Prologue librement inspiré par celui de l’Evangile selon Saint Luc.

Prologue librement inspiré par celui de l'Evangile selon Saint Luc. dans Annonces & Nouvelles dsc08042copiecopie

Le Maître-Chat Lully

« Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements – parfois totalement insignifiants – qui se produisent en ces temps, j’ai décidé moi aussi (puisque je suis chaque jour le témoin scrupuleusement attentif d’une aventure qui est, elle, véritablement hors du commun), de tenir pour vous, amis du Mesnil-Marie, sous la forme d’un récit assorti de commentaires personnels, une espèce de diaire de la fondation du Refuge Notre-Dame de Compassion.

Ainsi pourrez-vous, en suivant les péripéties de notre vie quotidienne, ou en vous associant aux évènements humains et surtout spirituels qui en jalonnent l’existence, garder un lien plus concret avec cette oeuvre que vous soutenez d’une fidèle et pieuse amitié.

Je réclame, bien évidemment, votre indulgence car je ne suis qu’un tout petit chat, mais vous savez aussi que j’occupe au Mesnil-Marie une place privilégiée (voir ici > www)… Puissent néanmoins ces lignes être utiles à tous pour conserver et resserrer le lien de la charité, dans la paix et la joie du coeur! »

patteschats chronique dans Chronique de LullyLully, l’Observateur.

Publié dans : Annonces & Nouvelles, Chronique de Lully | le 10 septembre, 2007 |Commentaires fermés

2015-68. Du neuvième anniversaire du Sérénissime Maître-Chat Lully.

Lully a 9 ans

Le chat ouvrit les yeux,
Le soleil y entra.
Le chat ferma les yeux,
Le soleil y resta

Voilà pourquoi, le soir,
Quand le chat se réveille,
J’aperçois dans le noir
Deux morceaux de soleil.

Maurice Carême, « Le chat et le soleil »,
in « L’Arlequin » (1972)

Vendredi soir 10 juillet 2015.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Lorsque mon « papa-moine » m’a montré le « portrait officiel » de mon neuvième anniversaire – qu’il a réalisé aujourd’hui tandis que je m’étais installé pour méditer sur la « terrasse Saint-Constantin », à l’ombre bienfaisante d’un lilas – , ce poême de Maurice Carême m’est revenu à la mémoire, tant, sur ce cliché, mes yeux semblent avoir absorbé la lumière…

Eh oui ! J’ai eu neuf ans aujourd’hui : il paraît que cela équivaut à cinquante-deux ans chez vous les humains ; c’est donc dire que je suis désormais un « senior » et un sage.

Cela ne m’empêche nullement de garder mon espiéglerie naturelle, et j’avoue que j’ai profité de mon jour d’anniversaire pour me faire câliner, papouiller et dorlotter encore davantage qu’à l’accoutumée.
Et puis, bien évidemment, j’ai eu droit à un « extra » dans mon écuelle : en l’occurrence, de la terrine de lapin, offerte par un chanoine ami qui nous a rendu visite la semaine dernière, qui a célébré la Sainte Messe dans notre oratoire et qui, ayant bien retenu ma date de naissance, n’avait point omis d’apporter quelque chose pour la célébrer dignement : qu’il soit chat-leureusement remercié pour cette si prévenante attention !

Pour la circonstance, mon « papa-moine » ne m’a pas écrit une lettre ouverte, ainsi qu’il en avait publié une l’an dernier (cf. > ici), mais, puisqu’il sait combien je goûte les belles-lettres, il m’a dédié ce matin un sonnet de Jules Lemaître.

Il existe de très nombreux poêmes qui nous sont consacrés, à nous, les chats.
« Parce que nous le valons bien », ajouterai-je « cum grano salis ».

Mais c’est une évidence pour tout être sensé que, gracieux et distingués par nature, la délicatesse du langage et des sentiments, qui sont le propre de la poésie, ne peuvent que s’accorder avec nos moeurs aristocratiques…

Comme Jules Lemaître est aujourd’hui un auteur quelque peu oublié (sans doute ses engagements politiques lui valent-ils d’avoir été envoyé aux oubliettes par les tribunaux de l’inquisition maçonnique et républicaine), je ne résiste donc pas à l’immense plaisir de publier ci-dessous ce sonnet.

Patte de chat Lully.

Chat gif

Vieux frère.

Mon chat, hôte sacré de ma vieille maison,
De ton dos électrique arrondis la souplesse,
Viens te pelotonner sur mes genoux, et laisse
Que je plonge mes doigts dans ta chaude toison.

Ferme à demi, les reins émus d’un long frisson,
Ton oeil vert qui me raille et pourtant me caresse,
Ton oeil vert semé d’or, qui, chargé de paresse,
M’observe d’ironique et bénigne façon.

Tu n’as jamais connu, philosophe, ô vieux frère,
La fidélité sotte et bruyante du chien :
Tu m’aimes cependant, et mon coeur le sent bien.

Ton amour clairvoyant, et peut-être éphémère,
Me plaît, et je salue en toi, calme penseur,
Deux exquises vertus : scepticisme et douceur.

Jules Lemaître (1853-1914)
in « Les Médaillons ».

Lully sur la mezzanine - 10 juillet 2015

10 juillet 2015 – Monseigneur le Maître-Chat au bord de la mezzanine du bureau
(N.B. : Non ! Il ne dort pas, il médite)

2015-67. « La voix apparaît la première, et bientôt le Verbe suivra ».

Sermon de
notre glorieux Père Saint Augustin
sur
la Nativité de Saint Jean-Baptiste.

Plusieurs sermons de notre glorieux Père Saint Augustin prononcés à l’occasion de la fête de la Nativité de Saint Jean-Baptiste nous ont été conservés. Voici le premier de tous.

Esteban Murillo -  Saint Jean-Baptiste enfant

Saint Jean-Baptiste enfant (Esteban Murillo, 1665, musée du Prado – Madrid)

La voix apparaît la première, et bientôt le Verbe suivra.

§ 1. Le Sauveur, précédé des prophètes, est venu dans le monde malgré satan qui a usurpé la souveraineté sur ce monde

Notre Roi, avant de naître d’une Vierge, S’était fait précéder de l’armée des Prophètes, afin que le monde, jusque-là révolté contre les édits de son Prince, acceptât enfin le joug de Dieu et ne pût envisager sans crainte l’arrivée de son Souverain Juge.
Mais le désespoir devint de l’audace, notre misérable humanité se mit en guerre ouverte contre Dieu, comme si elle ne dût avoir aucun juge de sa conduite, comme si elle n’eût aucun désir de se réconcilier avec son Créateur et qu’elle ne pût tenir aucun compte de ses ordres.
C’est alors que le Verbe, s’enveloppant dans un secret impénétrable, descendit des hauteurs du ciel et vint S’incarner dans l’obscurité la plus profonde.

§ 2. Saint Jean-Baptiste est le précurseur, préparant les âmes à la venue du Messie.

Mais auparavant, ce même Verbe avait envoyé pour Son précurseur, saint Jean, avec mission de préparer les âmes à la venue du Messie.
Ecoutez cette voix céleste, ce héraut terrible du grand Roi, cette trompette éclatante faisant retentir ces cris impétueux : « Je suis la voix de Celui qui crie dans le désert : Préparez la voie au Seigneur, rendez droits les sentiers de notre Dieu. Toute vallée sera comblée, toute montagne et toute colline seront abaissées, les chemins courbes seront redressés, les sentiers escarpés seront aplanis, la gloire de Dieu apparaîtra, et toute chair verra le salut du Seigneur notre Dieu » (Luc III, 4- 6).
A la naissance de saint Jean, Jésus-Christ était encore caché dans le sein de sa Mère ; Marie tenait renfermés dans ses entrailles, parmi les lis et les roses, les membres invisibles du Dieu fait homme.
La voix apparaît la première, et bientôt le Verbe suivra. Saint Jean s’adresse donc aux hommes, il presse, il crie : Préparez le chemin au Seigneur, rendez droits les sentiers de notre Dieu. Arrachez des coeurs toute perversité, corrigez toutes ces perfidies tortueuses, aplanissez parles oeuvres de la simplicité et de la foi les collines anfractueuses de l’iniquité, et les erreurs levant audacieusement leur front orgueilleux. Dieu nous arrive ; Jésus-Christ approche ; accueillez présent Celui que vous avez méprisé absent. Quoique étant l’offensé, Dieu Se donne de lui-même, parce qu’il désire être apaisé !

