Prologue librement inspiré par celui de l’Evangile selon Saint Luc.

Prologue librement inspiré par celui de l'Evangile selon Saint Luc. dans Annonces & Nouvelles dsc08042copiecopie

Le Maître-Chat Lully

« Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements – parfois totalement insignifiants – qui se produisent en ces temps, j’ai décidé moi aussi (puisque je suis chaque jour le témoin scrupuleusement attentif d’une aventure qui est, elle, véritablement hors du commun), de tenir pour vous, amis du Mesnil-Marie, sous la forme d’un récit assorti de commentaires personnels, une espèce de diaire de la fondation du Refuge Notre-Dame de Compassion.

Ainsi pourrez-vous, en suivant les péripéties de notre vie quotidienne, ou en vous associant aux évènements humains et surtout spirituels qui en jalonnent l’existence, garder un lien plus concret avec cette oeuvre que vous soutenez d’une fidèle et pieuse amitié.

Je réclame, bien évidemment, votre indulgence car je ne suis qu’un tout petit chat, mais vous savez aussi que j’occupe au Mesnil-Marie une place privilégiée (voir ici > www)… Puissent néanmoins ces lignes être utiles à tous pour conserver et resserrer le lien de la charité, dans la paix et la joie du coeur! »

patteschats chronique dans Chronique de LullyLully, l’Observateur.

Publié dans : Annonces & Nouvelles, Chronique de Lully | le 10 septembre, 2007 |Commentaires fermés

2014-72. La « ferme Philip » à Sainte-Eulalie.

Mardi 22 juillet 2014,
fête de Sainte Marie-Magdeleine (cf. > www).

Sainte-Eulalie, ferme Philip vue générale

A Sainte-Eulalie, la « ferme Philip », telle que les visiteurs la découvrent en arrivant.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Avec quelques membres de deux associations amies, dans l’après-midi de ce dernier dimanche 20 juillet (et alors qu’il pleuvait à verse sur nos hautes Boutières), notre Frère Maximilien-Marie est allé visiter la « ferme Philip », à Sainte-Eulalie, paroisse voisine de la nôtre. 

Située à quelques centaines de mètres seulement du Mont Gerbier de Joncs, la « ferme Philip » est une chaumière construite au début du XVIe siècle : c’est l’une des rares à avoir conservé son toît en genêts, identique à celui des origines ; et comme elle est demeurée quasi « en l’état », elle constitue un spécimen précieux de l’architecture traditionnelle de notre massif du Mézenc-Gerbier.

Léon Chareyre a 82 ans (il est né en 1932), et c’est lui notre guide pour la visite : un vieil homme délicieux, qui – avec un accent et des intonations indescriptibles – nous explique ce qu’était la vie d’autrefois dans ces petites fermes des hauts plateaux.
Son propos est émaillé de souvenirs personnels – sans fioritures et sans fausse simplicité -, de réflexions profondes dans lesquelles transparaît une vraie sagesse de vie, de pointes d’humour – et son rire sonne clair comme celui d’un enfant – , et de savoureuses expressions patoisantes. Léon Chareyre est un « monument », un véritable « monument historique » comme quelqu’un l’a fait remarquer plaisamment à Frère Maximilien-Marie : l’un des derniers témoins d’un mode de vie (j’aurais presque envie d’écrire : d’une civilisation) qui a été emporté par le torrent débordé des décennies folles de l’après seconde guerre mondiale, alors qu’il avait subsité – quasi inchangé – depuis des siècles et des siècles…

Léon Chareyre, guide de la ferme Philip

Léon Chareyre, notre guide de la « ferme Philip ».

Les toitures des chaumières du massif du Mézenc-Gerbier peuvent être réalisées avec deux types de matériau : soit la paille de seigle, soit les branches de genêts.
Dans l’un comme dans l’autre cas, ce sont des toitures dont la durée de vie n’excède pas trente ans, et qui demandent une vigilance et un entretien quasi permanents.

La « ferme Philip » est couverte de genêts. Léon est l’un des derniers « piqueurs de genêts », ainsi nomme-t-on ceux qui réalisent ces toitures selon un savoir-faire qui remonte à la nuit des temps.

Sainte-Eulalie ferme Philip toiture en genêts vue du côté nord

« Ferme Philip » : la toiture en genêts vue du côté nord.
Pour être efficace on voit que :
- ce type de toiture doit avoir une pente assez forte ;
- du côté le plus froid, la maison est en réalité enterrée dans la pente à laquelle est est adossée.

Sainte-Eulalie ferme Philip toiture vue de l'intérieur

« Ferme Philip » : la toiture vue de l’intérieur.
La charpente est en bois de pin ; elle n’est pas assemblée par des clous mais tout est chevillé.

Sainte-Eulalie ferme Philip démonstration de la manière dont on confectionne une toiture de genêts

« Ferme Philip » : sur un chassis reproduisant une partie de charpente, Léon nous montre
comment on entrelace les branches de genêts afin de réaliser une toiture.

« C’est comme un tricot, nous dit-il : une maille à l’endroit, une maille à l’envers… »

Toutefois, comme je l’écrivais ci-dessus, ce n’est pas seulement par sa toiture que la « ferme Philip » est digne d’intérêt : l’intérieur en est également resté quasi inchangé, permettant de comprendre de visu ce qu’étaient les conditions de vie dans ce milieu naturel, certes particulièrement beau et grandiose à la belle saison, mais aussi très rude et austère pendant l’hiver, lequel dure ici environ six mois, quand ce n’est pas huit !
Ainsi, dans ces maisons traditionnelles, tout est calculé en fonction de ces longs hivers froids…
… où la couche de neige peut atteindre trois à quatre mètres,
… où la burle peut former des congères de quinze mètres et plus,
… où hommes et bêtes, pour survivre, doivent pratiquement cohabiter pendant des mois !

Hommes et bêtes entrent dans la ferme par l’arcas : c’est un porche, fermé par une lourde porte, qui est en proéminence sur la façade et forme comme un sas.
Dans l’arcas se trouve habituellement le bachas.
Parfois creusé dans une grande pierre, mais aussi dans un gros tronc d’arbre, comme c’est le cas à la « ferme Philip », le bachas est l’unique point d’eau de la maison : une source proche a été canalisée et y fait couler continûment – ainsi elle ne gèle pas – une eau claire et fraîche. Le bachas est à la fois abreuvoir pour le bétail et bassin où l’on prend l’eau pour les besoins domestiques.
C’est aussi souvent dans l’arcas, compartimentée par une cloison de pierre ou de planches, que se situe la soue à cochons.

Sainte-Eulalie ferme Philip intérieur de l'arcas

« Ferme Philip » : à l’intérieur de l’arcas le bachas, creusé dans un tronc ;
ici il est alimenté par l’une des nombreuses sources de la Loire.

Séparé de l’étable par une simple cloison de bois, pour que la chaleur du bétail profite aux humains, le carré est la pièce de vie : tout à la fois cuisine et « salle à manger », chambre et atelier…
A la « ferme Philip », cette pièce de vie, éclairée par une unique petite fenêtre, n’excède pas douze mètres carrés dans lesquels pouvaient demeurer, selon l’importance des familles et les circonstances, six à dix personnes.
L’un des côtés de la pièce est entièrement pris par la cheminée qui constitue comme une sorte d’alcove voûtée. En son centre, au-dessus du foyer, par une crémaillère, est suspendue la marmite de fonte, qu’on appelle une oule

Sainte-Eulalie ferme Philip la cheminée

Comme vous le voyez, le feu était à même le sol et il n’y avait pas de plaque de cheminée : une grande lauze en tient lieu. Vous pouvez aussi apercevoir le trépied, qui est utilisé en particulier pour poser la poêle.
Sur la photo ci-dessus vous apercevez aussi, à gauche, la bouche du four, dont les pierres sont noircies. Le four n’a pas une cheminée à part, les flammes qui s’en échappent lorsqu’on l’allume, ainsi que la fumée, sortent par cette bouche et s’élèvent sous la voûte de la cheminée. C’est particulièrement visible sur ce cliché puisque, dimanche dernier, Léon avait allumé le four :

Sainte Eulalie ferme Philip Léon allume le four

Le conduit de cheminée n’est pas au centre de la voûte, mais sur le côté, à l’aplomb du mur extérieur, afin de ne pas être trop près du toit de genêt. Le carré d’habitation (ou au minimum l’entourage du conduit de cheminée) est souvent couvert en lauzes afin de limiter les risques d’incendie.
A la « ferme Philip », comme dans beaucoup d’autres fermes du massif, il existe une petite fenêtre – qu’on appelle un fenestrou – qui donne un peu de clarté : lorsque la couche de neige extérieure est si épaisse qu’elle obstrue totalement la fenêtre de la pièce, ce fenestrou, pratiqué à quelque quatre mètres de hauteur – permet néanmoins d’entrevoir un peu de jour…

Sainte-Eulalie ferme Philip fenestrou dans la cheminée

Les pierres de la cheminée sont couvertes d’une suie noire et luisante, produite par la fumée des genêts, car il n’est rien de tel qu’une bonne brassée de genêts secs pour allumer ou ranimer un feu.

