Prologue librement inspiré par celui de l’Evangile selon Saint Luc.

Prologue librement inspiré par celui de l'Evangile selon Saint Luc. dans Annonces & Nouvelles dsc08042copiecopie

Le Maître-Chat Lully

« Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements – parfois totalement insignifiants – qui se produisent en ces temps, j’ai décidé moi aussi (puisque je suis chaque jour le témoin scrupuleusement attentif d’une aventure qui est, elle, véritablement hors du commun), de tenir pour vous, amis du Mesnil-Marie, sous la forme d’un récit assorti de commentaires personnels, une espèce de diaire de la fondation du Refuge Notre-Dame de Compassion.

Ainsi pourrez-vous, en suivant les péripéties de notre vie quotidienne, ou en vous associant aux évènements humains et surtout spirituels qui en jalonnent l’existence, garder un lien plus concret avec cette oeuvre que vous soutenez d’une fidèle et pieuse amitié.

Je réclame, bien évidemment, votre indulgence car je ne suis qu’un tout petit chat, mais vous savez aussi que j’occupe au Mesnil-Marie une place privilégiée (voir ici > www)… Puissent néanmoins ces lignes être utiles à tous pour conserver et resserrer le lien de la charité, dans la paix et la joie du coeur! »

patteschats chronique dans Chronique de LullyLully, l’Observateur.

Publié dans : Annonces & Nouvelles, Chronique de Lully | le 10 septembre, 2007 |Commentaires fermés

2014-107. Libérer le vol de l’âme…

24 novembre, fête de Saint Jean de la Croix.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

La fête que nous célébrons aujourd’hui, celle de Saint Jean de la Croix – le « docteur mystique » – , entre parfaitement dans la thématique générale de la dernière semaine de l’année liturgique : Saint Jean de la Croix, en effet, presque à chaque page, nous ramène à l’essentiel, nous ramène au sens de notre vie sur la terre qui est d’accomplir la sainte volonté de Dieu, de L’aimer et de Le servir de notre mieux ici-bas, afin de sauver notre âme.

Tandis que notre société contemporaine cherche avant tout la réussite et le confort terrestres, et ne voit dans la religion qu’une chose facultative, presque superflue, qui ne doit surtout pas gêner ce qu’un point de vue strictement « horizontal » considère comme le bonheur et les bonnes relations entre les hommes, la « verticalité » radicale de Saint Jean de la Croix paraît excessive et met mal à l’aise jusqu’à certains catholiques.

Pourtant Saint Jean de la Croix ne se lit, ne se comprend, ne s’assimile et ne se met en pratique que dans et par l’amour.
Saint Jean de la Croix n’est pas un stoïcien ; Saint Jean de la Croix n’est pas le théoricien de performances ascétiques recherchées pour elles-mêmes ; Saint Jean de la Croix n’est qu’un amant passionnément épris de Celui qui est l’Amour, et il est un entraîneur dans les voies de la connaissance et de la pratique de l’amour de l’Amour !
Un amour total, un amour sans concession, un amour ennemi des compromissions et des faux-semblants, un amour qui débusque impitoyablement les égoïsmes secrets cachés sous les apparences de vertu, un amour qui décape les vernis craquelés des caricatures d’amour pour libérer pleinement le vol amoureux de l’âme vers son Dieu-Amour !

Nous nous croyons si facilement libres alors que nous sommes ligotés par une multitude de liens ténus auxquels nous ne prenons pas garde ou que nous considérons avec trop de légéreté comme des choses sans importance, vénielles…

                                                    Lully.

Libérer le vol de l'âme - détail 1

Libérer le vol de l'âme - BD 1

Libérer le vol de l'âme - BD 2

Sur Saint Jean de la Croix voir aussi > www

Libérer le vol de l'âme - détail 2

& Toutes les B.D. publiées sur ce blogue > ici.

Publié dans : Bandes dessinées, De liturgia, Nos amis les Saints | le 24 novembre, 2014 |1 Commentaire »

2014-106. La fin des temps, la tribulation, le retour du Christ, le Jugement dernier et la vie du monde à venir.

Dimanche soir 23 novembre 2014,
XXIVe et dernier dimanche après la Pentecôte.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Nous avons médité, et tout au long de cette semaine – la dernière de l’année liturgique – nous allons continuer à méditer sur les magnifiques textes de la Messe de ce dimanche, dernier dimanche après la Pentecôte, dimanche de l’annonce de la fin des temps.
Frère Maximilien-Marie m’a rapporté le texte du sermon qu’a prononcé, à la Messe de ce dimanche, Monsieur l’Abbé Vannier, et j’ai l’autorisation de le publier sur mon blogue : je vous le livre donc à mon tour, afin qu’il vous aide à méditer sur les profonds et terrifiants mystères associés à la fin de ce monde, mais plus encore pour qu’il vous fortifie dans la foi, nourrisse votre espérance, stimule votre charité et votre zèle, au milieu des temps troublés que nous vivons…

Lully.

Chapelle Scrovegni à Padoue fresque du Jugement dernier Giotto di Bondone 1306

Giotto di Bondone : fresque du Jugement dernier
Padoue, chapelle Scrovegni – 1306

Sermon de Monsieur l’Abbé Henri Vannier
pour le dimanche de la fin des temps (24e ap. la Pentecôte),
23 novembre 2014

« Le monde et le temps prendront fin un jour.

Le Seigneur a donné des signes qui annonceront cette fin. Parmi eux, des événements terribles, des calamités, mais surtout l’épreuve finale du combat entre l’Eglise et les forces du mal antéchrist.

Sans doute que l’Eglise sera éclipsée et subira une persécution morale autant que physique à l’image de la Passion de Jésus-Christ. Car, cependant, le propos de l’Evangile n’est pas de nous troubler ou de nous effrayer, mais au contraire de nous consoler et de nous faire redoubler d’espérance : votre délivrance sera alors proche parce que le Christ reviendra victorieux dans la gloire.

Chers Amis, tout, autour de nous, a de quoi nous faire penser que nous sommes dans ces temps qui sont les derniers.
Au sujet de l’Eglise, voici ce qu’écrivait le Pape Benoît XVI : « Peut-être devons nous dire adieu à l’idée d’une Eglise rassemblant tous les peuples. Il est possible que nous soyons au seuil d’une nouvelle ère, constituée tout autrement de l’histoire de l’Eglise, où le christianisme existera plutôt sous le signe du grain de sénevé, en petits groupes apparemment sans importance, mais qui vivent intensément pour lutter contre le mal. Elle sera davantage l’Eglise de minorités, elle se perpétuera dans de petits cercles vivants, où des gens convaincus et croyants agiront selon leur Foi. »

Lorsque nous verrons l’abomination de la désolation : que celui qui peut comprendre comprenne…

Voici les événements qui marqueront la fin de ce monde : d‘abord le retour glorieux du Seigneur terrassant les forces impies et infernales. Nul n’en connaît ni l’heure ni le jour. Il se fera alors que le monde ne s’y attendra pas, mais il sera espéré et attendu par les fidèles.