§ 3. Saint Jean fut livré à une femme impudique.

Mais le Précurseur fut, de la part des hommes, l’objet d’une horrible cruauté et d’un profond mépris, à tel point que sa tête fut le prix des danses voluptueuses d’Hérodiade ; l’innocence du saint Précurseur devint l’enjeu d’un combat entre la passion et la fureur ; le roi, tout à coup aveuglé par la honteuse concupiscence qu’enflammaient à dessein les grâces impudiques d’une jeune danseuse, livre honteusement le sang innocent, non point à un guerrier armé, mais à une femme éhontée.

§ 4. Naissance miraculeuse de saint Jean.

Mais je m’aperçois, mes frères, qu’au lieu de vous parler de la naissance même de saint Jean, je vous entretiens déjà de sa mort. Je reviens donc à mon sujet, car je ne veux pas m’étendre outre mesure ni m’exposer à faire naître le dégoût et l’ennui. La lecture même de l’Evangile a été d’une certaine étendue ; sous peine donc de mériter à bon droit le reproche d’oisiveté, j’expliquerai le mystère qui nous est proposé, en l’exposant comme Dieu m’en fera la grâce.
Le père de saint Jean remplissait dans le temple les fonctions de son sacerdoce, lorsque l’ange Gabriel, fendant l’espace et traversant les airs, se présenta devant Zacharie tremblant de crainte et de respect. Mais au nom du Seigneur l’envoyé céleste le rassure et lui dit : « Ne craignez pas, Zacharie : voici que votre prière a été exaucée ; votre épouse Elisabeth vous donnera un fils à qui vous imposerez le nom de Jean : il sera grand et beaucoup se réjouiront à sa naissance » (Luc I, 13-14).
Or, Zacharie était déjà accablé de vieillesse ; il sentait ses membres ployer sous le poids de l’âge et son corps tourner à la dissolution. Son épouse gémissait de sa stérilité ; depuis longtemps la fleur de la jeunesse était en eux desséchée, et ils se croyaient impuissants à laisser des héritiers de leur nom. Mais tout est possible à Dieu : ces vieillards croient toucher aux limites de la vie, et soudain le fils qu’ils désirent depuis longtemps leur est donné. Toutefois Zacharie, accablé sous le poids de la vieillesse judaïque, refuse de croire à la parole de l’ange. Gabriel lui reproche cette incrédulité et, pour le punir, lui retire l’usage de la parole.

§ 5. Cette naissance est pour nous la source de la plus vive des joies.

Cependant les promesses du Seigneur s’accomplissent ; saint Jean met un terme à la stérilité de ses parents et, rendant à son père l’usage de la parole, annonce déjà par avance l’arrivée du souverain Juge.
Nous célébrons aujourd’hui l’anniversaire de cette naissance. Saint Jean naît, comme Dieu l’avait promis, et en naissant, il délie la langue de son père, afin que selon la parole prophétique de l’ange, cette naissance fût réellement une cause de joie pour plusieurs.
Prenons part à cette joie, mes frères, afin qu’après avoir reçu à coeur ouvert Jésus-Christ, le Souverain Juge, nous entourions de respect et de gratitude la naissance de Son précurseur.
Célébrons donc cette solennité, non pas en nous livrant aux honteux désordres des Gentils, mais en rendant à Dieu un culte simple et digne, et surtout en observant les règles de la chasteté chrétienne. Laissons aux temples païens leurs guirlandes et aux Gentils leurs folies et leurs danses voluptueuses ; c’est dans le Saint des saints que doit briller et se faire le concours de tous les fidèles.

feu gif

Un texte du Maître-Chat, écrit à l’occasion de la fête de la Nativité Saint Jean-Baptiste,
consacré au symbolisme liturgique de la fête du 24 juin > ici.

2015-66. Parce que c’est bon pour ma planète…

Lettre ouverte du Maître-Chat Lully
à
Sa Sainteté le Pape François
sur
l’écologie et la décroissance
dans la pastorale et la liturgie de la Sainte Eglise Catholique

Chat gif en marche

Très Saint Père,

Infiniment reconnaissant envers Votre Sainteté
pour l’enseignement que, dans Sa sollicitude admirable pour le salut de nos âmes,
Elle a daigné nous dispenser dans Sa dernière encyclique,
je sollicite très humblement la grâce d’apporter ma modeste contribution féline à une si noble entreprise,
et, à cette fin, je me permets quelques suggestions très concrètes et pratico-pratiques, dont je ne doute pas qu’elles retiendront l’attention et le souci de cohérence de Votre Sainteté,
puisqu’elles vont de manière suréminente dans le sens de l’écologie et de la décroissance.

Ainsi donc,
d’une part pour donner l’exemple de la lutte contre l’émission des gaz résultant de la combustion des carburants,
et d’autre part pour réaliser d’importantes économies sur les frais de déplacement (qui sont en définitive pris sur les offrandes faites à l’Eglise par les fidèles),
je suggère que, sans aucun retard :
1) Sa Sainteté abandonne la papamobile et reprenne l’usage de la sedia gestatoria, absolument non polluante, qui est faite de matériaux naturels (bois et tissus en fibres naturelles) et qui, en outre, ne demande que très peu d’entretien ;
2) Sa Sainteté renonce à l’usage de l’avion, gros consommateur de carburants polluants (et également source de pollution sonore), et utilise le temps qu’Elle aura ainsi gagné en n’effectuant pas ces déplacements à prier davantage et à étudier la doctrine et la théologie traditionnelles ;
3) Sa Sainteté donne l’ordre impératif à Nos Seigneurs les Eminentissimes et Révérendissimes Archevêques et Evêques, au lieu de multiplier les déplacements, de demeurer dans leurs diocèses respectifs – dans le plus pur respect des canons des anciens conciles – , afin de s’y consacrer uniquement à gouverner (par l’application du Droit Canon), instruire (par l’enseignement du catéchisme catholique) et sanctifier (par la célébration la plus digne et fervente possible des sacrements) le peuple fidèle à eux confié ;
4) l’on cesse de procéder à des regroupements de paroisses confiées à un seul prêtre passant une bonne part de son temps sur les routes, mais que l’on lance une grande et persévérante offensive de prière et de jeûne pour obtenir de nombreuses saintes et solides vocations sacerdotales qui permettront d’avoir à nouveau un prêtre par clocher…

Ensuite,
parce que l’énergie la plus écologique est celle que l’on ne consomme pas,
et pour réaliser ainsi de substantielles économies d’électricité,
je suggère aussi
que l’on arrête immédiatement dans les églises l’utilisation des micros, hauts-parleurs, enceintes acoustiques et autres appareils de « sono », tant pour diffuser de la musique pré-enregistrée, que pour la prédication : il sera très avantageux en effet que, pour cette dernière, on reprenne l’usage des chaires de vérité dont la consommation d’électricité est nulle.

Et puis,
pour mettre un coup d’arrêt décisif à la déforestation,
j’implore instamment Votre Sainteté pour qu’Elle demande à Son clergé de veiller aux économies de papier, et d’arrêter la surproduction de « feuilles dominicales », réalisées à grand renfort de photocopies tous les vendredis ou samedis et mises à la corbeille le dimanche soir.
Ce pourquoi je préconise que l’on revienne à l’usage universel du bon vieux missel dominical complet – cadeau de première communion ou de communion solennelle – , dont chaque fidèle gardait l’usage tous les dimanches depuis son enfance jusqu’à sa mort.

