En guise de prologue à ce blogue…

Le Maître-Chat Lully

Son Altesse Sérénissime Monseigneur le Maître-Chat Lully (10 juillet 2006 – 23 mai 2019)

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« Mon blogue – ce blogue – est né le 10 septembre 2007…
Né d’une boutade de mon « papa-moine », ainsi que j’ai eu l’occasion de l’expliquer en détail > ici lorsque j’en ai donné l’historique alors qu’il allait approcher de son septième anniversaire, ce qui n’était au départ qu’un modeste moyen de garder contact avec un petit groupe d’amis proches du Refuge Notre-Dame de Compassion, a, tout au long des années, largement dépassé ce cadre restreint pour atteindre de très nombreuses personnes bien au-delà de nos simples relations habituelles, et bien au-delà des frontières de notre beau Royaume de France.

Bien sûr, il y a eu très souvent des personnes très « raisonnables » et très « sérieuses » qui se sont scandalisées qu’un chat écrivît sur des sujets religieux, rédigeât des chroniques et publiât des réflexions sur la société, ses maux et les remèdes que l’authentique tradition politique de notre monarchie légitime leur pourrait apporter…
Il y a bien encore quelques uns de ces petits esprits étriqués et chagrins pour répandre le venin et le fiel de leurs critiques, mais je n’en ai jamais eu cure : si pour eux il est inconcevable qu’un texte puisse prétendre au moindre sérieux du seul fait qu’il est l’œuvre d’un chat – fut-il chat monastique -, il est  par ailleurs irréfragable que le phénomène, en définitive peu courant, d’un Maître-Chat s’exprimant sur le « ouèbe » sans égard pour la langue de bois ou de buis, mais avec tout la divine liberté donnée par le Créateur aux félins, a valu à ce blogue de fidèles et solides amitiés, qui pèsent bien davantage que toute les aigreurs d’estomac de tous les « coincés », de tous les « cinglés », de tous les « modernichons », et de tous les « tordus » politiques et religieux réunis !

Vous le savez, mon divin Créateur a rappelé à Lui mon âme le 23 mai de cette année 2019 qui s’achève aujourd’hui (cf. > ici).
Je sais que mon départ de cette terre a laissé un grand vide dans le cœur de nombre de mes lecteurs, tout comme dans celui de mon « papa-moine ». Cependant, ainsi qu’il vous l’a écrit (cf. > ici), mon blogue continue et continuera : invisible, mais toujours présent, j’inspire et j’inspirerai encore mon moine de compagnie, car je lui ai laissé quelque chose de mon esprit comme le fit jadis le saint prophète Elie pour son disciple Elisée, lorsqu’il fut enlevé sous ses yeux par un char de feu.

Le prologue d’origine de ce blogue (cf. > ici) n’était toutefois plus exactement adapté désormais, et c’est la raison pour laquelle je suis aujourd’hui « revenu » vers vous pour inspirer ces lignes à mon fidèle secrétaire et vous assurer, mes bien chers et fidèles amis, que je suis toujours là, veillant à ce que ce blogue continue l’œuvre amorcée dès sa première chronique (cf. > Genèse) – semper fidelis – toujours fidèle à l’esprit que Dieu a voulu pour le Refuge Notre-Dame de Compassion : fidélité intégrale au dépôt de la foi reçue des Apôtres, et fidélité intégrale au dessein de Dieu scellé dans les fonts baptismaux de Reims où s’unirent la foi catholique et la royauté franque pour faire naître la France, avec en corollaire la défense sans concession de tout ce que cela représente et contient !

Vive Dieu ! Vive le Roi !

pattes de chatLully.

Mardi 31 décembre 2019,
Fête de Saint Sylvestre 1er, pape et confesseur, baptiste de l’empereur Saint Constantin 1er le Grand ;
Septième jour dans l’octave de la Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Lully le chroniqueur

2021-54. Testament de Sa Majesté la Reine Marie-Thérèse de France.

19 octobre,
Fête de Saint Théofrède de Carméri, abbé et martyr (cf. > ici) ;
Mémoire de Saint Pierre d’Alcantara, confesseur ;
Mémoire de la Bienheureuse Agnès de Jésus (cf. > ici et > ici) ;
Anniversaire de la mort de S.M. la Reine Marie-Thérèse de France.

Marie-Thérèse-Charlotte de France - Antoine-Jean Gros 1816

Marie-Thérèse-Charlotte de France (1778-1851),
Fille de France,
- « Madame Royale » à sa naissance (19 décembre 1778) ;
- SAR Madame la duchesse d’Angoulême, à partir de son mariage (9 juin 1799) ;
- Madame la Dauphine de France, à la mort de SMTC le Roi Louis XVIII (16 septembre 1824) ;
- SM la Reine Marie-Thérèse, à la mort de SMTC le Roi Charles X (6 novembre 1836) ;
portant en exil le titre de comtesse de Marnes.

Sa Majesté la Reine Marie-Thérèse de France, née Marie-Thérèse-Charlotte de France, fille de leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette de Habsbourg-Lorraine, est pieusement décédée en exil, en son château de Frohsdorf, proche de Vienne en Autriche, le dimanche 19 octobre 1851 à 11 h et quart du matin.
C’est, selon le diagnostic des médecins qui l’ont soignée dans sa dernière et courte maladie, une pleuro-pneumonie qui l’a emportée, à l’âge de 72 ans et 10 mois.

La nouvelle de sa mort arriva à Paris le mercredi 22 octobre et y suscita une grande émotion, et pas uniquement dans les milieux légitimistes, car, ainsi que l’écrit Hélène Becquet (note) : « Celle qui incarnait la royauté persécutée par les révolutions meurt sur sa terre d’exil et avec elle tout un pan de l’histoire de la royauté semble disparaître ».
Pendant des semaines, les cérémonies religieuses vont se succéder : des services funèbres seront célébrés dans plus d’une centaine de villes, et dans plus d’une vingtaine d’entre elles l’évêque lui-même pontifiera. Le Midi de la France se distinguera particulièrement par le nombre et la ferveur des hommages publics à sa pieuse mémoire.
Même le « prince-président », Louis-Napoléon Bonaparte (il est vrai aussi que, préparant son coup d’état, Louis-Napoléon se ménage l’appui des catholiques et de tout ce qu’il y a de « conservateur » en France), assiste à Saint-Cloud à une Messe de Requiem célébrée pour celle qui est tout à la fois fille, sœur, nièce, épouse et tante de Rois : leurs Majestés les Rois Louis XVI, Louis XVII, Louis XVIII, Charles X, Louis XIX et Henri V.

château de Frohsdorf (près de Vienne)

Le château de Frosdorf, près de Vienne :
acheté en 1839 par le duc de Blacas pour le compte du « comte et de la comtesse de Marnes »
c’est-à-dire pour Leurs Majestés le Roi Louis XIX et la Reine Marie-Thérèse ;
à la mort de cette dernière le château devient la propriété de la « comtesse de Chambord »,
épouse de SM le Roi Henri V 
qui y décédera lui-même le 24 août 1883.

On trouvera ci-dessous le texte complet du testament de cette pieuse Reine dont le règne (6 novembre 1836 – 3 juin 1844) se passa tout entier en terre d’exil.
Malgré le caractère un peu fastidieux du détail des legs qu’elle veut voir accomplis après sa mort, nous avons tenu à publier l’intégralité de ce testament car au-delà des détails de cette liste, nous devrons admirer en ces dispositions la ferme volonté de cette édifiante Princesse de ne voir aucun de ses fidèles amis et serviteurs rester sans récompense ni témoignage de sa sincère reconnaissance.
On sera surtout profondément édifié des sentiments d’humilité, de soumission à Dieu, de pardon et de foi dont ces lignes témoignent.

Nous nous souviendrons surtout que la Dauphine puis Reine de France, sera la principale éducatrice de son neveu, Henri, duc de Bordeaux puis comte de Chambord, et que c’est principalement d’elle que notre grand et cher Henri V tient sa parfaite éducation politique, sans contamination avec les faux principes de la révolution et du libéralisme. En définitive, le « testament politique » de la Reine Marie-Thérèse se trouve tout entier dans la fermeté héroïque et dans la défense courageuse des principes traditionnels de la royauté, que maintiendra contre vents et marées le très avisé et très sage Henri V.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Crypte renfermant les tombes royales au couvent de la Castagnevizza

Le « Saint-Denis de l’exil » : crypte renfermant les tombes de leurs Majestés Charles X,
Louis XIX et Marie Thérèse de France, Henri V et Marie-Thérèse d’Autriche-Este,
et de la Princesse Louise d’Artois duchesse souveraine, puis régente, de Parme.
La tombe de la Reine Marie-Thérèse de France est la première à droite en entrant.

frise lys

 Testament de Sa Majesté la Reine Marie-Thérèse de France :
(l’original se trouve aux archives de Vienne – Autriche)

Au nom de la Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit.

Je me soumets en tout aux volontés de la Providence, je ne crains pas la mort et malgré mon peu de mérites, je m’en rapporte entièrement à la miséricorde infinie de Dieu, lui demandant toutefois le temps et la grâce de recevoir les derniers sacrements de l’Eglise, avec la piété la plus fervente.
Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine dans laquelle j’ai vécu aussi fidèlement qu’il m’a été possible et à qui je dois toutes les consolations de ma vie.

A l’exemple de mes parents, je pardonne de tout mon cœur et sans exception à tous ceux qui ont pu me nuire et m’offenser, demandant sincèrement à Dieu d’étendre sur eux Sa miséricorde, aussi bien que sur moi-même, et le suppliant de m’accorder le pardon de mes fautes.
Je remercie tous les Français qui sont restés attachés à ma famille et à moi, des preuves de dévouement qu’ils nous ont données, des peines qu’ils ont subies à cause de nous.
Je prie Dieu de répandre Ses bénédictions sur la France que j’ai toujours aimée au milieu même de mes plus amères afflictions.