Aura lieu alors la résurrection de tous les morts, qui précédera le Jugement dernier. Ce sera l’heure où ceux qui gisent dans la tombe en sortiront à l’appel de la voix du Fils de l’Homme ; ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux qui auront fait le mal pour la damnation. Le Jugement dernier révélera jusque dans tous ses secrets ce que chacun aura accompli durant sa vie. Il mettra en lumière la fidélité des justes et la malice des infidèles, mais aussi l’oeuvre de la grâce et de la miséricorde de Dieu.

Ce Jugement dernier sera général : le Christ y prononcera sa parole définitive sur toute l’histoire. Nous connaîtrons le sens ultime de toute l’oeuvre de la création et de toute l’économie du salut, nous comprendrons les chemins admirables par lesquels sa Providence aura conduit toutes choses vers leur fin.
Le Jugement dernier révélera que la justice de Dieu triomphe de toutes les injustices commises par ses créatures et que son amour est plus fort que la mort.

Alors, le Royaume de Dieu arrivera à sa plénitude. L’Eglise sera consommée dans la gloire céleste, les justes régneront avec le Christ dans la béatitude éternelle.
Tout l’univers lui-même, intimement lié au sort du genre humain sera transformé par la Puissance du Christ en lequel il trouvera sa perfection. Cette rénovation mystérieuse qui transformera le monde à la suite du triomphe de l’Eglise établira « les cieux nouveaux et la terre nouvelle ». Ce sera la réalisation définitive du dessein de Dieu de « ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres ».

Dans cet univers nouveau, la Jérusalem céleste, Dieu aura sa demeure parmi les hommes : « Il essuiera toute larme de leurs yeux ; de mort, il n’y en aura plus ; de pleurs, de cris et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé ».

L’Eglise réalisera l’unité du genre humain voulue par Dieu dès la création. Les élus unis au Christ formeront la Communauté des rachetés, la Cité Sainte de Dieu, l’épouse de l’Agneau. Celle-ci ne sera plus blessée par le péché, les fautes et les souillures. La vision béatifique dans laquelle la Très Sainte Trinité s’ouvrira de façon inépuisable aux élus, sera la source intarissable de bonheur, de paix et de communion. Amen. »

Giotto di Bondone - Christ du Jugement, fresque de Padoue 1306

Autres textes de ce blogue en rapport avec ce thème :
- Méditation pour le soir du dernier dimanche après la Pentecôte > www
- Cantique du Jugement dernier > www
- Du temps où surviendra la fin du monde et des signes qui la précèderont > www
- Au sujet du nombre des élus (St Augustin – extraits d’un sermon) > www
- Réalité de l’existence de l’enfer > www

Publié dans : De liturgia, Textes spirituels | le 23 novembre, 2014 |Pas de Commentaires »

2014-105. « L’extase de Sainte Cécile » peinte par Raphaël.

22 novembre,
fête de Sainte Cécile.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Au Mesnil-Marie, je vous l’ai déjà écrit, nous aimons particulièrement Sainte Cécile, célèbre vierge martyre romaine, et j’ai déjà eu l’occasion de vous présenter une hymne latine du XVe siècle que nous chantons volontiers en son honneur (cf. > O felix Caecilia).
En ce jour, où je souhaite une bonne fête patronale à tous nos amis musiciens et chanteurs, je vous propose aussi de prendre un moment pour contempler une célèbre toile de Raphaël (Raffaello Sanzio, 1483-1520) connue sous le nom de « l’extase de Sainte Cécile », mais parfois aussi comme « Sainte Cécile entourée de Saints ».

Raphaël l'extase de Sainte Cécile 1514-15 - Bologne

Raphaël : « l’extase de Sainte Cécile » 1414-1415 – Bologne

A l’origine, cette oeuvre – importante déjà par ses dimensions : 2,38 m de hauteur pour 1,50 m de largueur – est une commande pour une chapelle latérale de l’église San Giovanni in Monte, à Bologne.
En 1793, le tableau fut volé par les troupes de la révolution française et emporté à Paris ; restitué en 1815, il se trouve depuis lors à la Pinacothèque nationale de Bologne.

Dans cette oeuvre, Raphaël n’a pas voulu représenter quelque épisode de la vie ou du martyre de Sainte Cécile ; cette dernière n’est même pas figurée avec les attributs conventionnels de la virginité et du martyre – le lys et la palme – , comme elle l’est en d’autres fameuses compositions. L’artiste l’a simplement identifiée au moyen de l’orgue qu’elle tient en mains et des divers instruments qui sont déposés à ses pieds.

Celui qui regarde ce tableau d’une manière trop rapide ou superficielle n’y verra sans doute que la représentation du patronage de Sainte Cécile sur les musiciens, les luthiers et autres fabricants d’instruments de musique.
Mais un examen plus approfondi nous conduira bien plus avant dans le message que l’artiste a voulu délivrer au travers de cette oeuvre, et c’est à cela que je vous convie aujourd’hui.

Pour ce qui concerne les caractères techniques de la composition, on remarquera tout d’abord qu’il n’y a pas à proprement parler de perspective, puisqu’il n’y a pas de ligne de fuite. L’impression de profondeur est donnée par trois plans picturaux bien distincts, et par la taille donnée aux objets ou personnages qui les constituent.

La partie centrale, celle qui occupe le plus de place, est un groupe de cinq personnages : cinq saints.

Raphaël l'extase de Sainte Cécile - deuxième plan

Partie centrale du tableau : le groupe des saints.

- Au centre, se trouve Sainte Cécile. Elle est la seule à être représentée complètement de face.
Debout dans un vêtement élégant et richement brodé, légèrement déhanchée, la jeune femme relève délicatement la tête en même temps qu’elle l’incline un peu sur son épaule gauche. Ses yeux sont fixés au ciel dans une contemplation muette ; c’est sans doute de là que vient le nom donné au tableau : « l’extase de Sainte Cécile ».
Cécile en effet ne chante pas, ses lèvres sont fermées. Elle ne joue pas non plus de son instrument ; on remarque, tout au contraire, que ses mains retiennent à peine le petit orgue positif tenu à l’envers, dont les tuyaux commencent à se déboiter du sommier et semblent devoir rejoindre les divers instruments qui jonchent le sol.

