Prologue librement inspiré par celui de l’Evangile selon Saint Luc.

Le Maître-Chat Lully

« Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements -- parfois totalement insignifiants -- qui se produisent en ces temps, j’ai décidé moi aussi (puisque je suis chaque jour le témoin scrupuleusement attentif d’une aventure qui est, elle, véritablement hors du commun), de tenir pour vous, amis du « Mesnil-Marie« , sous la forme d’un récit assorti de commentaires personnels, une espèce de diaire de la fondation du « Refuge Notre-Dame de Compassion« .

Ainsi pourrez-vous, en suivant les péripéties de la vie quotidienne ou en vous associant aux évènements humains et surtout spirituels qui en jalonnent l’existence, garder un lien plus concret avec cette oeuvre que vous soutenez d’une fidèle et pieuse amitié.

Je réclame, bien évidemment, votre indulgence car je ne suis qu’un tout petit chat, mais vous savez aussi que j’occupe au « Mesnil-Marie » une place privilégiée (voir ici > www)… Puissent néanmoins ces lignes être utiles à tous pour conserver et resserrer le lien de la charité, dans la paix et la joie du coeur! »

Lully, l’Observateur.

Publié dans : |le 10 septembre, 2007 |Pas de Commentaires »

2012-5. Pour préparer l’avenir, nous ne pouvons oublier que les Rois ont fait la France et que celle-ci se trouve en continuel déclin depuis la révolution…

Samedi 21 janvier 2012,
Deux-cent-dix-neuvième anniversaire du martyre de Sa Majesté le Roi Louis XVI.

La commémoration annuelle du martyre de Sa Majesté Louis XVI, Roi très chrétien, occupe une place très importante dans le calendrier de notre Mesnil-Marie… Mais est-il vraiment nécessaire de le préciser?
Frère Maximilien-Marie avait préparé avec soin tout ce qu’il lui était possible d’emporter de notre sacristie, afin que soit solennisée au mieux la Messe de requiem célébrée en notre chère paroisse (en effet la sacristie de l’église qui a été désignée pour la célébration de la Sainte Messe latine traditionnelle est fort pauvre : sans doute a-t-elle fait l’objet d’un nettoyage par le vide en règle au moment de la fureur prétendument « conciliaire »). Quand il a pris la route ce matin, pour franchir le massif du Mézenc, notre Frère partait avec une superbe chasuble noire en velours de soie damassé, une chape, un drap mortuaire galonné et brodé d’argent, des candélabres et même une couronne royale qui devait être posée sur le catafalque…
Il m’a rapporté quelques photos de la célébration (ce qui m’a donné l’occasion de regretter qu’il y eût si peu de fidèles présents) et aussi le texte de la prédication de Monsieur l’Abbé que je me fais un plaisir de retranscrire ci-dessous à votre intention : ce n’est pas un long texte, mais il mérite qu’on le médite…

Lully.

Homélie de Monsieur l’Abbé Henri Vannier
prononcée au cours de la
Sainte Messe de requiem
célébrée en l’église de Ceyssac, le 21 janvier 2012,
à la mémoire de Sa Majesté le Roi très chrétien Louis XVI. 

Ô Christ, sauve la France!

Le Roi est mort, « mais à la France il faut un Roi »!

Révérend Frère, chers Amis,

L’année 2012 est l’année de toutes les incertitudes et, de ce fait, de toutes les espérances.
C’est l’aide de Dieu et la vertu du Christ que sommes invités à demander avec audace et ferveur, pour la France et les Français, ainsi que pour l’Europe chrétienne.
Cette année, marquée, en notre pays, par des élections républicaines malheureusement pleines de périls est illuminée cependant par le six-centième anniversaire de la naissance de Sainte Jeanne d’Arc.

En célébrant aujourd’hui, samedi 21 janvier, une Messe solennelle de requiem pour le repos de l’âme du bon Roi Louis XVI -- auquel nous associons tous les martyrs victimes de la funeste révolution dite française -- nous implorons le secours du Ciel, confiants dans la divine Providence, priant Notre-Dame, Souveraine de notre Patrie, Saint Michel Archange et tous les Saints qui ont béni la France, d’intercéder pour nous auprès du Seigneur tout-puissant.

C’est dans nos solitudes et les abîmes d’une immense misère que nous crions vers le Ciel et supplions Dieu, offrant cette Messe annuelle avec un esprit non seulement de fidélité, d’hommage et de piété comme il se doit, mais inspirés surtout -- peut-être aujourd’hui encore davantage qu’hier -- par l’espoir et l’attente d’une délivrance venue d’En-Haut, qui inaugurera les temps bienheureux d’une « grande relève » et d’une vraie renaissance.

Il ne s’agit pas d’une simple commémoration ni d’un souvenir nostalgique du passé, même si nous gardons, enracinée au plus profond de nos coeurs, la Tradition reçue de nos pères et transmise avec la Foi de toute l’Eglise.
Car, pour préparer l’avenir, nous ne pouvons oublier les leçons de l’histoire, celles qui nous apprennent que « les Rois ont fait la France », et que celle-ci se trouve en continuel déclin depuis que la révolution, au nom des valeurs illusoires et ténébreuses de l’homme en révolte contre Dieu, a signé la mort du « Roi très chrétien » et enterré l’Ancien Régime.
Et, forts de la Liberté des hommes enfants de Dieu, liberté acquise par l’Etendard de la Croix, nous ne saurions négliger les exigences de notre Salut, celles rappelées par un Pape en nos années d’épreuves, interpellant notre pays tout entier : « Ô France, fille aînée de l’Eglise, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême? »!

Tout ce que nous chantons chez nous avec ardeur et sagesse : « Si tu veux ta Délivrance… marche droit »,  c’est à dire : reviens au Christ, Roi pacifique, Roi des nations, Roi des rois!

Autres textes à reprendre et à méditer à l’occasion du 21 janvier :
- Le récit des dernières heures de Sa Majesté le Roi Louis XVI > www.
- Le testament de Louis XVI > www.
- L’allocution du Pape Pie VI proclamant que Louis XVI est un martyr > www.
- Le voeu de Louis XVI au Sacré-Coeur > www.

Publié dans : |le 21 janvier, 2012 |6 Commentaires »

2012-4. Chronique du temps de Noël au Mesnil-Marie (décembre 2011 à mi janvier 2012)

Samedi 14 janvier 2012,
Fête de Saint Hilaire de Poitiers.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Hier 13 janvier, jour octave de l’Epiphanie, en célébrant la commémoration du Baptême de Notre-Seigneur Jésus-Christ, nous avons clôturé le cycle liturgique de Noël qui avait commencé avec le premier dimanche de l’Avent.
L’achèvement de ce cycle me semble tout à fait indiqué pour vous livrer un petit compte-rendu des évènements qui ont été les plus marquants, en notre Mesnil-Marie, au cours de ces sept semaines écoulées.

A -- la fête de Saint Nicolas.

C’est maintenant une tradition bien établie dans notre hameau de nous retrouver entre voisins et amis à l’occasion de la fête de Saint Nicolas. En effet, il n’y a que des enfants sages ici : la preuve en est que le Père Fouettard ne paraît jamais en nos parages. Comme les années précédentes donc (cf. par exemple > www), ce fut une soirée joyeuse et… gourmande!


B -- le 8 décembre.

Bien sûr, le matin, Frère Maximilien-Marie a pris le volant pour se rendre à la Sainte Messe chantée en l’honneur de cette grande fête de Notre-Dame.
Dans la journée, je l’ai aidé à préparer tous les photophores qui nous serviraient le soir à illuminer notre Mesnil-Marie en l’honneur de Celle par qui les premières lueurs du Salut ont commencé à luire dans le monde : c’est une centaine de lumignons que nous avons placés sur nos fenêtres, et à l’intérieur aussi nous ne nous sommes éclairés qu’aux bougies : des amis venaient dîner avec nous ce soir-là. L’ambiance était féerique… Les photos vous en diront plus que tous les commentaires que je pourrais faire (cliquer sur les photos pour les voir en plus grand format).

       

C -- les préparatifs de la crèche.

C’est à partir du 8 décembre que Frère Maximilien-Marie a commencé les préparatifs de notre crèche (celle-la même que je vous ai présentée à l’aide d’une mini vidéo l’avant-veille de Noël cf. ici > www). Beaucoup de nos visiteurs lui font cette remarque : « Vous devez mettre beaucoup de temps pour la réaliser! » Alors, voici quelques précisions.
Notre Frère ne réalise pas tout d’un seul coup, c’est évident. Je lui ai appris à travailler de manière méthodique, par petites étapes, alors que nous avons déjà bien réfléchi à tout : réflexion et méthode sont indispensables pour bien travailler et gagner du temps!
1) Environ trois semaines avant Noël, il commence par délimiter l’espace qu’occupera la crèche, en fixant et tendant le tissu bleu foncé qui représentera le ciel et en disposant les tables sur lesquelles elle sera installée ; cela ne demande pas plus d’une heure de temps, mais cela signifie aussi que nous avons déjà « visualisé » la disposition générale, la « scénographie ».
2) Peu à peu, au fur et à mesure des courses, il récupère à la sortie des magasins des cartons adéquats qui permettront de constituer les reliefs et il les mets tout de suite en place quand il arrive : comme tout a déjà été pensé, ce n’est l’affaire que de quelques minutes.
3)  Disposer et épingler le papier-rocher sur les cartons est un peu plus long, d’autant qu’il faut coupler cette opération avec l’installation de tout ce qui est électrique. Cela peut prendre une heure et demi et peut donc être réalisé sans problème un soir après le repas… (cliquer sur les photos pour les voir en plus grand format).

4) S’il y a quelques nouvelle « maison » à fabriquer pour le village de Bethléem, ou s’il faut apporter des retouches de peinture aux décors précédemment confectionnés, Frère Maximilien-Marie le fait aussi le soir, après dîner : cela sèche pendant la nuit.
5) C’est seulement les 21 et 22 décembre que nous avons mis en place les maisons, la végétation, la mousse, le sable, les cailloux et les personnages : il faut compter pour cela deux petites demi journées.