Je remercie l’empereur d’Autriche de l’asile qu’il a accordé à ma famille et à moi dans ses Etats. Je suis reconnaissante des preuves d’intérêt et d’amitié que j’ai reçues de la famille impériale, surtout dans des circonstances bien douloureuses, et des sentiments que m’ont manifestés plusieurs personnes dans ce pays, particulièrement les habitants de Gorice [sic].

Ayant toujours considéré mon neveu Henri et ma nièce Louise comme mes enfants, je leur donne ma bénédiction maternelle, ils ont eu le bonheur d’être élevés dans les principes de notre sainte religion, qu’ils soient toujours les dignes descendants de Saint Louis. Puisse mon neveu consacrer ses heureuses facultés à l’accomplissement des grands devoirs que sa position lui impose. Puisse-t-il ne s’écarter jamais des voies de la modération, de la Justice et de la Vérité.

J’institue mon neveu Henri, comte de Chambord, pour mon héritier universel.

Je nomme le duc de Blacas, le comte de Montbel, le comte de Bouillé et le baron Billot pour mes exécuteurs testamentaires.

Je donne et lègue à ma nièce Thérèse, archiduchesse d’Autriche, comtesse de Chambord, ma terre de Frohsdorf en Basse-Autriche.

Ma cassette contenant mes diamants, perles et bijoux et l’étui de ceux qu’elle renferme et ceux déposés au Trésor impérial à Vienne, ainsi que mes papiers d’affaire, sera remise à mes exécuteurs testamentaires après ma mort.
Mes diamants et perles seront partagés également par tiers entre mon neveu Henri, comte de Chambord, mes deux nièces Thérèse, comtesse de Chambord, et Louise, duchesse de Parme.

Je lègue à la comtesse Marie-Anne Ezterhazy, un rang de perles en souvenir de mon amitié pour sa mère et pour elle. Ces perles seront prélevées sur ma cassette par mes exécuteurs testamentaires avant le partage ci-dessus.

Je veux être enterrée à Gorice [sic] dans le caveau des Franciscains près de mon mari et de son père. Il ne sera pas célébré de service solennel, des messes seront dites pour le salut de mon âme.

Je défends qu’on procède à l’autopsie de mon corps.

Je lègue une somme de vingt-cinq mille francs à faire dire des messes de mort à mon intention. Je lègue aux pauvres une somme égale de vingt-trois mille francs. Mes exécuteurs testamentaires règleront l’emploi de ces deux sommes.

Je lègue le grand portrait de mon neveu peint à Rome à sa sœur et le grand portrait de celle-ci à sa mère qui le l’a donné.

Je laisse à Mme la duchesse de Blacas douairière mon petit crucifix en or qui est indulgencié.
Je laisse à Mme la duchesse d’Escars mon album peint par elle et les dames de la Maison de mon mari.
Je lègue au comte Charles O’Hegerty mon écuyer une somme de cinquante mille francs une fois payée.
Je lègue à la comtesse Caroline de Choiseul qui a été près de moi une somme annuelle de trois mille francs.
Je lègue au baron Théodore Charlet, qui m’a bien servie pendant de nombreuses années, une somme de cent mille francs, ma petite argenterie et la pendule qui est dans mon salon que je lui avais donnée.
Je lègue à Mlle Sophronie Bougon la continuation de trois mille francs de pension annuelle que je lui ai accordée à la mort de son père.
Je lègue à Marie et Henri de Sainte-Preuve, les deux enfants de Mme de Sainte-Preuve, ma première femme, la somme de cent mille francs à chacun dont leur mère aura la jouissance.
Je lègue à Mme de Sainte-Preuve toute ma garde-robe ainsi que les bijoux en or, en corail et pierre noire qui sont dans ma cassette.

Je veux que toutes les feuilles, papiers et livres écrits de ma main qui sont dans ma cassette ou dans mes tables soient brûlés par mes exécuteurs testamentaires.

Je lègue à Mme Narcisse Le Roux, ma seconde femme, une somme de vingt mille francs réversible à ses enfants.
Je lègue à Patinote et Louis Le Lièvre, mes deux valets de chambre, à chacun une somme de vingt mille francs.
Je donne à Tom Ford une somme de vingt mille francs y compris les douze mille francs dont je lui fais la rente depuis son mariage.
Je donne à mes deux cochers André et Joseph une année de gages.

Mes chevaux et mes voitures seront vendus et le produit de cette vente sera partagé entre Narcisse Le Roux et mes deux gens d’écurie.

Fait et entièrement écrit de ma main en mon château de Frohsdorf le 1er juillet 1851
Marie-Thérèse-Charlotte de France, comtesse de Marnes.

testament de SM la Reine Marie-Thérèse de France

Image diffusée après la mort de la Reine Marie-Thérèse
sur laquelle figurent les phrases les plus emblématiques de son testament

frise lys

Note :
Hélène Becquet « Marie-Thérèse de France – l’orpheline du Temple » – éd. Perrin 2012.

2021-53. «(…) Ces esprits de malice contre qui il nous est commandé de lutter (…)»

21ème dimanche après la Pentecôte.

ténèbres

Le sermon CCXXII de Saint Augustin est un court sermon prononcé pendant la Sainte Nuit Pascale : il y commente les paroles de Saint Paul qui nous sont données à méditer dans l’épître du 21ème dimanche après la Pentecôte, à propos des esprits de ténèbres. On peut résumer le propos de notre Bienheureux Père Saint Augustin de la sorte : En dissipant les ténèbres de cette nuit où nous veillons solennellement pour prier, rappelons-nous que nous devons lutter contre les esprits de ténèbres qui cherchent constamment à nous nuire.

* * * * *

Quoique la solennité même de cette sainte nuit vous excite à veiller et à prier, mes bien-aimés, nous ne devons pas moins sérieusement vous adresser la parole ; c’est à la voix du pasteur d’éveiller le troupeau sacré pour le mettre en garde contre les bêtes nocturnes, contre les puissances ennemies et jalouses, contre les esprits de ténèbres : « Nous n’avons pas, dit l’Apôtre, à lutter contre la chair et le sang », en d’autres termes, contre des hommes faibles et revêtus d’un corps mortel : « mais contre les princes, les puissances et les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits de malice répandus dans le ciel » (Ephés. VI, 12).

N’en concluez pas que le démon et ses anges, désignés par ces expressions de l’Apôtre, gouvernent le monde dont il est écrit : « Et le monde a été fait par lui » (Jean I, 10). Car, après les avoir nommés les dominateurs du monde, lui-même a craint qu’on ne comprît ici le monde désigné tant de fois dans l’Ecriture sous les noms du ciel et de la terre, et comme pour s’expliquer il a ajouté aussitôt : « de ténèbres », autrement : d’infidèles.
Aussi dit-il à ceux qui dès lors étaient devenus fidèles : « Autrefois vous étiez ténèbres, vous êtes maintenant lumière dans le Seigneur » (Eph. V, 3). Si donc ces esprits de malice sont dans le ciel, ce n’est pas dans le ciel où brillent les astres qui y sont placés avec tant d’ordre et où demeurent les anges, mais dans la sombre habitation de cette basse atmosphère où s’épaississent les nuages, et dont il est écrit : « Il couvre le ciel de nuées » (Ps. CXLVI, 8). Là aussi volent les oiseaux, et on les appelle : « Les oiseaux du ciel » (Ps. XLIX, 11). C’est donc dans ce ciel inférieur et non point dans la sereine tranquillité du ciel supérieur qu’habitent ces esprits de malice contre qui il nous est commandé de lutter, pour mériter, après avoir vaincu les mauvais anges, d’être associés au bonheur éternel des bons anges. Voilà pourquoi, en parlant ailleurs de l’empire ténébreux du diable, le même Apôtre dit : « Selon l’esprit de ce monde, selon le prince des puissances de l’air, lequel agit maintenant dans les enfants de la défiance » (Eph. II, 2). Par conséquent, l’esprit de ce monde ne signifie autre chose que les dominateurs du monde ; et de même que l’Apôtre indique ce qu’il entend par l’esprit de ce monde en ajoutant : « Les fils de la défiance », ainsi explique-t-il aussi sa pensée en mettant : « De ténèbres ». A ces mots également : « Le prince des puissances de l’air », il oppose ceux-ci : « Dans le ciel ».

Grâces donc au Seigneur notre Dieu qui nous a délivrés de cette puissance de ténèbres et qui nous a transférés dans le royaume du Fils de son amour (cf. Colos. I, 12, 13). Mais une fois séparés de ces ténèbres par la lumière de l’Evangile, et rachetés de cette tyrannie au prix d’un sang divin, veillez et priez pour ne succomber pas à la tentation (cf. Matt. XV, 41). Vous qui avez la foi agissant par la charité (cf. Gal. V, 6), de votre cœur a été expulsé le prince de ce monde (cf. Jean, XII, 31) ; mais il rôde au dehors, comme un lion rugissant, cherchant quelqu’un à dévorer (cf. I Pierre V, 3). Peu lui importe par où il entre ; ne lui laissez donc aucune ouverture, et pour vous défendre, faites demeurer en vous Celui qui l’a expulsé en souffrant pour vous. Quand il vous dirigeait, « vous étiez ténèbres; mais vous êtes maintenant lumière dans le Seigneur ; vivez comme des enfants de lumière » (Eph. V, 8) ; en garde contre les ténèbres et les puissances de ténèbres, veillez au sein de la lumière où vous venez de naître ; et du sein de cette lumière qui est comme votre mère, implorez le Père des lumières.

Combat de St Michel et des anges.

2021-52. Le 13 octobre, nous fêtons le Bienheureux Pierre-Adrien Toulorge, chanoine régulier de Prémontré, victime de la Terreur, martyr de la Vérité.