Raphaël l'extase de Sainte Cécile détail l'orgue perdant ses tuyaux

L’inclinaison de la tête de la Sainte, son déhanchement – accentué par le mouvement de ses bras – et la position de son pied droit donnent une impression de gracilité presque fragile, mais il y a dans l’expression de son visage quelque chose qui, sans altérer sa profonde douceur, rayonne d’une solide détermination et d’un ferme détachement des choses terrestres…

Raphaël l'extase de Sainte Cécile détail visage de Sainte Cécile

Les quatre saints qui l’entourent sont :
- sur la gauche du tableau, d’abord Saint Paul, vêtu d’une tunique verte et enveloppé d’un manteau rouge, et Saint Jean, apôtre et évangéliste. On les identifie aisément à leurs attributs.
Saint Paul est accompagné d’une épée qui, dans l’iconographie traditionnelle, représente bien davantage le glaive de la Parole de Dieu (c’est lui-même qui, dans l’épître aux Hébreux, fait cette comparaison avec un glaive à double tranchant – cf. Heb. IV, 12) que l’épée par laquelle il fut martyrisé.
Saint Jean, quant à lui, peut être identifié grâce à l’aigle qui apparaît entre les plis du manteau de Saint Paul et la tunique de Sainte Cécile. Remarquez aussi le livre sur lequel est posé la serre de cet aigle : d’aucuns diront qu’il s’agit de l’Evangile écrit par Saint Jean, mais peut-être – comme on peut observer que ce livre possède un fermoir – l’artiste a-t-il voulu évoquer aussi le livre scellé à l’ouverture duquel Saint Jean a assisté dans les visions de l’Apocalypse, puis le livre qu’il lui a été ordonné de dévorer (cf. Apoc. V et X).

Raphaël l'extase de Sainte Cécile détail l'épée de Saint Paul et l'aigle de Saint Jean

- Du côté droit du tableau sont représentés Sainte Marie-Magdeleine et Saint Augustin :
Saint Augustin est revêtu d’une chape brodée et tient fermement sa crosse épiscopale dans la main droite.
Sainte Marie-Magdeleine, en vêtements clairs qui contrastent avec les teintes soutenues des vêtements de Saint Paul qui lui fait face, porte un petit vase évocateur de celui qui contenait le parfum de très grand prix qu’elle a répandu sur les pieds de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à Béthanie, quelques jours avant la Passion.

On remarque que Sainte Marie-Magdeleine est la seule dont le regard soit tourné vers nous, un regard qui semble nous scruter avec une insistance particulière.
Saint Paul, les paupières à demi abaissées, semble absorbé par une vision intérieure, tandis que, en arrière de Sainte Cécile dont nous avons déjà évoqué les yeux levés au ciel, Saint Jean et Saint Augustin échangent un regard d’une remarquable intensité.

Les têtes des cinq saints sont alignées sur une même ligne horizontale (on appelle ce principe pictural « isocéphalité »), ce qui semble indiquer qu’il ne sont pas inférieurs en sainteté les uns par rapport aux autres. C’est l’alignement de ces cinq visages, avec leurs expressions propres, qui donne en réalité la ligne d’horizon du tableau, bien plus que les quelques détails paysagers qui apparaissent tout au fond.

Raphaël l'extase de Sainte Cécile deuxième plan détail - les têtes des Saints

La verticalité de la composition est assurée par l’épée de Saint Paul d’un côté, et par la crosse de Saint Augustin, prolongée par l’ombre de la robe de Sainte Marie-Magdeleine de l’autre.
Enfin une espèce de croix de Saint André, un X dont les deux branches ne sont pas exactement égales ni symétriques, structure encore le groupe des cinq personnages : une première diagonale puissante, véritable ligne de force, part de l’oeil de Saint Paul, court le long de son avant-bras, continue sur l’avant-bras de Sainte Cécile et les tuyaux de l’orgue, pour descendre en dessous de la jambe de Sainte Marie-Magdeleine ; la seconde diagonale descend du bras de Sainte Marie-Magdeleine et passe par le bord du sommier de l’orgue pour aboutir à l’oeil acéré de l’aigle. Avec la ligne verticale de la crosse de Saint Augustin, ces deux diagonales circonscrivent exactement l’orgue dans un triangle rectangle presque parfait.
Je ne suis pas très habile pour tracer des traits droits sur une image, mais j’ai néanmoins tenté de faire figurer ces axes de la composition sur le cliché ci-dessous.

Raphaël l'extase de Sainte Cécile lignes de composition

Je vous parlais de trois plans picturaux, et j’ai commencé, en vous détaillant les personnages, par vous parler en fait du deuxième plan : il est vrai que c’est celui auquel s’attachent spontanément et naturellement nos regards.
Mais cela ne doit néanmoins pas nous faire oublier les deux autres plans : le premier plan consiste, au bas de la composition, en un amoncellement d’instruments de musique, et le troisième plan, tout en haut, figure un choeur céleste.

Considérons donc maintenant le premier plan (que certains spécialistes pensent ne pas être de la main de Raphaël lui-même : l’artiste en aurait laissé la réalisation à l’un de ses collaborateurs, spécialiste des natures mortes : Giovanni da Udine). Il représente, avons-nous dit, un amoncellement d’instruments : une viole, plusieurs tambourins, une paire de cymbales, des flutes et un triangle.
Ces instruments sont disposés sans ordre apparent, certains sont entremêlés. Il se dégage d’eux un sentiment d’abandon. Ils sont muets, et certains donnent même l’impression d’être abîmés.
Comme je l’ai expliqué plus haut, l’orgue que Sainte Cécile tient encore dans ses mains ne sonne plus et ses tuyaux qui se détachent vont bientôt rejoindre les instruments qui gisent sur le sol… 

Raphaël l'extase de Sainte Cécile - premier plan

Tout à l’opposé, dans le haut du tableau, en troisième plan, apparaît un choeur céleste.
Les cieux sont ouverts et, assis sur les nuées, six anges chantent en suivant les indications notées dans deux livres ouverts : ce troisième plan, qu’un oeil superficiel considérerait facilement comme un pur détail, constitue en réalité la clef d’interprétation de tout le tableau.

Comme la grande majorité des artistes du quatrocento, en effet, Raphaël était pétri par une culture humaniste et chrétienne dont la plupart de nos contemporains n’ont pas la moindre idée, et qui est sous-jacente à ses compositions : l’artiste ne se contentait donc pas de peindre de « jolies choses », purement décoratives, mais il transmettait dans sa peinture un message symbolique et spirituel nourri par la connaissance des auteurs antiques (spécialement les platoniciens et néo-platoniciens), des Saintes Ecritures et des Pères de l’Eglise.

Au premier plan, nous l’avons vu, les instruments terrestres gisent muets.
Au deuxième plan, les saints n’ouvrent pas la bouche : l’orgue s’échappe des mains de Sainte Cécile ; mais en revanche on peut dire que leurs yeux parlent.
Au troisième plan, les anges chantent.
Et ces anges sont six.
Saint Augustin, spécialement expert à décrypter les mystères contenus dans les nombres, a expliqué que le six est un chiffre parfait, puisqu’il est le seul à être égal à la somme des chiffres par lequel il peut être divisé (6 = 1 + 2 + 3). Le six exprime donc la perfection secrète contenue dans les oeuvres de Dieu.
Les six anges qui chantent symbolisent donc la louange parfaite que la créature peut rendre à son Créateur.