La longueur totale de notre crèche est de 4,5 mètres. Elle comporte au total 124 représentations d’animaux et 53 figures humaines.

D -- la passerelle sur le ruisseau.

Le dimanche de Gaudete n’a pas seulement été un jour de joie liturgique et spirituelle, mais aussi celui d’une joyeuse surprise pour notre Frère.
Pour bien comprendre la chose il faut remonter plusieurs mois -- et même plusieurs années -- en arrière : en effet, le chemin qui permet d’arriver au Mesnil-Marie franchit un petit ruisseau dont le lit, longtemps avant notre arrivée, avait été en partie comblé, ne laissant de passage à l’eau qu’à travers des buses de ciment enterrées.
Ces buses, si elles étaient suffisantes pour laisser couler le débit ordinaire du ruisseau, ne l’étaient en revanche plus du tout au moment des épisodes cévenols, lorsque il devient soudain un impétueux torrent au débit impressionnant : il était alors fréquent que ces buses fussent bouchées par de menus branchages et des feuilles, et que le ruisseau furieux sortît de son lit, transformant le chemin lui-même en torrent ravageur…

Frère Maximilien-Marie s’était donc employé, au cours de l’automne 2009, à ôter ces buses et à redonner un lit normal au ruisseau. Pour en permettre la traversée, notre entrepreneur nous avait alors prêté une grande et large plaque métallique.
Cette plaque a fait office de passerelle pendant un an et demi environ, mais les maçons en ont eu besoin sur un chantier à la fin de l’hiver dernier : ils sont donc venus la chercher et l’ont remplacée par une grande et solide planche de 2,5 m de long sur 0,5 m de large.

franchissement du ruisseau avant la passerelle (cliquer pour voir en plus grand format)

Frère Maximilien-Marie s’amusait beaucoup en regardant cette planche (par ailleurs très solide puisqu’il passait dessus avec de lourdes brouettes de bois ou de pierres) qui pouvait évoquer un pont levis : qu’il nous suffise de la relever et un certain nombre de personnes n’auraient pas pu arriver jusqu’au Mesnil-Marie!!!
Toutefois, et surtout depuis que les intempéries du début novembre avaient encore élargi le lit du ruisseau et l’avaient creusé de 40 à 50 centimètres juste au-dessous de la dite planche, plusieurs personnes nous avaient manifesté leur quasi frayeur d’avoir à traverser sur cette petite largeur qui ne présentait point de possibilité de se retenir en cas de glissade.
Dans la perspective des dizaines de personnes qui viendraient visiter notre crèche, il convenait de faire quelque chose.

Frère Maximilien-Marie avait demandé à notre ami Nicolas -- qui a refait lui-même toute la charpente et les planchers de la maison qu’il restaure -- de l’aider à réaliser une passerelle à partir des chevrons et planches dont nous disposons ici.
Nicolas était venu voir, avait pris des mesures, et avait dit à Frère Maximilien-Marie qu’il reviendrait quelques jours plus tard pour y travailler avec lui…

Ce que notre frère était à cent lieues d’imaginer, c’est que Nicolas lui préparait une belle surprise : en quelques jours, il avait découpé et apprêté chez lui tout le bois nécessaire, et il s’était entendu en douce avec notre voisin Bruno pour installer la passerelle pendant une absence de Frère Maximilien-Marie, en l’occurrence pendant qu’il serait à la Messe!
Moi, derrière l’une des fenêtres du Mesnil-Marie, j’ai tout vu faire et je peux vous assurer que nos amis ont fait du très beau travail : qu’ils en soient chaleureusement remerciés!

Quand Frère Maximilien-Marie est rentré de la Messe, il a été stupéfait de ce qu’il a trouvé et qui fait depuis l’admiration de tous nos visiteurs :

(cliquer sur la photo pour la voir en grand format)

E -- la deuxième veillée « Culture & Patrimoine ».

Le mardi soir 13 décembre, nous avons eu notre deuxième veillée « Culture & Patrimoine ».  Elle était tout orientée vers la fête de Noël puisque elle a permis de rappeler, à travers des légendes ou des anecdotes historiques, les grandes traditions qui entourent la fête de la Nativité du Sauveur : origines du sapin ou de la bûche, légende des guirlandes de l’arbre de Noël ou des animaux qui parlent la nuit de Noël, histoire de la première crèche vivante à l’initiative de Saint François d’Assise… etc. Ces récits alternaient avec des chants de Noël anciens.
En outre, l’écrivain Michel Riou, auteur de nombreux ouvrages -- dont certains très beaux livres de présentation du patrimoine ardéchois (citons en particulier les splendides albums : « Ardèche, terre d’histoire », « Ardèche, terre de villages » & « Ardèche, terre de châteaux ») -- nous avait fait l’honneur de sa présence et nous a réjouis avec deux contes de Noël nés sous sa plume féconde.
La prochaine veillée aura lieu dans quelques jours et sera consacrée à l’étude historique du passage de Saint Jean-François Régis dans nos hautes Boutières.

F -- les fêtes de Noël.

Les fêtes de la Nativité se sont passées chez nous dans un très grand recueillement, comme je vous l’avais annoncé (cf. > www). Frère Maximilien-Marie s’est rendu aux Saintes Messes de la nuit (à minuit évidemment) et du jour de Noël dans notre paroisse de rite latin traditionnel, et y a secondé du mieux qu’il a pu Monsieur l’Abbé, pour les préparations de la liturgie et pour les chants.
Le reste du temps, comme tous nos voisins étaient ailleurs avec leurs familles, nous étions, lui et moi, tout seuls dans le hameau… ce qui ne manque pas de charme.

vue partielle de notre crèche (cliquer sur la photo pour la voir en grand)

G -- les visites de la crèche.

Depuis Noël, nous avons de fréquentes visites. Bien annoncée par les médias locaux (presse écrite et radio) et signalée dans les sites touristiques ou patrimoniaux sur Internet, notre crèche attire du monde.
Tous les dimanches après-midi de petits groupes se succèdent de manière quasi continue, et les gens se montrent très attentifs aux explications données par Frère Maximilien-Marie.
Il n’est pas rare non plus que des personnes téléphonent pour « prendre rendez-vous » afin de venir en semaine, quand notre frère est disponible : c’est alors l’occasion de contacts plus approfondis car, n’étant pas pressés par l’arrivée d’un autre groupe, cela permet de mieux faire connaissance et peut donner lieu à des échanges plus personnels dont les gens sont très demandeurs.

Quelques personnes arrivent même avec une galette et une bouteille de cidre : « Nous ne voulons pas seulement voir votre crèche, mais nous voulons en profiter pour passer un moment avec vous et pour vous poser des questions… »

Voilà donc, chers Amis du Mesnil-Marie, les faits les plus marquants du cycle de Noël qui vient de s’achever. J’espère que pour vous tous les fêtes de la Naissance et de l’Epiphanie du Sauveur ont été riches de grâces : vous savez que, de loin, nous pensons à vous et prions à vos intentions…
Un dernier mot à propos de cet hiver particulièrement bizarre que nous traversons : nous avons certes fréquemment des températures négatives le matin, mais jusqu’à présent ce sont juste quelques degrés en dessous de zéro (jusqu’à moins 7° ce matin-ci : c’était la première fois que cela descendait si bas) et c’est sans comparaison avec les hivers précédents où il arrivait que le thermomètre reste proche du moins 10° même en milieu de journée ; nous n’avons presque pas vu la neige (sauf de petites chutes matinales qui ont blanchi la campagne et parfois gêné la circulation, cf. > www), mais je ne m’en plains pas vraiment…

Lully.        

Pour soutenir le Refuge Notre-Dame de Compassion > www.

Publié dans : |le 14 janvier, 2012 |5 Commentaires »

Recette du Mesnil-Marie : gâteau moelleux à l’orange d’inspiration orientale.

Je recherchais une recette de gâteau à l’orange dans lequel on ferait entrer la totalité du fruit et pas seulement le jus ou le zeste.
Au bout de patientes recherches, j’ai découvert une recette orientale que j’ai moi-même testée et à laquelle j’ai apporté quelques légères modifications…
Ce gâteau est succulent et on peut le conserver plusieurs jours car il garde longtemps son moelleux.
Alors, à vos fourneaux et… régalez-vous!

Lully.

- Ingrédients (pour 8 à 10 personnes) :

2 oranges non traitées ; 70 grammes d’huile d’olive ; 300 grammes de farine ; 250 grammes de sucre ; 1 sachet de levure ; 1 demi-cuiller à café de sel ; 4 oeufs ; 1 cuiller à café de vanille liquide ; quelques gouttes d’essence d’amandes amères.

- Préparation :

1) Préchauffer le four à 180°. Huiler et fariner un moule (vous pouvez choisir un moule à cake, un moule à manqué… etc. Selon l’épaisseur de la pâte dans le moule il faudra ajuster le temps de cuisson. Nous, nous avions pris un moule à savarin).

2) Bien laver les oranges et en retirer les extrémités (pour ne pas garder la partie la plus épaisse autour de la tige et du pédoncule) ; les couper en quatre, en conservant l’écorce, et en retirer les pépins ; mixer les oranges dans un robot afin d’obtenir une espèce de purée de fruit qui doit rester un peu grumeleuse ; ajouter l’huile d’olive et bien mélanger.

3) Dans une jatte, mélanger la farine, le sucre, la levure et le sel.

4) Dans une autre jatte, battre les oeufs en omelette, puis y incorporer le mélange farine-sucre… y ajouter le mélange oranges-huile d’olive, puis la vanille et les quelques gouttes d’essence d’amandes amères.

5) Verser cette pâte dans le moule et laisser cuire 40 à 45 minutes (vérifier la cuisson à l’aide d’une pointe de couteau). Attendre que le gâteau soit refroidi pour le démouler.

6) Invitez vos amis pour le thé et la dégustation…

Le gourmand s’impatiente (cliquer sur la photo pour la voir en grand).

Publié dans : |le 7 janvier, 2012 |4 Commentaires »

2012-3. Du 6 janvier de l’an de grâce 2012 : Epiphanie, anniversaires et réflexions d’actualité.