13 octobre,
Fête du Bienheureux Pierre-Adrien Toulorge, prêtre martyr de la révolution ;
Mémoire des Saints Martial et Fauste, martyrs.

palmes

Muneville le Bingard - le village et l'église carte postale ancienne

Au centre du village de Muneville-le-Bingard, l’église Saint-Pierre,
où fut baptisé le Bienheureux Pierre-Adrien Toulorge le jour-même de sa naissance : 4 mai 1757

Pierre-Adrien Toulorge est né et a été baptisé le 4 mai 1757, dans une modeste famille chrétienne – laboureurs de père en fils – à Muneville-le-Bingard, paroisse sise à quelque deux lieues et demi au nord de Coutances.
Pierre-Adrien était le dernier d’une fratrie de trois : sa mère mourut quatre jours après sa naissance. Quatre ans et demi plus tard, son père se remaria avec une veuve exemplaire.
La paroisse de Muneville-le-Bingard, d’après les renseignements que l’on peut trouver dans les registres et témoignages de l’époque, était plutôt fervente et exemplaire, guidée par un curé et deux vicaires pieux et édifiants. En témoignent les onze vocations sacerdotales qui en sortirent pendant cette période.
Pierre-Adrien, qui avait des prédispositions pour les choses religieuses, fut initié à la langue latine par l’un des vicaires. Sa vocation s’éveillant et s’affermissant, il partit pour le collège de Coutances, dont le supérieur et les régents étaient des prêtres et qui avait excellente réputation.
Du collège, où il avait suivi le cours de philosophie, le jeune homme entra ensuite au grand séminaire qui était tenu par les Eudistes – qu’on appelait alors « prêtres de la mission » – pour faire sa théologie. Le supérieur du séminaire était le Révérend Père François Lefranc, qui sera du nombre des martyrs des Carmes, le 2 septembre 1792. Tonsuré et minoré le 12 juin 1778, il fut ordonné sous-diacre le 23 septembre 1780, puis diacre le 8 mai 1781. En revanche la date exacte de son ordination sacerdotale, probablement au printemps ou au début de l’été 1782, nous est inconnue.

Doville l'ancienne église

La vieille église de Doville (XIème siècle), isolée sur une colline :
elle vit les prémices du ministère du Bienheureux Pierre-Adrien Toulorge

Le jeune prêtre, âgé de 25 ans, fut nommé vicaire à Doville, une minuscule paroisse au nord de Neufmesnil : bourg se trouvant lui-même environ 5 lieues au nord de Muneville-le-Bingard.
La cure de Doville dépendait de l’abbaye de Blanchelande, toute proche.

L’abbaye Notre-Dame et Saint-Nicolas de Blanchelande avait été fondée au XIIème siècle. C’était une abbaye de Prémontrés.
Les Prémontrés sont des chanoines réguliers de Saint Augustin, fondés par Saint Norbert de Xanten en 1121. Ce sont donc des réguliers, mais ils assurent un ministère paroissial. A la veille de la révolution, il y avait en France une centaine d’abbayes de Prémontrés desservant près d’un millier de paroisses.

Abbaye de Blanchelande état actuel

Le pavillon abbatial de l’abbaye de Blanchelande, à Neufmesnil :
lorsque Pierre-Adrien Toulorge y entra, la communauté n’était pas très nombreuse.
Confisquée puis vendue comme bien national, une partie de ses bâtiments conventuels,
et surtout l’église abbatiale dans son intégralité, ont été malheureusement démolis.

Le curé de Doville était donc un chanoine régulier Prémontré, le Révérend Père François Le Canut, donc l’exemple devait être particulièrement édifiant puisque le cœur de son vicaire fut peu à peu gagné à l’idéal des fils de Saint Norbert, si bien que Pierre-Adrien demanda – et obtint – d’entrer à l’abbaye de Blanchelande en 1787. Désormais revêtu de l’habit blanc des chanoines de Prémontré, frère Pierre-Adrien fut d’abord envoyé faire son noviciat à l’abbaye de Beauport, avec d’autres jeunes confrères, puis revint dans son abbaye, où il prononce ses vœux (à cette époque les vœux temporaires n’existent pas) à l’été 1788.
Ni le nouveau chanoine – ni personne alors – ne peut penser que dans quelques mois seulement, le Royaume va basculer dans le cahot de la grande révolution…

ancien réfectoire de l'abbaye de Blanchelande, transformé en chapelle au XIXe siècle

L’ancien réfectoire des chanoines réguliers Prémontrés de Blanchelande
transformé en chapelle au XIXe siècle en conséquence de la démolition de l’église abbatiale à la révolution

Avant même de sonner le glas de la royauté, la révolution de 1789 s’attaque à l’Eglise catholique romaine : elle interdit la profession religieuse, s’empare des biens de l’Eglise (terres et bâtiments), disperse les communauté et entreprend de constituer une Eglise nationale dont elle veut aligner les principes sur ceux de la révolution. C’est la fameuse « constitution civile du clergé » qui prévoit, entre autres, que l’État assurera le traitement des évêques et des curés, qui devront être élus par les citoyens. Devenant des fonctionnaires, les ministres du culte sont contraints de prêter un serment de fidélité à la nation. Quant aux religieux, réputés inutiles et expulsés de leurs maisons, vendues comme bien national, ils reçoivent en échange une pension de l’État.

Le Révérend Père Pierre-Adrien, chassé de Blanchelande et désemparé, trouve d’abord refuge chez des amis à Neufmesnil.
Mais à l’été 1792, alors que le Pape Pie VI a condamné cette « Église constitutionnelle » organisée en dehors des principes de l’Eglise romaine, alors que, à la suite de la prise des Tuileries, le Roi et sa famille sont emprisonnés au Temple, alors que – en tous lieux – les serviteurs fidèles du Trône et de l’Autel sont jetés en prison, alors que, bientôt après, la Terreur est à l’ordre du jour et que les septembriseurs vont multiplier les massacres, alors que la république est proclamée, les prêtres reçoivent l’ordre de prêter le « serment constitutionnel ».
Dans un tel contexte, des milliers de prêtres français prennent le chemin de l’exil.
Pierre-Adrien s’embarque alors précipitamment pour Jersey, pour fuir ce régime impie. Mais presque aussitôt arrivé dans l’île – où plusieurs centaines de prêtres coutançais se sont réfugiés – il réalise son erreur : n’étant pas curé, il n’a à strictement parler pas d’obligation légale à prêter le serment, et donc – en principe du moins – aucune raison de s’exiler.
Soucieux du bien spirituel des fidèles laissés à l’abandon en Normandie, il décide de revenir discrètement en Cotentin.

Messe sous la terreur

Messe clandestine pendant la Terreur

Débarqué à Portbail vers le 20 octobre, le Père Pierre-Adrien apprend alors que la législation antireligieuse s’est encore durcie : tout émigré rentré en France est d’office condamné à mort s’il ne reprend pas le chemin de l’exil.
Il ne lui reste donc plus qu’à s’enfoncer dans le maquis.
Pendant les neuf mois qui suivent nous n’avons aucun renseignement certain sur les lieux de son ministère clandestin et de ses cachettes : sans doute passe-t-il de maison en maison, portant dans un petit sac sa soutane blanche, ses ornements liturgiques, une pierre d’autel, quelques livres et un calice d’étain avec sa patène en fer blanc, et reste probablement aux alentours des paroisses qu’il connaît, où il a de la famille et quelques amis fidèles…
La Convention, dont les ordres sont relayés par les clubs de patriotes, intensifie toujours davantage la traque des prêtres réfractaires.
Le 2 septembre 1793, véritablement épuisé par cette vie itinérante, le Père Pierre-Adrien est recueilli par une ancienne religieuse qui va s’employer à lui trouver un refuge. Las ! le lendemain, il est découvert, caché dans le grenier de la Dame Marotte Fosse qui est venue le chercher chez la religieuse et l’a emmenée, déguisé en femme, jusqu’au hameau de Neufmesnil où elle habite : mais des témoins, appâtés par la récompense promise et intrigués par l’allure étrange de la femme qui accompagne la Dame Fosse, sont allés les dénoncer.
Arrêtés, ils sont conduits à la prison de Carentan. Pierre-Adrien est terrorisé, si bien qu’au cours des interrogatoires il commence par nier avoir émigré à Jersey. Mais dans son cachot, bouleversé d’avoir menti pour sauver sa tête, il est saisi par la Grâce : il comprend que seule la Vérité le rendra libre. Alors il revient sur ses déclarations et avoue son émigration. Transféré à Coutances, il comparaît plusieurs fois devant la cour criminelle, qui siège à l’évêché. Les juges hésitent – parce qu’on n’a pas de preuves matérielles de l’émigration, hors les aveux du prêtre lui-même – mais le jugement tombe le 12 octobre, sévère, pour l’exemple : La peine de mort. La sentence sera exécutée dans les 24 heures.
Pierre-Adrien répond seulement : « Deo gratias ! » Quand il rentre à la prison, ses compagnons d’infortune croient, en voyant son visage illuminé, qu’il a été acquitté. Mais lui : « Bonne nouvelle, mes amis, mon procès a été jugé en ma faveur ». Pendant la nuit où il se prépare au martyre, il écrit à un ami : « Comment peut-il se faire, tout pécheur que je suis, que j’aie le bonheur d’être couronné du martyre ? Demain, tu auras un protecteur dans le Ciel ».