La cheminée n’a pas un manteau en pierre : c’est une grosse poutre qui en fait office ; sur cette poutre est fixée une corniche qui forme étagère ; aujourd’hui y sont présentés quelques paniers et une sculpture au couteau reproduisant une charette.
Pendant l’hiver, où l’on ne peut pas travailler dehors, on confectionne des paniers, des outils en bois (fourches et râteaux à foin), des sabots… etc. Les hommes « de la montagne » sont habiles au couteau – dont ils ne se servent pas seulement dans les rixes ! – et sont capables de sculpter des jouets, des bâtons, et pour certains des Crucifix ou des statuettes.

Sainte-Eulalie ferme Philip paniers et sculptures au couteau sur le manteau de la cheminée

Au plafond de la pièce sont suspendus les saucissons et les jambons, et de petites claies sur lesquelles on garde – à l’abri des rongeurs – les fromages et quelques autres denrées.

Le centre de la pièce est occupé par le pétrin qui sert aussi de table.
Sur le côté opposé à la cheminée, adossés à la cloison de l’étable, sont les lits clos ; à la « ferme Philip » il y en a deux, celui des parents (qu’on voit sur la photo) et celui des enfants (qui est à gauche de l’horloge). Dans les lits clos, on ne dort pas complètement allongé mais presque assis. Les enfants peuvent être trois, mis tête-bêche, dans leur lit clos, tandis qu’au plafond de celui des parents on peut suspendre un berceau…
L’espace qu’on aperçoit sous le lit est destiné à ranger les sabots ou les bottes.

A droite du lit des parents est l’armoire ; celle-ci est sculptée et porte une date : 1849. C’est une armoire de mariage ; entendez par là qu’elle a été réalisée et offerte à des jeunes époux à l’occasion de leurs noces. Là sont rangés les vêtements et le linge de toute la famille.

Sainte-Eulalie ferme Philip lits clos et horloge

Sur le cliché suivant nous retrouvons l’armoire, accolée au vaisselier. Tout à droite, on aperçoit la porte de la cave, voûtée et enterrée, dans laquelle sont gardés les légumes pour l’hiver (choux, carottes, raves, et surtout pommes de terre) et le tonneau de vin.

Sainte-Eulalie ferme Philip vaisselier et armoire

Enfin, l’ameublement de la pièce est complété par une vitrine de dévotion, accrochée à l’une des poutres. Les hauts plateaux vivarois étaient majoritairement catholiques ; la foi y était généralement profonde ; la pratique religieuse quasi unanime.
Dans les familles, la prière du soir récitée en commun achevait la journée. Cette modeste vitrine, dans laquelle on trouve les statues du Sacré-Coeur, de la Madone et de Saint Joseph, aux côtés d’un Crucifix de la bonne mort, est ornée de grosses fleurs en papier, ce qui constitue un vrai luxe dans ce décor austère. Devant elle, se sont agenouillées plusieurs générations :

Sainte-Eulalie ferme Philip vitrine de dévotion

Ainsi donc, chers Amis, grâce aux photos prises par Frère Maximilien-Marie, vous avez pu comme je l’ai pu moi-même, « visiter » virtuellement la « ferme Philip ».
Mais si vous venez dans notre région, ne manquez pas d’aller la visiter « pour de vrai », car il y a plein d’autres choses à découvrir : je ne pouvais pas tout dire ici, vous le comprenez bien, et puis, surtout, je ne pouvais pas remplacer Léon et son discret rayonnement de vie bien remplie et de sagesse… Un type d’homme dont on espère que la race ne va pas totalement disparaître !

Lully

pattes de chat - frise

La « ferme Philip », à Sainte-Eulalie (07510), peut se visiter depuis le 1er juillet jusqu’au 31 août, du lundi au vendredi : de 10 à 12 h et de 15 h à 18 h, ou bien sur rendez-vous (téléphoner au 04 75 38 80 00).

la ferme Philip à Sainte-Eulalie

Publié dans : Chronique de Lully | le 22 juillet, 2014 |2 Commentaires »

2014-71. Philippe Pichot-Bravard : « La révolution française ».

Jeudi 17  juillet 2014,
220ème anniversaire du martyre des seize Bienheureuses Carmélites de Compiègne,
le 17 juillet 1794 (voir ce que j’en avais écrit ici > www).

Le martyre des Carmélites de Compiègne

L’anniversaire du martyre des Bienheureuses Carmélites de Compiègne me donne l’occasion de vous recommander, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, un excellent ouvrage dont nous venons d’achever la lecture et que nous devons à la plume experte du professeur Philippe Pichot-Bravard, docteur en droit et maître de conférences en histoire du droit public.
Je ne saurais trop vous en recommander la lecture à vous aussi – si toutefois, bien sûr, vous ne l’avez pas déjà fait – , tant cet ouvrage est judicieux et profond.
Plusieurs publications en ont déjà fait l’éloge, aussi n’ai-je rien de mieux à faire que de vous en livrer ci-dessous quelques citations choisies… Bonne lecture !

Lully.

Cachet chouan

Présentation des éditions « Via Romana » :

« Cette histoire de la Révolution française n’a pas pour but de narrer à nouveau des événements ou des anecdotes mille fois ressassées. 
Son ambition ? Susciter une relecture complète de la Révolution nourrie par les recherches récentes publiées au cours de ces dernières décennies. Ces découvertes permettent d’affirmer que la Révolution a eu pour dessein essentiel la régénération de la société et de l’homme, la création d’un monde nouveau et d’un homme nouveau adapté à ce monde bâti par la mise en œuvre des idées rationalistes, individualistes, contractualistes, matérialistes et laïcistes des Lumières. Comprendre ce qu’a été réellement la Révolution française semble dès lors indispensable pour saisir les enjeux de la politique contemporaine. 
Rédigé dans une langue claire, l’ouvrage est destiné au grand public. »

Philippe Pichot-Bravard la révolution française

Quelques échos glanés ça et là :

« Philippe Pichot-Bravard n’a pas choisi la simplicité pour son nouveau livre. Il nous propose une puissante réflexion sur l’un des événements les plus décisifs de notre histoire. Baignant dans le monde post-révolutionnaire, nous ne remarquons même plus ce qu’a d’inouï le projet révolutionnaire de régénérer la société et de fabriquer un « homme nouveau » en faisant « table rase » du passé. L’auteur nous aide à entrer dans cette logique, qui connut une telle postérité au XXe siècle. Il nous aide aussi à comprendre que, selon le mot de M. Peillon, la Révolution n’est pas terminée. Tout simplement parce qu’elle ne peut pas l’être, puisque son but est la Révolution elle-même – ce qui lui impose de se radicaliser à mesure qu’elle semble avoir gain de cause… »

(in « Les 4 vérités hebdo », n° 931 du 21 février 2014)

* * * * * * *

« Pour l’historien Philippe Pichot-Bravard, le fil rouge de la Révolution, c’est la régénération. Les hommes de 1789 ont voulu non pas réformer la France, comme a tenté de le faire Louis XVI, mais mettre en place une France nouvelle, et donc un homme nouveau, selon des principes abstraits. Il s’agit de régénérer le pays, de régénérer l’homme. Cette ambition « régénératrice » mènera au régime jacobin, dont on peut dire qu’il est la première expérience totalitaire du monde contemporain.
Au XVIIIe siècle, s’impose une idéologie qui veut du passé faire table rase, invente le progrès, diffuse une nouvelle conception de la connaissance. Une nouvelle conception de la société aussi, due notamment à Locke, à Hobbes, à Rousseau. Pour eux, l’homme à l’état de nature est isolé ; ce n’est que par intérêt qu’il s’associe avec ses semblables, avec lesquels il conclut un pacte social. Ce contrat donne naissance à des institutions et à un droit qui sont donc artificiels – et modelables à loisir. Et pour faire tenir ensemble des êtres que rien ne relie entre eux, sinon leur égoïsme, il faudra avoir recours à la contrainte, à la propagande, à l’État. La Révolution ne s’en privera pas. [...]
Philippe Pichot-Bravard cite un texte de Saint-Just dans lequel le député « vertueux » appelle tranquillement l’État à s’immiscer dans les moindres recoins de la vie intime, puisque « l’enfant, le citoyen appartiennent à la patrie ». On croirait du Taubira. Ou du Peillon, dont l’auteur cite les propos suivants : « La Révolution implique l’oubli total de ce qui précède la Révolution. Et donc l’école a un rôle fondamental, puisque l’école doit dépouiller l’enfant de toutes ses attaches pré-républicaines pour l’élever jusqu’à devenir citoyen. Et c’est bien une nouvelle naissance, une transsubstantiation qu’opère dans l’école et par l’école cette nouvelle Église, avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses tables de la loi ». Lignes extraites d’un livre dont le titre dit tout : La Révolution française n’est pas terminée. »

(Charles-Henri d’Andigné, in « Famille Chrétienne » n° 1886 du 8 mars 2014)

