien de la charité au point que, de même qu’elle est une en plusieurs membres, elle est tout entière mystiquement dans chacun des membres ; si bien que toute l’Eglise universelle se dénomme à juste titre unique Epouse du Christ au singulier, et chaque âme élue, par le mystère sacramentel, est considérée comme pleinement Eglise ». Cela est important:  non seulement l’Eglise universelle tout entière est unie, mais en chacun de nous devrait être présente l’Eglise dans sa totalité. Ainsi le service de l’individu devient « expression de l’universalité » (Ep. 28, 9-23). Toutefois, l’image idéale de la « sainte Eglise » illustrée par Pierre Damien ne correspond pas – il le savait bien – à la réalité de son temps. C’est pourquoi il ne craint pas de dénoncer l’état de corruption existant dans les monastères et parmi le clergé, en raison, avant tout, de la pratique de laisser les autorités laïques remettre l’investiture des charges ecclésiastiques :  plusieurs évêques et abbés se comportaient en gouverneurs de leurs propres sujets plus qu’en pasteurs des âmes. Souvent, leur vie morale laissait beaucoup à désirer. C’est pourquoi, avec une grande douleur et tristesse, en 1057, Pierre Damien quitte le monastère et accepte, bien qu’avec difficulté, la nomination comme cardinal évêque d’Ostie, entrant ainsi pleinement en collaboration avec les Papes dans l’entreprise difficile de la réforme de l’Eglise. Il a vu que la contemplation n’était pas suffisante et il a dû renoncer à la beauté de la contemplation pour apporter son aide à l’œuvre de renouveau de l’Eglise. Il a ainsi renoncé à la beauté de l’ermitage et avec courage il a entrepris de nombreux voyages et missions.

Pour son amour de la vie monastique, dix ans plus tard, en 1067, il obtient la permission de retourner à Fonte Avellana, en renonçant au diocèse d’Ostie. Mais la tranquillité à laquelle il aspirait dure peu de temps :  à peine deux ans plus tard, il est envoyé à Francfort dans le tentative d’empêcher le divorce d’Henri IV de sa femme Berthe ; et de nouveau deux ans plus tard, en 1071, il se rend au Mont Cassin pour la consécration de l’église abbatiale, et au début de 1072 il va à Ravenne pour rétablir la paix avec l’archevêque local, qui avait soutenu l’antipape en frappant la ville d’interdiction. Pendant le voyage de retour à son ermitage, une maladie subite le contraint à s’arrêter à Faenza dans le monastère bénédictin de « Santa Maria Vecchia fuori porta », et il y meurt dans la nuit du 22 au 23 février 1072.

Chers frères et sœurs, c’est une grande grâce que, dans la vie de l’Eglise, le Seigneur ait suscité une personnalité aussi exubérante, riche et complexe que celle de saint Pierre Damien et il n’est pas commun de trouver des œuvres de théologie et de spiritualité aussi pointues et vives que celles de l’ermite de Fonte Avellana. Il fut moine jusqu’au bout, avec des formes d’austérité qui aujourd’hui, pourraient presque nous sembler excessives. Mais de cette manière, il a fait de la vie monastique un témoignage éloquent du primat de Dieu et un rappel pour tous à cheminer vers la sainteté, libres de tout compromis avec le mal. Il se consuma, avec une cohérence lucide et une grande sévérité, pour la réforme de l’Eglise de son temps. Il consacra toutes ses énergies spirituelles et physiques au Christ et à l’Eglise, en restant toujours, comme il aimait se définir, Petrus ultimus monachorum servus, Pierre, le dernier serviteur des moines.

Cathédrale de Faenza - châsse de Saint Pierre Damien

Châsse renfermant les restes mortels de Saint Pierre Damien dans la cathédrale de Faenza

Nota bene :
Saint Pierre Damien, pour combattre l’immoralité de son époque et en particulier les mœurs contre-nature qui s’étaient largement répandues dans le clergé lui-même, a écrit « Le livre de Gomorrhe » dont on peut trouver le texte en ligne > ici.

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