Coutances place de la Croûte

La place de la Croûte, à Coutances.
C’était une voie large et pentue sur laquelle se tenaient les foires aux bestiaux ;

c’est là que fut dressée la guillotine sous le couperet de laquelle le Père Pierre-Adrien Toulorge subit le martyre

Le 13 octobre 1793 était un dimanche, le vingt-et-unième après la Pentecôte.
Avec ses codétenus prêtres, le Père Pierre-Adrien récita le bréviaire, rempli d’une allégresse toute surnaturelle. Quand le bourreau vint le chercher, il les embrassa, les priant de ne point être tristes. Eux s’agenouillèrent pour lui demander sa bénédiction.
Sous bonne escorte (car on craignait un soulèvement), il fut conduit jusqu’à la place de la Croûte, où était dressée une guillotine. La foule était muette d’émotion. C’était la première fois depuis le début de la révolution qu’allait avoir lieu une exécution capitale.
Le jeune prêtre – il était âgé de 37 ans – était revêtu d’une espèce de longue redingote verte. On lui avait attaché les cheveux, relevés et non pas coupés.
Il monta à l’échafaud sans faiblir et sur la dernière marche, avant que les aides du bourreau ne s’emparassent de lui, il dit les mots du répons de l’office de complies : « In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum : entre vos mains, Seigneur, je remets mon esprit ». Puis il ajouta : « Je vous demande le rétablissement et la conservation de votre Sainte Eglise. Pardonnez, je vous prie, à mes ennemis. »

Il est quatre heures et demie, lorsque le bourreau montre la tête sanglante de Pierre-Adrien à la foule qui reste silencieuse. Plusieurs témoins ont affirmé que, par delà le supplice, son visage gardait une impression d’extraordinaire sérénité.
Une charrette emmena sa dépouille jusqu’au cimetière Saint-Pierre .
Un de ses biographes a écrit : « Pierre-Adrien, ce jeune chrétien qui a voulu suivre le Seigneur dans le sacerdoce, puis dans la consécration religieuse, n’avait pas choisi d’être un martyr. Il n’avait pas un tempérament héroïque, il a été affronté à des circonstances historiques trop violentes pour lui, il a fui, il s’est caché, il a menti et sa faiblesse a bien paru lors de son procès. Mais Dieu, qu’il cherchait bravement, de tout son cœur, l’a repris. Quittant toute peur, il a alors préféré Celui qui dit : « Je suis le chemin, la Vérité et la vie », et il a connu le prix fort de cette Vérité ! C’est précisément pour cette raison que la Congrégation pour les Causes des saints a retenu sa vie et sa mort courageuse pour la proposer à la vénération des fidèles et nous encourager tous à servir la Vérité, sans crainte et sans hypocrisie ».

Église Saint-Pierre de Muneville-le-Bingard -Vitrail représentant le Bienheureux Pierre-Adrien

Vitrail de l’église de Muneville-le-Bingard
réalisé à l’occasion du centenaire du martyre du Père Pierre-Adrien Toulorge
(il n’était pas encore béatifié)

Dès le lendemain de sa mort, le Révérend Père Pierre-Adrien fut considéré par de nombreuses personnes comme un saint et qualifié de « martyr de la vérité », expression née du peuple lui-même. Il s’agissait à la fois des personnes qui l’avaient connu, mais aussi, de celles qui avaient été impressionnées par ses dernières paroles et son exécution.
Le premier centenaire de sa mort fut célébré solennellement par Monseigneur Germain, évêque de Coutances et Avranches. En 1926, le pape Pie XII béatifia les martyrs de septembre 1792, parmi lesquels le Père François Lefranc, supérieur du séminaire de Coutances à l’époque où y étudia l’abbé Toulorge, si bien que dès cette époque des démarches furent entreprises pour que le Père Pierre-Adrien soit aussi élevé sur les autels. Ces démarchess furent longues, avec des moments de stagnation. Finalement, le Révérend Père Pierre-Adrien Toulorge a été 
béatifié le 29 avril 2012 dans la cathédrale de Coutances, siège épiscopal de son diocèse d’origine et ville de son martyre, sous la présidence du cardinal Angelo Amato, mandaté de Rome par Sa Sainteté le pape Benoît XVI.

palmes

2021-51. La sainteté de Brigitte, caractérisée par la multiplicité des dons et des expériences, fait d’elle une éminente figure dans l’histoire de l’Europe.

8 octobre,
Fête de Sainte Brigitte de Suède, veuve, co-patronne de l’Europe ;
Commémoraison de Sainte Pélagie, pénitente.

Trois lys blancs

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
à l’occasion de l’audience générale
du mercredi 27
 octobre 2010 

Sainte Brigitte fondatrice

Sainte Brigitte de Suède, fondatrice de la double communauté de Vadstena

Chers frères et sœurs,

En la veille fervente du grand jubilé de l’an 2000, le vénérable serviteur de Dieu Jean Paul II proclama Sainte Brigitte de Suède co-patronne de toute l’Europe. Ce matin, je voudrais présenter sa figure, son message, et les raisons pour lesquelles cette sainte femme a beaucoup à enseigner — aujourd’hui encore — à l’Eglise et au monde.

Nous connaissons bien les événements de la vie de Sainte Brigitte, car ses pères spirituels rédigèrent sa biographie pour promouvoir son procès de canonisation immédiatement après sa mort, en 1373.
Brigitte était née 70 ans auparavant, en 1303, à Finster, en Suède, une nation du nord de l’Europe qui, depuis trois siècles, avait accueilli la foi chrétienne avec le même enthousiasme que celui avec lequel la sainte l’avait reçue de ses parents, des personnes très pieuses, appartenant à de nobles familles proches de la maison régnante.

Nous pouvons distinguer deux périodes dans la vie de cette sainte.

La première est caractérisée par son mariage heureux. Son mari s’appelait Ulf et était gouverneur d’un important territoire du royaume de Suède. Le mariage dura vingt-huit ans, jusqu’à la mort d’Ulf. Huit enfants furent issus de ce mariage, dont la deuxième, Karin (Catherine) est vénérée comme sainte. Cela est un signe éloquent de l’engagement éducatif de Brigitte à l’égard de ses enfants. D’ailleurs, sa sagesse pédagogique fut appréciée au point que le roi de Suède, Magnus, l’appela à la cour pour une certaine période, dans le but d’introduire sa jeune épouse, Blanche de Namur, à la culture suédoise.

Brigitte, qui reçut une direction spirituelle d’un religieux érudit qui l’introduisit à l’étude des Ecritures, exerça une influence très positive sur sa famille qui, grâce à sa présence, devint une véritable «Eglise domestique».
Avec son mari, elle adopta la Règle des Tertiaires franciscains. Elle pratiquait avec générosité des œuvres de charité envers les pauvres : elle fonda également un hôpital. Auprès de son épouse, Ulf apprit à améliorer son caractère et à progresser dans la vie chrétienne. Au retour d’un long pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle, accompli en 1341 avec d’autres membres de sa famille, les époux formèrent le projet de vivre dans la continence ; mais peu de temps après, dans la paix d’un monastère dans lequel il s’était retiré, Ulf conclut sa vie terrestre.

Cette première période de la vie de Brigitte nous aide à apprécier ce que nous pourrions définir aujourd’hui comme une authentique «spiritualité conjugale» : ensemble, les époux chrétiens peuvent parcourir un chemin de sainteté, soutenus par la grâce du sacrement du mariage. Souvent, comme ce fut le cas dans la vie de sainte Brigitte et d’Ulf, c’est la femme qui, avec sa sensibilité religieuse, sa délicatesse et sa douceur, réussit à faire parcourir à son mari un chemin de foi. Je pense avec reconnaissance à de nombreuses femmes qui, jour après jour, illuminent aujourd’hui encore leur famille par leur témoignage de vie chrétienne. Puisse l’Esprit du Seigneur susciter aujourd’hui également la sainteté des époux chrétiens, pour montrer au monde la beauté du mariage vécu selon les valeurs de l’Evangile : l’amour, la tendresse, l’aide réciproque, la fécondité dans l’engendrement et l’éducation des enfants, l’ouverture et la solidarité envers le monde, la participation à la vie de l’Eglise.

Devenue veuve, Brigitte commença la deuxième période de sa vie. Elle renonça à contracter un autre mariage pour approfondir l’union avec le Seigneur à travers la prière, la pénitence et les œuvres de charité. Les veuves chrétiennes peuvent donc trouver elles aussi chez cette sainte un modèle à suivre. En effet, à la mort de son mari, Brigitte, après avoir distribué ses biens aux pauvres, tout en ne choisissant jamais la consécration religieuse, s’installa au monastère cistercien d’Alvastra. C’est là que commencèrent les révélations divines, qui l’accompagnèrent pendant tout le reste de sa vie. Celles-ci furent dictées par Brigitte à ses secrétaires-confesseurs, qui les traduisirent du suédois en latin et les rassemblèrent dans une édition de huit livres, intitulés Revelationes (Révélations). A ces livres s’ajoute un supplément, qui a précisément pour titre Revelationes extravagantes (Révélations supplémentaires).

Les Révélations de sainte Brigitte présentent un contenu et un style très variés.
Parfois, la révélation se présente sous forme de dialogue entre les Personnes divines, la Vierge, les saints et également les démons ; des dialogues dans lesquels Brigitte intervient elle aussi.
D’autres fois, en revanche, il s’agit du récit d’une vision particulière ; et d’autres encore racontent ce que la Vierge Marie lui révèle à propos de la vie et des mystères de son Fils. La valeur des Révélations de sainte Brigitte, qui fut parfois objet de certains doutes, fut précisée par le vénérable Jean Paul II dans la Lettre Spes Aedificandi : «En reconnaissant la sainteté de Brigitte, l’Eglise, sans pour autant se prononcer sur les diverses révélations, a accueilli l’authenticité globale de son expérience intérieure» (n. 5).

De fait, en lisant ces Révélations, nous sommes interpellés sur des thèmes importants. Par exemple, on retrouve fréquemment la description, avec des détails très réalistes, de la Passion du Christ, pour laquelle Brigitte eut toujours une dévotion privilégiée, contemplant dans celle-ci l’amour infini de Dieu pour les hommes. Sur les lèvres du Seigneur qui lui parle, elle place avec audace ces paroles émouvantes : «O mes amis, j’aime si tendrement mes brebis, que, s’il était possible, j’aimerais mieux mourir autant de fois pour chacune d’elles de la mort que je souffris pour la rédemption de toutes, que d’en être privé» (Revelationes, Livre I, c. 59). La maternité douloureuse de Marie, qui en fit la Médiatrice et la Mère de miséricorde, est aussi un thème qui revient souvent dans les Révélations.