Raphaël l'extase de Sainte Cécile - troisième plan

Au premier plan, l’amoncellement des instrument dont personne ne joue symbolise la musica instrumentalis - la musique instrumentale - , qui n’est faite, quelle que soit la perfection des harmonies qu’ont élaborées les compositeurs, que de vibrations physiques, de sons qui n’ont pas de sens si l’esprit de l’homme ne vient lui en donner.
Au deuxième plan, figurée par les Saints, est la musica spiritualis - la musique spirituelle – qui est justement celle dans laquelle le génie de l’homme a insufflé la capacité d’élever l’âme à un certain degré de contemplation : ainsi sont les psaumes, les hymnes et les cantiques spirituels dont Saint Paul dit qu’ils sont utiles à la sanctification de chacun et à la cohésion de toute l’Eglise (Eph. V, 19).
Enfin au troisième plan, qui est le plan supérieur, se situe la musica caelestis – la musique céleste – , la sublime harmonie et jubilation parfaite qui jaillit du partage éternel de la vision divine et de la communion absolue à la vie intime de Dieu.

Les Saints qui sont ici représentés n’ont certainement pas été choisis par hasard, ni simplement parce que les commanditaires du tableau auraient eu une dévotion particulière à leur endroit. Il y a une cohésion profonde dans le choix de ces cinq habitants des cieux, une cohésion profonde avec le fait que ce tableau s’articule autour du personnage de Sainte Cécile, céleste protectrice des musiciens.

« Cantantibus organis, Caecilia Domino decantabat dicens : Fiat cor meum immaculatum, ut non confundar ». Tandis que les instruments chantaient, Cécile, elle, chantait sans relâche (dans son coeur) pour le Seigneur en disant : que mon coeur soit sans tache, afin que je ne sois pas confondue.
La première et très célèbre antienne de l’office de Sainte Cécile, illustre bien le passage de la musica instrumentalis à la musica spiritualis : de la musique instrumentale à la musique spirituelle, des sons joués par les instruments matériels au chant spirituel, qui est prière et qui transforme toute la vie de l’homme en louange divine par la pratique des vertus pour parvenir ensuite à la contemplation céleste, à l’ineffable musica caelestis.

Raphaël l'extase de Sainte Cécile - yeux de Sainte Cécile

Saint Paul, ainsi qu’il en témoigne dans la seconde épître aux Corinthiens (2 Cor. XII 2-4), fut élevé jusqu’au troisième ciel et, dans son ravissement, y entendit des harmonies célestes intraduisibles dans la langue des hommes.
Saint Jean, comme il l’a décrit dans l’Apocalypse, a vu la liturgie qui se célèbre autour du trône de Dieu, et il a retranscrit les hymnes que chantent les anges et les saints.
Sainte Marie-Magdeleine, selon la tradition, dans la solitude de la Sainte Beaume, sept fois par jour, était emportée aux cieux par les anges pour y chanter avec eux la louange divine.
Saint Augustin enfin, notre glorieux Père Saint Augustin, dont les résistances à la grâce cédèrent et furent emportées comme lorsque des flots tempétueux rompent un barrage, au moment où, dans le jardin de Milan, il entendit une voix enfantine chanter  « Tolle ! Lege ! Prends ! Lis ! », a rédigé un traité sur la musiqueDe Musica - dans lequel, après avoir exposé les règles de la métrique et de la rythmique, analysant les mouvements du cœur et de l’esprit humain, les mouvements des corps et de l’univers, il remonte d’harmonie en harmonie, comme par une échelle mystique, jusqu’à l’Harmonie éternelle et immuable, Dieu, Principe et Ordonnateur de l’harmonie universelle.

Raphaël l'extase de Sainte Cécile détail visage de Saint Augustin

Que cette divine harmonie habite dans vos coeurs et préside à vos vies, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, et que, grâce à la glorieuse intercession de Sainte Cécile, nous menions une sainte vie ici-bas pour être finalement trouvés dignes de nous retrouver tous dans les cieux et d’y chanter ensemble les divines et éternelles louanges !

Lully.

Chat pianiste

2014-104. « Elle venait, avec un amour non pareil, se donner, dédier et consacrer à Dieu sans réserve. »

Extraits du premier sermon
de
Saint François de Sales
pour
la fête de la Présentation de Notre-Dame.

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Selon la grande tradition spirituelle de l’Ecole Française, la fête de la Présentation de la Bienheureuse Vierge Marie au Temple – le 21 novembre - , est une fête importante en notre Mesnil-Marie.
Nous sommes, bien évidemment, très fermement opposés aux théories modernes – ou plus exactement modernistes – qui nient la réalité historique de cet évènement.

Dans les pages de ce blogue, j’ai déjà publié la traduction de l’hymne liturgique particulier à cette fête que l’on trouve dans l’ancien propre de l’archidiocèse de Paris (ici > www), un extrait de la méditation de Monsieur Olier pour cette fête (ici > www), ainsi que des extraits du texte de Saint Alphonse de Ligori consacré à ce mystère dans « les Gloires de Marie » (ici > www).

Voici aujourd’hui  des extraits d’un sermon de Saint François de Sales (dans notre édition des « Oeuvres de Saint François de Sales », il y a deux sermons pour cette fête, les extraits que nous publions ci-dessous appartiennent au premier).
Ce sermon fut prononcé pour les religieuses de la Visitation pour lesquelles, ainsi que dans un certain nombre de congrégations religieuses et de familles spirituelles, cette fête donne l’occasion d’une cérémonie particulière du renouvellement des saints voeux.

Lully.    

Colin de Vermont cathédrale St-Louis Versailles

La Présentation de la Très Sainte Vierge au Temple
tableau de la cathédrale Saint-Louis de Versailles par Hyacinthe Collin de Vermont (1693-1761)