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« La sobriété du titre ne laisse pas soupçonner l’ampleur du propos : saisir l’intention qui a animé la Révolution française à la lumière des publications les plus récentes sur le sujet, celles de Jean de Viguerie et de Frédéric Rouvillois entre autres. Rigoureux et parfaitement documenté, il brosse un récit clair de la Révolution en plongeant d’abord aux racines de l’Ancien Régime. La société française y formait une « famille de familles », à base de corps et de communautés. La rupture individualiste introduite au XVIIIe siècle par le cartésianisme préparait les élites au grand saut : non pas celui d’une réforme, mais d’une régénération complète de la société au prix d’une politique assumée de table rase. Philippe Pichot-Bravard montre ainsi comment le recours permanent au « peuple », redéfini par les hérauts de la Révolution comme le seul cercle des hommes qui approuvent leur but et leurs moyens, ne parvient plus, au fil de ses épisodes sanglants, à dissimuler l’indifférence ou l’hostilité que le peuple réel leur inspire. Robespierre tombé, la Terreur prend fin. Mais la Révolution perdure par la volonté de Napoléon, soucieux d’en conserver les acquis, au premier rang desquels l’omnipotence de l’État. Le siècle qui s’ouvre avec lui sera celui de l’obsession d’achever la Révolution : Gambetta, Clemenceau et Jaurès s’y employèrent ; l’homme soviétique inventé par Lénine y parviendra. Tout près de nous, un Vincent Peillon a repris le flambeau dans des lignes éloquentes : « La Révolution française est (…) un commencement absolu, c’est la présence et l’incarnation d’un sens, d’une régénération et d’une expiation du peuple français (…). La révolution implique l’oubli total de ce qui précède la révolution. » La messe est dite, et Philippe Pichot-Bravard en décrypte parfaitement la liturgie. »

(G.C. in « Le Figaro Histoire » n° 13 avril-mai 2014)

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« Au fil des pages, le lecteur découvrira le tableau hallucinant d’une France précipitée au bord du gouffre par une minorité d’hommes politiques qui feront déchoir la Patrie du règne de la Justice vers les abimes du totalitarisme et de l’arbitraire

Spécialiste de l’Histoire institutionnelle et auteur d’une thèse consacrée à la genèse de l’Etat de droit en France sous l’Ancien Régime, Philippe Pichot-Bravard rappelle ce qu’était la France de l’Ancien droit : une Patrie charnelle où le Roi justicier, lié par le droit naturel, les lois fondamentales et conseillé par des sages, régnait sur ses peuples. Cette France, qui était avant tout une famille de familles, marquée par l’amitié politique et l’importance des corps intermédiaires et des libertés provinciales, a été attaquée par la funeste Révolution.

Drapés des oripeaux du triptyque Liberté-Egalité-Fraternité, les disciples des prétendues Lumières ont inversé l’ordre social. Ils ont détruit la vision classique et catholique de la légitimité, héritée des Anciens et de S. Thomas d’Aquin. Cette légitimité, jadis finalisée en vue du bien commun que devait garantir un monarque débiteur de justice et garant des libertés concrètes, a été détournée. Depuis 1789, la légitimité n’est plus assise sur le Bien commun vers lequel elle doit tendre, mais sur la puissance politique de représentants. La fameuse Déclaration des droits de l’Homme, dont la France légale se vante tant, est l’illustration de cette inversion du sens du droit et de la politique. »

(in « Le Rouge et le Noir – antichroniques du temps présent » du samedi 22 février 2014)

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Enfin sur le site Polémia une autre recenssion qui me paraît excellente et que je vous engage à aller lire dans son intégralité, ici > Retour sur la révolution française.

Cachet chouan

Publié dans : Lectures & relectures, Memento, Vexilla Regis | le 17 juillet, 2014 |1 Commentaire »

2014-70. De quelques pertinentes – et parfois aussi impertinentes – réflexions félines à la date du 15 juillet.

15 juillet,
fête du Saint Sépulcre de Notre-Seigneur Jésus-Christ ;
fête de Saint Henri Ier, empereur ;
fête de Saint Vladimir Ier de Kiev, « égal aux Apôtres »…

Et aussi, en cette année 2014, le 220ème anniversaire du martyre de l’abbé Claude Breysse : prêtre réfractaire, curé de La Chapelle-Grailhouse – dans le diocèse de Viviers – , il continua clandestinement son ministère dans sa paroisse, mais, finalement arrêté, il fut guillotiné à Privas, en haine de la foi, le 15 juillet 1794.

frise lys

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Au Mesnil-Marie, nous aimons bien la date du 15 juillet : en tête de cette chronique, j’ai noté les célébrations qui se rattachent à ce jour, auxquelles il faut encore ajouter pour notre Frère Maximilien-Marie l’anniversaire de son baptême, anniversaire qu’il célèbre avec grande ferveur et action de grâces.

A – Anniversaire de baptême :

Tout chrétien devrait célébrer avec beaucoup plus d’éclat et de joie que celui de sa naissance charnelle, l’anniversaire de son baptême, puisque c’est le jour où il a reçu la vie spirituelle en étant incorporé au Christ notre Sauveur et en devenant le temple vivant de l’adorable Trinité.

Fort peu de fidèles savent que la Sainte Eglise accorde à cette occasion, pour chaque fidèle qui remplit les conditions habituelles précisées par le droit, une indulgence plénière : « Plenaria indulgentia conceditur christifideli qui, in celebratione Vigiliae Paschalis vel die anniversario sui batptismatis, vota baptismalia qualibet formula legitime adprobata renovaverit : une indulgence plénière est accordée au fidèle qui dans la célébration de la Vigile pascale ou le jour anniversaire de son baptême, renouvelle les promesses du baptême selon une formule légitimement approuvée » (Enchiridion Indulgentiarum quarto editur [1999] ; Normae et concessiones – Aliae concessiones – « 28 : Professio fidei et actus virtutum theologalium », § 1).

Permettez-moi donc de vous poser ces questions :
Connaissez-vous la date de votre baptême ? La célébrez-vous ? Vous arrive-t-il de vous rendre en pèlerinage – car c’est bien le mot qui convient – aux fonts baptismaux dans lesquels vous avez été régénéré et qui demeurent le lieu où s’est ouverte pour vous la source vive du salut ?

En cette année 2014, année du huitième centenaire de la naissance de Saint Louis, il est une leçon importante que nous recevons de notre saint Roi : il ne signait jamais que « Louis de Poissy », parce que c’est dans la collégiale de Poissy qu’il avait été baptisé le 25 avril 1214, et qu’il considérait – avec justesse – que la filiation divine qui lui avait alors été conférée était le premier et le plus important de tous ses titres.
On connaît d’ailleurs de manière certaine la date du baptême de Saint Louis, alors que les historiens ne possèdent pas de document certain donnant la date de sa naissance : celle-ci est déduite de la date de son baptême, en supposant qu’il a été baptisé le jour même de cette naissance.

Les fonts baptismaux de Saint Louis à la collégiale de Poissy

Fonts baptismaux sur lesquels Saint Louis fut baptisé le 25 avril 1214
(Collégiale de Poissy)

B – La fête liturgique du Saint Sépulcre :

Le 15 juillet, certains calendriers particuliers, célèbrent la fête du Saint Sépulcre de Notre-Seigneur : à Jérusalem même, on célèbre la fête de la dédicace de la basilique du Saint Sépulcre.

Du 15 août au 18 octobre de l’an 1009, les sanctuaires édifiés par Sainte Hélène et Saint Constantin sur les lieux de la Crucifixion et de la Résurrection de Notre-Seigneur, et qui avaient subsistés jusqu’à cette date malgré plusieurs incendies et les outrages des siècles, furent détruits sur l’ordre du calife fatimide chiite Al-Hakim.
Cet ensemble de bâtiments splendides consistait 1) en un atrium entourant le rocher du Calvaire dégagé, 2) en une basilique : la basilique de l’Anastasis (c’est-à dire de la Résurrection, en Grec), et 3) en une rotonde au centre de laquelle se trouvait un édicule enfermant le tombeau de Notre-Seigneur que l’on avait non pas déplacé mais dégagé du rocher dans lequel il était originellement creusé.
Cette destruction, on s’en doute, souleva une grande émotion dans toute la Chrétienté d’Orient et d’Occident.

Après la mort d’Al-Hakim, qui avait déclenché une cruelle persécution contre les chrétiens, ses successeurs se montrèrent moins sectaires et les pèlerinages purent reprendre, timidement.
Les empereurs de Constantinople firent preuve de diplomatie et oeuvrèrent pour la reconstruction du sanctuaire : néanmoins il fut impossible de relever la totalité des constructions constantiniennes, et les architectes byzantins durent se contenter de reconstruire une basilique réduite de moitié, décalée par rapport au plan originel puisque désormais elle englobait la rotonde du Saint Sépulcre.

Une soixantaine d’années plus tard, le 15 juillet 1099, lorsqu’ils s’emparèrent de Jérusalem, les croisés trouvèrent cette nouvelle basilique inachevée, et ils en feront poursuivre les travaux.
Cinquante ans plus tard, le 15 juillet 1149, la dédicace put en être célébrée.

Cet anniversaire de la consécration de la basilique du Saint Sépulcre le 15 juillet est donc aussi devenu, dans plusieurs Ordres religieux, une fête de dévotion célébrant le mystère de l’humilation du Christ endormi dans la mort, dont le corps a été déposé sur la pierre du tombeau dans l’espérance de la Résurrection, tandis que son âme descendait aux enfers.
Certains liturgistes de tendance rationaliste voient dans cette fête un « doublet » avec le Samedi Saint ; mais nous nous trouvons ici dans le même cas que les fêtes du Très Saint-Sacrement, du Sacré-Coeur ou du Très Précieux Sang : ces « doublets » constituent en réalité un approfondissement et une mise en valeur qui ne sont pas vraiment possibles de la même manière lors des célébrations si denses du Triduum Pascal.