Vitrail de l’adoration des Mages
(cliquer sur l’image pour la voir en plus grand format)

Vendredi soir 6 janvier 2012,
fête de l’Epiphanie de Notre-Seigneur.

I. Comment nous avons célébré l’Epiphanie :

Au Mesnil-Marie, nous aimons très spécialement la fête de l’Epiphanie : les textes liturgiques sont d’une extraordinaire richesse et les traditions populaires, nombreuses, lui apportent en outre un écrin de véritable magnificence et de joie (rappel : j’avais publié l’an dernier la recette pour confectionner un gâteau des rois selon la tradition du sud de la France, ici > www).

Notre Frère Maximilien-Marie avait, bien évidemment, prévu de se rendre à la Sainte Messe dans sa paroisse de rite latin traditionnel, mais après avoir mis plus de vingt minutes pour atteindre le village de Borée, à quelque huit kilomètres de notre Mesnil-Marie, il a dû rebrousser chemin…
En effet, il est tombé un peu de neige ce matin : après la pluie de la nuit et le gel du petit matin, la route était une véritable patinoire. Les services de l’équipement étaient bien passés sur la route qui relie notre hameau au village de Borée -- on pouvait donc y circuler à condition d’être très prudent -- , mais ils n’avaient pas continué au-delà de ce village pour ouvrir la voie qui traverse le Mézenc.
Très contrarié, notre Frère a donc fait demi-tour mais avant de reprendre la descente en lacets il s’est arrêté pour prendre une photo :

Le Mont Gerbier de Joncs et le Suc de Sara vus de Borée ce 6 janvier 2012
(cliquer sur la photo pour la voir en plus grand format)

Bien sûr, il assistera à la Messe de l’Epiphanie dimanche prochain, puisque c’en sera la solennité reportée, mais il eût bien aimé le faire en ce jour qui est le vrai jour de la fête pour l’Eglise universelle.
A défaut de pouvoir assister réellement à la Sainte Messe, nous avons suivi (j’écris « nous » car je me suis mis sur les genoux de Frère Maximilien-Marie) la chapelle papale de l’Epiphanie, grâce à la TV Vaticane qui diffuse sur Internet.

C’était la Messe selon la « forme ordinaire du rite romain », mais nous avons pu apprécier la manière dont elle était célébrée, véritablement somptueuse : la richesse des chasubles romaines classiques et des dalmatiques, brodées d’or ; la mitre précieuse du Souverain Pontife ; les parements et l’agencement de l’autel (puisque les antependia sont à nouveau utilisés, que la Croix est revenue au centre de l’autel et que le septième chandelier a repris du service) ; la proclamation de la date de Pâques et des fêtes mobiles qui en dépendent par le diacre après le chant de l’Evangile (Noveritis, fratres cf. > www) ; la splendeur d’un calice ancien constellé de pierreries ; l’emploi du canon romain ; la manière de distribuer la Sainte Communion ; le retour des trompettes d’argent et du chant romain traditionnel ; le notable relèvement du chant polyphonique du choeur de la Sixtine (qui était tombé si bas sous les précédents pontificats)… etc.
En pensant à l’indigence et au misérabilisme de la plupart des cérémonies célébrées en France par les évêques, on comprend tout de suite ce que demande le Souverain Pontife lorsqu’il a écrit aux évêques du monde entier -- en accompagnement du motu proprio Summorum Pontificum -- que les deux formes du rite romain « peuvent s’enrichir réciproquement » : si pour l’ancien missel il évoque seulement la possibilité d’ajouter quelques préfaces et de nouveaux saints au calendrier, il insiste pour que dans la célébration selon le nouveau missel la sacralité soit « manifestée de façon plus forte que cela ne l’a été souvent fait jusqu’à présent »

Pendant que nous étions à prier en union avec la cérémonie célébrée par le Saint-Père, à l’extérieur du Mesnil-Marie la neige tombait… à certains moments avec force.
Après la récitation de l’Angélus et l’annonce du consistoire du 18 février prochain au cours duquel seront créés vingt-deux nouveaux cardinaux (il n’y en aura pas de français), alors que Frère Maximilien-Marie préparait le déjeuner, le soleil a soudain brillé un moment et fait fondre la neige : au moment où je vous écris on ne l’aperçoit plus que sur les sommets qui nous entourent.

II. Les anniversaires de ce jour glorieux.

Outre la fête de l’Epiphanie, la date du 6 janvier est riche de plusieurs anniversaires que nous ne voulons jamais oublier : ainsi, nous nous souvenons de l’apparition miraculeuse de la Sainte Face de Notre-Seigneur sur le voile de Sainte Véronique, dans la basilique de Saint-Pierre au Vatican, le 6 janvier 1849 (j’en avais parlé en détail ici > www), nous faisons aussi mémoire de l’exécution de Maurice d’Elbée, le 6 janvier 1794, à Noirmoutiers (voir ici > www), et de la mort du général Hermann Kanzler (le 6 janvier 1888), qui exerça le commandement suprême sur l’armée pontificale et dont nous avons évoqué la figure en parlant de l’épopée des Zouaves Pontificaux (ici > www).
Mais cette année -- bien entendu -- nous célébrons aussi avec une profonde action de grâces le sixième centenaire de la naissance de Sainte Jeanne d’Arc (6 janvier 1412).

J’ai déjà consacré plusieurs publications à Sainte Jeanne d’Arc dans les pages de ce blogue (un extrait du panégyrique prononcé par le futur cardinal Pie, ici > www ; une prière pour la France et le cantique composé par le Père Doncoeur, ici > www ; des réflexions sur le fait qu’elle est la sainte de la légitimité dynastique, ici > www).
A l’occasion de ce sixième centenaire, il y a déjà eu quelques parutions intéressantes sur lesquelles je ne veux pas surenchérir -- du moins aujourd’hui -- , et je me contenterai de faire ici quelques réflexions périphériques…

III. « Puisque les évêques ont des courages de filles, les filles doivent avoir des courages d’évêques ».

Cette phrase n’est pas de moi, elle fut écrite par Soeur Jacqueline de Sainte-Euphémie, qui était née Jacqueline Pascal, soeur du célèbre Blaise (duquel nous commémorerons le trois-cent-cinquantième anniversaire de la mort le 19 août prochain).

J’ai pris connaissance de cette citation grâce à une allusion dans l’une des publications faites par nos amis de Riposte Catholique. J’y ai beaucoup repensé depuis.
J’y pensais en méditant sur le témoignage si fort de Jeanne d’Arc, suscitée par Dieu pour défendre la foi en même temps que la patrie (cf. oraison de la sainte), quand des évêques se faisaient les serviteurs complaisants de l’occupant.
J’y pensais en réfléchissant à toutes les récentes et nombreuses occasions que nos évêques ont manquées d’être les énergiques défenseurs de la foi quand l’honneur du divin Sauveur a été bafoué.
J’y pensais particulièrement en parcourant un florilège de messages de voeux rédigés par les évêques de France à l’occasion de la nouvelle année : la plupart sont d’une insipidité sans nom, la langue de buis s’y étale dans toute sa consensuelle médiocrité ; un grand nombre sont rédigés dans ce lourd jargon du modernisme ecclésiastique qui n’a pas grand chose de commun avec la fluide beauté de notre langue française ; beaucoup donnent l’impression de ne pas croire au surnaturel tant ils semblent bornés à des vues terrestres ; le salut et la sanctification des âmes n’y sont quasi jamais évoqués…

La palme d’or du surréalisme épiscopal pourrait sans conteste revenir à celui qui a adressé à ses diocésains un message dans lequel le mot « Dieu » n’apparaît jamais et où le très saint Nom de Jésus -- et a fortiori celui de Marie non plus -- n’est pas cité (cf. Riposte Catholique, ici > www)… Ce qui fait écrire avec raison à Maximilien Bernard : « Pas une touche de catholicité, aucun terme spirituel, aucune mention de Notre-Seigneur ni de sa Sainte Mère. Est-ce là le propos d’un évêque catholique ou celui d’un païen ? »
Moi, j’ai envie d’ajouter que, de nos jours, lorsque certains évêques en France parlent de Dieu, on n’a plus la certitude qu’ils parlent du vrai Dieu, Dieu de la Révélation chrétienne, Dieu Trinité -- selon la foi divine précisée par les conciles de Nicée, Constantinople, Ephèse et Chalcédoine -- tant ils semblent plutôt prêcher le « dieu » abstrait et droits-de-l-hommesque des loges maçonniques! (cf. la B.D. intitulée « Concurrence », ici > www).

En tout cas, je constate que si certains politiques refusent la « Légion d’honneur » (cf. > www), et justement au nom d’une certaine forme de l’honneur, les mitrés français ne semblent pas avoir de cas de conscience, eux (cf. > www), à être décorés par une république maçonnique qui refuse de reconnaître le fait historique de l’héritage chrétien dans notre culture, dont les lois bafouent de plus en plus la loi naturelle (notamment en ce qui touche au respect de la vie), dont certains ministres ont insulté le Souverain Pontife et qui attente de manière récurrente aux droits et à la liberté de l’Eglise et des fidèles.
Je n’ai pu m’empêcher de penser au Saint Curé d’Ars refusant la « Légion d’honneur » qui lui avait été attribuée à son insu…

A l’heure où le Saint-Siège publie un certain nombre d’indications concernant cette « année de la foi » voulue par notre Saint-Père le Pape Benoît XVI (cf. > www), qui désire ardemment voir toute l’Eglise se replonger dans une meilleure connaissance du contenu spécifique de la Révélation chrétienne et se renouveler dans une ardeur missionnaire conquérante, il importe que tous les humbles fidèles montrent un zèle chrétien et un courage spirituel d’autant plus ardents qu’ils semblent faire défauts à ceux qui devraient les promouvoir.

Lully.

      

L’an dernier, Lully a publié le récit d’une merveilleuse visite reçue au soir de l’Epiphanie > www.

Publié dans : |le 6 janvier, 2012 |3 Commentaires »

2012-2. La « statue-relique » de l’Enfant Jésus de Prague au Mesnil-Marie.

Lundi 2 janvier 2011, fête du Très Saint Nom de Jésus.