Enfin,
parce que les matières synthétiques sont le résultat d’industries chimiques des plus polluantes et qu’elles mettent ensuite plusieurs siècles pour disparaître, après avoir commis d’irréparables dégâts dans la terre et dans les océans,
tout spécialement au nom de mes frères les poissons,
je demande avec une très respectueuse insistance, 

1) qu’aux Messes de Sa Sainteté, lors des grands rassemblements, pour donner l’exemple de l’éco-responsabilité, les Saintes Hosties ne soient plus jamais dans des gobelets jetables en plastique, mais contenues dans des ciboires traditionnels, en matériaux certifiés durables et indéfiniment réutilisables ;
2) qu’en lieu et place des aubes et chasubles en matières synthétiques, on revienne aux aubes de lin, aux broderies et dentelles en fil de coton, et aux ornements en soie naturelle – ou velours de soie (damassé ou non) – toutes fibres parfaitements naturelles dont l’usage remis à l’honneur ne manquera pas de booster l’agriculture écologique et l’économie solidaire…

… et parce que tout ça, comme le dit la Madame de la météo, « c’est bon pour ma planète ! »

Prosterné aux pieds de Votre Sainteté et implorant Sa bénédiction apostolique, j’ai l’honneur d’être, Très Saint-Père, avec le plus profond respect, de Votre Sainteté le très humble et très obéissant fils et serviteur.

Lully.

ange chat

Publié dans : Commentaires d'actualité & humeurs | le 20 juin, 2015 |11 Commentaires »

2015-65. Où Gustave Thibon, interrogé sur ses racines paysannes, citant Dante, expliquait que l’homme doit être enraciné pour parvenir à la contemplation des vérités éternelles.

Mardi 16 juin 2015,
fête de Saint Jean-François Régis (cf. > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Parmi les commémorations remarquables de cette année 2015, il y a  le sept-cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Dante.

C’est en effet au printemps de l’année 1265 (entre la mi-mai et la mi-juin : on n’en connaît pas la date exacte) qu’est né, à Florence, Durante degli Alighieri, couramment appelé Dante Alighieri.
Ecrivain et poète, il est considéré comme le « père de la langue italienne » et demeure à jamais l’un des plus grands poètes de la période médiévale, l’un des plus grands écrivains de la Chrétienté.
Il est également un homme politique qui prend une part active non seulement à l’administration de la ville de Florence, mais encore à la lutte armée, à la diplomatie, et aux mouvements d’idée de son temps.

Les célébrations du sept-cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Dante ont été solennellement inaugurées au début du mois de mai par les autorités italiennes lors d’une cérémonie au Sénat au cours de laquelle l’acteur Roberto Benigni a lu le Chant XXXIII du « Paradis », celui qui marque la fin du voyage du poète et s’achève dans la contemplation de la splendeur divine.

Au passage, je ne peux m’empêcher d’imaginer – et de vous porter à imaginer – quel déchaînement de furieuse bêtise laïciste et quelles manifestations de l’intégrisme maçonnique déclancherait en France la lecture publique et officielle, au parlement, d’un texte poétique qui commence par magnifier la Très Sainte Vierge Marie et se termine de manière quasi extatique sur la louange de l’incommensurable lumière, beauté et sagesse de Dieu  (cf. > Parad. cant. XXXIII) !

Plusieurs centaines de cérémonies ou manifestations culturelles, célébrant Dante et son oeuvre, marqueront les prochains mois, non seulement en Italie, mais dans le monde entier.
J’encourage bien évidemment mes fidèles lecteurs et amis à profiter de cet anniversaire pour découvrir – s’ils ne la connaissent pas déjà – ou pour relire de manière méditative l’oeuvre majeure de l’Alighieri : la justement célèbre « Divine Comédie ».

Ma – très modeste – contribution à cet anniversaire, se bornera à faire paraître, ci-dessous, un texte – à ma connaissance non encore publié par écrit - (je l’ai moi-même retranscrit) de Gustave Thibon, : il est extrait d’un entretien qu’il avait accordé à la radio diocésaine de Viviers, quelques semaines après la publication de « Au soir de ma vie » (1993), et dont nous conservons précieusement l’enregistrement au Mesnil-Marie.
Interrogé sur ses origines paysannes, Gustave Thibon se saisit de l’occasion pour parler du nécessaire enracinement de l’homme, et c’est alors qu’il appuie son propos sur l’exemple et une citation de Dante, dont la lecture lui était familière.

Le style oral, le style de la conversation impromptue qui est celui de cet entretion, remettra immanquablement dans l’oreille de ceux qui ont eu le bonheur de l’entendre et d’échanger avec lui, les accents à la fois rocailleux et chantants, de Gustave Thibon.

Lully.

Domenico di Michelino - 1465 - Dante illuminant Florence par son oeuvre

Dante illuminant Florence par son oeuvre :
détail de « Dante et les trois royaumes », huile sur toile de Domenico di Michelino, 1465
(musée de l’Oeuvre du Duomo – Florence)

giglio

« L’homme a besoin de racines : de racines sur la terre qui lui permettent de fleurir dans le ciel… et d’avoir même des racines dans le ciel. »

* * * * * * *

« Paysan, eh bien, oui ! c’est l’homme du pays, l’homme de la terre, l’homme enraciné, l’homme d’un terroir, l’homme localisé en quelque sorte, c’est-à-dire l’homme qui a des racines.
Notez bien que les racines ne suffisent pas. Seulement, les fleurs, eh bien, naissent des racines en quelque sorte.
Il n’y a pas de belle floraison s’il n’y a pas d’enracinement. Alors je crois beaucoup, eh bien, aux racines terrestres qui sont nécessaires même pour l’épanouissement spirituel le plus universel.

A ce sujet je pourrai citer une anecdote : vous savez que Dante a été exilé de Florence à la fin de sa vie, dans ces querelles des gibelins et des guelfes qu’on a oubliées aujourd’hui. Il était donc exilé à Ravenne, et quelqu’un lui avait écrit : tu dois être bien malheureux loin de ta patrie. Et alors il a répondu un très beau mot, en latin d’ailleurs – je traduis - , il a répondu : « Les hautes vérités dans leur douceur suprême sont visibles sous tous les cieux » !
Alors moi je commenterai : elles sont visibles sous tous les cieux, mais elles ne poussent pas dans toutes les terres ! Et si Dante n’avait pas été un florentin, s’il n’avait pas été nourri de cette civilisation extraordinaire de Florence, il n’aurait pas pu voir les vérités suprêmes sous tous les cieux.

Je crois que c’est extrêmement important.
Regardez les grandes oeuvres du génie humain : les plus universelles, les plus admirées dans le monde entier, sont des œuvres enracinées.
« L’Illiade » est une œuvre très localisée : le conflit des Troyens, bon, ainsi de suite… « La Divine Comédie » de Dante est florentine jusqu’au dernier point : il y parle de toutes les familles de Florence. Le « Quichotte » de Cervantès : c’est localisé dans la Castille, et en même temps ça a une portée universelle. Le « Mireille » et le « Calendal » de Mistral sont des œuvres enracinées dans la Provence et qui prennent également une portée universelle…

Alors, l’homme a besoin de racines : de racines sur la terre qui lui permettent de fleurir dans le ciel… et d’avoir même des racines dans le ciel.
Platon parlait du double enracinement de l’homme qui est en même temps enraciné dans la terre et en même temps ouvert aux vérités célestes, qui viennent d’en-haut.
Je crois que cette union est absolument nécessaire.

Simone Weil a été très méchante pour les Américains – je m’empresse de dire Simone Weil la grande, la philosophe, pas la femme politique, n’est-ce pas ! – ; eh bien, (elle) disait en parlant des Américains - elle était en Amérique à la fin de sa vie – un peu sévèrement : « Ils sont impropres au surnaturel parce qu’ils n’ont pas assez d’enracinement terrestre ». Peut-être exagérait elle un peu, mais enfin il y a de ça, quoi !

C’est pourquoi je crois profondément à une vie qui est très près de la terre et qui permet de monter plus haut ! »

Gustave Thibon
réponse à Monsieur l’abbé Estieule qui l’interrogeait pour « Radio présence »
(entretien enregistré au Mas de Libian, à Saint-Marcel d’Ardèche, en 1993).