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« (…) Cette Sainte Vierge donc n’étant encore âgée que de trois ans, fut apportée une partie du chemin de Nazareth en Jérusalem pour être offerte à Dieu en Son Temple, et l’autre partie elle y vint avec ses petits pieds. O Dieu ! que j’eusse bien désiré de me pouvoir représenter la consolation et suavité de ce voyage.
Ceux qui allaient au Temple de Jérusalem pour y présenter des offrandes à la divine Majesté chantaient le long du chemin le psaume : « Beati immaculati in via, qui ambulant in lege Domini ; bienheureux sont ceux qui marchent sans macule et sans tache de péché en la voie des commandements de Dieu. » O combien gracieusement et avec quelle mélodie est-ce que l’entonna notre glorieuse Reine et Maîtresse ? de quoi les anges furent tellement ravis et étonnés, que troupes à troupes ils venaient pour écouter cette divine harmonie, et les cieux ouverts ils se penchaient sur les balustres de la Jérusalem céleste, pour considérer cette Sainte Vierge, laquelle étant parvenue au Temple.
O mes chères âmes, combien allègrement pensez-vous qu’elle monta les quinze degrés de l’autel ; car elle venait, avec un amour non pareil, se donner, dédier et consacrer à Dieu sans réserve ; et semble que si elle eût osé elle eût dit à ces bonnes dames qui élevaient les filles que l’on dédiait à Dieu dans le Temple : Me voici entre vos mains comme une boule de cire, faites de moi tout ce qu’il vous plaira, je ne ferai nulle résistance à votre volonté.
Aussi était-elle si soumise qu’elle se laissait tourner à toute main, sans jamais témoigner aucune inclination à chose quelconque, se rendant si condescendante qu’elle ravissait tous ceux qui la voyaient, commençant dès-lors à imiter son divin Fils, lequel devait être si soumis à la volonté d’un chacun, que nonobstant qu’il fût en Son pouvoir de résister à tous, Il ne le voulut pourtant jamais faire : et si bien au commencement de Sa Passion il montra Sa toute-puissance, lorsque comme un lion de la tribu de Juda Il se prit à rugir cette parole : « Ego sum, c’est Moi », quand les Juifs Le cherchant pour Le faire mourir, Il leur demanda : « Quem quaeritis ? Qui cherchez-vous ? » Ils Lui dirent : Jésus de Nazareth. C’est Moi, leur dit-il, et par cette parole Il les renversa tous par terre. Mais soudain les ayant fait relever, Il cacha Sa toute-puissance sous le manteau d’une sainte mansuétude et débonnaireté, si bien que dès-lors ils Le prirent et Le conduisirent à la mort, sans que jamais ils vissent en Lui aucune résistance, leur permettant non seulement de Le tondre et dépouiller comme un doux agnelet, mais encore de Lui ôter jusqu’à Sa propre vie, pour accomplir la volonté de Son Père éternel.
Donc la Sainte Vierge, prévoyant cela, se soumit en toute chose, sans réserve quelconque, à tout ce qu’on voulait d’elle, se donnant et abandonnant totalement à la merci de la divine volonté ; mais avec tant de perfection, que jamais nulle créature ne se donna ni s’abandonna si absolument et si parfaitement à la divine Majesté, comme elle fit non seulement en sa sainte conception, mais encore en sa présentation, qui est pour vous autres, mes chères soeurs, une très grande solennité, puisqu’en icelle vous vous venez derechef offrir et consacrer à Dieu par le renouvellement et confirmation de vos voeux.
Or la coutume de faire ce renouvellement s’est toujours pratiquée, et dès le commencement de l’Eglise les anciens chrétiens la pratiquaient au jour anniversaire de leur baptême, qui était le jour qu’ils s’étaient dédiés à Dieu (…). Certes, il est très à propos que les religieux et religieuses les imitent, et fassent tous les ans une fête particulière, au jour de leur dédicace et de leur entrée en la religion : mais d’autant qu’ils ne doivent rien avoir de particulier, vous avez très à propos, mes chères soeurs, choisi le jour de la présentation de Notre-Dame, pour faire ce renouvellement toutes ensemble, et vous offrir derechef à la divine Majesté, sous la protection de cette Sainte Vierge, afin de l’accompagner en son offrande : en quoi se vérifie ce qui a été prédit par le saint prophète David, que plusieurs vierges seraient, à son imitation, amenées après elle au Temple de Dieu pour Lui être offertes et consacrées pour servantes perpétuelles, « Adducentur Regi virgines post eam et proximae ejus afferentur tibi, in laetitia, et exultatione adducentur in Templum Regis » : or il est dit encore qu’elles seront amenées, et viendront avec joie et exultation. C’est donc un jour de joie et de consolation pour vos âmes, que le jour de votre renouvellement et commémoration de votre dédicace à la divine bonté. (…) »

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Extrait du coutumier et directoire
pour les Soeurs Religieuses de la Visitation Sainte Marie :

Coutumier de la Visitation - 21 novembre 001

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Publié dans : De liturgia, De Maria numquam satis, Textes spirituels | le 20 novembre, 2014 |1 Commentaire »

2014-103. In memoriam : Dom Marie-Grégoire Girard, osb.

4 mars 1932  -  17 ou 18 novembre 2013

Dom Marie-Grégoire Girard

Dom Marie-Grégoire Girard, osb
(photo reproduite avec l’aimable autorisation de son auteur, Monsieur G. Emery, ami du Père)

A l’occasion du premier anniversaire de sa mort, laissez-moi vous parler d’un homme assez extraordinaire que j’ai un peu connu : moine bénédictin,  ermite, ascète, veilleur, témoin de la lumière dans les ténèbres de ce monde, le Père Marie-Grégoire.

Michel Girard était né le 4 mars 1932 à Fontainebleau. Entré tout jeune homme à l’abbaye bénédictine de Fleury (Saint-Benoît sur Loire), où il reçut le nom de Frère Marie-Grégoire, il prononça les voeux monastiques le 18 novembre 1952 – huit mois et demi après son vingtième anniversaire – , puis fut ordonné prêtre le 11 juin 1960.

Après quatorze ans de vie commune, appelé à une plus extrême radicalité, sa vocation à la vie érémitique ayant été authentifiée par ses supérieurs et conseillers spirituels, il entra en solitude en janvier 1965.
Il s’installa d’abord dans de vieux bâtiments du village de Sainte-Croix, à quelques kilomètres à l’ouest de Die ; puis en 1967, il trouva un lieu encore plus conforme à la vie très austère et retirée à laquelle il aspirait, sur une crête, à quelque 760 m d’altitude au-dessus du tout petit village de Saint-Andéol en Quint, toujours dans le Diois.

Son ermitage était une petite cabane de planches, de la taille d’un abri de jardin, sans confort et sans électricité bien sûr. Le Père disait plaisamment qu’il avait l’eau courante, en désignant la source qui sourdait une cinquantaine de mètres en contrebas de son ermitage (avec une pente avoisinant les 80%).
Pour rendre visite au Père Marie-Grégoire, il fallait laisser son véhicule sur la place de Saint-Andéol en Quint, près de la minuscule église, puis, par un chemin étroit – malaisé en certains passages (je me souviens d’y être allé à l’automne et on pouvait facilement glisser) – monter, monter, monter à travers la forêt, pendant environ trois quart d’heure.