Edicule du Saint Sépulcre

Jérusalem : l’édicule du Saint-Sépulcre au centre de la rotonde de la basilique de l’Anastasis
(photo prise depuis la coupole pendant la cérémonie du feu sacré, le Samedi Saint)

C – A propos du 14 juillet :

Si nous sommes aujourd’hui le 15 juillet, c’est, de toute évidence, qu’hier était… le 14 juillet !
Ceci est une lapalissade, je vous l’accorde, mais cela fera au moins une vérité – fut-elle une évidence ! – dans le concert de mensonges et d’erreurs véhiculés au sujet du 14 juillet.

Car, en France, il se trouve que le 14 juillet est vraisemblablement le jour où, plus que tout autre jour (plus encore que le 1er avril où au moins l’humour cherche à y présider), on peut entendre ou lire le moins de vérités, tellement il s’y dit de stupidités, de contre-vérités et de mensonges officiels : mensonges dans les propos tenus par les politiques en place, mensonges historiques indéfiniment ressassés, mensonges sur la réalité des « institutions » actuelles… etc.
Mais tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes – n’est-ce pas ? – puisque, en même temps qu’ « on » continue à prendre les Français pour des imbéciles et qu’ « on » les poignarde dans le dos – « on » actionne les ressorts des réjouissances populaires, du sentimentalisme et du « patriotisme » (détourné de son objet propre au profit de l’idéologie) : « Ah ! le beau défilé ! » (sous-entendu : puisque j’ai été ému de voir tel parent ou telle connaissance en bel uniforme descendre les Champs Elysées, ou plus simplement défiler ici ou là).

J’ai déjà eu l’occasion d’écrire au sujet de cette pseudo « fête nationale » et de son caractère monstrueux (voir ici > www), et je ne veux pas me répéter.
Néanmoins, aux naïfs qui croient que la révolution est une bonne chose au cours de laquelle se sont produits des dérapages regrettables que l’on appelle « massacres de septembre » et « terreur » qui ne sauraient faire oublier la beauté et la noblesse (sic) des idéaux originels, je veux faire aujourd’hui remarquer que la terreur a en réalité commencé le
 jour où, outrepassant son mandat, la partie la plus prétentieuse des députés aux Etats-Généraux a décrété, contrairement à la vérité la plus évidente, qu’il n’y avait pas de constitution en France, et que – défiant le pouvoir royal – elle formerait désormais une « assemblée constituante » : à partir de ce moment-là, où l’ordre naturel, les autorités légitimes et les lois organiques qui avaient fait la grandeur du Royaume ont vacillé en face des « grandes gueules », la crainte et l’intimidation sont devenues les deux seuls leviers de la vie politique et sociale, en France.
L’intimidation a pu à certains moment prendre les formes les plus sanglantes dans l’expression de la subversion, mais c’est une erreur de limiter l’appelation « terreur » aux seuls épisodes sanglants : ils ne sont en effet que la partie émergée de l’iceberg.

En France, la république, c’est la révolution terroriste élevée à l’état d’ « institution » ; c’est la révolution terroriste en oeuvre de façon continue.
La république est terroriste par nature, terroriste dans son essence, terroriste dans toute sa façon d’être et d’agir…

Et après cela, nos « bons » élus viennent régulièrement (c’est un serpent de mer) nous parler, la bouche en coeur, de « moralisation de la vie politique » et utilisent les mots « citoyen » et « républicain » comme des synonymes de l’adjectif « vertueux ».
Autant dessiner des cercles carrés !
Car la république française est mensonge, mensonge dans son essence même : elle est fille du crime, elle est fille du vol. Je ne parle pas seulement de ses innombrables vols matériels (pudiquement appelés biens nationaux ou aujourd’hui, par exemple, « forêts domaniales »), mais je veux dénoncer plus encore les vols sémantiques et intellectuels par lesquels elle a détourné le sens des mots, détourné la Vérité concernant l’homme, sa fin et ses devoirs…
Peut-elle enfanter indéfiniment autre chose que des mensonges ?

si tu ne vas pas à la république...

En guise de conclusion, voici, une fois de plus une citation de notre cher Gustave Thibon :
« Qu’on ne s’y trompe pas : plus un peuple a été bercé d’illusions et plongé dans la vie facile, plus l’élite doit mener une vie austère et sacrifiée, ainsi seulement elle pourra désarmer l’envie, susciter la confiance et amorcer par son exemple une nouvelle discipline et un relèvement des moeurs. C’est par la tête que les sociétés tombent malades et c’est aussi par la tête qu’elles guérissent ».
Comme je le notais en tête de ma chronique de ce jour, le 15 juillet nous offre encore les exemples de Saint Henri, empereur, ou de Saint Vladimir, prince de Kiev ; j’ai aussi rappelé notre grand et magnifique Saint Louis, en cette année du huitième centenaire de sa naissance…
Fasse le Ciel que nous soient bientôt, très bientôt, donnés ces chefs – dans l’ordre spirituel comme dans l’ordre temporel – , dont la vie authentiquement vertueuse, « austère et sacrifiée », permettra la guérison et le relèvement de ce monde malade, de notre France malade, et de notre Eglise malade !

pattes de chat Lully.

frise lys

Voir aussi :
- Lucifer, ange tutélaire de la république maçonnique > www
- L’esprit fondamentalement anti-chrétien de la république française > www

2014-69. Les malcontents.

Dans la bibliothèque du Mesnil-Marie, j’ai trouvé un petit volume qui ne paie pas de mine mais qui recèle de véritables petits trésors de spiritualité évangélique : il s’intitule « Paillettes d’or »  et porte pour sous-titre « Cueillette de petits conseils pour la sanctification et le bonheur de la vie » (malheureusement, nous ne possédons que le tome III de cette compilation dans lequel sont rassemblées les publications périodiques des années 1892 à 1903).
J’ai particulièrement apprécié le texte suivant et j’ai pensé que plusieurs d’entre vous pourraient également y être sensibles, voire y trouver une utilité ou même une forme d’encouragement ; ce pourquoi j’ai résolu de vous le recopier (la graphie – majuscules, italiques – et la ponctuation en ont été scrupuleusement respectées).

Lully

schtroumpf grognon

Les malcontents

Il y en a partout.
Il y en a toujours eu.
Il y en aura toujours.
C’est, pour les familles, une épine en permanence, qui, si elle ne déchire qu’à fleur de peau, n’en est pas moins douloureuse à supporter.

schtroumpf grognon bis

Le premier malcontent a été un Ange, et c’est là-haut, au Paradis que, le premier, il a laissé s’exhaler de son coeur orgueilleux ce quelque chose d’inquiet, de boudeur, d’accusateur, de sourdement révolté qui forme la base même du mécontentement.
Comment, dans le coeur d’un ange, et au milieu de cette intimité de vie avec le bon Dieu qui devait pourtant être si douce et si bonne, a pu se former et se développer cette triste et déplorable maladie du caractère et du coeur ? Je ne le sais pas.
Ce que je sais, c’est que l’Ange chassé du Paradis a laissé tomber sur la terre, en secouant ses ailes, une semence d’irritabilité, de malaise, de murmures, de bizarreries qui, s’éparpillant, est venue se cacher pour y germer dans les plus intimes replis du coeur.

Aussi voyez :
Pas de réunions d’hommes d’affaires, d’indifférents, et même de joyeux et gais convives.
Pas de familles les plus aimantes et les plus intimes, – pas de cercles formés par l’amitié la plus dévouée dans lesquels il n’y ait un ou plusieurs mécontents.
Pas de journée, peut-être, dans laquelle chacun de nous ne se sente aiguilloné par le besoin d’être et de se montrer mécontent.
On dirait que le mécontentement est une partie essentielle de notre existence, et on a pu écrire avec un semblant de paradoxe, qu’on est mécontent le soir quand on n’a pas été pendant le jour un peu mécontent.

schtroumpf grognon ter

Triste choses pourtant que cet état de l’âme, du coeur, du caractère qui se plaint de tout et de tous.
Qui se plaint de ce qu’on lui dit et de ce qu’on ne lui dit pas, – de ce qu’on lui fait et de ce qu’on ne lui fait pas.
Le mécontent se plaint, et il ne sait jamais formuler le motif de sa plainte.
Il trouve à redire à tout, et il ne sait jamais indiquer le point spécial de sa critique.
Il a besoin de tout et il ne sait pas dire ce qui lui manque. – Ce qu’on lui offre ne lui va pas ; – ce qu’on lui donne n’est pas ce qu’il lui faut ; – ce qu’on lui propose n’est pas ce qui lui convient.
Il se plaint qu’on ne l’aime pas, et il repousse toute affection parce qu’il ne la voit pas assez franche.
Il se plaint qu’on ne fait pas attention à lui, et il ne veut pas des prévenances qu’on essaie de lui faire parce qu’il les juge ou hypocrites ou intéressées.