La fête du Saint Nom de Jésus est le jour de fête principal en l’honneur de la statue miraculeuse de l’Enfant Jésus de Prague (et de ses reproductions), je vais donc en profiter pour répondre à ceux de nos amis qui m’ont demandé pourquoi la statue de l’Enfant Jésus de Prague conservée dans notre oratoire du Mesnil-Marie est appelée « statue relique ».

La « statue-relique » du Saint Enfant Jésus de Prague au Mesnil-Marie
(cliquer sur la photo pour la voir en plus grand format) 

Je ne veux pas revenir sur l’histoire de l’Enfant Jésus de Prague : elle a déjà été très bien écrite, et avec de nombreux détails, à plusieurs reprises (on en trouve un bon résumé ici par exemple > www), mais je rappellerai combien son culte a porté de très abondants fruits de grâces dans toute la Chrétienté.
En septembre 2009, lors de son voyage apostolique à Prague, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI s’est d’abord rendu à l’église Sainte-Marie de la Victoire, sanctuaire de l’Enfant Jésus miraculeux et a offert une précieuse couronne pour la statue.
A cette occasion le Souverain Pontife a déclaré : « La statue de l’Enfant-Jésus, reflet de la tendresse de son enfance, nous fait en outre percevoir la proximité de Dieu et de son amour. Nous comprenons combien nous sommes précieux à ses yeux, parce que, particulièrement grâce à Lui, nous sommes devenus à notre tour fils de Dieu. (…) Dans l’Enfant-Jésus de Prague, nous contemplons la beauté de l’enfance et la préférence que le Christ-Jésus a toujours manifestée envers les plus petits, comme nous le lisons dans l’Évangile (cf. Marc X, 13-16). »

            

Autres robes de l’Enfant Jésus du Mesnil-Marie (cliquer sur les photos pour les voir en grand)

La statue que nous avons le bonheur de conserver en notre Mesnil-Marie a été offerte à Frère Maximilien-Marie par les moniales de la Visitation de Chartres, monastère où notre Frère a été affilié à l’Ordre de la Visitation (cf. > www). 
Les Visitandines savaient qu’elles allaient devoir quitter Chartres et que, devant être regroupées avec une autre communauté, il ne leur serait pas possible de tout garder des pieux trésors de leur monastère. Cette statue avait été offerte à la Visitation de Chartres en juin 1893 et les archives du monastère conservent ce touchant récit de la réception de l’Enfant Jésus à la date du 11 juin 1893 :

« A notre sortie de table, nous trouvons en Communauté un mystérieux reposoir : au centre de l’appartement, au milieu de fleurs, un voile nous dérobe la forme d’un objet que chacune devine être une pieuse statue. En effet, lorsque nous sommes toutes assemblées, notre Très Honorée Mère découvre à tous les yeux ravis la gracieuse figure du divin Enfant Jésus de Prague que nous saluons d’un joyeux cantique, bénissant au fond de nos coeurs le nom de notre généreuse Mère Jeanne Madeleine (d’Orléans) qui nous fait l’aimable présent.
Après vêpres, nous conduisons processionellement notre divin Petit Roi au lieu de sa résidence, choisi par notre Mère : l’autel du choeur. »

Mais je n’ai pas encore répondu à la question : pourquoi cette appellation de « statue-relique »?
Hé bien, parce que cette statue est un véritable fac-similé de l’originale et que, en outre, ramenée de Prague en 1893, elle avait été bénite sur l’autel même de l’Enfant Jésus et mise en contact avec la statue miraculeuse, comme en fait foi le certificat d’authenticité qui nous a été remis par nos chères Mères de la Visitation en même temps que la statue :

Certificat d’authenticité de la statue de l’Enfant Jésus de Prague du Mesnil-Marie

Cette statue porte en outre les stigmates des persécutions suscitées par la république à la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Lorsque les Visitandines furent expulsées, en application des lois anti-congréganistes, elles durent s’exiler en Belgique pendant plusieurs années. Elles avaient emportées avec elles la statue du Petit Roi d’Amour qui subit quelques chocs lors du voyage.
Vous connaissez donc maintenant la réponse, chers Amis, et, en joignant aujourd’hui mes voeux à ceux que vous présentait hier Frère Maximilien-Marie, je termine en vous encourageant à répéter souvent la traditionnelle invocation : « Saint Enfant Jésus, bénissez-nous! ».

Lully.

Prière de notre Saint Père le Pape Benoît XVI
à l’Enfant Jésus de Prague

Seigneur Jésus,
nous Te voyons enfant et nous croyons que tu es le Fils de Dieu,
fait homme par l’œuvre du Saint Esprit dans le sein de la Vierge Marie.

Comme à Bethléem, 
nous aussi avec Marie, Joseph, les Anges et les bergers,
nous T’adorons et Te reconnaissons pour notre unique Sauveur.

Tu T’es fait pauvre pour nous rendre riches de ta pauvreté :
accorde-nous de ne jamais oublier les pauvres ni tous ceux qui souffrent.

Protège nos familles, bénis tous les enfants du monde
et fait qu’entre nous règne toujours l’amour que Tu nous as porté
et qui rend la vie plus heureuse.

Donne à tous, o Jésus, de reconnaître la vérité de Ta Naissance
afin que tous sachent
que tu es venu apporter à la famille humaine toute entière
la lumière, la joie et la paix.

Tu es Dieu, et Tu vis et règnes avec Dieu le Père,
dans l’unité du Saint Esprit,
pour tous les siècles des siècles. Amen.

On trouvera d’autres prières en l’honneur de l’Enfant Jésus, ici > www.

Publié dans : |le 2 janvier, 2012 |Pas de Commentaires »

2012-1. Voeux pour l’an de grâce 2012.

Les sucs des hautes Boutières et le Mont Gerbier de Joncs
vus depuis le village de Borée ce 1er janvier 2012 (cliquer pour voir en plus grand format).

Dimanche soir, 1er janvier 2012.

C’est au terme d’un dimanche bien chargé que je viens vers vous pour vous présenter mes traditionnels voeux du jour de l’an.
Tandis que « le soir étend sur la terre son grand manteau de velours » (cantique à Notre-Dame des Eclaireurs), je tiens à vous dire à quel point je pense à vous et combien ma prière et mes voeux appellent sur vous les bénédictions du Ciel.

Au cours des heures de recueillement de la soirée d’hier et de la nuit passée, dans notre oratoire du Mesnil-Marie où l’on éprouve si bien la douce et enveloppante protection de Notre-Dame de Compassion, j’ai présenté au Coeur très aimant de Jésus et Marie chacun de vous, chers Amis, « en détails » : c’est-à-dire que j’ai véritablement pensé à chacune de vos personnes, à vos vies et à vos situations présentes, à vos projets et à vos espérances, à vos préoccupations et à vos inquiétudes, à vos familles et à vos proches, à toutes ces intentions que vous m’avez confiées… vos malades et vos défunts, ces soucis nombreux qui vous font sentir leur poids.

Ma prière et mes voeux appellent sur vous les bénédictions du Ciel.
Point de voeux de « bonne année » à la va-vite, non! même pas en donnant à la formule un aspect un peu plus religieux en vous souhaitant laconiquement une « heureuse et sainte année ».
Vous savez que je ne suis pas de ceux qui majorent l’importance du passage à la nouvelle année : l’année civile n’a qu’une importance très relative, elle n’est qu’un « repère » pour mesurer l’écoulement du temps, et l’écoulement du temps doit surtout nous faire prendre conscience que ce temps ne nous est donné que pour préparer l’éternité.
Alors justement, la belle tradition de ces voeux du nouvel an n’a finalement d’intérêt et de force que si elle exprime en vérité la bénévolence du coeur à la lumière de l’éternité qui nous est promise!

Oh! combien je voudrais pouvoir écrire à chacun d’entre vous de manière très personnelle, prendre le temps d’une conversation coeur à coeur avec chacun de vous…
C’est malheureusement impossible, mais si je dois me résoudre ce soir à vous écrire d’une manière générale, recevez toutefois chacun de ces mots, chacune de ces phrases comme vous étant personnellement dédiés : ma prière et mes voeux appellent sur chacun d’entre vous les bénédictions du Ciel!

Et ma prière et mes voeux appellent aussi les bénédictions du Ciel sur ceux qui se sont éloignés, ceux dont diverses circonstances ou le jeu des évènements nous ont éloignés, ceux desquels par quelques incompréhensions nous avons été séparés, ceux aussi avec lesquels il y a moins « d’atomes crochus », ceux dont nous avons pu avoir à souffrir de quelque manière et ceux que j’ai pu -- malheureusement! -- peiner ou offenser moi-même parfois…

Ma prière et mes voeux appellent les bénédictions du Ciel sur cette terre en quête de paix et de légitime prospérité humaine ; ma prière et mes voeux appellent spécialement les bénédictions du Ciel sur ce Royaume terrestre -- jadis « le plus beau Royaume qui fut jamais sous le ciel » -- aujourd’hui pitoyablement livré aux mains de ceux qui lui font perdre son âme…

Ma prière et mes voeux appellent les bénédictions du Ciel sur la Sainte Eglise du Christ : « Mon Dieu, faites l’unité des esprits dans la vérité, et l’union des coeurs dans la charité! »

Ma prière et mes voeux de ce jour de l’an sont aux dimensions du monde, aux dimensions du Coeur de « Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés et ne voudrait en perdre aucun »!

« Que le Dieu de la persévérance et de la consolation » (Rom. XV, 5) soit avec chacun de vous et qu’Il le soit tous les jours et à chaque instant de chaque jour de cet an nouveau pour vous donner Sa grâce et Sa force.
Ma prière et mes voeux appellent sur vous toutes les nécessaires et les plus douces des bénédictions du Ciel! 

Frère Maximilien-Marie.

Publié dans : |le 1 janvier, 2012 |13 Commentaires »

2011-96. « Te hominem laudamus! » (Marie Noël)

31 décembre 2011.

Dernier jour de l’année civile.
Les bulletins d’information parlent de manière quasi exclusive de réveillon, de fête et de menus… « Panem et circenses »!