Miniature Divine Comédie Cod. It. IX. 276 1380-1400 - Bibliothèque Marciana, Venisee

Détail d’une miniature du manuscrit de la « Divine Comédie » des années 1380-1400
(Codex it. IX-276, Bibliothèque Marciana, Venise)

2015-64. La révolution française ne fut pas une révolution de type politique et social, mais une révolution d’essence métaphysique et spirituelle caractérisée par la haine de la religion chrétienne.

Dimanche 14 juin 2015,
Dimanche dans l’octave du Sacré-Coeur, 3e après la Pentecôte.
Anniversaire du massacre des catholiques et des capucins de Nîmes en 1790.

Clergé malmené

Ecclésiastiques malmenés et chassés (gravure de l’époque révolutionnaire)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Vous le savez bien, au Mesnil-Marie nous essayons de n’oublier aucun des anniversaires de nos grands héros chrétiens et français et de ceux qui ont été martyrisés ou sacrifiés sur l’autel de l’idéologie révolutionnaire.

Ainsi, en ce 14 juin, nous nous souvenons avec émotion et piété des catholiques et des capucins de Nîmes qui ont été massacrés en haine de la foi catholique et de la fidélité à la monarchie traditionnelle, par les révolutionnaires huguenots les 13 et 14 juin 1790 : je vous ai longuement raconté ces faits (et je vous renvoie à cette publication > ici).
Des faits qui ne doivent pas tomber dans l’oubli, et ce d’autant plus que la plupart des livres d’histoire ou bien les cèlent ou bien les édulcorent et les minimisent. C’est ainsi que ce massacre de plusieurs centaines de catholiques, onze mois seulement après la « prise » de la Bastille et un mois tout juste avant la fête de la fédération (en une période où l’on voudrait nous faire croire que la terreur n’avait pas commencé et que la « nation unanime » communiait dans l’enthousiasme aux idées nouvelles) est officiellement pudiquement appelé « bagarre de Nîmes », comme s’il s’agissait d’un banal fait divers entre quelques individus avinés à la sortie d’un bistrot !

Au risque de passer pour importun, j’insiste, chaque fois qu’il m’en est donné l’occasion, et je répète et répèterai encore pour dire que l’essence de la révolution française – et par conséquent de la république qui en est le fruit – c’est l’antichristianisme.

Dans la bibliothèque du Mesnil-Marie, nous avons un ouvrage qui date un peu, dans la mesure où il avait été rédigé et publié pour anticiper ce fameux bicentenaire de la révolution de 1789 que la république mitterrandienne s’apprêtait à célébrer, afin de prémunir contre les contre-vérités qui n’allaient pas manquer de nous être ressassées à cette occasion.
Ce livre a été écrit par le Rd. Père Yves-Marie Salem-Carrière et s’intitule : « Terreur révolutionnaire et résistance catholique dans le Midi ». Il présente de manière succincte un ensemble de faits tus, oubliés ou minimisés prouvant l’antichristianisme viscéral de la révolution et rappelle – comme le titre l’indique – les divers mouvements de résistance qui s’y opposèrent en Languedoc.

Cet ouvrage est préfacé par notre cher Gustave Thibon.
Au-delà des caractères circonstanciels liés à l’auteur, à l’ouvrage lui-même et au contexte de sa parution, Gustave Thibon, de sa plume aiguisée, a bien su mettre en évidence (qui d’ailleurs pourrait en douter ?) les caractéristiques de la révolution.

Comme l’ouvrage du Rd. Père Salem-Carrière est aujourd’hui difficile à trouver, à l’occasion du triste anniversaire du massacre des catholiques et des capucins de Nîmes, j’ai donc résolu de recopier ci-dessous à votre intention, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, le texte de cette préface de notre cher Gustave !

Lully.

Le Pape Pie VI caricaturé en âne (détail d'une gravure révolutionnaire de 1790)

Le Pape Pie VI caricaturé en âne, détail d’une estampe révolutionnaire de 1790

La Révolution française ne fut pas une révolution de type politique et social, mais une révolution d’essence métaphysique et spirituelle,
caractérisée avant tout par la haine de la religion chrétienne.

 * * *

« Je tiens à souligner l’importance de ce travail du P. Salem sur les causes et les effets de la fièvre révolutionnaire dans notre province du Languedoc.
Son livre est convaincant, non seulement par les idées qu’il défend mais par les faits qu’il rapporte. Car, si l’on peut discuter sans fin sur les idées, on ne peut pas récuser les faits. « Vous connaîtrez l’arbre à ses fruits », dit l’Evangile.

La conclusion que tire le P. Salem de cet exposé de tant d’horreurs mêlées à tant d’héroïsmes est que la Révolution française ne fut pas une révolution de type politique et social comme tant d’autres au long de l’histoire, mais une révolution d’essence métaphysique et spirituelle, caractérisée avant tout par la haine de la religion chrétienne et de ses institutions.

Il ne s’agit pas d’idéaliser la société de l’Ancien Régime. Il y avait certes des abus à supprimer et des réformes à accomplir et l’Eglise même, au cours des âges, n’a jamais cessé de se réformer pour mieux adapter ses structures temporelles à son modèle éternel.

Or il apparaît clairement ici que le vœu profond des organisateurs de la Révolution ne fut pas de corriger les imperfections de ces vieilles institutions qui reposaient toutes sur un fondement religieux mais de renverser ce fondement même, c’est-à-dire de substituer le culte de l’homme au culte divin. Quitte, ensuite, car tout idolâtrie se retourne contre elle-même, à fouler aux pieds ces fameux droits de l’homme si hautement proclamés en mettant la terreur au service du délire idéologique.

Il suffit pour faire éclater cette contradiction entre les principes et leurs conséquences de juxtaposer les trois grands mots de la devise républicaine et leur interprétation par les ouvriers de la terreur.
Liberté ? Oui mais « pas de liberté pour les ennemis de la liberté », c’est-à-dire pour tous ceux qui ne partagent pas la nouvelle conception de la liberté.
Egalité ? Oui encore, mais imposée par la violence : « l’égalité ou la mort ».
Fraternité ? Mais toujours le même refrain : « Sois mon frère ou je te tue ».

Et toutes ces atrocités sont barbouillées d’inepties grandiloquentes où le grotesque s’allie au tragique. On en trouvera ici maints exemples puisés dans les discours ou dans les faits, dont le plus drôle est celui du coq au cocorico séditieux jugé et exécuté en bonne et due forme (voir la note * en bas de page).

Mais ce sombre tableau garde un côté lumineux : celui où sont relatés la vigueur de la résistance populaire à l’influence idéologique et l’héroïsme de tant de prêtres et de fidèles qui préférèrent la mort à l’apostasie.

Cela dit, nous célébrerons nous aussi le bicentenaire de la Révolution mais celui de ses victimes et de ses martyrs et non celui de ses auteurs et de ses bourreaux. »

Gustave Thibon.
Préface du livre du Rd Père Yves-Marie Salem-Carrière, lazariste,
intitulé « Terreur révolutionnaire et résistance catholique dans le Midi »
(ed. Dominique Martin Morin – 1989).