schtroumpf grognon bis

Et il reste maussade, susceptible, jaloux, soupçonneux.
Et il boude, il s’irrite, il contredit, il se met dans son coin.
C’est un frelon dans une ruche qu’il trouble par son bourdonnement et qu’il désorganise par son incessante mobilité.
C’est un buisson épineux qui pique ou déchire tous ceux qu’il approche et éloigne de lui ses amis les plus dévoués.
Dans les heures où il peut rencontrer un confident, – un malcontent comme lui, écoutez-le :
« On n’a point d’égards pour lui, – on n’a point de bonté, point de délicatesse, point de reconnaissance.
« Lui, on l’oublie, et on donne les faveurs aux autres, – lui, on le laisse, on le dédaigne, on le repousse et pourtant, il est si dévoué, il a tant fait, il a tant mérité.
« Lui, on prend à tâche de le contrarier ; il n’a jamais ce qu’il demande et comme il le demande. »

schtroumpf grognon ter

Pauvre, pauvre malcontent ! que de mal tu te fais et que de mal tu fais aux autres !
Quelle vie triste et inutile tu passes, et tu imposes aux tiens !
Et tu pourrais si facilement être heureux et faire des heureux, – si facilement aimer et être aimé !
Un peu plus de bonhomie dans tes relations de famille et d’amitié. Sois donc persuadé qu’on t’aime et qu’on t’apprécie ; ne le vois-tu pas ?
Un peu plus de prières, humbles, simples, confiantes. Pense que Dieu veut que tu rendes heureux ceux qui t’entourent. C’est un devoir rigoureux que ce devoir, et sa violation entraîne la violation d’une foule d’autres devoirs.
Le mécontentement habituel nous met sur le chemin qui éloigne du ciel.

(in Paillettes d’or - recueil complet années 1892 à 1903 – Tome III pp. 22-25)

schtroumpf grognon quatro

Publié dans : Lectures & relectures, Textes spirituels | le 12 juillet, 2014 |1 Commentaire »

2014-68. Du huitième anniversaire du Maître-Chat.

Jeudi 10 juillet 2014.

9- Lully à l'oratoire sur les genoux de Fr.Max.M.

Lully sur les genoux de « son moine » à l’oratoire pendant l’oraison…

Très Noble, très Haut et très Puissant Maître-Chat,
Mon très cher Lully,

Parce que c’est aujourd’hui ton huitième anniversaire, je me permets une incursion personnelle au milieu de tes savantes et sages publications afin de te présenter mes voeux très affectueux, et pour te souhaiter de nombreuses et très heureuses années de vie en ce Mesnil-Marie dont, après Dieu Notre-Seigneur et Sa Très Sainte Mère, tu es le Maître incontesté…

Beaucoup de mes congénères – parce qu’il faut bien reconnaître que les humains sont habituellement bien loin d’avoir la sensibilité, l’intelligence, la sagacité et la finesse dont les chats ont été dotés par le divin Créateur – ne comprennent pas toujours très bien la place que tu occupes au Refuge Notre-Dame de Compassion et dans mon coeur…
Mais qu’importe ! Auprès de toi, à ton exemple, j’ai appris qu’il est parfaitement inutile de se justifier devant les hommes, et qu’il ne faut jamais chercher – et s’abaisser – à expliquer à ceux qui ne le saisissent pas d’abord par une intuition du coeur, ce que sont ces affinités secrètes que l’incompréhensible et incommensurable sagesse de Dieu a établies entre certains êtres : « Donnez-moi quelqu’un qui aime, et il comprendra ce que je dis » a écrit notre glorieux Père Saint Augustin.

A un catholique un peu « coincé » qui s’offusquait de ce que Saint Philippe Néri plaçât son admirable et très sage chat sur les gradins de l’autel pendant qu’il célébrait la Sainte Messe, j’avais un jour tenté d’expliquer que le Bon Dieu n’avait de mépris pour aucune de Ses créatures, et que la beauté hiératique et les toujours très nobles attitudes d’un chat rendaient autant – sinon plus – de gloire à Dieu qu’un bouquet de fleurs.
Las ! je ne crois pas avoir réussi à le convaincre, et je crains même d’avoir augmenté son scandale.
Il m’avait en effet interrogé : « Pouvez-vous me dire à quoi peut bien servir un chat dans une maison religieuse, sinon à vous donner de la distraction ? », et je lui avais répondu : « Tout être créé, tout animal, toute fleur, témoignent d’une qualité particulière de Dieu… » ; mais il insistait : « Et quelle est la qualité de Dieu dont le chat vous semble spécialement le témoignage ? » et j’ai suggéré : « Peut-être celle que beaucoup de fidèles ont justement le plus de mal à imaginer : la volupté divine ! »

L’effarement que je pus lire alors sur son visage était indescriptible.

S’il arrivait donc que ces lignes tombassent sous les yeux de quelque fidèle dont la compréhension souffre de ce genre de limites, je le prierais de bien vouloir cesser immédiatement sa lecture et de me pardonner le scandale dont je suis pour lui la cause.
Mais à tous les autres qui, comme moi, sont capables de verser d’irrépressibles larmes de tendresse spirituelle au spectacle d’une cane inquiète s’occupant de ses canetons turbulents – parce que j’y lis la parabole de la tendre sollicitude de Dieu pour moi – , et à tous ceux dont l’esprit est amoureusement transporté en entendant le récit du loup de Saint François, du chien de Saint Roch ou de la baleine de Saint Brendan et de Saint Malo (cf. > www), j’offre en même temps qu’à toi, mon cher Lully, quelques photographies choisies parmi celles que j’ai prises de toi au cours de ta première année, et je les présente aussi à Dieu en fervente action de grâces !

Frère Maximilien-Marie.  

Chat gif

Sur cette photo, la première que j’ai prise de toi, le 18 août 2006 (tu avais donc cinq semaines et demi), tu venais d’être profondément blessé à l’oeil gauche par la griffe d’un de tes frères ou soeurs : on a cru que tu perdrais ton oeil… mais les soins que je t’ai prodigués l’ont sauvé. Il t’en reste une « coquetterie », mais tu y vois… tu y vois même très bien !          

1- Lully le 18 août 2006

Le 29 août 2006, tu as pris possession du Mesnil-Marie (cf. > www) et tu m’as dit : « Ok, Frère Max, je t’adopte ! »

2-Lully 29 août 2006 prend possession du Mesnil-Marie

Sur la photo suivante, tu as deux mois et une semaine, et tu faisais un incroyable numéro de charme à l’une de nos amies :

3- Lully 17 sept 2006

Et voilà, tu as déjà cinq mois, et tu as commencé à étendre largement ton domaine autour de la maison : souris, mulots et campagnols apprennent à leurs dépens que tu es un redoutable chasseur…
Et les hommes apprennent aussi que tu es un observateur vigilant à l’oeil duquel rien n’échappe :

4-Lully 13 déc. 2006

Mais tu es aussi un novice modèle, qui apprend à bien se tenir à l’oratoire, qui sait bien faire la différence entre un missel et un bréviaire, et dont les longues heures d’oraison silencieuse s’appuient sur leurs textes sacrés…

5- Lully 24 oct 2007

Quant à tes dons stylistiques et ta maîtrise de l’informatique, point n’est besoin d’en parler, puisque ce blogue que tu tiens depuis le 10 septembre 2007, et dont le nombre de lecteurs dépasse désormais très largement les 20.000 chaque mois, en est le meilleur témoignage (cf. > www)…

6- Lully 4 déc 2007

Chat gif

Publié dans : Chronique de Lully | le 10 juillet, 2014 |9 Commentaires »

2014-67. « Si l’heure n’est pas venue pour Jésus-Christ de régner, alors l’heure n’est pas non plus venue pour les gouvernements de durer ! »

Jeudi 3 juillet 2014.

Sacre de Hugues Capet

Sacre de Hugues 1er dit Capet, le 3 juillet 987.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Le 3 juillet 987, dans la cathédrale de Noyon (selon la date et le lieu le plus communément admis), Hugues 1er dit Capet fut sacré roi de France. 
Il succédait au dernier souverain carolingien, Louis V, dont il était un parent, mais pas le plus proche. Cette accession au trône, il la devait essentiellement à l’archevêque Adalbéron de Reims et à son secrétaire, le moine Gerbert d’Aurillac futur pape Sylvestre II.

La dynastie capétienne a présidé aux destinées de la France – et de l’Europe – pendant des siècles glorieux.
Les descendants d’Hugues Capet n’ont pas seulement régné sur la France, mais aussi en Espagne, au Portugal, au Brésil, à Naples, à Parme, au Luxembourg ainsi que, si l’on compte la descendance par les femmes, dans presque tous les royaumes européens qui ont existé et qui existent encore…

C’est ainsi que, mille-vingt-sept ans après l’accession d’Hugues Capet au trône de France, huit-cent ans après la naissance de Saint Louis, quatre-cent-vingt ans après le couronnement d’Henri IV et trois-cent-soixante ans après celui de Louis XIV, un descendant de tous ces souverains français vient, le 19 juin dernier, de monter sur le trône d’Espagne.
Trois-cent-quatorze ans après le petit-fils de Louis XIV, devenu roi d’Espagne sous le nom de Philippe V - et dont il est un descendant direct en ligne agnatique – , voici le roi Philippe VI.