En recevant ces charismes, Brigitte était consciente d’être la destinataire d’un don de grande prédilection de la part du Seigneur : «Or, vous, ma fille — lisons-nous dans le premier livre des Révélations —, que j’ai choisie pour moi [...] aimez-moi de tout votre cœur [...] mais plus que tout ce qui est au monde» (c. 1). Du reste, Brigitte savait bien, et elle en était fermement convaincue, que chaque charisme est destiné à édifier l’Eglise. C’est précisément pour ce motif qu’un grand nombre de ses révélations étaient adressées, sous formes d’avertissements parfois sévères, aux croyants de son temps, y compris les autorités politiques et religieuses, pour qu’elles vivent de façon cohérente leur vie chrétienne; mais elle faisait toujours cela avec une attitude de respect et en pleine fidélité au Magistère de l’Eglise, en particulier au Successeur de l’apôtre Pierre.

En 1349, Brigitte quitta définitivement la Suède et se rendit en pèlerinage à Rome. Elle entendait non seulement prendre part au Jubilé de 1350, mais elle désirait aussi obtenir du Pape l’approbation de la Règle d’un Ordre religieux qu’elle entendait fonder, consacré au Saint Sauveur, et composé de moines et moniales sous l’autorité de l’abbesse. Cela ne doit pas nous surprendre : il existait au Moyen-Age des fondations monastiques avec une branche masculine et une branche féminine, mais pratiquant la même règle monastique, qui prévoyait la direction d’une Abbesse. De fait, dans la grande tradition chrétienne, une dignité propre est reconnue à la femme, et — toujours à l’exemple de Marie, Reine des Apôtres — une place propre dans l’Eglise qui, sans coïncider avec le sacerdoce ordonné, est tout aussi importante pour la croissance spirituelle de la Communauté. En outre, la collaboration d’hommes et de femmes consacrés, toujours dans le respect de leur vocation spécifique, revêt une grande importance dans le monde d’aujourd’hui.

A Rome, en compagnie de sa fille Karin, Brigitte se consacra à une vie d’intense apostolat et de prière. Et de Rome, elle partit en pèlerinage dans divers sanctuaires italiens, en particulier à Assise, patrie de saint François, pour lequel Brigitte a toujours nourri une grande dévotion. Enfin, en 1371, elle couronna son plus grand désir : le voyage en Terre Sainte, où elle se rendit en compagnie de ses fils spirituels, un groupe que Brigitte appelait «les amis de Dieu».

A cette époque-là, les Papes se trouvaient en Avignon, loin de Rome : Brigitte se tourna vers eux avec une grande tristesse, afin qu’ils reviennent au siège de Pierre, dans la Ville éternelle.

Elle mourut en 1373, avant que le Pape Grégoire XI ne rentre définitivement à Rome. Elle fut enterrée provisoirement dans l’église romaine «San Lorenzo in Panisperna», mais en 1374, ses enfants Birger et Karin la ramenèrent dans leur patrie, au monastère de Vadstena, siège de l’Ordre religieux fondé par Sainte Brigitte, qui connut immédiatement une remarquable expansion. En 1391, le Pape Boniface IX la canonisa solennellement.

La sainteté de Brigitte, caractérisée par la multiplicité des dons et des expériences que j’ai voulu rappeler dans ce bref portrait biographique et spirituel, fait d’elle une éminente figure dans l’histoire de l’Europe. Originaire de Scandinavie, Sainte Brigitte témoigne de la manière dont le christianisme a profondément imprégné la vie de tous les peuples de ce continent. En la déclarant co-patronne de l’Europe, le Pape Jean Paul II a souhaité que Sainte Brigitte — qui vécut au XIVe siècle, lorsque la chrétienté occidentale n’était pas encore frappée par la division — puisse intercéder efficacement auprès de Dieu, pour obtenir la grâce tant attendue de la pleine unité de tous les chrétiens.

Chers frères et sœurs, nous voulons prier à cette même intention, qui nous tient beaucoup à cœur, et pour que l’Europe sache toujours se nourrir à ses propres racines chrétiennes, tout en invoquant la puissante intercession de Sainte Brigitte de Suède, fidèle disciple de Dieu et co-patronne de l’Europe [...]. 

Voir aussi les visions reçues par Sainte Brigitte concernant l’intercession de Saint Denis pour la France > ici

Extase de Sainte Brigitte

Extase de Sainte Brigitte

2021-50. De la bataille de Lépante.

7 octobre,
Fête de Notre-Dame de la Victoire du Très Saint Rosaire.

Lépante Grazio Cossali (1563-1629)

Notre-Dame de la Victoire du Très Saint Rosaire à Lépante
tableau de Grazio Cossali (1563-1629)

Lépante ! Pour tout catholique un peu instruit et vivant des valeurs traditionnelles de la Chrétienté, ce nom a une espèce de résonnance à la fois chevaleresque, héroïque et sainte, propre à galvaniser les énergies et à susciter de nouvelles générosités dans le combat incessant de la Sainte Eglise contre tout ce qui s’oppose au Royaume de Dieu.

Lépante ! Une bataille navale. Mais bien plus qu’une bataille navale. « LA » bataille navale qui résume en trois syllabes toute la résistance chrétienne contre cette manifestation de l’Antéchrist qu’est la pseudo religion mahométane, agrégat d’hérésies et amoncellement de blasphèmes contre le vrai Dieu et la Révélation authentique et définitive : celle qui a été accomplie en Notre-Seigneur Jésus-Christ, Verbe de Dieu incarné, unique Rédempteur et Fondateur de l’Eglise.

La bataille de Lépante s’est déroulée le dimanche 7 octobre 1571.
Elle vit s’affronter la flotte ottomane, alors dominante en Méditerranée, et la flotte chrétienne rassemblée à l’initiative du pape Saint Pie V. Elle était constituée d’éléments espagnols, vénitiens, génois, maltais, savoyards et pontificaux, réunis sous le nom de Sainte Ligue.

7 octobre 1571 bataille de Lépante

La bataille navale de Lépante : 7 octobre 1571

Contexte :

Depuis le début du XVIème siècle, les Turcs pratiquaient de plus en plus razzias sur les côtes occidentales de la Méditerranée, pillant les villes littorales, dévastant leurs campagnes et emmenant de nombreux prisonniers qui étaient réduits en esclavage.
En 1570, l’île de Chypre tomba sous les assauts des Turcs et quelque 20.000 chrétiens furent massacrés à Nicosie. Cette nouvelle mit en émoi l’Occident, et des princes chrétiens répondirent à l’appel du pape à former la Sainte-Ligue pour sécuriser les côtes méditerranéennes.
Les bâtiments se réunirent à Messine au cours de l’été 1571.
Les principaux chefs de la Sainte-Ligue étaient Don Juan d’Espagne (demi frère du roi Philippe II d’Espagne, car c’était un bâtard de Charles Quint), qui fut nommé amiral en chef, Marc-Antonio Colonna, commandant de la flotte pontificale, et Sebastiano Venier, doge de Venise.

Les vainqueurs de Lépante

Les trois principaux vainqueurs de Lépante :
de gauche à droite Marc-Antonio Colonna, Don Juan d’Autriche et le doge Sebastiano Venier

Préparatifs de la bataille :

Le départ fut donné le 16 septembre.
L’aumônerie des équipages était assurée par des Capucins et des Jésuites qui administraient les sacrements aux militaires et les exhortaient. Afin d’implorer la protection divine sur la flotte chrétienne, Saint Pie V avait publié un jubilé solennel, ordonné un jeûne et exhorté tous les fidèles à la prière publique du Saint Rosaire.

La flotte de la Sainte-Ligue, divisée en quatre escadres, se dirigea vers l’île de Corfou et mouilla dans le port de Gomenitsa. Les éclaireurs découvrirent la flotte turque dans le port d’une ancienne cité grecque de la côte septentrionale du golfe de Corinthe, alors nommée Lépante, dont le nom ancien – et contemporain – est Naupacte (Ναύπακτος, Naupaktos).
L’attente commença.

Dans la nuit du 6 au 7 octobre, malgré le vent défavorable, la flotte chrétienne se dirigea vers les îles Curzolari, au large du golfe de Patras. Par cette manœuvre, les navires ennemis se retrouvaient enfermés dans une anse et contraints à la bataille.
Au matin du dimanche 7 octobre, les religieux exhortèrent les combattants et donnèrent l’absolution générale. Après une brève et fervente prière, un cri jaillit de milliers de voix : Vive le Christ !

Les Turcs alignaient 222 galères, 60 autres navires, 750 canons, 34.000 soldats, 13.000 marins et 41.000 rameurs esclaves.
Les chrétiens possédaient 207 galères (105 vénitiennes, 81 espagnoles, 12 pontificales, Malte, Gênes et Savoie 3 chacune), 30 autres navires, 6 galéasses, 1.800 canons, 30.000 soldats, 12.900 marins et 43.000 rameurs.
Don Juan avait divisé la flotte en quatre escadres.
Les galères vénitiennes constituaient l’avant-garde et devaient désorganiser les Turcs grâce à leur artillerie. Derrière eux naviguaient trois escadres : à l’aile gauche le vénitien Agostino Barbarigo, à droite l’amiral Giovanni Andrea Doria, et au centre Don Juan. La quatrième escadre, sous les ordres d’Alvaro de Bazan, marquis de Santa Cruz, formait l’arrière-garde.
L’aile gauche de la flotte turque était commandée par le renégat calabrais Uluds Ali (Verres), Pacha d’Alger, l’aile droite par Mohammed Saulak, gouverneur d’Alexandrie, le centre par le grand amiral Muesinsade Ali.