En notre « Mesnil-Marie », nous terminons l’année dans le recueillement et éprouvons, plus encore qu’à l’accoutumée, un grand besoin de silence et de calme.
Chers Amis, Frère Maximilien-Marie ne vous présentera pas ses voeux avant que la nouvelle année ne soit commencée.
Ce soir, en notre oratoire, nous réciterons le « Miserere », afin de demander pardon et miséricorde pour toutes les fautes de l’année écoulée, et nous enchaînerons avec le « Te Deum », pour remercier Dieu de toutes les grâces qu’Il nous a accordées au long de ces 365 jours passés, nous souvenant que le temps ne nous est donné qu’en vue de préparer l’Eternité.

Dernier jour de l’année civile.
Heure de bilans, personnels et sociétaux, pour ceux qui refusent de se laisser « étourdir par les néons des manèges » : nous savons bien que le monde danse sur une poudrière et nous pressentons que l’avenir peut se révéler plus difficile encore que ce que l’ « on » veut bien nous en dire…

Alors, en repensant à tout ce qui nous a été partagé de joies et de peines, de souffrances et d’espérances, tout au long de l’année 2011, je me suis souvenu d’un passage des  « Notes intimes » de Marie Noël (cette très grande âme qui fut si longtemps en proie à d’effrayantes ténèbres intérieures), que Frère Maximilien-Marie m’avait lu un jour. Je suis allé le rechercher et j’ai décidé de vous le recopier ici.

Ce texte est daté du 31 décembre 1940, dans un contexte particulièrement douloureux.
Soixante et onze ans plus tard, dans un contexte bien différent mais qui n’est cependant pas moins chargé en souffrances et en angoissantes incertitudes, on peut y puiser encore de grands motifs de réflexion et d’élévation !

Lully.


« Te hominem laudamus! »

Le 31 décembre 1940.

Le dernier jour de l’année, le Bon Dieu était dans le ciel et regardait en bas dans une église où les gens étaient en train de Lui chanter le Te Deum.

L’église n’avait plus ni clocher ni cloches et le curé avait eu bien du mal à boucher les plus gros trous des murs et du toit pour que les fidèles ne fussent pas trop mouillés, les jours de pluie, en y récitant leurs prières.

Il y avait là Léontine, dont les trois maisons avaient été brûlées et qui logeait maintenant dans un grenier froid.
Il y avait là Thérèse, à qui les Allemands n’avaient laissé ni meuble ni linge et qui était venue à l’office avec le manteau de sa voisine.
Il y avait François, de la ferme des Noues, dont tous les chevaux et les vaches avaient été emmenés par la troupe, si bien qu’il ne pouvait plus labourer ses terres et, à côté, dans le même banc, la pauvre Madeleine dont le mari avait été tué d’un coup de fusil à l’entrée du bourg.
Il y avait Germaine, la boiteuse, dont les trois fils étaient prisonniers…
Et Théodore, dont la femme et les deux petites filles avaient péries ensemble, ensevelies sous la grange…
Et Marguerite, qui avait perdu, en fuite, son petit garçon, et personne ne savait plus ce qu’il était devenu…
Et Vincent dont la vieille mère avait flambé dans la voiture…
Et Jean-Pierre dont un éclat d’obus avait crevé les deux yeux…
Et tous et toutes qui ne savaient plus où aller, ni quoi manger parce que les ennemis emportaient, des champs, des étables et des boutiques, de plus en plus, la nourriture.

Ils étaient là, tous ensemble, nombreux, serrés dans l’église.
Quelques uns pleuraient.
Mais tous chantaient d’une voix appliquée et pieuse le Te Deum du dernier jour de décembre -- « pour toutes les grâces et bienfaits reçus au cours de l’année » -- comme leur vieux curé le leur avait dit.

Le Bon Dieu, les écoutant, en fut dans l’admiration.
Et Il dit aux Anges :
« En vérité, en vérité, l’homme est une sainte créature. Voyez tous ces pauvres gens : ils M’avaient, il y a douze mois,  confié leur année pour qu’elle fît un bon voyage, et Je l’ai chargée pour eux de calamités et d’épouvantes. Ils avaient prié tous les jours pour être délivrés du mal, Je les ai livrés aux pires maux. Ils avaient imploré la paix, J’ai lâché sur eux la guerre. Ils M’avaient demandé le pain quotidien, Je leur ai préparé la faim dont plusieurs d’entre eux vont mourir. Ils avaient cru mettre en sûreté entre Mes mains leurs familles et leur patrie, J’ai broyé leur patrie et brisé leurs proches…
Certes, J’avais Mes raisons… Je ne peux pas ne pas laisser tomber sur un pays le poids de ses fautes. Je ne peux pas nettoyer le monde, quand il est sale, sans le retourner sens dessus dessous comme J’ai déjà fait du temps de Noé, quand il M’a fallu le laver à grande eau. Mais c’est Mon ouvrage de Dieu où nul que Moi ne voit clair. Ils ne savent pas, eux, les hommes, ce que Je fais, ni à quel bien Je travaille et, simplement, ils le souffrent.
Pourtant les voilà qui Me louent et remercient comme si J’avais gardé chacune de leurs pauvres petites existences selon leur pauvre prière. En vérité, leur foi est grande. Et ils M’aiment de grand amour.
Ô Mes enfants, Mes enfants!…
Les entendez-vous  qui chantent Sanctus! Sanctus! tant qu’ils peuvent?
Vous aussi, chantez au ciel, Anges, Prophètes et tous les Saints un cantique en l’honneur d’eux dont le malheur Me rend gloire. »

Alors le Bon Dieu entonna : Te hominem laudamus et les Anges chantèrent et louèrent l’homme.

Marie Noël (Notes Intimes, 1959).

Publié dans : |le 31 décembre, 2011 |4 Commentaires »

2011-95. Du 350ème anniversaire de la béatification de Saint François de Sales.


C’est à Lyon, le 28 décembre 1622 sur les huit heures du soir, que Saint François de Sales a rendu sa belle âme à Dieu : il était âgé de cinquante-cinq ans, quatre mois et sept jours, et il était depuis vingt ans et vingt jours évêque et prince de Genève.

Après bien des péripéties (parce que les Lyonnais eussent désiré le garder dans leur ville), son corps fut ramené dans sa bonne ville d’Annecy, où ses funérailles solennelles furent célébrées le 29 janvier 1623.
A défaut de pouvoir être inhumé dans sa cathédrale de Genève, le saint évêque avait demandé à reposer près de ses chères filles, dans l’église de la Visitation d’Annecy (qui est aujourd’hui l’église Saint François de Sales).

En vue d’ouvrir un procès en béatification, la Révérende Mère de Chantal s’employa dès lors à recueillir de la manière la plus complète possible les souvenirs et les témoignages, à faire rédiger une biographie précise et rigoureuse du prélat vénéré, à collecter le récit des grâces et des prodiges qui se produisaient à son tombeau et par son intercession.

Le procès s’ouvrit dès 1627 : la procédure fut longue, elle connut de nombreux retards notamment en raison de vices de procédures accumulés par les postulateurs de la cause (dans ses deux gros volumes consacrés à Saint François de Sales, Mgr Trochu en parle avec de nombreux détails), mais elle aboutit, le 2 juillet 1660 (fête de la Visitation), à la signature du décret proclamant l’héroïcité des vertus du serviteur de Dieu par le pape Alexandre VII.

Ce Pontife était tout gagné à la cause de François de Sales car, alors qu’il n’était encore que le cardinal Fabio Chigi, nonce à Cologne, il avait lui-même été miraculeusement guéri au contact d’une croix d’argent bénite par le vénéré évêque de Genève.
Comme un décret de son prédécesseur Urbain VIII stipulait qu’on ne pouvait procéder à la béatification d’un serviteur de Dieu tant qu’il ne se serait pas écoulé un délai de cinquante années depuis sa mort, Alexandre VII signa également une dispense permettant de procéder à la béatification sans avoir à attendre encore une douzaine d’années.

Le mercredi 28 décembre 1661, trente-neuf ans jour pour jour après la mort de François de Sales, Alexandre VII signa le bref de béatification.
La cérémonie solennelle se déroula dans la basilique de Saint-Pierre au Vatican, le dimanche 8 janvier 1662.
Il fixa la date de la fête du saint au 29 janvier (puisqu’elle ne pouvait être célébrée au jour anniversaire de sa mort, déjà occupé par la fête des Saints Innocents), qui était le jour anniversaire de son ensevelissement à Annecy, comme nous l’avons vu plus haut.
Le dimanche 29 janvier 1622, une fonction très solennelle en l’honneur du Bienheureux François de Sales fut donc célébrée dans l’église de Saint-Louis des Français.

Alexandre VII avait déclaré qu’il y avait dans le dossier de Monseigneur de Sales plus de miracles authentiques qu’il n’en fallait pour élever sur les autels une cinquantaine de bienheureux et il eût désiré procéder à la canonisation avant la fin de cette même année 1662…
Las! Un incident diplomatique survenu entre le Saint-Siège et la Cour de France en empêcha la réalisation (une bagarre entre arquebusiers corses de la garde pontificale et soldats de l’ambassade de France avait pris des proportions démesurées et entraîné le renvoi du Nonce apostolique de Paris et le rappel de Rome de l’ambassadeur et des prélats français!).
C’est seulement le 19 avril 1665 que, les rapports entre Louis XIV et Rome étant apaisés, que le Pape Alexandre VII, entouré d’une cour de cardinaux et d’évêques, dans un cadre de lumières et de magnificence, déclara solennellement et d’une voix émue dans laquelle vibrait toute sa gratitude, qu’il inscrivait au catalogue des saints le Bienheureux François-Bonaventure de Sales, de son vivant évêque et prince de Genève, fondateur de l’Ordre de la Visitation Sainte-Marie. 

On trouvera les Litanies de Saint François de Sales, ici > www.  

Publié dans : |le 28 décembre, 2011 |Pas de Commentaires »

2011-94. La dernière visiteuse (conte de Noël).


C’était à Bethléem à la pointe du jour. L’étoile venait de disparaître, le dernier pèlerin avait quitté l’étable, la Vierge avait bordé la paille, l’Enfant allait dormir enfin.