Terreur révolutionnaire et résistance catholique dans le Midi - R.P. Salem-Carrière

Note * : Les catholiques fidèles poussaient fréquemment le cri de « cocorico » en présence des prêtres jureurs : c’était une manière de leur rappeler le reniement de Saint Pierre et de les inciter à la conversion.
En conséquence, le « cocorico » était fort mal perçu par les sans-culottes. Le Rd. Père Salem-Carrière rapporte donc qu’à Montpellier, le 5 décembre 1791, lors des funérailles d’un « patriote », lorsque le curé constitutionnel parut, un puissant « cocorico » retentit à une fenêtre. Voici la suite telle qu’elle est racontée dans son livre :

« Les gardes nationaux montèrent au deuxième étage chez mademoiselle Sauvaire, vendeuse de faïence, saisirent un coq en cage sur la fenêtre et amenèrent la fille avec eux au tribunal correctionnel.
Le juge l’interrogea :
- Vous avez dressé le coq pour vous moquer des prêtres assermentés.
- C’est un cadeau, répondit-elle, je l’ai mis en cage parce que étant très maigre je voulais l’engraisser.
- Oui, mais ce n’est pas un animal à mettre en cage sur une fenêtre.
- Si je l’avais laissé libre dans mon magasin de faïence il aurait tout cassé.
Ainsi se déroula le dialogue « patriotique » et le jugement suit la logique révolutionnaire. La fille est condamnée à deux jours de prison et à une amende.
Et le coq ?
Le juge propose de l’offrir à l’hôpital. Non pas, estime le tribunal, les malades qui absorberaient son bouillon pourraient devenir aristocrates ou monarchistes.
« Qu’on le décapite, crie un assistant, puisqu’il a chanté en nous insultant. »
Aussitôt un garde saisit son sabre et décapite l’animal… »

(in « Terreur révolutionnaire et résistance catholique dans le Midi » p. 54).

Coq sur un canon (époque révolutionnaire)

Coq sur un canon
(peinture sur faïence – époque révolutionnaire)

Publié dans : Lectures & relectures, Memento, Vexilla Regis | le 13 juin, 2015 |1 Commentaire »

2015-63. Coeur de Jésus, sauvez la France, ne l’abandonnez pas !

Jeudi soir 11 juin 2015,
Après les premières vêpres de la fête du Sacré-Coeur de Jésus.

Sacré-Coeur gif

C’est une autre image ancienne – trouvée dans les « trésors » de Frère Maximilien-Marie –  que je veux vous présenter à l’occasion de la fête du Sacré-Coeur de Jésus, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion.

Elle n’est pas en excellent état : elle porte les stigmates de ses cent-quarante-trois ans, ayant été souvent manipulée, puisqu’elle était utilisée comme marque-page dans un ouvrage de dévotion qui a beaucoup servi.
Elle porte la date du 7 juin 1872, qui fut, cette année-là, le vendredi de la fête du Sacré-Coeur.
Au-dessus de cette date, sur un globe bleuté, est inscrit le nom « France » : le quatrain – en alexandrins faciles – qui est imprimé en dessous explicite l’image (voir infra).

Rappelons le contexte très précis de ces années politiquement et religieusement agitées :

1) – En France, la guerre franco-prussienne, déclarée le 19 juillet 1870, a eu pour conséquences l’effondrement du second empire (4 septembre 1870), puis Paris assiégée, l’enchaînement des défaites militaires, l’occupation d’une grande partie du territoire, la proclamation de l’empire allemand dans la galerie des glaces du palais de Versailles (18 janvier 1871), l’armistice (26 janvier 1871), la cession de l’Alsace et de la Lorraine, les atrocités de la Commune insurrectionnelle de Paris (18 mars – 28 mai 1871), les espérances d’une restauration monarchique…

2) – Dans le domaine spirituel, outre l’interruption du concile du Vatican dès la déclaration de guerre puis la spoliation de Rome par les troupes italiennes (voir > ici), en France même ces tragiques événements on vu le lancement du « Voeu national » par deux députés – Messieurs Alexandre Legentil et Hubert Rohault de Fleury – , soutenus par Monseigneur Pie (il n’est pas encore cardinal), la célèbre bataille de Loigny (2 décembre 1870), l’apparition de Pontmain (17 janvier 1871, voir > ici). Secouée en outre par les pillages d’église, profanations et exécutions de religieux lors de la Commune (voir > ici), l’Eglise de France connaît un sursaut spirituel : les évêques, les prêtres et les fidèles se tournent vers le Coeur de Jésus.
C’est le temps où est composé le fameux cantique « Pitié, mon Dieu ! » : un an plus tard, en juin 1873, un nombre important de députés fera le pélerinage de Paray-le-Monial et, le 24 juillet 1873, l’assemblée nationale votera l’utilité publique de la construction de l’église votive du Sacré-Coeur au sommet de la colline de Montmartre

Ce sont tous ces faits qu’il convient d’avoir à la mémoire en regardant cette image et en lisant les invocations qui y sont imprimées.

Oui, nous nous consacrons à son coeur !

Image pour la fête du Sacré-Coeur 7 juin 1872

Texte imprimé au recto (je conserve la graphie d’origine) :

Vois à tes pieds la France catholique
Se vouant à ton Coeur, réclamant tes bienfaits :
Daigne lui pardonner son offence (sic) publique.
Coeur sacré, donne-lui l’espérance et la paix.

et au verso on peut lire :

Sauvez la France, ne l’abandonnez pas !
Nous vous la consacrons, cette France chérie.
Son titre glorieux, royaume de Marie,
A des droits tout puissants sur votre coeur si bon.
Grâce, grâce, mon Dieu ! pitié pour sa misère !
Seigneur, pour apaiser votre juste colère,
Vos enfants à genoux implorent son pardon.

Sacré-Coeur gif

Mais, si le contexte socio-politique n’est pas vraiment le même, ces textes sont-ils pour autant totalement « dépassés », sans rapport avec les nécessités actuelles de notre pays ?
Qui oserait soutenir qu’aujourd’hui la « France officielle » ne multiplie pas les offenses publiques envers la sainte loi de Dieu, et ne blesse pas le divin Coeur de Jésus ?
La France n’a-t-elle pas besoin de revenir au Sacré-Coeur, d’implorer Son pardon et Ses grâces, de retrouver l’espérance et la paix ?

Aussi est-il bien nécessaire de reprendre souvent et avec ferveur ces invocations qui furent celles de nos pères :

Coeur de Jésus, sauvez la France !
Coeur de Jésus, n’abandonnez pas Votre France !
Coeur de Jésus, faites miséricorde à Votre France !

Sacré-Coeur gif

Voir aussi :
- les plaies de la France pansées par Marie > ici
- le Voeu de Louis XVI au Sacré-Coeur de Jésus > ici
- la prophétie et la prière de Saint Pie X pour la France > ici

Publié dans : De liturgia, Prier avec nous, Vexilla Regis | le 11 juin, 2015 |Pas de Commentaires »

2015-62. De la très humble femme par laquelle Dieu a voulu donner à Son Eglise la victoire sur Napoléon.

Mardi 9 juin 2015,
Mardi dans l’octave du Très Saint-Sacrement,
Commémoraison des Saints Prime et Félicien, martyrs,
Commémoraison de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Parmi les saints pour lesquels nous nourissons une spéciale dévotion au Mesnil-Marie, se trouve la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi.

Née en mai 1769 à Sienne, Anne-Marie Giannetti est l’exacte contemporaine de Napoléon Bonaparte qui naît le 15 août de cette même année à Ajaccio.
A la suite de revers de fortune, les parents d’Anne-Marie s’installent à Rome : la vie de la famille est pauvre, parfois proche de la misère.

Au soir du mercredi saint 16 avril 1783, Anne-Marie est du nombre de ces enfants et adolescents de la Ville Eternelle qui, mus par le seul Saint-Esprit, au moment de la mort de Saint Benoît-Joseph Labre (cf. > www et aussi > www), sans qu’ils en eussent été avertis de manière naturelle, sont sortis de leurs maisons pour crier dans les rues : « E morto il santo : le saint est mort ! »
C’est d’ailleurs la maman d’Anne-Marie qui fut choisie pour faire la toilette funèbre du saint pélerin : Anne-Marie l’accompagnait ; elle connaissait de vue, comme tout le petit peuple de Rome, le saint mendiant français, mais lors de sa mort on peut dire que l’adolescente – elle a alors quatorze ans – a compris beaucoup de choses spirituelles dont elle restera profondément marquée pour le restant de ses jours.

Gisant St Benoît-Joseph Labre à Ste Marie des Monts

Tombe de Saint Benoît-Joseph Labre, à Rome, dans l’église de Saint-Martin des Monts.