Philippe duc d'Anjou proclamé roi d'Espagne par son grand'père Louis XIV

16 novembre 1700 : « Messieurs, voici le roi d’Espagne »
par ces mots le roi Louis XIV annonce à la cour de Versailles qu’il a accepté le testament de Charles II d’Espagne,
et que son petit-fils, Philippe duc d’Anjou, accède au trône d’Espagne sous le nom de Philippe V.

A son petit-fils de dix-sept ans qui partait prendre possession du trône d’Espagne, le Grand Roi remit un mémoire dans lequel étaient consignées trente-trois instructions sur le métier de roi.
Ce soir, je vous en livre trois extraits :
« § 1 – Ne manquez à aucun de vos devoirs, surtout envers Dieu.
« § 3 – Faites honorer Dieu partout où vous aurez du pouvoir ; procurez sa gloire ; donnez-en l’exemple : c’est un des plus grands biens que les rois puissent faire.
« § 33 – (…) Dieu qui vous a fait roi, vous donnera les lumières qui vous sont nécessaires tant que vous aurez de bonnes intentions. »

Trois-cent-quatorze ans plus tard, je ne pense pas que ces instructions soient dépassées ou qu’on puisse dire qu’elles sont tombées en désuétude, puisque, selon les Saintes Ecritures, qui nous enseignent des vérités éternelles, « omnis potestas a Deo : tout pouvoir vient de Dieu » ; ce qui est la condamnation sans appel du faux principe qui prétend que « le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation ; nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément » (déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789).

Cela étant rappelé, je vous invite à regarder quelques photographies.

En voici tout d’abord trois qui ont été prises le 22 novembre 1975 lorsque Sa Majesté le Roi Jean-Charles 1er a prêté serment devant les Cortes :

22 novembre 1975 prestation de serment du roi Jean-Charles 1er (1)

22 novembre 1975 prestation de serment du roi Jean-Charles 1er (2)

22 novembre 1975 prestation de serment du roi Jean-Charles 1er (3)

Sur ces trois photos, on voit très bien que, à côté de la couronne et du sceptre, avait été placé un Crucifix d’argent, ce qui ne nécessite finalement aucune exégèse.
Sur les deux dernières, on remarque la présence d’un évêque : le concordat de 1953 (en vigueur jusqu’en 1979) donnait en effet une place prépondérante à l’Eglise catholique dans les institutions espagnoles ; il s’agissait bien alors véritablement d’une monarchie catholique.

Voici maintenant trois clichés pris le 19 juin dernier lors de la prestation de serment de Sa Majesté le Roi Philippe VI :

19 juin 2014 prestation de serment du roi Philippe VI (1)

19 juin 2014 prestation de serment du roi Philippe VI (2)

19 juin 2014 prestation de serment du roi Philippe VI (3)

Moins de quarante plus tard, le Saint Crucifix a disparu et il n’y a plus de prélat auprès du nouveau souverain : la cérémonie a été volontairement et très strictement « laïque ».
Aucune bénédiction de l’Eglise n’est venue accompagner l’accession au trône du descendant de Hugues Capet, de Saint Louis, d’Henri IV, de Louis XIV et de Philippe V auquel son aïeul avait recommandé – je me répète, mais c’est intentionnel – :

« § 1 – Ne manquez à aucun de vos devoirs, surtout envers Dieu. 
« § 3 – Faites honorer Dieu partout où vous aurez du pouvoir ; procurez sa gloire ; donnez-en l’exemple : c’est un des plus grands biens que les rois puissent faire. 
« § 33 – (…) Dieu qui vous a fait roi, vous donnera les lumières qui vous sont nécessaires tant que vous aurez de bonnes intentions. »

Je ne peux m’empêcher de penser que le règne du roi Jean-Charles 1er a accompli, années après années, une sorte d’apostasie pour la royauté espagnole…
Mais le pis est sans doute que, de nos jours, les hommes d’Eglise ont eux aussi – dans leur grande majorité – apostasié la doctrine de la royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ et professent, pour ce qui concerne la place du catholicisme dans la société, des théories expressément et solennellement condamnées par les papes Grégoire XVI, Pie IX et saint Pie X.

Me reviennent alors à la mémoire les paroles du vénéré cardinal Pie à l’adresse de Napoléon III :
« Si l’heure n’est pas venue pour Jésus-Christ de régner, alors l’heure n’est pas non plus venue pour les gouvernements de durer ! »

Lully.                          

Sacré-Coeur Roi

2014-66. Des fêtes de précepte dans l’Eglise universelle et en France.

Mardi 1er juillet 2014,
Fête du Très Précieux Sang de Notre-Seigneur.

Savez-vous, chers Amis, quelles sont les fêtes liturgiques qui, selon le code de droit canonique actuellement en vigueur, sont – pour toute l’Eglise catholique – des fêtes de précepte, c’est-à-dire des fêtes auxquelles les fidèles sont tenus, par une obligation grave, de participer à la Messe et de s’abstenir de travaux serviles comme pour les dimanches ?

Beaucoup d’entre vous  me diront sans doute : Noël, l’Ascension, l’Assomption et la Toussaint.
Ce sont en effet les quatre fêtes dont la célébration n’est pas fixée à un dimanche et qui sont actuellement chômées en France.
Néanmoins, si cette réponse est juste, elle est loin d’être complète car, depuis 1802, le nombre des fêtes de précepte en France est inférieur à celui qui est normalement en vigueur dans toute l’Eglise, et ma question était : « Quelles sont les fêtes liturgiques qui, selon le code de droit canonique actuellement en vigueur, sont – pour toute l’Eglise catholique – des fêtes de précepte ? »

Jugez-en par vous-mêmes :
Selon le canon 1246, § 1 « Le dimanche où, de par la tradition apostolique, est célébré le mystère pascal doit être observé dans l’Eglise tout entière comme le principal jour de fête de précepte. Et de même doivent être observés les jours de la Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de l’Epiphanie,  de l’Ascension et du Très Saint Corps et Sang du Christ, le jour de Sainte Marie Mère de Dieu, de son Immaculée Conception et de son Assomption, de saint Joseph, des saints Apôtres Pierre et Paul et enfin de tous les Saints. »

Dans le code de droit canonique de 1917, précédemment en vigueur, sous le numéro 1247 § 1, la liste des fêtes de précepte pour l’Eglise universelle était rigoureusement la même, si ce n’est que « le jour de Sainte Marie Mère de Dieu », c’est-à-dire le 1er janvier où dans le calendrier liturgique issu de la réforme de 1969 a été placée cette célébration en l’honneur de la Maternité divine de Notre-Dame, y était appelé « fête de la Circoncision de Notre-Seigneur » conformément au calendrier liturgique antérieur.

Les fêtes de précepte qui doivent être sanctifiées par l’assistance à la Messe et l’abstention de tout travail servile sont donc au nombre de dix pour l’Eglise universelle, et – avec seulement la différence de dénomination pour celle du 1er janvier – elles correspondent aux mêmes dates dans les calendriers liturgiques de l’une ou l’autre formes du rite romain :
1  - le 25 décembre : Noël.
2  - le 1er janvier : Circoncision ou Sainte Marie Mère de Dieu.
3  - le 6 janvier : Epiphanie.
4  - le 19 mars : Saint Joseph.
5  - le jeudi de l’Ascension (quarante jours après le dimanche de Pâques).
6  - le jeudi de la Fête du Saint-Sacrement (Fête-Dieu), soit le jeudi qui suit le dimanche de la Très Sainte Trinité.
7  - le 29 juin : fête des Saints Pierre et Paul.
8  - le 15 août : Assomption de Notre-Dame.
9  - le 1er novembre : Toussaint.
10 – le 8 décembre : Immaculée Conception.

Ajoutons à cela qu’il existe des fêtes de précepte particulières aux diocèses et aux paroisses, qui sont la fête du saint Patron du diocèse et celle(s) du ou des saint(s) Patron(s) de la paroisse, ainsi que celles de l’anniversaire de la dédicace de la cathédrale et de la dédicace de l’église paroissiale (si elle est consacrée).

Le second paragraphe du canon 1246 du code de droit canonique actuellement en vigueur précise néanmoins :
« Cependant, la conférence des Evêques peut, avec l’approbation préalable du Saint-Siège, supprimer certaines fêtes de précepte ou les reporter au dimanche. »

De fait, avec cet accord préalable du Saint-Siège, les conférences épiscopales – poussées par des nécessités que nous pouvons qualifier de politiques, puisque c’est souvent sous la contrainte de gouvernements de plus en plus laïcistes qui ne veulent plus accorder que ces jours de fêtes religieuses soient chômés – ont supprimé ou reporté au dimanche certaines fêtes de précepte.

En France, à la suite du concordat signé entre le Saint-Siège et le premier consul Bonaparte en 1801, le cardinal Jean-Baptiste Caprara, légat a latere du pape Pie VII auprès du gouvernement français pour la négociation du dit concordat, promulga, le 9 avril 1802, un « Indult pour la réduction des fêtes » qui – compte-tenu de la diminution des fêtes religieuses chômées imposée par la république (par exemple avant la révolution, la plupart des fêtes « de première classe », comme l’Annonciation, mais aussi la Saint Louis et la Saint Etienne, les Jeudi et Vendredi Saints, ainsi que toutes les fêtes des Apôtres étaient obligatoirement chômées) – règle cette question pratique des fêtes de précepte. 
Ce « décret Caprara », ainsi qu’il est couramment appelé, est toujours en vigueur actuellement. Nous lisons en effet dans le Bulletin Officiel de la Conférence des Evêques de France n°30, en date du 28 janvier 1986 : « La conférence des évêques maintient le statu quo pour les fêtes d’obligation en France, en vigueur depuis le décret du cardinal Caprara en 1802 ».