Mais dort-on la nuit de Noël ?…

Doucement la porte s’ouvrit, poussée, eût-on dit, par un souffle plus que par une main, et une femme parut sur le seuil, couverte de haillons, si vieille et si ridée que, dans son visage couleur de terre, sa bouche semblait n’être qu’une ride de plus.

En la voyant, Marie prit peur, comme si ç’avait été quelque mauvaise fée qui entrait.
Heureusement Jésus dormait!
L’âne et le boeuf mâchaient paisiblement leur paille et regardaient s’avancer l’étrangère sans marquer plus d’étonnement que s’ils la connaissaient depuis toujours. La Vierge, elle, ne la quittait pas des yeux. Chacun des pas qu’elle faisait lui semblait long comme des siècles.

La vieille continuait d’avancer, et voici maintenant qu’elle était au bord de la crèche.
Grâce à Dieu, Jésus dormait toujours.

Mais dort-on la nuit de Noël ?…

Soudain, Il ouvrit les paupières, et Sa mère fut bien étonnée de voir que les yeux de la femme et ceux de son Enfant étaient exactement pareils et brillaient de la même espérance.

La vieille alors se pencha sur la paille, tandis que sa main allait chercher dans le fouillis de ses haillons quelque chose qu’elle sembla mettre des siècles encore à trouver.
Marie la regardait toujours avec la même inquiétude.
Les bêtes la regardaient aussi, mais toujours sans surprise, comme si elles savaient par avance ce qui allait arriver.

Enfin, au bout de très longtemps, la vieille finit par tirer de ses hardes un objet caché dans sa main, et elle le remit à l’Enfant.

Après tous les trésors des Mages et les offrandes des bergers, quel était ce présent ?
D’où elle était, Marie ne pouvait pas le voir. Elle voyait seulement le dos courbé par l’âge, et qui se courbait plus encore en se penchant sur le berceau. Mais l’âne et le boeuf, eux, le voyaient et ne s’étonnaient toujours pas.

Cela encore dura bien longtemps.
Puis la vieille femme se releva, comme allégée du poids très lourd qui la tirait vers la terre. Ses épaules n’étaient plus voûtées, sa tête touchait presque le chaume, son visage avait retrouvé miraculeusement sa jeunesse. Et quand elle s’écarta du berceau pour regagner la porte et disparaître dans la nuit d’où elle était venue, Marie put voir enfin ce qu’était son mystérieux présent.

Eve (car c’était elle) venait de remettre à l’Enfant une petite pomme, la pomme du premier péché (et de tant d’autres qui suivirent!). Et la petite pomme rouge brillait aux mains du Nouveau-Né comme le globe du monde nouveau qui venait de naître avec Lui.

Jérôme et Jean Tharaud
(in « Les Contes de la Vierge »).


Publié dans : |le 24 décembre, 2011 |2 Commentaires »

2011-93. Histoire de la dévotion à la Crèche.

Depuis les premières vêpres de la fête de la Nativité, nous sommes entrés dans le temps de la Crèche. Comme plusieurs personnes m’ont posé des questions sur le sens et l’origine de la crèche, je vais m’efforcer d’y répondre ici d’une manière générale et aussi complète que possible.

I. Le mot crèche.

Le mot français crèche, selon le « dictionnaire historique de la langue française Robert », apparaît au XIIe siècle et dérive du francique « krippia ». C’est un radical germanique -- en Allemand moderne, crèche se dit « Krippe » -- que l’on retrouve en anglais « crib » (berceau) ou en néerlandais « kribbe » (mangeoire).
En latin, la crèche est désignée par les mots « praesepe, -is (n) » et « praesepium, -ii (n) » ou encore « praesepes, -is (f) » dont le sens premier est l’enclos pour les animaux, puis l’étable et enfin la mangeoire des animaux. Du latin vient le mot italien « presepe ».
A partir  du début du XIIIe siècle, le mot français « crèche » va désigner spécifiquement la mangeoire dans laquelle le Christ a été déposé à sa naissance dans l’étable de Bethléem. En ce sens, le mot s’écrit habituellement avec une majuscule.
C’est avec Chateaubriand, en 1803, qu’il s’est mis à désigner, par métonymie, la représentation de la scène de la Nativité que l’on fait en trois dimensions dans les églises au temps de Noël.

La représentation de la Crèche n’est ni plus ni moins qu’une manière d’honorer le mystère de l’Incarnation du Verbe de Dieu en vue de notre salut.
Le récit évangélique qui nous raconte comment Notre-Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, est né dans une pauvre étable et y a été adoré, a donc inspiré la piété des fidèles de très bonne heure. La dévotion, en se développant, a tout naturellement entraîné les artistes à la représentation du mystère.

II. Les plus anciennes représentations.

La plus ancienne représentation en rapport avec les Evangiles de l’Enfance du Christ, actuellement connue, est une peinture des catacombes de Priscille, à Rome et représente l’adoration des Mages : ceux-ci, au nombre de trois et dans les mains desquels on distingue des présents, arrivent devant une Vierge assise dans une attitude assez majestueuse portant l’Enfant Jésus sur son bras gauche. Cette peinture pourrait avoir été exécutée vers l’an 180 :

Une autre peinture des catacombes de Priscille, postérieure de quelques années à l’adoration des Mages et quoique fort endommagée, nous montre la Vierge Marie, tenant l’Enfant Jésus dans ses bras (peut-être est-elle en train de l’allaiter?), tandis que, sur la gauche, un personnage que l’on identifie comme un prophète (Balaam? Isaïe?) montre avec l’index de sa main droite une étoile au-dessus de la tête de la Vierge. Cette peinture aurait été exécutée vers l’an 210 :

Quelque deux siècles plus tard, on retrouve la scène de l’adoration des Mages sculptée sur des sarcophages. L’une des plus anciennes parmi ces sculptures se trouve dans la crypte de la basilique de Saint-Maximin, en Provence :

Vous le voyez : sous une espèce d’auvent, l’Enfant Jésus est emmailloté, couché dans la mangeoire (qui ressemble à un coffre sculpté posé sur des tréteaux mais peut aussi déjà figurer -- comme cela se fera plus tard -- une espèce d’autel) ; l’âne et le boeuf sont présents ; l’étoile miraculeuse qui a guidé les Mages, au nombre de trois et reconnaissables à leurs bonnets orientaux, est sculptée dans un cercle, à droite du petit toit ; la Vierge Marie est assise sur un siège à haut dossier et la manière dont elle se tient le menton dans la main droite peut être interprétée comme une attitude de méditation, puisque l’Evangile nous dit qu’elle retenait tous ces évènements et les méditait dans son coeur.

Ici, il convient de faire deux remarques :
- La première, c’est que lorsque les historiens de l’art nous parlent des « plus anciennes représentations », cela ne veut pas dire que la Nativité n’avait pas été représentée auparavant, mais seulement que, dans l’état actuel de nos connaissances, ces représentations sont les plus anciennes qui nous sont parvenues et qui peuvent être répertoriées. Cela ne signifie en aucune manière qu’il n’y en a pas eu d’autres antérieurement ou à la même époque et en plus grand nombre :  les persécutions des premiers siècles, les destructions au fil des temps, ou simplement les dégradations dues à la fragilité des supports ou des matériaux de ces représentations sont suffisantes pour expliquer que l’on doive être prudent dans ces affirmations.
- La seconde c’est que ces représentations du mystère de la Nativité sont figurées dans les catacombes ou sur des sarcophages, donc dans un contexte de mort et d’ensevelissement. Outre le fait que -- comme nous l’écrivions précédemment -- notre connaissance est parcellaire, on peut interpréter ces représentations dans ce contexte comme l’affirmation que la foi au Christ Sauveur, Dieu incarné annoncé par les prophètes d’Israël, est aussi offerte aux non Juifs et leur ouvre les portes du salut au-delà de la mort.

III. L’oratoire de la crèche à Sainte-Marie-Majeure.

La plus importante des anciennes basiliques romaines dédiée à la Sainte Mère de Dieu, Sainte-Marie-Majeure, porte aussi les noms de « Sancta Maria ad nives » (Sainte Marie aux neiges, en raison du miracle de la neige par lequel la Vierge Marie a elle-même désigné l’emplacement du sanctuaire qu’elle désirait qu’on lui édifiât) et de « Sancta Maria ad praesepe » , littéralement « Sainte Marie à la Crèche » ou pour traduire de manière plus exacte encore « Sainte Marie près de la Crèche ».
Cette expression est attestée à partir du pontificat de Théodore 1er (pape de 642 à 649) et devient fréquente ensuite.

Sainte-Marie-Majeure : mosaïque de l’adoration des Mages à l’arc triomphal (Ve siècle)

A partir des anciens documents, les historiens ont pu établir qu’il existait au VIIe siècle un oratoire distinct de la basilique (mais relié à elle), qui possédait une entrée propre et un autel spécial. Cet oratoire rappelait, par sa disposition et/ou par ses reliques la grotte de Bethléem.
A quelle époque cet oratoire avait-il été créé? On l’ignore. Historiquement nous sommes certains qu’il existait à l’époque du Pape Théodore, ce qui n’exclut évidemment pas qu’il ait été antérieur.

Des érudits (je me contente de résumer les conclusions de leurs très savantes et minutieuses études) déduisent de certaines indications contenues dans le Liber Pontificalis et dans les anciens documents liturgiques, qu’au temps de Saint Grégoire le Grand (pape de 590 à 604), sous le pontificat duquel les trois messes de Noël sont bien attestées, la messe de la nuit de la Nativité était célébrée dans l’oratoire de la Crèche, annexe de Sainte-Marie-Majeure.
Certains pensent même que c’est au temps de Sixte III (pape de 432 à 440), auquel nous devons les extraordinaires mosaïques de l’arc triomphal dans lesquelles sont figurés les mystères de l’enfance du Sauveur, donc au début du Ve siècle, que l’on aurait matérialisé dans l’oratoire proche de la basilique une sorte de reproduction de la grotte et de la mangeoire de Bethléem, avec peut-être des éléments rapportés du lieu même de la Nativité : de même que la dévotion romaine avait « reproduit » Jérusalem dans le palais Sessorien de Sainte Hélène (maintenant la basilique Sainte-Croix en Jérusalem), elle aurait « reproduit » Bethléem à Sainte-Marie-Majeure.
Un plan du XVIe siècle retrouvé à Florence nous permet d’en situer l’emplacement exact, à une quinzaine de mètres de l’actuelle nef droite de la basilique.
De toute façon, c’est ce petit oratoire antique qui est à l’origine du nom de « Sancta Maria ad praesepe » donné à la basilique et de la dévotion à la Crèche qui s’y perpétue.