Anne-Marie dut bientôt se louer comme domestique et, pour préserver sa vertu, elle épouse Dominique Taïgi, « homme de peine » du palais Chigi.
Ce mariage n’a rien à voir avec les clichés de la passion sentimentale et du romantisme : ce sera pourtant un véritable mariage d’amour, bâti sur un profond respect mutuel et, par dessus tout, sur les valeurs chrétiennes.

Dominique Taïgi est sans nul doute un brave homme, honnête, droit et courageux ; toutefois il est aussi un véritable rustre par ses manières, et par sa propension à piquer de violentes colères.
Anne-Marie sera toujours d’une inaltérable patience avec lui, de même qu’avec ses parents, aigris et grincheux, qu’elle soigne. Elle ne fera jamais rien sans la permission de son époux ; de son côté, celui-ci acceptera aussi – sans bien la comprendre puisque cela dépasse tout ce qu’il pourrait imaginer – l’aventure spirituelle de son épouse, et il ne s’opposera pas à la grâce de Dieu.
Dominique et Anne-Marie donneront la vie à sept enfants, mais ils auront le chagrin d’en perdre trois en bas âge.

Mère attentive à l’éducation de ses enfants, femme d’intérieur dont le logement modeste est toujours propre, Anne-Marie fait la cuisine, coud les vêtements de toute la maisonnée, tient les comptes…
Rien ne distingue sa vie de celle de toutes les mères des familles pauvres qui l’entourent, sinon le rayonnement d’une joie et d’une ferveur peu communes et une sérénité inaltérable, quelles que soient les épreuves traversées.
Dominique témoignera : « Elle parlait de Dieu sans devenir ennuyeuse comme le sont beaucoup de dévotes ! »

A la vie d’apparence très ordinaire d’Anne-Marie, se superpose une vie chrétienne exemplaire : elle est tertiaire trinitaire, participe aux réunions de sa confrérie, assiste quotidiennement à la Sainte Messe, et se soumet à une direction spirituelle exigeante… Et Dieu la submerge d’un véritable océan de grâces mystiques : Dieu fait à tout moment irruption dans sa vie, qu’elle soit à l’église ou dans sa cuisine, en pleine lessive ou en train de converser avec un Monsignore, qu’elle soit à table avec les siens ou allongée aux côtés de Dominique qui dort du sommeil du juste. Elle, avec familiarité, demande au Très-Haut : « Laissez-moi, Seigneur, je suis mère de famille. »

La grâce mystique spéciale qui caractérise Anne-Marie est que, pendant plus de quarante années, elle a en permanence auprès d’elle (qui est seule à le voir) un globe lumineux, comme un petit soleil, à l’intérieur duquel, sous une grande couronne d’épines, elle contemple la divine Sagesse. En regardant dans ce « soleil », elle peut connaître tout ce qui se passe dans le monde et dans l’Eglise, tous les événements – passés, présents et futurs – , ainsi que l’état de la conscience et les pensées secrètes de chacun.
Ce don de prophétie et de prescience lui amenait beaucoup de monde, de simples fidèles comme des Princes de l’Eglise, venant lui demander conseil, et que, toute sa vie, elle a reçus avec une infinie patience et sollicitude.
En cela s’est accompli ce que Notre-Seigneur lui fit un jour connaître dans son action de grâces après la Sainte Communion : « Je te destine à convertir des âmes et à consoler toutes les catégories de personnes : prêtres, frères, moines, prélats, cardinaux, et même Mon Vicaire ».

la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi

La Bienheureuse Anne-Marie Taïgi

C’est que notre Bienheureuse vit dans une période de l’Eglise et de l’Europe durant laquelle, en sus des « habituels » problèmes que peuvent avoir les fidèles pour bien conduire leur vie selon les voies de Dieu, les épreuves vont se multiplier : c’est la fin du siècle des prétendues « lumières » – siècle de la création et du développement de la Franc-Maçonnerie et de quelques autres sectes pseudo-spiritualistes antichrétiennes – , cette période est celle qui voit en France le déchaînement de la révolution avec ses attaques contre la Sainte Eglise Romaine.

Après avoir dépouillé l’Eglise de France de ses biens et tenté de la séparer de Rome, après avoir pillé les sanctuaires et fermé les maisons religieuses, après avoir multiplié les sacrilèges et les profanations, après avoir déporté ou massacré des milliers d’ecclésiastiques et de catholiques fidèles, la révolution « française » a voulu exporter ses théories blasphématoires et s’est lancée à la conquête de l’Europe : pour cela, l’enfer a finalement misé sur le génie orgueilleux et dévoyé d’un tacticien militaire qui est, comme je l’écrivais en commençant, l’exact contemporain d’Anne-Marie : Napoléon Bonaparte.

C’est lui, Bonaparte, qui par le traité de Tolentino (19 février 1797) imposé au Pape Pie VI, porte atteinte à l’intégrité des Etats de l’Eglise et ordonne le pillage de leurs oeuvres d’art ; bientôt après, la « république romaine » est proclamée ; Pie VI, emmené captif par les troupes françaises, meurt d’épuisement à Valence (29 août 1799) où on lui fait des funérailles civiles !
C’est lui, Bonaparte, qui impose au Saint-Siège un concordat (15 juillet 1801) qui, s’il permet le rétablissement du culte catholique en France, n’en tend pas moins à faire de l’Eglise de France la servante de ses ambitions et de son pouvoir.
C’est lui, Napoléon, qui ne voulant pas seulement soumettre l’Eglise de France à son implaccable volonté mais l’Eglise catholique tout entière, persécute odieusement le Pape Pie VII, annexe les Etats de l’Eglise, fait enlever et emprisonner le Souverain Pontife, puis déchaîne sa colère contre les cardinaux et les évêques fidèles…

Anne-Marie voit et sait toutes ces choses.
Elle a demandé à Dieu la signification de cette terrible permission par laquelle ce Napoléon a pu s’emparer – par d’épouvantables tueries et un amoncellement de ruines – d’un continent tout entier, et porter atteinte, d’une façon aussi barbare, à tout droit humain et divin.
Et Anne-Marie a reçu de Dieu cette réponse : 
« A cette fin, J’ai mandaté Napoléon. Il était le ministre de Mes fureurs ; il devait punir les iniquités des impies, humilier les orgueilleux. Un impie a détruit d’autres impies ».
Les choses sont donc bien claires : dans le plan de la divine Sagesse, l’impie Napoléon a été une espèce de « fléau de Dieu » pour que la révolution soit punie par ce qu’elle avait elle-même enfanté !

Le geai dépouillé de ses plumes empruntées caricature de Napoléon

Caricature inspirée de la fable de La Fontaine : « Le geai paré des plumes du paon ».
L’oiseau prétentieux a la tête de Napoléon ; des aigles – symboles des puissances souveraines d’Europe – lui arrachent les plumes qu’il avait volées pour paraître plus grand (ces plumes sont l’Espagne, la Bohême, la Pologne).

Le 9 juin 1815 - lors même que les puissances alliées poursuivaient Napoléon de leurs armées – , s’achevait le Congrès de Vienne, qui, vaille que vaille, redonnait une stabilité à l’Europe sur la base du principe de légitimité.
Neuf jours plus tard, le 18 juin 1815, à Waterloo, la folle tentative de Napoléon pour reprendre les rênes de la France et du monde allait recevoir la fin qu’elle méritait. 

Mais, en vérité, la victoire n’appartient ni aux congressistes de Vienne, ni aux Souverains alliés, ni à Wellington : elle est à Anne-Marie Taïgi.  
Car, loin des affrontements diplomatiques, loin des champs de bataille, loin des coulisses des palais, loin des intrigues politiques et loin de toute l’agitation du monde, la divine Sagesse avait aussi confié à l’épouse exemplaire de l’ « homme de peine » du palais Chigi, à la modeste mère de famille des quartiers populaires de Rome, à l’humble tertiaire priante et pénitente, la mission d’opposer un contrepoids, par sa vie fervente et mortifiée, aux ambitions démesurées et au plan orgueilleux du Bonaparte.
La fin de l’usurpation, la fin de vingt-trois années de guerres européennes ininterrompues commencées par la révolution et poursuivies par l’empire (1792-1815), la fin de la persécution de l’Eglise, la fin de la spoliation des Etats de l’Eglise, la fin de l’emprisonnement du Pape, c’est Anne-Marie qui les a obtenues par ses prières et ses pénitences.