Marc-Antonio Colonna à Lépante, fresque de Giovanni Coli au palais Colonna à Rome

Marc-Antonio Colonna à la bataille de Lépante
Détail d’une fresque du palais Colonna (Rome)

Déroulement des combats :

Vers midi, le vent, jusque là favorable pour les Turcs, se calma. Sous un ciel sans nuage, les deux flottes s’affrontent : l’une sous la bannière du Crucifix, l’autre sous le drapeau violet du sultan brodé du nom d’Allah.
Les Turcs tentent de déborder leurs ennemis des deux côtés. Pour les en empêcher, Doria étend sa ligne si loin, qu’un espace se forme, entre l’aile droite et le centre, dans lequel l’ennemi peut facilement pénétrer. Le combat prend alors une tournure dangereuse : par d’habiles manœuvres des Turcs, Doria est repoussé en pleine mer avec 50 galères.

Heureusement la bataille se déroule mieux sur l’aile gauche : les Vénitiens combattent avec autant de ténacité que de réussite, bien que leur chef Barbarigo tombe mortellement blessé, abattu d’une flèche, reçue dans l’œil.

C’est au centre que la bataille est la plus violente : Don Juan, avec 300 soldats espagnols expérimentés à bord, se dirige directement contre le navire d’Ali sur lequel se trouvent 400 janissaires. Avec lui, les galères de Colonna, de Requesens, de Venier et les princes de Parme et d’Urbino participent vaillamment à la lutte sanglante qui reste longtemps indécise. Mais vers 16 heures, la mort du grand amiral turc Ali va décider de la victoire.

Lorsque les Turcs apprennent la déroute de leur centre, leur aile gauche cède également et en conséquence Uluds doit interrompre le combat engagé contre Doria et commence une retraite, s’ouvrant la voie avec 40 galères, au prix de lourdes pertes.

L’épuisement des rameurs et le soudain déclenchement d’une tempête empêchent de pourchasser les ennemis, mais la victoire des chrétiens est néanmoins complète. Les Turcs ont perdu environ 20.000 hommes, et 3.500 sont fait prisonniers ; 117 de leurs galères ont été prises et 50 coulées. Du côté des vainqueurs on a perdu 12 galères, il y a eu 7.500 morts et 20.000 blessés.

42 prisonniers appartenaient à des familles turques éminentes : parmi eux se trouvaient le gouverneur d’Eubée et deux fils du grand amiral Ali. Mais le plus beau butin fut la délivrance de 12.000 esclaves chrétiens galériens, dont 2.000 espagnols, qui durent leur libération à la victoire.
Parmi les blessés chrétiens se trouvaient Venier, ainsi qu’un génie alors inconnu du monde, le poète Cervantes. Parmi les autres combattants, parce qu’il était alors soldat sous l’étendard de Venise, se trouvait aussi le futur Saint Camille de Lellis.

Lazzaro baldi : St Pie V en prière reçoit la révélation de la victoire de Lépante

Lazzaro Baldi (1624-1703) : vision de Saint Pie V lui révélant la victoire de la flotte chrétienne à Lépante

La prière de Saint Pie V

Les pensées de Saint Pie V accompagnaient continuellement la flotte chrétienne. Jour et nuit, par une prière ardente, il la recommandait à la protection du Très-Haut. Lors d’un consistoire, le 27 août, le Souverain Pontife avait invité les cardinaux à jeûner un jour par semaine et à donner des aumônes extraordinaires. Le 26 septembre 1571, lors d’une audience, il confia  à l’ambassadeur espagnol, qu’il jeûnait trois jours par semaine et consacrait de nombreuses heures supplémentaires à la prière.  Et nous savons désormais que cette prière fut pleinement exaucée.

Dans la nuit du 21 au 22 octobre, un courrier envoyé par le nonce à Venise, remet au cardinal Rusticucci une lettre contenant la nouvelle de la grande victoire obtenue à Lépante sous le commandement de Don Juan. Mais Saint Pie V en avait déjà eu surnaturellement connaissance dès le soir de la bataille et en avait fait part à son entourage.

Même si l’empire ottoman créera rapidement une nouvelle flotte, la force navale turque ne fut plus jamais une menace aussi redoutable pour l’Occident : le cauchemar de son invincibilité avait été dissipé. La Chrétienté occidentale respira : les églises vibrèrent aux accents du Te Deum.
Saint Pie V fit frapper des médailles commémoratives sur lesquelles étaient gravées les paroles du psalmiste : « La droite du Seigneur a fait de grandes choses ; cela vient de Dieu ». Lorsqu’il reçut Don Juan victorieux, lui apportant l’étendard turc de la galère amirale [cf. note en bas de ce texte], le saint pontife ne craignit pas de le saluer par cette citation du prologue de l’Evangile de Saint Jean : « Fuit homo missus a Deo qui nomen erat Joannes : il y eut un homme envoyé par Dieu dont le nom était Jean » !

Le pape attribua la victoire au Rosaire de Notre Dame, du fait que la bataille avait été remportée le premier dimanche d’octobre, alors que les confréries du Rosaire faisaient leurs processions à Rome. Il ordonna donc que, chaque année, une fête d’action de grâce soit célébrée en commémoration de la victoire, à son jour anniversaire, sous le titre de Notre Dame de la Victoire. Il fit aussi ajouter aux litanies de Lorette l’invocation « Auxilium christianorum, ora pro nobis : Secours des chrétiens, priez pour nous ! »
Plus tard Grégoire XIII décida que la fête serait célébrée sous le titre de fête du Saint Rosaire. Elle reçut au XXème siècle le titre actuel habituel de fête de Notre-Dame du Rosaire, mais certains calendriers propres conservent le nom de Notre-Dame de la Victoire du Très Saint Rosaire.

Note :
L’étendard pris aux Turcs à Lépante fut déposé comme une sorte d’ex-voto à la basilique de Sainte Marie-Majeure… Jusqu’à ce que, le 29 janvier 1965, Paul VI le rendit aux Turcs sous le prétexte d’établir des « relations apaisées ». 

Le Crucifix de Lépante

Crucifix qui se trouvait à la proue de la galère amirale de Don Juan d’Autriche à la bataille de Lépante
aujourd’hui conservé dans la chapelle du Saint-Sacrement dans la cathédrale de Barcelone

2021-49. Prière à Saint Michel de la Vénérable Thérèse de Saint Augustin, dans le siècle Louise de France, fille de S.M. le Roi Louis XV, pour la conservation du Royaume de France.

Statue d'argent de Saint Michel dans l'église paroissiale du Mont-Saint-Michel

Statue de Saint Michel

dans l’église paroissiale du Mont-Saint-Michel

Glorieux Archange ! Que votre fidélité et votre soumission aux ordres de Dieu attachent si constamment au maintien de sa gloire et aux intérêts des hommes, employez, en ma faveur, ce crédit inséparable du bonheur dont vous jouissez.

Portez au trône du Saint des Saints tous les vœux que je confie aujourd’hui à votre puissante protection.

Ayez égard aux besoins d’un Royaume dont vous avez été si longtemps le patron spécial, et qui depuis n’a été dévoué à votre Reine, que pour vous accroître, par votre médiation auprès d’elle, nos ressources et notre défense.

Bannissez, écartez de nos contrées tout ce que le dérèglement des mœurs, l’hérésie et l’impiété s’efforcent d’y répandre de contagieux.

Vainqueur des attentats de Lucifer contre la majesté du Très-Haut, ne permettez pas qu’il triomphe de votre héritage et qu’il l’enlève au Rédempteur qui l’a conquis au prix de Son Sang.

Chargé, enfin, de présenter nos âmes au Tribunal de Dieu, dans l’instant de notre mort, remplissez, en faveur de la mienne, un ministère de charité pour toute ma vie, et de sauvegarde pour l’instant qui la terminera.

Ainsi soit-il !

Mont Saint-Michel

2021-48. « Le temps n’appartient qu’à Dieu, mais la fidélité et l’espérance appartiennent aux hommes. »

Allocution de
Monseigneur le Prince Louis de Bourbon,
duc d’Anjou,
de jure Sa Majesté le Roi Louis XX

le 18 septembre 2021

à l’occasion de la présentation de la 6ème édition
de

« L’état présent de la Maison de Bourbon »

Monseigneur le duc d'Anjou et Madame - 18 septembre 2021

Monseigneur le Prince Louis de Bourbon et Madame
devant le siège de l’Ordre de Malte à Paris
où a eu lieu la présentation de la 6ème édition de « L’état présent de la Maison de Bourbon »

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Chers Parents,
Chers Amis,

Nous voici réunis à l’occasion de la parution de la 6e édition de l’État Présent de la Maison de Bourbon, moment important que nous aurions tous aimé vivre avec celui qui, durant tant d’années, fut le maître d’œuvre de cet ouvrage : notre cher baron Pinoteau.

Je suis donc particulièrement heureux que sa famille soit bien représentée aujourd’hui à cette cérémonie qui suit l’émouvante messe de Requiem de ce matin. Ainsi, j’ai l’occasion de rappeler publiquement tout ce que leur père, grand-père, arrière-grand-père a apporté à notre famille. La Maison de Bourbon lui doit en effet beaucoup et notamment les chefs de Maison, puisqu’avant de m’apporter son aide si précieuse, Hervé Pinoteau avait déjà été au service de mon père et de mon grand-père, tant comme secrétaire que comme chancelier, c’est-à-dire à la fois pour le quotidien et le pérenne.

