En guise de prologue à ce blogue…

Le Maître-Chat Lully

Son Altesse Sérénissime Monseigneur le Maître-Chat Lully (10 juillet 2006 – 23 mai 2019)

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« Mon blogue – ce blogue – est né le 10 septembre 2007…
Né d’une boutade de mon « papa-moine », ainsi que j’ai eu l’occasion de l’expliquer en détail > ici lorsque j’en ai donné l’historique alors qu’il allait approcher de son septième anniversaire, ce qui n’était au départ qu’un modeste moyen de garder contact avec un petit groupe d’amis proches du Refuge Notre-Dame de Compassion, a, tout au long des années, largement dépassé ce cadre restreint pour atteindre de très nombreuses personnes bien au-delà de nos simples relations habituelles, et bien au-delà des frontières de notre beau Royaume de France.

Bien sûr, il y a eu très souvent des personnes très « raisonnables » et très « sérieuses » qui se sont scandalisées qu’un chat écrivît sur des sujets religieux, rédigeât des chroniques et publiât des réflexions sur la société, ses maux et les remèdes que l’authentique tradition politique de notre monarchie légitime leur pourrait apporter…
Il y a bien encore quelques uns de ces petits esprits étriqués et chagrins pour répandre le venin et le fiel de leurs critiques, mais je n’en ai jamais eu cure : si pour eux il est inconcevable qu’un texte puisse prétendre au moindre sérieux du seul fait qu’il est l’œuvre d’un chat – fut-il chat monastique -, il est  par ailleurs irréfragable que le phénomène, en définitive peu courant, d’un Maître-Chat s’exprimant sur le « ouèbe » sans égard pour la langue de bois ou de buis, mais avec tout la divine liberté donnée par le Créateur aux félins, a valu à ce blogue de fidèles et solides amitiés, qui pèsent bien davantage que toute les aigreurs d’estomac de tous les « coincés », de tous les « cinglés », de tous les « modernichons », et de tous les « tordus » politiques et religieux réunis !

Vous le savez, mon divin Créateur a rappelé à Lui mon âme le 23 mai de cette année 2019 qui s’achève aujourd’hui (cf. > ici).
Je sais que mon départ de cette terre a laissé un grand vide dans le cœur de nombre de mes lecteurs, tout comme dans celui de mon « papa-moine ». Cependant, ainsi qu’il vous l’a écrit (cf. > ici), mon blogue continue et continuera : invisible, mais toujours présent, j’inspire et j’inspirerai encore mon moine de compagnie, car je lui ai laissé quelque chose de mon esprit comme le fit jadis le saint prophète Elie pour son disciple Elisée, lorsqu’il fut enlevé sous ses yeux par un char de feu.

Le prologue d’origine de ce blogue (cf. > ici) n’était toutefois plus exactement adapté désormais, et c’est la raison pour laquelle je suis aujourd’hui « revenu » vers vous pour inspirer ces lignes à mon fidèle secrétaire et vous assurer, mes bien chers et fidèles amis, que je suis toujours là, veillant à ce que ce blogue continue l’œuvre amorcée dès sa première chronique (cf. > Genèse) – semper fidelis – toujours fidèle à l’esprit que Dieu a voulu pour le Refuge Notre-Dame de Compassion : fidélité intégrale au dépôt de la foi reçue des Apôtres, et fidélité intégrale au dessein de Dieu scellé dans les fonts baptismaux de Reims où s’unirent la foi catholique et la royauté franque pour faire naître la France, avec en corollaire la défense sans concession de tout ce que cela représente et contient !

Vive Dieu ! Vive le Roi !

pattes de chatLully.

Mardi 31 décembre 2019,
Fête de Saint Sylvestre 1er, pape et confesseur, baptiste de l’empereur Saint Constantin 1er le Grand ;
Septième jour dans l’octave de la Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Lully le chroniqueur

2021-28. Deux catéchèses de Sa Sainteté le pape Benoît XVI consacrées à la figure de Saint Basile le Grand.