Reconnue pour la sagesse de ses conseils et la justesse de ses prémonitions, Anne-Marie, après 1815, continuera, comme si de rien n’était, à mener sa vie humble et exemplaire, de mère de famille, puis de grand’mère.
Après Pie VII, elle continuera semblablement à soutenir Léon XII, Pie VIII et Grégoire XVI et leurs combats contre l’esprit de la révolution et les sociétés secrètes.
Je ne peux résumer ici tout ce que sa vie comporte de faits prodigieux, d’exemples admirables, ni toutes les prophéties – certaines très précises – qu’elle a transmises, concernant l’avenir du monde et de l’Eglise : cela demande des livres entiers.

Corps de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi, église Saint-Chrysogone

Corps de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi – Basilique Saint-Chrysogone au Transtévère, Rome.

Anne-Marie Taïgi rendit son âme à son Créateur à l’aube du vendredi 9 juin 1837, après trois heures d’agonie.
Elle était âgée de soixante-huit ans et vingt jours.

Déclarée « vénérable » par le Bienheureux Pie IX, elle a été béatifiée par Benoît XV le 30 mai 1920.
Son corps repose dans l’église Saint-Chrysogone au Transtévère (basilique desservie par les Pères Trinitaires, puisqu’elle était tertiaire de leur Ordre) : c’est là qu’il y a dix ans, notre Frère Maximilien-Marie a obtenu des religieux une relique de cette très humble femme par laquelle Dieu a voulu donner à Son Eglise la victoire sur Napoléon.

En ce 9 juin 2015, deuxième centenaire de la conclusion du Congrès de Vienne, et à quelques jours du bicentenaire de la victoire de Waterloo (18 juin), je considérais qu’il était de mon devoir de vous donner ici à propos de ces événements, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, un éclairage différent de celui de l’histoire officielle…

Lully.

Reliquaire de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi - Refuge ND de Compassion

Médaillon reliquaire de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi, au Mesnil-Marie.

2015-61. « Ils m’ont jeté vivant sous des murs funéraires… »

1795 – 8 juin – 2015

Deux-cent-vingtième anniversaire
du rappel à Dieu
de

Sa Majesté le Roi Louis XVII

frise lys deuil

Ce 8 juin 2015 marque le deux-cent-vingtième anniversaire de la mort, dans les épouvantables conditions que l’on sait, de « l’Enfant du Temple », Sa Majesté le Roi Louis XVII.

Foin des délires obsessionnels survivantistes ! Le petit Roi est bien mort dans l’horrible prison, âgé de dix ans deux mois et douze jours, et son règne – du sinistre 21 janvier 1793 à ce 8 juin 1795 – a été de deux ans quatre mois et dix-huits jours : un règne qui s’est tout entier écoulé entre les murs lugubres de ce donjon, dans les mauvais traitements, dans le broiement de ses plus chères aspirations, dans la déréliction, dans la maladie et l’agonie du coeur et de l’esprit avant de connaître, épuisé, l’agonie du corps.

Enfant martyr, la république qui a voulu pour lui un tel sort tombe sous le coup de la malédiction contenue dans les paroles du Christ : « Ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits d’entre Mes frères, c’est à Moi que vous l’avez fait ! » (cf. Matth. XXV, 40 b).
Roi martyr, dont le sceptre, le manteau et la couronne ne furent ici-bas que de dérision et d’opprobre, comme ceux dont Jésus-Christ, Roi des rois, fut affublé par la soldatesque en Sa douloureuse Passion.

Sans doute, sans aucun doute, le sort atroce réservé à cet enfant-roi entrait-il surnaturellement dans un plan divin d’expiation et de rédemption qui échappe à toute logique humaine, et qui a mis en réserve pour la France – au jour où pénitente et dévouée : Gallia poenitens et devota, elle reviendra, par un même mouvement de conversion, à son Dieu et à sa vocation – des trésors de grâce.
Mais aujourd’hui, tout cela est enveloppé par le secret divin.

Pour l’heure, afin de marquer cet anniversaire, que nous célébrons avec des sentiments de foi et d’espérance, je veux vous livrer le poème intitulé « Louis XVII » que Victor Hugo a publié au livre premier de son recueil « Odes et ballades ».
On se souviendra de ce fait que si ce génie de la poésie française a malheureusement fini en républicain apostat (« je refuse la prière de toutes les Eglises »), il avait été à ses débuts un ardent légitimiste…

Ce long poème, qui met en scène l’entrée au paradis du petit Roi-martyr, contient plus d’un passage admirable et le regretté Révérend Père Jean Charles-Roux (cf. > ici) avait voulu qu’il conclut son très beau livre – que nous ne pouvons que chaleureusement recommander – intitulé : Louis XVII – la Mère et l’Enfant martyrs (ed. du Cerf – 2007).

Lully.

frise lys deuil

Louis XVII
(Victor Hugo, in « Odes et Ballades » -  Livre 1er, ode V)
* * *
Louis XVII mourant
I
En ce temps-là, du ciel les portes d’or s’ouvrirent ;
Du Saint des Saints ému les feux se découvrirent ;
Tous les cieux un moment brillèrent dévoilés ;
Et les élus voyaient, lumineuses phalanges,
Venir une jeune âme entre de jeunes anges
Sous les portiques étoilés.
C’était un bel enfant qui fuyait de la terre ;
Son œil bleu du malheur portait le signe austère ;
Ses blonds cheveux flottaient sur ses traits pâlissants ;
Et les vierges du ciel, avec des chants de fête,
Aux palmes du martyre unissaient sur sa tête
La couronne des innocents.
II
On entendit des voix qui disaient dans la nue :
- « Jeune ange, Dieu sourit à ta gloire ingénue ;
Viens, rentre dans ses bras pour ne plus en sortir ;
Et vous, qui du Très-Haut racontez les louanges,
Séraphins, prophètes, archanges,
Courbez-vous, c’est un roi ; chantez, c’est un martyr ! »
- « Où donc ai-je régné ? demandait la jeune ombre.
Je suis un prisonnier, je ne suis point un roi.
Hier je m’endormis au fond d’une tour sombre.
Où donc ai-je régné ? Seigneur, dites-le moi.
Hélas ! mon père est mort d’une mort bien amère ;
Ses bourreaux, ô mon Dieu, m’ont abreuvé de fiel ;
Je suis un orphelin ; je viens chercher ma mère,
Qu’en mes rêves j’ai vue au ciel. »
Les anges répondaient : – « Ton Sauveur te réclame.
Ton Dieu d’un monde impie a rappelé ton âme.
Fuis la terre insensée où l’on brise la croix.
Où jusque dans la mort descend le régicide,
Où le meurtre, d’horreurs avide,
Fouille dans les tombeaux pour y chercher des rois. »
- « Quoi ! de ma lente vie ai-je achevé le reste ?
Disait-il ; tous mes maux, les ai-je enfin soufferts ?
Est-il vrai qu’un geôlier, de ce rêve céleste,
Ne viendra pas demain m’éveiller dans mes fers ?
Captif, de mes tourments cherchant la fin prochaine.
J’ai prié : Dieu veut-il enfin me secourir ?
Oh ! n’est-ce pas un songe ? a-t-il brisé ma chaîne ?
Ai-je eu le bonheur de mourir ?
« Car vous ne savez point quelle était ma misère !
Chaque jour dans ma vie amenait des malheurs ;
Et, lorsque je pleurais, je n’avais pas de mère
Pour chanter à mes cris, pour sourire à mes pleurs.
D’un châtiment sans fin languissante victime,
De ma tige arraché comme un tendre arbrisseau,
J’étais proscrit bien jeune, et j’ignorais quel crime
J’avais commis dans mon berceau.
« Et pourtant, écoutez : bien loin dans ma mémoire,
J’ai d’heureux souvenirs avant ces temps d’effroi ;
J’entendais en dormant des bruits confus de gloire,
Et des peuples joyeux veillaient autour de moi.
Un jour tout disparut dans un sombre mystère ;
Je vis fuir l’avenir à mes destins promis ;
Je n’étais qu’un enfant, faible et seul sur la terre,
Hélas ! et j’eus des ennemis !
« Ils m’ont jeté vivant sous des murs funéraires ;
Mes yeux voués aux pleurs n’ont plus vu le soleil ;
Mais vous que je retrouve, anges du ciel, mes frères,
Vous m’avez visité souvent dans mon sommeil.
Mes jours se sont flétris dans leurs mains meurtrières,
Seigneur, mais les méchants sont toujours malheureux ;
Oh ! ne soyez pas sourd comme eux à mes prières,
Car je viens vous prier pour eux. »
Et les anges chantaient : – « L’arche à toi se dévoile,
Suis-nous ; sur ton beau front nous mettrons une étoile.
Prends les ailes d’azur des chérubins vermeils ;
Tu viendras avec nous bercer l’enfant qui pleure,
Ou, dans leur brûlante demeure,
D’un souffle lumineux rajeunir les soleils ! »
III
Soudain le chœur cessa, les élus écoutèrent ;
Il baissa son regard par les larmes terni ;
Au fond des cieux muets les mondes s’arrêtèrent,
Et l’éternelle voix parla dans l’infini :
« O roi ! je t’ai gardé loin des grandeurs humaines.
Tu t’es réfugié du trône dans les chaînes.
Va, mon fils, bénis tes revers.
Tu n’as point su des rois l’esclavage suprême,
Ton front du moins n’est pas meurtri du diadème,
Si tes bras sont meurtris de fers.
« Enfant, tu t’es courbé sous le poids de la vie ;
Et la terre, pourtant, d’espérance et d’envie
Avait entouré ton berceau !
Viens, ton Seigneur lui-même eut ses douleurs divines,
Et mon Fils comme toi, roi couronné d’épines,
Porta le sceptre de roseau. »
                                                                                    (décembre 1822)