Cet oratoire de la Crèche avait été profondément remanié au XIIIe siècle à la demande de Nicolas IV (pape de 1288 à 1292) par Arnolfo di Cambio, architecte et sculpteur florentin, qui réalisa pour cette chapelle la première Crèche -- au sens où nous l’entendons aujourd’hui -, sculptée en pierre : il ne s’agit plus de peinture ou de fresque, ni de mosaïque ou de bas relief, mais de véritables statues « indépendantes » : il nous en reste Saint Joseph, l’âne et le boeuf à gauche, ainsi qu’un berger et deux mages à droite ; au centre, la Madone à l’Enfant est d’une facture plus moderne.

(cliquer sur l’image pour la voir en plus grand)

Une description de cet oratoire de la Crèche, postérieure aux aménagements réalisés par Arnolfo di Cambio, nous montre qu’il comportait deux parties distinctes : une pièce rectangulaire dans laquelle se trouvait l’autel, et une petite niche ou absidiole où se trouvait la représentation de la Crèche à proprement parler.

A la fin du XVIe siècle, Sixte Quint (pape de 1585 à 1590) ne demanda rien moins à l’architecte Fontana que de transporter l’oratoire quasi millénaire, tout entier -- avec ses fondations et ses murs! -, dans le transept droit de la basilique qu’il venait de faire édifier.
Fontana a rédigé un rapport détaillé sur son travail, qu’il se vante d’avoir parfaitement réussi… Il est cependant certain qu’en dépit des puissantes chaînes dont il avait ceinturé l’ensemble, sa voûte ornée de mosaïque s’écroula et que son dallage cosmatesque se disjoignit!
Bref, malgré les allégations de Fontana, l’historien doit constater qu’il ne reste pas grand chose de l’oratoire originel de la Crèche qui fut déposé sur des fondations nouvelles préparées à un niveau bien plus bas que celui du pavement de la basilique de manière à le transformer en un lieu souterrain.

Actuellement, lorsque l’on pénètre dans cette « chapelle Sixtine » de la basilique Sainte-Marie-Majeure, on aperçoit sous le grandiose autel du Saint-Sacrement, une petite crypte à laquelle on accède par un escalier (habituellement fermé par une grille, au cours de tous mes séjours à Rome je n’ai pu y descendre qu’une seule fois, dans les premiers jours de janvier 2001 juste avant la clôture du jubilé). Au bas de cet escalier, par un arc surbaissé, on entre dans ce qui subsiste de l’antique oratoire : l’autel y est encore celui du XIIIe siècle ; un petit déambulatoire imaginé par Fontana contourne l’oratoire et permet de passer dans l’absidiole où la Crèche d’Arnolfo di Cambio fut conservée jusque dans les premières années de notre XXIe siècle, car elle est désormais exposée dans le musée de la basilique.

IV. Les reliques du bois de la Crèche à Sainte-Marie-Majeure.

Reliquaire du bois du berceau de Notre-Seigneur (cliquer sur l’image pour la voir en plus grand)

La dévotion envers l’oratoire de la Crèche (qui avait été très forte avant le XVIIIe siècle : saint Gaëtan de Thiene et Saint Ignace de Loyola y passaient de longs moments en prière et y vécurent des expériences mystiques) s’est aujourd’hui beaucoup estompée, quand elle n’a pas été totalement oubliée par les pèlerins, pour se reporter sur d’autres reliques, présentées dans un reliquaire de cristal et de bronze doré exposé dans la confession de la basilique Sainte-Marie-Majeure, au-dessous de l’autel papal : ces reliques de la Crèche, consistent en cinq pièces de bois vermoulu considérées comme des fragments de la Crèche-berceau de Notre-Seigneur.

Quel est le rapport entre la Crèche-étable et la Crèche-berceau? Quel lien y a-t-il entre la petite chapelle figurant la grotte de Bethléem et qui, sous le nom de Praesepe, existait près de Sainte-Marie-Majeure dès le VIe siècle, et ces quelques planches enfermées dans ce reliquaire?
Il est difficile de répondre à la question. On ne trouve pas de mention de ce bois de la Crèche avant le XIIe siècle. Il est très vraisemblable que ces reliques étaient là antérieurement mais l’historien ne peut pas dire à quelle époque et par qui elles ont été apportées.

Jusqu’au tragique sac de Rome de 1527, les documents font état de deux sortes de reliques bien distinctes : 1) un tableau lamé d’or portant une inscription en caractères grecs et servant de reliquaire à un lange de l’Enfant Jésus ; et 2) cinq planches provenant de son rustique berceau.

Il semblerait qu’après l’épouvantable pillage perpétré par les mercenaires de Charles Quint, les ornements ayant été arrachés et les reliques jetées à terre en désordre, on ait renfermé dans le même reliquaire ce qu’on avait retrouvé des deux éléments susdits.
En effet, actuellement, deux des cinq planches conservées dans le reliquaire portent des lettres grecques et forment une inscription fragmentaire en rapport avec le lange disparu. Les trois autres morceaux, étudiés attentivement, peuvent provenir d’un pied en forme d’ X, apte à soutenir une mangeoire comme celles qui sont en usage en Orient encore aujourd’hui. Ce genre de crèches constitue fort bien un petit lit-berceau.
Saint Jérôme fait allusion (en le déplorant) au remplacement de la crèche d’argile par une crèche d’argent dans la basilique édifiée par Constantin à Bethléem : sur la base de ce témoignage, il est facile de se représenter une sorte d’auge en terre cuite posée sur des pieds en bois, dont la basilique de Sainte-Marie-Majeure aurait hérité de fragments.
Ces reliques de la Crèche se trouvaient-elles dans l’oratoire de la Crèche dont nous avons parlé ci-dessus? Ont-elles été apportées de Terre Sainte par le Pape Théodore (natif de Jérusalem) comme certains pieux auteurs le prétendent sans le prouver, y étaient-elles auparavant ou bien sont elles venues entre le VIIe et le XIIe siècle? L’historien n’a aucun élément pour le dire.

 

Giotto (fresques de la vie de Saint François) : le Noël de Greccio.

V. La Crèche de Saint François d’Assise et son impact.

On entend parfois dire que c’est Saint François d’Assise qui aurait le premier imaginé de représenter la Crèche. De tout ce que nous avons vu aux § II et III de cette étude, il ressort que c’est inexact : la représentation des scènes de la Nativité de Notre-Seigneur existait avant Saint François, sous forme de sculptures, de peintures ou de mosaïques.
Néanmoins on doit attribuer à Saint François la paternité de la première Crèche vivante de l’histoire puis, indirectement, des Crèches en trois dimensions que l’on présente dans les églises au temps de Noël.

L’histoire nous a été rapportée par Thomas de Celano, dans la vie de Saint François qu’il rédige en 1232, c’est-à-dire six ans après la mort du Poverello et 9 ans après l’évènement qui nous intéresse, donc en un temps où vivaient de nombreux témoins des faits rapportés :

« …Je veux conserver pieusement le souvenir de ce qu’il fit à Greccio un jour de Noël, trois ans avant sa mort. Il y avait dans cette province un homme appelé Jean, de bonne renommée, de vie meilleure encore, et le bienheureux François l’aimait beaucoup parce que, malgré son haut lignage et ses importantes charges, il n’accordait aucune valeur à la noblesse du sang et désirait acquérir celle de l’âme. Une quinzaine de jours avant Noël, François le fit appeler comme il le faisait souvent. « Si tu veux bien, lui dit-il, célébrons à Greccio la prochaine fête du Seigneur ; pars dès maintenant et occupe-toi des préparatifs que je vais t’indiquer. Je veux évoquer en effet le souvenir de l’Enfant qui naquit à Bethléem et de tous les désagréments qu’il endura dès son enfance ; je veux le voir, de mes yeux de chair , tel qu’il était, couché dans une mangeoire et dormant sur le foin, entre un boeuf et un âne .» L’ami fidèle courut en toute hâte préparer au village en question ce qu’avait demandé le saint.
Le jour de joie arriva, le temps de l’allégresse commença. On convoqua les frères de plusieurs couvents des environs. Hommes et femmes, les gens du pays, l’âme en fête, préparèrent, chacun selon ses possibilités, des torches et des cierges pour rendre lumineuse cette nuit qui vit se lever l’Astre étincelant éclairant tous les siècles. En arrivant, le saint vit que tout était prêt et se réjouit fort. On avait apporté une mangeoire et du foin, on avait amené un âne et un boeuf. Là vraiment la simplicité était à l’honneur, c’était le triomphe de la pauvreté, la meilleure leçon d’humilité ; Greccio était devenu un nouveau Bethléem. La nuit se fit aussi lumineuse que le jour et aussi délicieuse pour les animaux que pour les hommes. Les foules accoururent, et le renouvellement du mystère renouvela leurs motifs de joie. Les bois retentissaient de chants, et les montagnes en répercutaient les joyeux échos. Les frères chantaient les louanges du Seigneur, et toute la nuit se passa dans la joie. Le saint passa la veillée debout devant la crèche, brisé de compassion, rempli d’une indicible joie. Enfin l’on célébra la messe sur la mangeoire comme autel, et le prêtre qui célébra ressentit une piété jamais éprouvée jusqu’alors.
François revêtit la dalmatique, car il était diacre , et chanta l’Evangile d’une voix sonore. Sa voix vibrante et douce, claire et sonore, invitait tous les assistants aux plus hautes joies. Il prêcha ensuite au peuple et trouva des mots doux comme le miel pour parler de la naissance du pauvre Roi et de la petite ville de Bethléem. Parlant du Christ Jésus, il l’appelait avec beaucoup de tendresse « l’enfant de Bethléem », et il clamait ce « Bethléem » qui se prolongeait comme un bêlement d’agneau, il faisait passer par sa bouche toute sa voix et tout son amour. On pouvait croire, lorsqu’il disait « Jésus » ou « enfant de Bethléem » qu’il se passait la langue sur les lèvres comme pour savourer la douceur de ces mots.
Au nombre des grâces prodiguées par le Seigneur en ce lieu, on peut compter la vision admirable dont un homme de grande vertu reçut alors la faveur. Il aperçut couché dans la mangeoire un petit enfant immobile que l’approche du saint parut tirer du sommeil. Cette vision échut vraiment bien à propos, car l’Enfant-Jésus était, de fait, endormi dans l’oubli au fond de bien des coeurs jusqu’au jour où, par son serviteur François, son souvenir fut ranimé et imprimé de façon indélébile dans les mémoires. Après la clôture des solennités de la nuit, chacun rentra chez soi, plein d’allégresse.
On conserva du foin de la crèche « afin que Yahweh guérisse le bétail, si grande est sa miséricorde » ! En effet, beaucoup d’animaux de la région, atteints de diverses maladies, mangèrent de ce foin et furent guéris. Bien mieux, des femmes qui, au cours d’enfantements laborieux et pénibles, se munirent de quelques brins, accouchèrent heureusement. Des foules d’hommes et de femmes purent de la même façon recouvrer la santé. » (Vita Prima).