14 juin,
Fête de Saint Basile le Grand, évêque et docteur de l’Eglise ;
Mémoire de Saint Elisée, prophète ;
Anniversaire du massacre des Capucins de Nîmes, le 14 juin 1790 (cf. > ici).

Pour faire mieux connaître aux fidèles les Pères et Docteurs de l’Eglise, Sa Sainteté le pape Benoît XVI, dans les premières années de son pontificat, leur a consacré un ensemble de catéchèses qui résument leurs vies, leurs enseignements principaux et les exemples particulièrement importants qu’ils donnent à nos temps où la doctrine et la spiritualité auhentiques sont si souvent malmenées, méconnues, voire ignorées.
En ce 14 juin, où le calendrier latin traditionnel célèbre la fête de Saint Basile de Césarée, appelé aussi Saint Basile le Grand, il est bon de lire ou de relire les deux catéchèses que le pape Benoît XVI a consacrées à ce très grand saint, qui a exercé une si grande importance sur la théologie et la liturgie, qui demeure l’un des grands patriarches de la vie monastique, et qui est également un des premiers théoriciens de ce que nous appelons aujourd’hui « la doctrine sociale de l’Eglise ». 

Saint Basile le Grand - gravure du XVIIe siècle

Saint Basile le Grand (gravure du XVIIe siècle)

1 – Catéchèse du mercredi 4 juillet 2007
à l’occasion de l’audience pontificale générale

Chers frères et sœurs!

Aujourd’hui, nous voulons rappeler l’un des grands Pères de l’Eglise, saint Basile, défini par les textes liturgiques byzantins comme une « lumière de l’Eglise ». Il fut un grand Evêque du IV siècle, que l’Eglise d’Orient tout comme celle d’Occident considère avec admiration, en raison de sa sainteté de vie, de l’excellence de sa doctrine et de la synthèse harmonieuse entre ses qualités spéculatives et pratiques.
Il naquit autour de 330 dans une famille de saints, « authentique Eglise domestique », qui vivait dans un climat de foi profonde. Il accomplit ses études auprès des meilleurs maîtres d’Athènes et de Constantinople. Insatisfait de ses succès dans le monde, et s’étant rendu compte qu’il avait perdu beaucoup de temps en vanités, il confesse lui-même : « Un jour, comme me réveillant d’un sommeil profond, je me tournai vers l’admirable lumière de la vérité de l’Evangile…, et je pleurai sur ma vie misérable » (cf. Ep. 223 – PG 32, 824a). Attiré par le Christ, il commença à regarder vers Lui et à n’écouter que Lui (cf. Moralia 80, 1:  PG 31, 860bc.). Il se consacra avec détermination à la vie monastique dans la prière, dans la méditation des Saintes Ecritures et des écrits des Pères de l’Eglise, et dans l’exercice de la charité (cf. Epp. 2 et 22), suivant également l’exemple de sa sœur, sainte Macrine, qui vivait déjà dans l’ascétisme monacal. Il fut ensuite ordonné prêtre et, enfin, en 370, Evêque de Césarée de Cappadoce, dans l’actuelle Turquie.