Leur évocation amène à cet ouvrage, cet État présent de la Maison de Bourbon « pour servir de suite à l’Almanach royal de 1830 », dont nous sommes heureux de présenter officiellement la nouvelle édition. Mon grand-père, le prince Jacques-Henri a beaucoup fait pour que la première édition paraisse en 1975. L’idée en était venue à son propre père lorsqu’il devînt en 1936 l’aîné des Bourbons, avec tous les droits et devoirs que confère cette aînesse, notamment vis-à-vis de la France. La généalogie n’est pas toujours facile à comprendre et, sans doute, mon arrière-grand-père avait-il été habitué à se considérer davantage comme le descendant de la reine Isabelle II que comme celui de son époux, le prince François. Mais le royaume de France et le royaume d’Espagne ne suivent pas les mêmes règles de dévolution. Ainsi, c’est bien par l’intermédiaire de ce prince cadet de Charles IV que l’aînesse lui est revenue, après l’extinction des premiers rameaux de la branche aînée. Une grande aventure pouvait commencer dans laquelle Hervé Pinoteau a mis toute son énergie et son érudition. Au-delà du droit, il y a en effet le faire savoir, le faire connaître, tâche essentielle menée depuis des années et jusqu’à aujourd’hui par les éditions successives.

Il était prévu de faire paraître cette édition en 2020, année du bicentenaire du Comte de Chambord, qui vit l’extinction du rameau aîné issu de Louis XIV. Date hautement symbolique puisqu’elle permettait de saisir toute l’importance des Lois fondamentales. « Le mort saisit le vif » selon un bel adage venu de la nuit des temps et qu’Hervé Pinoteau, en fidèle et érudit chancelier, savait rappeler chaque fois que cela était nécessaire pour soutenir la cause de la Légitimité.

Les cinq éditions précédentes montrent combien il est important de faire le point régulièrement sur cette auguste Maison de Bourbon qui est aussi celle de France, chaque tige et rameau vivant sa propre histoire à travers naissances, mariages et décès. D’année en année les évolutions sont notables, d’où la nécessité des mises à jour régulières pour savoir qui est dynaste selon les lois fondamentales et dans quel ordre. Certains pourraient dire que cela paraît bien inactuel dans un monde qui, parfois, semble avoir oublié les vertus de la Royauté.

Pourtant, de génération en génération, il y a toujours une petite et vaillante cohorte qui maintient le flambeau, persuadée que le salut et le destin du pays en dépendent, et qui a besoin de savoir pour espérer.

Le temps n’appartient qu’à Dieu, mais la fidélité et l’espérance appartiennent aux hommes.

Ainsi, j’ai à cœur de féliciter ceux qui les aident à maintenir la flamme. Ce sont bien sûr tous les auteurs et collaborateurs de l’État Présent, d’abord dirigés par Hervé Pinoteau et désormais regroupés derrière Christian Papet-Vauban qui a repris la flamme, lui aussi avec érudition, rigueur et une belle ténacité. Il a su réunir des contributeurs de qualité, Benoît van Hille et Xavier d’Andeville que je tiens à remercier tout spécialement. Que tous sachent combien le Chef de Maison apprécie leur dévouement. Mais je ne peux pas oublier, non plus, le préfacier de cette édition, le Professeur Jean Barbey, lui aussi un fidèle parmi les fidèles, qui a mis depuis les années 1980 sa science du droit au service de ma famille. Il a donné pour cette édition des pages très éclairantes pour hier comme pour demain.

Enfin, je veux remercier l’éditeur, Patrice de La Perrière qui assume la tâche de la confection, et de la diffusion depuis la première édition. La qualité d’une œuvre se reconnait en particulier sur la durée. Merci à tous.

Mes derniers mots s’adressent enfin à tous les membres de ma famille, la grande famille des Bourbons. Certains sont présents physiquement, d’autres par le cœur et la pensée. J’ai reçu en effet des messages sympathiques de ceux qui ne peuvent être là ce soir. Je pense notamment à notre cousin le duc de Parme. En évoquant son nom qu’il me soit permis aussi de rappeler la mémoire de sa tante, la princesse Cécile qui est décédée le 2 septembre. Je pense aussi au duc de Séville qui a d’abord répondu qu’il serait là et qu’un empêchement inopiné a éloigné de nous ce soir. Je pense à tous, heureux d’être le Chef de la Maison capétienne qui partout garde à cœur de renforcer ses liens et de maintenir toujours vivant le souvenir de ce qu’elle représente pour tous les pays sur lesquels elle a régné.

Merci à tous et prenons rendez-vous pour la septième édition. À bientôt.

Louis, duc d’Anjou
Le 18 septembre 2021

grandes armes de France

2021-47. « Un tel rapprochement n’est pas pour augmenter le prestige déjà médiocre de cette monarchie sans gloire, née dans le bourbier libéral de 1830 et prédestinée à s’éteindre sans honneur dans le cloaque économique de 1848.»

19 septembre,
Anniversaire de l’apparition de Notre-Dame de La Salette.

Si Léon Bloy n’était pas un légitimiste – loin s’en faut !!! -, il n’était pas non plus – encore bien moins !!! – un orléaniste.
Dans son livre « Celle qui pleure », où il livre ses interprétations (parfois très hasardeuses) de l’apparition de Notre-Dame à La Salette, il s’est au passage livré, dans le chapitre IV, à un véritable pamphlet anti-louisphilippard qui ne manque ni d’esprit ni de saveur.
Aussi, malgré la gravité du sujet, nous semble-t-il assez plaisant de recopier ici l’intégralité de ce chapitre dont nombre de saillies constituent une présentation de la « monarchie de juillet » et de son roi-maçon d’une implacable lucidité. 

Louis-Philippe - photographie

Photographie de Louis-Philippe « roi des Français »

Louis-Philippe, le 19 septembre 1846.

« Il est environ deux heures et demie. Le Roi, la Reine, leurs Altesses Royales, Mme la Princesse Adélaïde, Mgr le Duc et Mme la Duchesse de Nemours, le Prince Philippe de Wurtemberg et le Comte d’Eu, accompagnés de M. le ministre de l’Instruction publique, de MM. les généraux de Chabannes, de Lagrange, de Ressigny, de M. le colonel Dumas et de plusieurs officiers d’ordonnance, sortent pour faire une promenade dans le parc. Après la promenade, Leurs Majestés et Leurs Altesses rentrent au château vers cinq heures pour dîner, en attendant les illuminations du soir.»
C’est ainsi qu’un correspondant plein de diligence, dans une dépêche datée de la Ferté-Vidame, annonce au Moniteur universel l’événement le plus considérable de la journée du 19 septembre 1846.

Je suis, par bonheur, en état de rappeler cet événement à l’univers qui paraît l’avoir oublié. À la distance de plus de soixante ans, il n’est pas sans intérêt de contempler, par l’imagination ou la mémoire, cette promenade du roi de Juillet accompagné de son engeance dans un honnête parc, en vue de prendre de l’appétit pour le dîner et de se préparer, par le naïf spectacle de la nature, aux magnificences municipales de l’illumination du soir.

Ce divertissement historique, mis en regard de l’autre Promenade Royale qui s’accomplissait au même instant sur la montagne de la Salette, est, je crois, de nature à saisir fortement la pensée. Le contraste vraiment biblique d’un tel rapprochement n’est pas pour augmenter le prestige déjà médiocre de cette monarchie sans gloire, née dans le bourbier libéral de 1830 et prédestinée à s’éteindre sans honneur dans le cloaque économique de 1848. Il serait curieux de savoir ce qui se passait dans l’âme du Roi Citoyen au moment même où la Souveraine des Cieux, tout en pleurs, se manifestait à deux enfants sur un point inconnu de cette belle France polluée et mourante sous l’abjecte domination de ce thaumaturge d’avilissement.

Il fallait sous les platanes ou les marronniers, rêvant ou parlant des grandes choses d’un règne de seize ans et des résultats magnifiques d’une administration exempte de ce fanatisme d’honneur qui paralysait autrefois l’essor généreux du libéralisme révolutionnaire. Tout venait à souhait, au dehors comme à l’intérieur. Par un amendement resté célèbre dans les fastes parlementaires, le comte de Morny prétendait que les grands Corps de l’État étaient satisfaits. Dieu et le Pape étaient convenablement outragés, l’infâme jésuitisme allait enfin rendre le dernier soupir et le pays légal n’avait pas d’autres vœux à former que de voir s’éterniser, dans une aussi bienfaisante dynastie, les félicités inespérées de cet adorable gouvernement. On allait enfin épouser l’Espagne, on allait devenir immense. À l’exemple de Charles-Quint et de Napoléon, le patriarche de l’Orléanisme pouvait aspirer à la domination universelle. La ventrée de la lice avait, d’ailleurs, suffisamment grandi et Leurs Altesses caracolaient assez noblement autour de Sa Majesté dans la brise automnale de cette sereine journée de septembre. Le roi des Français pouvait dire comme le prophète de la terre de Hus : « Je mourrai dans le lit que je me suis fait et je multiplierai mes jours comme le palmier ; je suis comme un arbre dont la racine s’étend le long des eaux et la rosée descendra sur mes branches. Ma gloire se renouvellera de jour en jour et mon arc se fortifiera dans ma main.»