Donc, en attendant le jour où un régime plus respectueux des fêtes de l’Eglise permettra qu’elles soient à nouveau chômées, il faut célébrer le dimanche des « solennités reportées » pour les fêtes de l’Epiphanie, de la Fête-Dieu, des saints Apôtres Pierre et Paul, des saints Patrons du diocèse et de la paroisse, et de la dédicace.
Pour ce qui est du 1er janvier, bien qu’il soit férié en France, les évêques et les prêtres ne rappellent cependant pas qu’il devrait être une fête de précepte.
Quant au 19 mars et au 8 décembre, il n’y a guère que dans les communautés religieuses traditionnelles qu’on y applique la règle des fêtes de précepte ; ailleurs ce ne sont que des fêtes de dévotion plus ou moins marquées…

Voici le texte de cet « Indult pour la réduction des fêtes » que je recopie intégralement ci-dessous, parce que j’ai eu moi-même du mal à le trouver en entier et que j’ai pensé qu’il serait peut-être utile ou agréable à certains d’entre vous de le connaître :

« Nous, Jean-Baptiste Caprara, Cardinal-Prêtre de la sainte Eglise Romaine, du titre de Saint-Onuphre, Archevêque, Evêque d’Iesi, Légat a latere de notre très-saint Père le Pape Pie VII, et du S.Siège Apostolique, auprès du premier Consul de la République française.

Le devoir du Siège Apostolique qui a été chargé par Notre-Seigneur Jésus-Christ du soin de toutes les Eglises, est de modérer l’observance de la discipline ecclésiastique avec tant de douceur et de sagesse, qu’elle puisse convenir aux différentes circonstances des temps et des lieux. Notre très-saint Père le Pape Pie VII, par la divine Providence, souverain Pontife, avait devant les yeux ce devoir, lorsqu’il a mis au nombre des soins qui l’occupent à l’égard de l’Eglise de France, celui de réfléchir sur ce qu’il devait statuer touchant la célébration des fêtes dans ce nouvel ordre des choses. Sa Sainteté savait parfaitement que dans la vaste étendue des pays qu’embrasse le territoire de la République française, on n’avait pas suivi partout les mêmes coutumes ; mais que dans les divers diocèses, des jours de fêtes différents avaient été observés. Sa Sainteté observait de plus que les peuples soumis au Gouvernement de la même République, avaient le plus grand besoin, après tant d’événements et tant de guerres, de réparer les pertes qu’ils avaient faites pour le commerce et pour les autres choses nécessaires à la vie, ce qui devenait difficile par l’interdiction du travail aux jours de fêtes, si le nombre de ces jours n’était diminué. Enfin elle voyait, et ce n’était point sans une grande douleur, elle voyait que, dans ce pays, les fêtes jusqu’à ce jour n’avaient pas été observées partout avec la même piété ; d’où il résultait en plusieurs lieux un grave scandale pour les âmes pieuses et fidèles.

Après avoir examiné et pesé mûrement toutes ces choses, il a paru qu’il serait avantageux pour le bien de la Religion et de l’Etat, de fixer un certain nombre de jours de fêtes, le plus petit possible, qui seraient gardées dans tout le territoire de la République, de manière que tous ceux qui sont régis par les mêmes lois fussent également soumis partout à la même discipline ; que la réduction de ces jours vint au secours d’un grand nombre de personnes, et que l’observation des fêtes conservées en devint plus facile.
En conséquence, et en même temps pour se rendre aux désirs et aux demandes du premier Consul de la République à cet égard, Sa Sainteté nous a enjoint, en notre qualité de son Légat a latere, de déclarer, en vertu de la plénitude de la puissance apostolique, que le nombre des jours de fêtes, autres que les dimanches, sera réduit aux jours marqués dans le tableau que nous mettons au bas de cet Indult, de manière qu’à l’avenir, tous les habitants de la même République soient censés exempts, et que réellement ils soient entièrement déliés, non seulement de l’obligation d’entendre la Messe, et de s’abstenir des oeuvres servils aux autres jours de fêtes, mais encore de l’obligation du jeûne aux veilles de ces mêmes jours. Elle a voulu cependant que dans aucune église rien ne fut innové dans l’ordre et le rit des offices et des cérémonies qu’on avait coutume d’observer aux fêtes maintenant supprimées et aux veilles qui les précèdent, mais que tout soit entièrement fait comme on a eu coutume de faire jusqu’au moment présent, exceptant néanmoins la fête de l’Epiphanie de Notre-Seigneur, la Fête-Dieu, celle des Apôtres Saint Pierre et Saint Paul, et celle des Saints Patrons de chaque diocèse et de chaque paroisse, qui se célèbreront partout le dimanche le plus proche de chaque Fête.

En l’honneur des saints Apôtres et des saints Martyrs, Sa Sainteté ordonne que dans la récitation, soit publique, soit privée des heures canoniales, tous ceux qui sont obligés à l’office divin, soient tenus de faire dans la solennité des Apôtres saint Pierre et saint Paul, mémoire de tous les saints Apôtres, et dans la fête de saint Etienne, premier martyr, mémoire de tous les saints Martyrs ; on fera aussi ces mémoires dans toutes les messes qui se célébreront ces jours-là.

Sa Sainteté ordonne encore que l’anniversaire de la Dédicace de tous les temples, érigés sur le territoire de la République, soit célébré dans toutes les églises de France, le dimanche qui suivra immédiatement l’octave de la Toussaint.

Quoiqu’il fut convenable de laisser subsister l’obligation d’entendre la messe aux jours des fêtes qui viennent d’être supprimées, néanmoins Sa Sainteté, afin de donner de plus en plus de témoignages de sa condescendance envers la Nation française, se contente d’exhorter ceux principalement qui ne sont point obligés de vivre du travail des mains, à ne pas négliger d’assister ces jours-là au saint sacrifice de la messe.
Enfin, Sa Sainteté attend de la religion et de la piété des Français, que plus le nombre des jours de fêtes et des jours de jeûnes sera diminué, plus ils observeront avec soin, zèle et ferveur, le petit nombre de ceux qui restent, rappelant sans cesse dans leur esprit, que celui-là est indigne du nom chrétien, qui ne garde pas comme il le doit les commandements de Jésus-Christ et de son Eglise ; car, comme l’enseigne l’Apôtre saint Jean : Quiconque dit qu’il connaît Dieu, et n’observe pas ses commandements, est un menteur, et la vérité n’est pas en lui.

Les jours de fête qui seront célébrés en France, outre les dimanches, sont :
La Naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
L’Ascension.
L’Assomption de la Très Sainte Vierge.
La fête de tous les Saints.

Donné à Paris, en la maison de notre résidence, ce jourd’hui 9 avril 1802.

J.B. card. Caprara, Légat.
J.A. Sala, Secrétaire de la Légation Apostolique.

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Publié dans : De liturgia | le 1 juillet, 2014 |1 Commentaire »

2014-65. De quelques célébrations ou anniversaires liés à la date du 30 juin.

Lundi 30 juin 2014,
fête de Saint Martial.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Alors que dans le calendrier de l’Eglise universelle cette date du 30 juin est marquée par la commémoraison de Saint Paul (selon le missel traditionnel bien sûr), alors que l’Eglise diocésaine de Viviers célèbre en ce jour la fête de Saint Ostian - orthographié aussi Ostien ou Hostien – , un saint prêtre qui eut un apostolat missionnaire dans les campagnes des diocèses de Viviers et du Puy au VIe siècle et qui est le patron principal de la cité épiscopale de Viviers, pour nous ce jour est celui de la fête de Saint Martial, titulaire de notre église paroissiale depuis plus de mille ans et céleste protecteur du village sur le territoire duquel est sis notre Mesnil-Marie : c’est donc chez nous une fête de première classe !

Cette fête liturgique se double d’un anniversaire. En effet, la divine Providence – puisqu’il n’y a eu en cela aucun calcul humain – a disposé les choses de telle sorte que, il y a six ans (le 30 juin 2008), achevant nos déménagements, c‘est le jour de la fête de Saint Martial que le Refuge Notre-Dame de Compassion a été établi de manière stable en ce village de Saint-Martial : admirable clin-Dieu !

Vitrail de Saint Martial à la cathédrale Saint-Etienne de Sens

Saint Martial
(vitrail de la cathédrale Saint-Etienne de Sens)

Le culte de Saint Martial fut jadis extrêmement développé dans les Gaules et dans la France médiévale, au point que Jean XIX, pape de 1024 à 1032, avait élevé sa fête au même rang que celles des Apôtres.
L’Aquitaine et le Limousin vénèrent Saint Martial comme leur premier évangélisateur ; et, à Limoges même dont il fut le premier évêque, son tombeau devint un lieu de pèlerinage au-dessus duquel fut ensuite élevée une célèbre abbaye, qui constituait une étape sur l’un des chemins de Compostelle. Cette abbaye était également un foyer culturel et artistique de tout premier ordre.