Cette première Crèche vivante donna ensuite l’idée aux communautés franciscaines de reproduire la scène de la Nativité, en trois dimensions, dans leurs oratoires à l’aide de figurines en bois ou en terre pendant le temps de Noël.
Cet usage connut un tel succès qu’il se répandit progressivement aux autres églises. A cet égard, la Crèche d’Arnolfo di Cambio marque une étape importante puisque, commandée par le Pape Nicolas IV pour l’oratoire de la Crèche de l’une des plus insignes basiliques de la Chrétienté, elle confère une sorte de consécration officielle à cet usage né de la dévotion franciscaine.

En France, c’est à la fin du Moyen-Age que les Crèches apparaissent dans les églises, et c’est surtout au XVIe siècle qu’elles se généralisent. Les personnages seront d’abord en bois ou plus modestement en carton pâte ; la terre cuite et le plâtre viendront bien plus tard.
En Italie, l’épanouissement du baroque va donner aux Crèches un développement prodigieux : les Crèches napolitaines du XVIIIe siècle constituent de spectaculaires mises en scène et font l’objet d’un inépuisable émerveillement, par leur qualité, l’abondance des détails et la multiplication des personnages…
C’est aussi au cours de la période baroque que les demeures aristocratiques vont s’enorgueillir de posséder de ces splendides Crèches ; véritables oeuvres d’art, elles ne sont donc plus réservées aux seules églises mais entrent, même si c’est encore d’une manière très sélective, dans les demeures particulières.

L’adoration des Mages, détail de la prodigieuse Crèche napolitaine du XVIIIe siècle
présentée dans la basilique des Saints Côme et Damien au forum (Rome)
(cliquer sur la photo pour la voir en plus grand). 

VI. Les Crèches dans les maisons.

D’une manière un peu paradoxale, on peut dire que la grande révolution a participé au développement de la dévotion à la Crèche.

En effet, la persécution religieuse qui éclate en France à partir de 1792 (et qui durera presque 9 ans avec des périodes d’intensité variable) a pour conséquence immédiate la fermeture des églises et la suppression officielle du culte catholique.
Beaucoup de fidèles, nous le savons, même s’ils sont obligés de le cacher, restent fidèles à leur foi et continuent à prier, à marquer autant qu’ils le peuvent les temps liturgiques et les grandes fêtes de l’année chrétienne.
De très nombreux prêtres -- parce qu’ils ont refusé le serment schismatique -- sont pourchassés, déportés, emprisonnés, condamnés à mort… Mais ils sont aussi très nombreux, dans tout le Royaume, à avoir pris le maquis : dans les Hautes Boutières où nous vivons, sur le territoire de cinq ou six paroisses, ils furent une dizaine de prêtres (et parfois davantage) qui se cachèrent et continuèrent leur ministère clandestinement, célébrant la Sainte Messe dans des maisons particulières ou dans des granges isolées, visitant les malades et administrant les mourants au cours de longues courses nocturnes, baptisant les nouveaux-nés et mariant les promis…

La Messe de Minuit dans les ruines de l’église pendant la terreur
- vitrail de l’église de La Séguinière, dans le Choletais -
(cliquer sur la photo pour la voir en plus grand format)

Ne pouvant se résoudre à ne plus se recueillir devant les si populaires Crèches de leurs  églises, les fidèles s’attachèrent à les reproduire dans des dimensions adaptées à leurs humbles maisons et au temps de la persécution : les personnages furent modelés très souvent avec de la mie de pain, puis avec de la glaise. 
En Provence, ces « petits saints »  (par opposition aux grandes statues des saints des églises) furent nommés « santouns », et c’est l’origine de notre mot français « santon ».

Après la persécution, l’usage demeura de faire la Crèche dans les maisons : un usage qui se développa et devint quasi général au cours du XIXe siècle.

VII. Le temps et l’esprit de la Crèche.

1) Quand doit-on installer la Crèche?

- En ce qui concerne les Crèches domestiques, les usages varient selon les régions, voire selon les familles.
Certains aiment l’installer dans leurs maisons dès le premier dimanche de l’Avent. La Crèche devient alors le lieu devant lequel la famille chrétienne se réunit pour prier : le berceau vide matérialise la joyeuse attente de Noël et son aménagement permet même de concrétiser les efforts spirituel de chacun tout au long de l’Avent.
En d’autres endroits, en fonction des dévotions régionales, c’est à l’occasion de l’une des belles fêtes de décembre que la Crèche est installée (Saint Nicolas, l’Immaculée Conception ou Sainte Lucie).
Enfin  d’autres encore ne la mettent en place que dans les tout derniers jours qui précèdent Noël, se calant ainsi sur l’usage qui prévaut pour les Crèches des églises.

- Dans les églises en effet, normalement, on ne met la Crèche en place que dans les jours qui précèdent la fête de la Nativité. Un usage ancien voulait même que l’on tendît un rideau violet devant la Crèche jusqu’à la fin des premières vêpres de Noël : ce n’est qu’après avoir chanté celles-ci que le clergé se rendait en procession jusqu’au lieu de la Crèche et en retirait le voile.
De toute façon, il ne convient pas que la Crèche soit présentée trop tôt aux fidèles dans les églises : le temps de la Crèche commence avec la fête de Noël, et pas avant.
Mettre en évidence la Crèche de manière prématurée revient à ôter une partie du sens de l’Avent qui n’est pas seulement temps de préparation à la fête de la Naissance du Sauveur, mais célébration des trois avènements du Rédempteur. La collecte de la Messe de la Vigile de Noël, au matin du 24 décembre, le marque encore d’une manière particulière  : « O Dieu, qui nous réjouissez chaque année par l’espérance de notre rédemption, accordez-nous, en recevant joyeusement Votre fils unique comme Rédempteur, de Le voir aussi sans crainte venir comme juge… »

Crèche provençale avec des santons habillés - Chapelle des Cordeliers, à Aubenas (Vivarais)
(cliquer sur la photo pour la voir en plus grand) 

2) La Crèche n’est pas une « reconstitution historique ».

Certains réalisent des Crèches dans lesquelles les personnages et le paysage cherchent à reproduire de manière scrupuleuse les costumes et les lieux de Bethléem, il y a quelque deux mille ans.

D’une manière plus générale les Crèches mêlent des éléments antiques et des éléments plus modernes ou contemporains : c’est particulièrement frappant dans les Crèches napolitaines où l’on voit, autour de la Vierge Marie et de Saint Joseph en costumes orientaux, une foule de personnages en habits du XVIIIe siècle, depuis les artisans et gens du peuple jusqu’aux nobles ; c’est également vrai dans les Crèches provençales où les santons représentent des personnages typiques de la vie et des villages de Provence : le rémouleur, le bohémien, le meunier, le braconnier, le gendarme avec son bicorne, l’arlésienne… etc., et même le moine pieds nus dans ses sandales et le curé avec son parapluie rouge ou son grand mouchoir à carreaux!

C’est que la Crèche n’est pas en réalité une reconstitution à la manière d’une maquette d’archéologues ; elle n’est pas là juste pour nous permettre de visualiser ce qui s’est passé et serait définitivement passé, comme dans un film historique.
La Crèche appartient au monde des symboles : elle représente, d’une manière parfois naïve et d’autres fois de manière très recherchée, que Noël est une actualisation mystérieuse de la venue du Rédempteur dans nos vies, pas seulement la vie des habitants de Bethléem il y a plus de deux mille ans, mais notre vie quotidienne aujourd’hui.
Noël n’est pas seulement un anniversaire, c’est un mystère de grâce qui se continue et s’accomplit en notre temps. Comme l’a si justement exprimé notre Saint Père le Pape Benoît XVI, la Crèche devient alors « une école de vie » .

3) Quand enlève-t-on la Crèche?

Selon la tradition, on laisse la Crèche dans les églises jusqu’au 2 février : jour de la Chandeleur, fête de la Présentation de Notre-Seigneur au Temple et de la Purification de Notre-Dame. C’est alors que s’achève le temps des quarante jours, chiffre biblique au symbolisme très riche.
Il arrive fréquemment aujourd’hui que l’on retire les Crèches des églises (du moins celles où l’on ne célèbre pas la liturgie traditionnelle) sitôt passée la fête de l’Epiphanie. J’avoue ne pas en voir la raison, si ce n’est peut-être seulement la volonté de rompre systématiquement avec ce qui a été pratiqué pendant des siècles… 

Frère Maximilien-Marie.

La Crèche du Mesnil-Marie -- détail (cliquer sur l’image pour la voir en grand)

Pour voir ou revoir la vidéo de la Crèche du Mesnil-Marie > www.

Publié dans : |le 22 décembre, 2011 |5 Commentaires »