À deux cents lieues, la Mère de Dieu pleure amèrement sur son peuple. Si Leurs Majestés et Leurs Altesses pouvaient, un instant, consentir à prendre l’attitude qui leur convient, c’est-à-dire à se vautrer sur le sol et qu’ils approchassent de la terre leurs oreilles jusqu’à ce jour inattentives, peut-être que cette créature humble et fidèle leur transmettrait quelque étrange bruit lointain de menaces et sanglots qui les ferait pâlir. Peut-être aussi que le dîner serait alors sans ivresse et l’illumination sans espérance…

Pendant que l’Orléanisme se congratule dans la vesprée, les deux pâtres choisis pour représenter toutes les majestés triomphantes ou déchues, vivantes ou défuntes, se sont approchés de leur Reine. C’est à ce moment que la Mère douloureuse élève la voix par-dessus le murmure indistinct de l’hymne des Glaives chanté autour d’Elle dans dix mille églises :

Si mon peuple ne veut pas se soumettre, Je suis forcée de laisser aller le Bras de mon Fils…

Léon Bloy, « Celle qui pleure » – chap. IV

Notre-Dame de la Salette - la conversation

2021-46. « On aurait dit une maman que ses enfants auraient battue et qui se serait ensauvée dans la montagne pour pleurer à son aise… »

1846 – 19 septembre – 2021

Méditation au jour du
175ème anniversaire
de l’apparition de la Très Sainte Mère de Dieu
sur la sainte montagne de La Salette

frise

Notre-Dame de La Salette 1

« Avancez, mes enfants, n’ayez pas peur, je suis ici pour vous conter une grande nouvelle. Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils. Il est si fort et si pesant que je ne puis plus le maintenir. Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de Le prier sans cesse… »

C’est par ces mots que la Très Sainte Mère de Dieu – et notre Mère – a commencé à s’adresser aux deux jeunes bergers.

« N’ayez pas peur !… Une grande nouvelle ». On ne peut s’empêcher de penser aux paroles avec lesquelles quelques 1846 années auparavant l’ange s’était adressé aux bergers dans la nuit sainte de Bethléem : « Ne craignez point, car voici que je vous apporte la bonne nouvelle d’une grande joie pour tout le peuple : Nolite timere, ecce enim evangelizo vobis gaudium magnum, quod erit omni populo ! » (Luc. II, 10). Ce peuple auquel encore, en conclusion de son apparition, la Vierge pure et sainte demandera avec insistance que l’on transmette ses paroles : « Eh bien, mes enfants, vous le ferez passer à tout mon peuple ! Allons, mes enfants, faites-le bien passer à tout mon peuple ! ».

Dans cette fascinante manifestation de la Mère de miséricorde – Mater misericordiae – du samedi 19 septembre 1846, au moment où la Sainte Eglise catholique s’apprêtait à entrer dans la fête solennelle de ses Sept-Douleurs (car en ce temps-là la fête des Sept-Douleurs de Notre-Dame était célébrée non pas le 15 septembre mais au troisième dimanche de septembre), il y a les paroles, certes si importantes (on les trouve en intégralité > ici) qu’on n’en finit jamais de les relire, de les approfondir et de les méditer, mais il y a aussi ce que les mots ne peuvent traduire et qui parle bien plus haut que toutes les paroles : il y a les larmes de Notre-Dame. Ces larmes appartiennent pleinement à l’essence de l’apparition, sont une part essentielle de la grande nouvelle que la Mère de Dieu est venue annoncer ici, ne doivent ni ne peuvent en aucune manière être retranchées de ce qu’il convient et qu’il est nécessaire de faire passer à tout son peuple.

Notre-Dame de La Salette 2

Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! La grande nouvelle que la Très Sainte Mère de Dieu vient rappeler à deux enfants dans la grandiose et silencieuse solitude des sommets, est d’abord celle de sa Compassion : « Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! » La remarque de Maximin pour décrire l’impression produite par la vision de cette femme en larmes, assise, le visage enfoui dans ses mains, a quelque chose de poignant, quelque chose de bouleversant qui nous émeut au plus profond des entrailles : « On aurait dit une maman que ses enfants auraient battue et qui se serait ensauvée dans la montagne pour pleurer à son aise… » Voici la maman qui nous a été donnée pour Mère au pied de la Croix ! Voici la maman que, nous, enfants misérables avons battue ! Voici la maman que nos méchancetés ont poussée à s’« ensauver » dans la montagne pour qu’elle y puisse donner libre cours à ses larmes, avec pour uniques témoins la pureté des cimes et la naïveté de deux enfants qui gardaient leurs vaches ! « Depuis le temps que je souffre pour vous autres !… Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils. Il est si fort et si pesant que je ne puis plus le maintenir.«  Celle qui a reçu pour nous – pour chacun d’entre nous – des entrailles maternelles par l’action efficace des paroles de son divin Fils mourant, s’est « ensauvée » loin de tout pour laisser éclater son chagrin de mère : « Mon peuple ne veut pas se soumettre » et je n’en puis plus, je suis à bout de force tant le bras du juste Juge, que je m’emploie à retenir encore, est fort et pesant…  « … Je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils. Il est si fort et si pesant que je ne puis plus le maintenir. Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! »

Notre-Dame de La Salette 3

Accepter d’être établie Mère des hommes, pour lesquels le Sauveur S’immolait, c’était accepter d’assumer un rôle de médiation entre LE Fils, que la mystérieuse opération du Saint-Esprit avait façonné de sa chair virginale, et les enfants pécheurs en faveur desquels le Fils unique répandait jusqu’à la dernière goutte de Son Sang Précieux. Accepter d’être établie Mère des hommes, c’était accepter d’être établie continuelle intercessrice, jusqu’à la fin des temps, pour que ceux qui « ne feraient pas cas » des grâces de la rédemption et du salut finissent par se laisser toucher et reçoivent miséricorde, pour que ce peuple à elle confié veuille enfin « se soumettre » et n’encoure plus les châtiments réservés aux rebelles, aux infidèles et aux ingrats.

En devenant Mère des hommes, elle les a laissés entrer dans sa vie jusqu’à avoir un lien intime et viscéral avec eux, jusqu’à devenir responsable et à se porter garante d’eux, jusqu’à accepter le poids de leurs errements et de leurs résistances à la grâce, jusqu’à accepter de ne plus être en repos tant qu’ils s’égareront dans les chemins de l’insoumission à la sainte loi de Dieu, jusqu’à s’épuiser en quelque sorte dans la prière et dans les larmes pour obtenir leur retour  : « Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de Le prier sans cesse… ».

C’est ainsi que la Très Sainte Mère de Dieu toujours Vierge accomplit continûment son devoir de maternelle intercession pour le monde, son devoir de maternelle intercession pour chacun de nous. Sa vie terrestre fut pénible et semée de douleurs, mais l’obédience d’intercession pour le monde qui lui échoit encore dans sa vie glorieuse est elle aussi lourde d’angoisses et de peines : « Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! » Nouvelle Esther intercédant « sans cesse » devant le Trône divin, elle offre ses larmes pour les péchés de l’humanité qui méprise les grâces de salut et de sainteté acquises au prix fort par son divin Fils : « Je suis chargée de Le prier sans cesse… ».

Notre-Dame de La Salette 4

A La Salette, la Mère de Dieu toute sainte et immaculée vient nous montrer ses larmes, qui plaident notre cause devant la Majesté du juste Juge. A La Salette, la Toute Sainte Médiatrice que le Christ Sauveur nous a donnée pour Mère, se manifeste comme la perpétuelle suppliante intercédant pour notre salut. A La Salette, notre Mère miséricordieuse, apparaît comme la veilleuse qui jamais ne s’éteint dans la pénombre du sanctuaire et dont la flamme obstinée porte symboliquement devant la divine Présence du tabernacle la prière des cœurs fervents. A La Salette, la Vierge de Compassion nous crie par les larmes qui baignent son visage, qu’elle ne se résout jamais à « laisser aller le bras de son Fils » et que, malgré le poids accablant de la justice méritée par notre opiniâtreté dans le mal, elle s’entête plus encore à « prier sans cesse » pour que ce Fils « ne nous abandonne pas » !   

La principale raison des larmes de notre Sainte Mère et Reine réside dans nos résistances à la grâce : c’est elle, cette résistance à la grâce pourtant toujours offerte, qui nourrit notre insubordination aux lois et préceptes divins, c’est elle qui engraisse notre paresse pour la prière, c’est elle qui produit nos manques de générosité dans la pratique de la pénitence, c’est elle qui engendre nos chutes charnelles, c’est elle qui endort notre foi, c’est elle qui fournit des armes aux démons qui nous assaillent, c’est elle qui nous paralyse dans les voies du relèvement et de la guérison… Puisse le souvenir des larmes de Marie dissiper nos tiédeurs, réveiller notre ferveur !

Notre-Dame de La Salette 5

Nous devrons tous un jour rendre compte à son divin Fils des larmes que nous avons fait jaillir des yeux de Sa Très Sainte Mère ! Au dernier jugement, devant toute la cour céleste, devant tous les anges et tous les démons, devant tous les élus et tous les damnés, nous devrons répondre de chacune des larmes que nos infidélités ont tiré du Cœur de la Mère de toute Compassion. Serons-nous alors dans la honte et la confusion pour l’avoir attristée par l’indignité de nos comportements et parce que nous aurons tenu en échec ses chagrins maternels et ses larmes ? Alors qu’en tant de prières nous lui répétons « Réjouissez-vous », en réalité nous ne lui donnons pas assez de raisons de se réjouir !

Ne contristons plus la Toute Sainte ! Efforçons-nous de tarir la source de ses larmes et de répondre pleinement aux espérances de son amour maternel qui ne veut jamais désespérer de notre conversion, de notre amendement, de notre redressement, de notre pleine adhésion à la grâce… Et lorsque montent les flots agités de la tentation, tournons-nous de tout notre cœur vers Notre-Dame de La Salette et souvenons-nous de ses larmes ; souvenons-nous de ses soupirs maternels : « Avancez, mes enfants, n’ayez pas peur, je suis ici pour vous conter une grande nouvelle. Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils. Il est si fort et si pesant que je ne puis plus le maintenir. Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de Le prier sans cesse… »

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur
19 septembre 2021

frise

Tous les textes de ce blogue où il est question de Notre-Dame de La Salette >>>
– Texte intégral du message et des « secrets » > ici
– Quelques considérations générales > ici
– Prière de Mélanie pour les temps de calamité > ici
– Texte de Gustave Thibon pour le centenaire de l’apparition > ici
– La Salette et la réforme liturgique > ici
« Les plaies de la France pansées par Marie » > ici
– Prières à Notre-Dame de La Salette > ici

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