La légende a fait de Saint Martial le petit enfant que Notre-Seigneur avait donné en exemple aux Apôtres (cf. Matth. XVIII, 3) ainsi que le jeune garçon qui avait avec lui les cinq pains d’orge et les deux poissons que Jésus multiplia dans le désert (cf. Jean VI, 5-14).
Devenu adulte et ordonné prêtre puis évêque par Saint Pierre lui-même, il aurait été missionné par ce dernier pour évangéliser les Gaules, accomplissant de grands miracles – notamment une résurrection grâce au bâton que lui avait remis le Prince des Apôtres – et de nombreuses conversions : cette légende fut en particulier merveilleusement illustrée par les fresques commandées par le pape Clément VI (qui était limousin) à Matteo Giovanetti, en 1344-1345, pour la chapelle Saint-Martial du palais des Papes, en Avignon.
L’apostolicité de Saint Martial, âprement défendue par les moines de l’abbaye Saint-Martial de Limoges à partir du IXe siècle (et par laquelle s’explique en grande partie la popularité et le rayonnement de son culte), est néanmoins difficilement soutenable de nos jours, même si elle fut encore affirmée par la Sacrée Congrégation des Rites en 1845.
Actuellement, historiens et hagiographes voient plutôt en Saint Martial l’un des sept évêques dont parle Saint Grégoire de Tours dans son Histoire des Francs, qui avaient été envoyés dans les Gaules par le pape au milieu du IIIe siècle.

Les fouilles archéologiques réalisées dans la seconde moitié du XXe siècle à l’emplacement de l’abbaye de Saint-Martial ont permis d’en retrouver la crypte ainsi que le sarcophage qui avait contenu le corps du saint évêque, et elles confirment plutôt que Saint Martial aurait vécu dans la seconde moitié du IIIe siècle et au tout début du IVe.

Quoi qu’il en soit, nous sommes très heureux d’avoir pour céleste protecteur du territoire sur lequel est implanté notre Mesnil-Marie l’un des premiers évangélisateurs de ce qui deviendra la France, et un saint dont le culte fut à la source d’un intense mouvement culturel et artistique.

Inscription lapidaire du tombeau de St Martial au musée des beaux arts de Limoges

« Martialis Apotolus Christi : Martial Apôtre du Christ »
Inscription lapidaire du tombeau de Saint Martial,
exposée au Musée des Beaux-Arts de Limoges.

En ce même jour, nous commémorons la pieuse mémoire d’un saint prêtre natif de cette paroisse de Saint-Martial, qui fut un confesseur de la foi pendant la grande révolution à laquelle il survécut, et qui rendit son âme à Dieu le 30 juin 1837 : voici le texte complet de la notice nécrologique que nous avons découverte à son sujet dans « l’Ami de la Religion et du Roi » (année 1837 – cf. > www) et dont nous conservons la savoureuse graphie originelle :

« M. François Régis Venard aumônier des religieuses de Sainte Claire à Lyon est mort le 30 juin à l’âge de 87 ans. Né en 1750 à Saint Martial, diocèse de Viviers, il étoit aumônier à l’Hôtel-Dieu de Lyon au commencement de la révolution. Il rendit des services pendant le siège en 1793 et, après la prise de la ville, il erra dans les campagnes du Beaujolois prenant toute sorte de déguisemens et portant ainsi les secours de son ministère. Il échappa à tous les périls par son adresse et surtout par la protection de la providence et il en racontoit des traits touchans. Après le concordat il occupa successivement deux cures dans l’arrondissement où il avoit été caché. On le redemanda ensuite à l’Hôtel-Dieu, et il n’en est sorti que pour diriger les religieuses de Sainte Claire. C’étoit un prêtre estimable, doux, pieux, modeste qui méritoit d’avoir des amis par la franchise de son caractère et la sûreté de son commerce. »

Nous tenons beaucoup à maintenir la mémoire de ces courageux ecclésiastiques, martyrs ou confesseurs de la foi, dont nous retrouvons les traces ou les mentions lors de nos études et recherches historiques en lien avec ce petit pays où nous vivons, et qui sont malheureusement tombés dans l’oubli des générations actuelles.
Nous sommes convaincus que même s’ils ne font pas l’objet d’enquêtes canoniques et de cérémonies de béatification, ils sont néanmoins grands et glorieux aux yeux du Souverain Seigneur (peut-être même plus grands et glorieux que certains « saints » récemment élevés sur les autels !) et que – au jour du grand jugement et pour l’éternité – ayant été éprouvés comme l’or au milieu de la fournaise, et reçus comme une hostie d’holocauste, ils brilleront comme des étincelles dans un lieu planté de roseaux (cf. Sag. III, 5-7). 

L’exemple et l’intercession des saints, l’exemple et l’intercession des héros chrétiens demeurent pour nous, dès maintenant et pour les grandes épreuves à venir, une lumière et une force dans cette crise terrible qui désole et ravage la Sainte Eglise, envahie par l’esprit du monde, gangrenée par les idées de la révolution, et pervertie par le venin du modernisme… jusqu’à son autorité suprême.

pattes de chatLully.

Publié dans : De liturgia, Memento, Nos amis les Saints | le 30 juin, 2014 |1 Commentaire »

2014-64. « Paul est là pour seconder nos efforts, et Pierre pour ouvrir les portes de l’éternel séjour. »

François Perrier les adieux de Saint Pierre et Saint Paul - 1647-50 musée de Rennes

François Perrier, dit Le Bourguignon : St Pierre et St Paul se disant au revoir en partant pour le martyre
(1647-1650 , musée de Rennes)

Sermon de
notre glorieux Père Saint Augustin

sur
le martyre des Saints Apôtres Pierre et Paul :

§ 1. Contraste entre la vocation de saint Pierre et celle de saint Paul.

Avec la grâce de Dieu, nous célébrons aujourd’hui le martyre de saint Pierre et de saint Paul ; le monde entier solennise aujourd’hui leur mémoire, les unissant dans les mêmes cantiques, comme ils ont été unis par une même foi et couronnés par un même triomphe. C’est la fête de Paul ; et, tous le proclament, c’est aussi la fête de Pierre. Comment garder le silence sur Pierre, quand on se rappelle avec quelle fermeté il a refoulé la rage de Simon le Magicien, lui a enseigné la saine doctrine et a confondu son orgueil ? Par leur trépas glorieux, ces deux Apôtres ont prouvé combien la mort des saints est précieuse devant Dieu. Paul est un vase d’élection, Pierre tient les clefs de la maison du Seigneur ; l’un était pêcheur, l’autre a été persécuteur. Paul a été frappé d’aveuglement, afin de mieux voir ; Pierre a renié, afin de croire. Paul, embrassant la foi de Jésus-Christ après la résurrection de l’Eglise, s’est montré le disciple d’autant plus glorieux de la vérité, qu’il avait été plus obstiné dans son erreur. Pierre pêcheur n’a pas déposé ses filets, mais les a changés, parce qu’honoré le premier du sacerdoce, il préféra désormais les sources à la mer, et chercha les poissons, non pas pour les détruire, mais pour les purifier. Tous deux furent heureux dans l’administration de la doctrine, mais la mort les confirma dans un bonheur plus grand encore. Sur la-terre, la gloire n’est qu’en désir ; au ciel, elle a toute sa réalité. Sur la terre, les tribulations se succèdent, la mort met les saints en possession de la véritable grandeur. La voix de ces Apôtres se fait entendre jusqu’aux confins de la terre. Partout s’élève en leur faveur un concert de louanges ; partout la voix des fidèles redit la magnificence de leur triomphe.

§ 2. Interprétation mystique des circonstances de leur martyre.

Comment appeler morts des hommes dont la foi est un principe de vie et de résurrection pour le monde entier ? Pour arriver au glorieux séjour de l’éternelle lumière, que personne n’hésite à se confier en toute assurance à la direction de ces illustres docteurs ; à leur suite la conquête du ciel n’est plus impossible. Paul est là pour seconder nos efforts, et Pierre pour ouvrir les portes de l’éternel séjour. Du reste, il ne peut que nous être utile de rappeler le glorieux martyre de ces Apôtres. Paul fut décapité, Pierre fut crucifié la tête en bas. Ce genre de mort est plein de mystère. Il convenait que Paul eût la tête tranchée, parce qu’il est pour les Gentils le chef ou la tête de la foi. Pierre avait reconnu que Jésus-Christ est la tête de l’homme, et comme Jésus-Christ était alors assis dans sa gloire, Pierre lui présenta d’abord sa tête, que les pieds devaient suivre, afin que dans ce nouveau genre de martyre, pendant que les pieds et les mains étaient enchaînés, la tête pût prier et prendre le chemin du ciel. Je ne suis pas digne, disait Pierre, d’être crucifié comme mon Seigneur. Par ce langage il ne refusait pas le martyre, mais il craignait de s’approprier le genre de mort du Sauveur, et ne se trouvait digne que de honte et de châtiment. Bienheureux Pierre, quand nous vous voyons suspendu à la croix, combien vous l’emportez à nos yeux sur le Magicien aspirant à prendre son vol dans les airs ! Il ne s’élève que pour tomber plus profondément, tandis que vous n’inclinez votre tête vers la terre que pour posséder le ciel après votre mort, par la grâce de Jésus-Christ qui vit et règne dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Tiare et clefs

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