Son alimentation était strictement végétarienne et, en quarante-huit ans de vie érémitique, le Père Marie-Grégoire n’a jamais vu le médecin.
Homme de très profonde spiritualité – sinon il n’aurait pas « duré » dans cette solitude ! – , accueillant à tous avec bonhommie, son regard pénétrant semblait aller jusqu’aux tréfonds de l’âme de celui avec qui il conversait.
Sérieux, certes, rayonnant de la foi tranquille qui l’habitait même lorsque la conversation ne tournait pas sur un sujet pieux, « l’ermite du Diois » portait un regard d’une impitoyable lucidité sur les dérives du monde contemporain, les travers de notre société, et les déviances ou errances de « l’Eglise dans le monde de ce temps » (et sur certains « hommes d’Eglise » qui ne sont pas des « hommes de Dieu »).
Mais si ses propos étaient fermes, au point de sembler durs à entendre pour certaines oreilles, ils n’étaient cependant jamais amers, et Dom Marie-Grégoire persillait volontiers la conversation de traits d’humour, voire de réflexions un peu goguenardes, qui faisaient pétiller ses pupilles d’une malice quasi enfantine.

« Travailleur infatigable, tant manuellement qu’intellectuellement, il avait entièrement écrit et confectionné à la main ses livres d’office, et composé quelques volumineux ouvrages bibliques et apolégétiques » (homélie des obsèques prononcée par le T.Rd. Père Abbé de Fleury, le 29 novembre 2013).

« Paradoxalement, cet ermite perché sur son nid d’aigle, totalement en marge de la société, connut un large rayonnement (…). Sa vie rayonna parce qu’elle était « cachée avec le Christ en Dieu » (Col. III, 1), qu’il n’y avait pas de hiatus entre ce qu’il professait et ce qu’il pratiquait, qu’il possédait le sens des relations, connaissant tout le monde, se souvenant du nom de chacun, priant pour tous. Il réussit à harmoniser un retrait du monde sans compromis et une présence attentive à celui-ci ; il nous indique ainsi le secret de l’apostolat : ce n’est pas une affaire de recettes, de méthodes ou d’organisation, mais d’authenticité de vie, de ferveur intérieure et de forte conviction » (ibid.).

C’est un promeneur qui, le 18 novembre 2013, trouva le corps sans vie du Père, recouvert d’une mince pellicule de neige, son bidon à côté de lui, entre son ermitage et la source. Comme il avait un peu neigé dans les premières heures de cette journée du 18 novembre, on en a déduit qu’il était mort soit le 17, soit aux premières lueurs du 18 : le jour du soixante et unième anniversaire de sa profession monastique !
Comme lors de la profession des saints voeux, d’ailleurs, il était prosterné de tout son long, visage contre terre… 

Beaucoup de ceux qui l’ont connu, beaucoup de ceux qui – un peu « dérangés » par le choc de leur première rencontre avec ce veilleur sur la montagne – ont décidé de remonter à son ermitage pour interroger, se laisser interroger et écouter, beaucoup de ceux qui entretenaient avec lui une correspondance, n’hésitent pas à dire qu’ils ont connu en lui un véritable saint : un saint à la manière des anciens pères du désert, un saint aux vertus plus éclatantes que celles de certains récents « canonisés » dont l’impact semble plus médiatique ou idéologique que profondément surnaturel.
Ce que j’ai moi-même personnellement retenu de mes échanges avec Dom Marie-Grégoire est trop personnel pour que j’en fasse état ici aujourd’hui, mais, n’ayant appris son décès que plusieurs longues semaines après, je ne pouvais laisser passer le premier anniversaire de son rappel à Dieu sans, dans ma modeste mesure, rendre témoignage de la vie quotidiennement héroïque qui fut la sienne…

Ut in omnibus glorificetur Deus
Afin qu’en toutes choses Dieu soit glorifié

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

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Publié dans : Memento | le 17 novembre, 2014 |3 Commentaires »

2014-102. Quatre-cent-cinquantième anniversaire de la profession de foi tridentine.

1564 – 13 novembre – 2014
450 ans

Armoiries de Pie IV (Jean-Ange de Médicis)

Armoiries de Sa Sainteté le Pape Pie IV

Il y a quatre-cent-cinquante ans, le 13 novembre 1564, conformément aux décisions du saint concile de Trente concernant la réforme générale de l’Eglise afin d’assurer la transmission de la doctrine catholique authentique, par les Constitutions Apostoliques « Iniuctum nobis » et « In sacrosancta Beati Petri » publiées toutes deux en ce jour, Sa Sainteté le Pape Pie IV rendit obligatoire dans toute l’Eglise une profession de foi : tous les évêques, tous les prêtres et tous les clercs chargés d’enseigner devraient désormais en faire une profession publique avant d’entrer en fonction.
A la suite du premier concile du Vatican, en 1877, cette profession de foi tridentine fut complétée par deux ajouts.
En 1910, le Pape Saint Pie X y  ajouta le serment antimoderniste (dont le texte a déjà été publié dans les pages de ce blogue > www) et l’ensemble de cette « profession de foi catholique » fut mis en tête du Code de Droit canonique publié en 1917.
Comme nous avions eu l’occasion de le dire (cf. > www), Paul VI abrogea l’obligation de ce serment en 1967, jusqu’à ce que, en 1998, Jean-Paul II promulgue une nouvelle profession de foi, qui n’a ni la même teneur ni la même force.
A l’occasion de ce quatre-cent-cinquantième anniversaire, il nous a paru judicieux et utile pour la foi de nos amis et de nos lecteurs, de redonner ci-dessous la traduction en français du texte de cette « profession de foi tridentine ».

Arnolfo di Cambio St Pierre (Vatican)

Basilique de Saint-Pierre au Vatican :
Statue de Saint Pierre par Arnolfo di Cambio (vers 1300)

Moi, N…, je crois et je professe d’une foi ferme tous et chacun des articles contenus dans le symbole de la foi dont se sert l’Église romaine, c’est-à-dire : 

Nous croyons en un Dieu, Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, de toutes les choses visibles et invisibles ; et en un Seigneur Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, engendré du Père avant tous les siècles, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non créé, consubstantiel [homoousios] au Père, par qui tout a été fait ; qui pour nous, les hommes, et pour notre salut, est descendu des cieux, par le Saint Esprit s’est incarné de la Vierge Marie, et s’est fait homme ; il a été crucifié pour nous sous Ponce Pilate ; a souffert ; a été enseveli, est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures, est monté aux cieux ; il siège à la droite du Père et il reviendra en gloire juger les vivants et les morts ; son règne n’aura pas de fin ; et en l’Esprit Saint, le Seigneur, qui vivifie ; qui procède du Père et du Fils ; qui avec le Père et le Fils est conjointement adoré et glorifié ; qui a parlé par les prophètes. 

Et en une Eglise sainte, catholique et apostolique. Nous confessons un baptême pour la rémission des péchés. Nous attendons la résurrection des morts et la vie du siècle à venir. Amen.