Ecce Homo par Philippe de Champaigne

Publié dans : Memento, Nos amis les Saints, Vexilla Regis | le 8 juin, 2015 |4 Commentaires »

2015-60. Le Pain des forts.

Samedi dans l’octave du Saint-Sacrement, 6 juin 2015.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

J’ai déjà eu l’occasion d’y faire allusion, Frère Maximilien-Marie a recueilli un certain nombre d’images pieuses anciennes.
Comme nous sommes à la veille de la solennité du Très Saint-Sacrement (puisqu’en France, depuis Bonaparte, le jeudi où cette fête doit normalement être célébrée n’est plus chômé), appelée aussi Fête-Dieu (cf. > ici et également ici), je voudrais donner en « aliment » à votre piété l’une de ces images qui se rapporte à la Très Sainte Eucharistie (* Note 1).
C’est une image de 6 x 12 cm, qui s’ouvre comme un petit livret : la première page représente, dans un vignette en taille douce, la dernière communion de Sainte Jeanne d’Arc, dans sa prison, avant d’aller au supplice.
La double page intérieure ne comporte que du texte : deux citations de Saint Pierre-Julien Eymard, une troisième de S. Coubé (le Rd Père Stephen Coubé, jésuite, né à Lyon en 1857 et mort à Paris en 1938), une quatrième du Général de Sonis, et enfin une courte oraison. 

Le choix que j’ai fait de cette image – l’illustration et la prière finale – est évidemment en rapport avec les textes que j’ai publiés à l’occasion de la fête de Sainte Jeanne d’Arc (cf. > ici). 

Puisse cette image de dévotion vous plaire autant qu’à moi !

Lully. 

Le Pain des forts image pieuse après 1920

- Où trouverons-nous le courage nécessaire pour surmonter les épreuves de la vie, sinon dans le Sacrement qui fait les forts, dans l’Hostie salutaire à laquelle nous adressons si souvent cette prière : Bella premunt hostilia : Da robur, fer auxilium (*Note 2).
C’est elle qui est la source de la sainteté, le préservatif des consciences, la nourriture qui soutient les martyrs jusqu’au triomphe, le ferment divin qui empêche les âmes de se corrompre.

Qu’ils sont abondants les secours que nous apporte Notre-Seigneur en venant, par la Sainte Communion, s’unir à nos âmes et les revêtir, avec la plénitude de la grâce, de sa force et de sa toute-puissance !
Il connaissait ce principe de force surhumaine, Saint Augustin, lorsqu’il disait : « Je suis en Dieu ! Qu’y a-t-il de plus fort ? » Heureux de la possession de Jésus, il ne craignait pas de dire au démon : Malheureux, le sang que tu as versé est ta perte, mais il est ma force et mon salut !
Et de fait, que peut craindre cette âme, qui, par la Communion, se trouve inséparablement unie à la puissance même de Jésus-Christ ?
Oui, que le monde et l’enfer se liguent contre le fidèle Communiant, que des armées entières viennent fondre sur lui, nous le verrons se rire de leurs vains efforts.
Revêtu, par la Sainte Communion, de la vertu de Dieu, nous l’entendrons défier toutes les puissances de pouvoir jamais le séparer de l’amour de Jésus-Christ.
Oui, allez à Jésus, allez à son Sacrement d’amour, vous qui désirez rester fidèles au service du Divin Maître : Il daignera vous armer contre votre faiblesse.
Usez de ce puissant levier de la bonne volonté ; que la grâce de l’Eucharistie dont vous êtes si souvent participants, en soit le solide point d’appui.

(P. Eymard)

* * *

- L’Eucharistie est le Pain des faibles et des forts, elle est nécesaire à ceux qui sont faibles et à ceux qui sont forts, parce qu’ils portent leur trésor dans des vases d’argile. Assurons-nous donc une garde, une escorte sûre, un viatique fortifiant : ce sera Jésus, notre Pain de vie, Jésus, le Pain des forts.

(P. Eymard)

* * *

- Comment l’Eucharistie qui, aux jours de persécution, était l’école de l’héroïsme, ne serait-elle pas dans la vie ordinaire, l’école de la virilité ?
Si donc vous voulez être puissants pour le bien, communiez, communiez avec ferveur, communiez souvent, communiez tous les jours.

(S. Coubé)

* * *

- La vraie force, la force indomptable est le partage du chrétien en qui Jésus-Christ est en permanence.

(Général de Sonis)

* * *

- Prière :

Par votre intercession, obtenez-nous, ô Sainte Jeanne d’Arc, votre amour pour l’Eucharistie, pour ce Pain des forts que vous avez reçu avec tant de piété pendant votre vie et au moment d’aller au supplice.

Le Pain des forts image pieuse après 1920 - détail

Notes :

(* Note 1) : Cette image a été imprimée et diffusée par la célèbre Maison Bouasse-Lebel (reprise par Lecène et Cie) dans la collection de laquelle elle porte le N° 464. Comme le texte imprimé parle de Jeanne d’Arc comme sainte, elle est donc – en toute logique – postérieure à la canonisation de celle-ci (16 mai 1920), mais comme d’autre part Pierre-Julien Eymard n’y est cité que comme le Père Eymard, on doit aussi en conclure qu’elle est antérieure à la béatification de ce dernier (12 juillet 1925). Nous avons ainsi une idée relativement précise de la date d’impression de cette image.

(* Note 2) : « Bella premunt hostilia : da robur, fer auxilium » – citation de la strophe « O Salutaris Hostia » de l’hymne des laudes du Saint-Sacrement composé par Saint Thomas d’Aquin. Traduction : « les armées ennemies nous poursuivent, donnez-nous la force, portez-nous secours. »

Publié dans : De liturgia, Prier avec nous, Textes spirituels | le 6 juin, 2015 |1 Commentaire »
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