J’accepte et j’embrasse très fermement les traditions apostoliques et celles de l’Église, et toutes les autres observances et constitutions de cette même Église. De même j’accepte l’Écriture sainte, suivant le sens qu’a tenu et que tient notre sainte mère l’Église, à qui il appartient de juger du véritable sens et de l’interprétation des saintes Écritures. Je n’accepterai et je n’interpréterai jamais l’Écriture que selon le consentement unanime des Pères.

Je professe aussi qu’il y a, véritablement et à proprement parler, sept sacrements de la Loi nouvelle, institués par notre Seigneur Jésus-Christ et nécessaires au salut du genre humain, bien que tous ne le soient pas pour chacun : le baptême, la confirmation, l’Eucharistie, la pénitence, l’extrême-onction, l’ordre et le mariage. Ils confèrent la grâce et, parmi eux, le baptême, la confirmation et l’ordre ne peuvent être réitérés sans sacrilège. Je reçois et j’accepte aussi les rites reçus et approuvés de l’Église catholique dans l’administration solennelle des dits sacrements.

J’embrasse et je reçois tous et chacun des articles qui ont été définis et déclarés au saint concile de Trente sur le péché originel et la justification.

Je professe également qu’à la messe est offert à Dieu un sacrifice véritable, proprement dit, propitiatoire pour les vivants et les morts, et que, dans le très saint sacrement de l’Eucharistie, se trouvent vraiment, réellement et substantiellement le corps et le sang, conjointement avec l’âme et la divinité de notre Seigneur Jésus-Christ, et qu’un changement s’accomplit, de toute la substance du pain en son corps et de toute la substance du vin en son sang, changement que l’Église catholique appelle transsubstantiation. J’affirme aussi que, sous une seule des espèces, c’est le Christ tout entier et complet et le véritable sacrement qu’on reçoit.

Je tiens sans défaillance qu’il y a un purgatoire et que les âmes qui y sont retenues sont aidées par les intercessions des fidèles. Et également que les saints qui règnent conjointement avec le Christ doivent être vénérés et invoqués ; qu’ils offrent pour nous des prières à Dieu et que leurs reliques doivent être vénérées. Je déclare fermement qu’on peut avoir et garder les images du Christ et de la mère de Dieu toujours vierge, ainsi que celles des autres saints, et qu’il faut leur rendre l’honneur et la vénération qui leur sont dus. J’affirme aussi que le pouvoir des indulgences a été laissé par le Christ dans l’Église et que leur usage est très salutaire au peuple chrétien.

Je reconnais la sainte, catholique et apostolique Église romaine comme la mère et la maîtresse de toutes les Églises. Je promets et je jure vraie obéissance au Pontife romain, successeur du bienheureux Pierre, chef des Apôtres. et vicaire de Jésus-Christ.

Je reçois et je professe sans en douter tout ce qui, par les saints canons et par les conciles oecuméniques, principalement par le saint concile de Trente [et par le concile oecuménique du Vatican (1)], a été transmis, défini et déclaré [spécialement sur le primat du Pontife romain et son magistère infaillible (1)]. En même temps, je condamne, je rejette et j’anathématise également tout ce qui leur est contraire et toute espèce d’hérésie condamnée, rejetée et anathématisée par l’Église.

Cette vraie foi catholique, hors de laquelle personne ne peut être sauvé, que je professe présentement de plein gré et que je tiens sincèrement, moi, N… je promets, je prends l’engagement, et je jure de la garder et de la confesser, Dieu aidant, entière et inviolée, très fidèlement jusqu’à mon dernier soupir, et de prendre soin, autant que je le pourrai, qu’elle soit tenue, enseignée et prêchée par ceux qui dépendent de moi ou par ceux sur qui ma charge me demandera de veiller. Qu’ainsi Dieu me soit en aide et ces saints Évangiles. 

(1) : Ajouts de 1877.

Tiare et clefs de Saint Pierre

Cantique : « Coeur Sacré du divin Jésus »

Ce n’est un secret pour personne : au Mesnil-Marie nous avons une grande dévotion pour le Sacré-Coeur de Notre-Seigneur Jésus-Christ et nous en diffusons le culte autant que nous le pouvons.
Or nous sommes toujours étonnés de constater que, dans les chapelles et lieux de culte traditionnels où la dévotion au Sacré-Coeur a été maintenue (parce que malheureusement dans les églises où l’on pratique la nouvelle liturgie, à quelques exceptions près, là, on ne retrouve quasi plus rien : le culte du Coeur de Jésus a en effet été l’un des cibles privilégiées des destructions modernistes), le répertoire des cantiques en français en l’honneur du Coeur adorable de Notre-Seigneur ne se réduit habituellement plus qu’à trois ou quatre chants, alors que les anciens recueils en contenaient des dizaines.
Certes, la qualité musicale et la profondeur spirituelle n’étaient pas toujours au rendez-vous de ces compositions… Néanmoins, il existe quelques chants qui, nous semble-t-il, pourraient être tirés des oubliettes où les ont relégués le grand nettoyage par le vide de la seconde moitié du XXe siècle.
En voici un, extrait du « Recueil de cantiques populaires » de Monseigneur Joseph Besnier, jadis directeur de la maîtrise de la cathédrale de Nantes : l’abbé E. Blineau avait composé des paroles sur une mélodie attribuée à Jean-Sébastien Bach, mais qui est probablement plus ancienne, puisque l’on sait qu’il arrivait fréquemment au Cantor de Leipzig de réutiliser pour ses chorals des airs religieux populaires.

C’est un cantique que nous aimons beaucoup et que nous espérons vous faire aussi aimer, et peut-être apprendre pour le chanter en famille ou en paroisse…

Cantique Coeur Sacré du divin Jésus

Sacré-Coeur

Publié dans : Prier avec nous | le 7 novembre, 2014 |1 Commentaire »

2014-101. Ad multos annos !

2004 – 6 novembre – 2014

Dixième anniversaire de mariage

6 novembre 2004 - mariage de Mgr le Prince Louis

Le samedi 6 novembre 2004, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, âgé de trente ans, épousait Mademoiselle Marie-Marguerite Vargas Santaella - descendante du conquistador espagnol Alphonse (Alonso) de Ojeda – , de neuf ans sa cadette.

Ce mariage fut célébré en l’église Saint-Stanislas-de-Cracovie du village de Altos de Chavon, à La Romana (République Dominicaine).
Le mariage civil avait eut lieu la veille, vendredi 5 novembre, à Caracas, au Vénézuela, patrie de la jeune épouse.

A l’occasion du dixième anniversaire de ce mariage, auquel le Ciel a accordé la bénédiction de trois magnifiques enfants (la Princesse Eugénie – née le 5 mars 2007 – , Monseigneur le Dauphin Louis, duc de Bourgogne – né le 28 mai 2010 – , et le Prince Alphonse, duc de Berry – né le 28 mai 2010), nous formons des voeux fervents pour nos Souverains légitimes et, par dessus tout, nous prions plus encore qu’à l’accoutumée pour que Dieu bénisse et protège notre bien-aimée Famille Royale : ad multos annos !

Vive le Roi Louis XX !
Vive la Reine Marie-Marguerite !

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Grandes armes de France

Publié dans : Memento, Vexilla Regis | le 6 novembre, 2014 |3 Commentaires »

2014-100. « Il n’y a de vie véritable que la vie bienheureuse. »

 Sermon de
notre glorieux Père Saint Augustin
sur
les deux vies :

Rogier van der Weyden triptyque jugement Beaune détail

Ange introduisant des âmes en Paradis
- Rogier van der Weyden : triptyque du jugement dernier – détail (1446-52), Hôtel-Dieu de Beaune -

En ces jours de Toussaint, qui nous font contempler le Ciel et la gloire des élus, puis prier pour les âmes des défunts qui attendent l’achèvement de leur purification pour accéder au bonheur éternel, voici un court sermon de notre glorieux Père Saint Augustin qui nous exhorte à désirer et à tendre vers la Vie éternelle, mille fois préférable à la vie d’ici-bas.

§1 – Introduction : Saint Augustin se propose de nous inspirer l’amour de la vie éternelle qui est la seule vie véritable ainsi que cela ressort des paroles de Notre-Seigneur.

Le Seigneur disait à un jeune homme : « Si tu veux parvenir à la vie, observe les commandements » (Matth. XIX, 17). Il ne disait pas : Si tu veux parvenir à l’éternelle vie, mais : « Si tu veux parvenir à la vie » ; c’est qu’Il n’entend par vie que celle qui dure éternellement.
Commençons donc par en inspirer l’amour. 

§2 – Bien que cette vie terrestre nous soit l’occasion de bien des difficultés et des souffrances, quoi que nous en disions, nous lui sommes attachés.

Quelle que soit la vie présente, on s’y attache, et malgré ses chagrins et ses misères, on craint, on tremble d’arriver au terme de cette chétive vie.
Puisqu’on aime ainsi une vie pleine de tristesses et périssable, ne doit-on pas comprendre, ne doit-on pas considérer combien la vie immortelle est digne de notre amour ?

Remarquez attentivement, mes frères, combien il faut s’attacher à une vie où jamais l’on ne cesse de vivre.

Tu aimes cette vie où tu as tant à travailler, tant à courir, à te hâter, à te fatiguer. Comment nombrer tous les besoins que nous y éprouvons ? Il y faut semer, labourer, défricher, voyager sur mer, moudre, cuire, tisser et mourir après tout cela. Combien d’afflictions dans cette misérable vie que tu aimes !
Et tu crois vivre toujours et ne mourir jamais ? On voit tomber les temples, la pierre et le marbre, tout scellés qu’ils sont avec le fer et le plomb ; et l’homme s’attend à ne pas mourir ?

Apprenez donc, mes frères, à rechercher la vie éternelle où vous n’aurez à endurer aucune de ces misères, où vous régnerez éternellement avec Dieu.
« Celui qui veut la vie, dit le prophète, aime à voir des jours heureux » (Ps. XXXIII, 13). Quand en effet les jours sont malheureux, on désire moins la vie que la mort. Au milieu des afflictions et des angoisses, des conflits et des maladies qui les éprouvent, n’entendons-nous pas, ne voyons-nous pas les hommes répéter sans cesse : O Dieu, envoyez-moi la mort, hâtez la fin de mes jours ? Quelque temps après on se sent menacé : on court, on ramène les médecins, on leur fait des promesses d’argent et de cadeaux. Me voici, dit alors la mort, c’est moi que tu viens de demander à Dieu ; pourquoi me chasser maintenant ?
Ah ! tu es dupe de toi-même et attaché à cette misérable vie.

§3 – Saint Augustin fait ressortir combien il est insensé d’être attaché à nos jours terrestres et combien les hommes semblent manquer de réflexion lorsqu’ils célèbrent leurs anniversaires, puisqu’en fait ce qu’ils célèbrent c’est moins le début de leur vie que le rapprochement d’avec leur mort.

C’est du temps que nous parcourons que l’Apôtre a dit : « Rachetez le temps car les jours sont mauvais » (Ephés. V, 10). Et ils ne seraient pas mauvais, ces jours que nous traversons au milieu de la corruption de notre chair, sous le poids accablant d’un corps qui se dissout, parmi tant de tentations et de difficultés, quand on ne rencontre que de faux, plaisirs, que des joies inquiètes, les tourments de la crainte, des passions qui demandent et des chagrins qui dessèchent ?
Ah ! que ces jours sont mauvais! Et personne ne veut en voir la fin ? et l’on prie Dieu avec ardeur pour obtenir une vie longue ?
Eh ! qu’est-ce qu’une longue vie, sinon un long tourment ? Qu’est-ce qu’une longue vie, sinon une longue succession de jours mauvais ? Lorsque les enfants grandissent, ils croient que leurs jours se multiplient, et ils ignorent qu’ils diminuent. Le calcul de ces enfants les égare, puisqu’avec l’âge le nombre des jours s’amoindrit plutôt que d’augmenter. Supposons, par exemple, un homme âgé de quatre-vingts ans : n’est-il pas vrai que chaque moment de sa vie est pris sur ce qu’il lui en reste ? Et des insensés se réjouissent à mesure qu’ils célèbrent les retours de leur naissance ou de celle de leurs enfants ! Quelle vue de l’avenir ! Quand le vin baisse dans ton outre, tu t’attristes, et tu chantes quand s’écoule le nombre de tes jours ? Oui, nos jours sont mauvais, ils le sont d’autant plus qu’on les aime davantage. Les caresses du monde sont si perfides, que personne ne voudrait voir la fin de cette vie d’afflictions. 

§4 – La vraie vie est la vie bienheureuse et éternelle qu’il nous faut désirer et mériter.

Mais la vraie vie, la vie bienheureuse est celle qui nous attend lorsque nous ressusciterons pour régner avec le Christ. Les impies ressusciteront aussi, mais pour aller au feu. Il n’y a donc de vie véritable que la vie bienheureuse.
Or, la vie ne saurait être heureuse si elle n’est éternelle en même temps que les jours ou plutôt que le jour y est heureux ; car il n’y a point là plusieurs jours, mais un seul. Si nous disons plusieurs, c’est par suite d’une habitude contractée dans cette vie. Ce jour unique ne connaît ni soir ni matin ; il n’est pas suivi d’un lendemain, parce qu’il n’avait pas d’hier. C’est ce jour ou ces jours, c’est cette vie et cette vie véritable qui nous est promise. Récompense, elle suppose le mérite.
Ah ! si nous aimons cette récompense, ne nous lassons pas de travailler, et durant l’éternité nous règnerons avec le Christ.

Rogier van der Weyden triptyque jugement Beaune détail - l'ange

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