A travers sa prédication et ses écrits, il accomplit une intense activité pastorale, théologique et littéraire. Avec un sage équilibre, il sut concilier le service des âmes et le dévouement à la prière et à la méditation dans la solitude. Fort de son expérience personnelle, il encouragea la fondation de nombreuses « fraternités » ou communautés de chrétiens consacrés à Dieu, auxquelles il rendait fréquemment visite (cf. Grégoire de Nazianze, Oratio 43, 29 in laudem Basilii – PG 36, 536b). A travers la parole et les écrits, dont un grand nombre sont parvenus jusqu’à nous (cf. Regulae brevius tractatae, Préambule – PG 31, 1080ab), il les exhortait à vivre et à progresser dans la perfection. Divers législateurs du monachisme antique ont puisé à ses œuvres, dont saint Benoît, qui considérait Basile comme son maître (cf. Regula 73, 5). En réalité, il a créé un monachisme très particulier : non pas fermé à l’Eglise locale, mais ouvert à elle. Ses moines faisaient partie de l’Eglise particulière, ils en étaient le centre vivant qui, précédant les autres fidèles à la suite du Christ, et non seulement dans la foi, montrait la ferme adhésion au Christ – l’amour pour Lui – surtout dans les œuvres de charité. Ces moines, qui avaient des écoles et des hôpitaux, étaient  au service des pauvres et ont ainsi montré l’intégrité de la vie chrétienne. Ainsi, écrivait le Serviteur de Dieu Jean-Paul II : « Beaucoup pensent que cette institution importante qu’est la vie monastique dans la structure de toute l’Eglise, a été établie au cours des siècles surtout par saint Basile ou au moins qu’elle n’a pas été définie selon sa nature propre sans sa participation décisive »  (Lettre  apostolique  Patres Ecclesiae, n. 2).

En tant qu’Evêque et pasteur de son vaste diocèse, Basile se soucia constamment des conditions matérielles difficiles dans lesquelles vivaient les fidèles; il dénonça avec fermeté les maux ; il s’engagea en faveur des plus pauvres et des laissés-pour-compte ; il intervint également auprès des gouvernants pour soulager les souffrances de la population, en particulier dans les périodes de catastrophes ; il se préoccupa de la liberté de l’Eglise, s’opposant également aux puissants pour défendre le droit de professer la vraie foi (cf. Grégoire de Nazianze, Oratio 43, 48-51 in Laudem Basilii – PG 36, 557c-561c). A Dieu, qui est amour et charité, Basile rendit un précieux témoignage, en construisant plusieurs hospices pour les plus démunis (cf. Basile, Ep. 94 – PG 32, 488bc), une sorte de ville de la miséricorde, qui prit de lui son nom de Basiliade (cf. Sozomène, Historia Eccl. 6, 34:  PG 67, 1397a). Celle-ci se trouve à l’origine des institutions hospitalières modernes d’accueil et de soin des malades.

Conscient que « la liturgie est le sommet vers lequel tend l’action de l’Eglise, et en même temps la source dont émane toute sa vertu », Basile, bien que toujours soucieux de réaliser la charité qui est la caractéristique de la foi, fut également un sage « réformateur liturgique » (cf. Grégoire de Nazianze, Oratio 43, 34 in laudem Basilii – PG 36, 541c). En effet, il nous a laissé une grande prière eucharistique [ou anaphore] qui tire son nom de lui, et il a donné une organisation fondamentale à la prière et à la psalmodie : sur son impulsion, le peuple aima et connut les Psaumes, et il se rendait en prière également la nuit (cf. Basile, In Psalmum 1, 1-2 – PG 29, 212a-213c). Et ainsi, nous voyons que liturgie, adoration, prière avec l’Eglise et charité vont de pair et se conditionnent réciproquement.

Basile sut s’opposer avec zèle et courage aux hérétiques, qui niaient que Jésus Christ soit Dieu comme le Père (cf. Basile, Ep. 9, 3 – PG 32, 272a ; Ep. 52, 1-3 – PG 32, 392b-396a ; Adv. Eunomium 1, 20 – PG 29, 556c). De même, contre ceux qui n’acceptaient pas la divinité de l’Esprit Saint, il soutint que l’Esprit est Dieu lui aussi, et « doit être compté et glorifié avec le Père et le Fils » (cf. De Spiritu Sancto : SC 17bis, 348). C’est pourquoi Basile est l’un des grands Pères qui ont formulé la doctrine sur la Trinité :  l’unique Dieu, précisément parce qu’il est amour, est un Dieu en trois Personnes, qui forment l’unité la plus profonde qui existe : l’unité divine.

Dans son amour pour le Christ et pour son Evangile, le grand Cappadocien s’engagea également à recomposer les divisions au sein de l’Eglise (cf. Epp. 70 et 243), se prodiguant afin que tous se convertissent au Christ et à sa Parole (cf. De iudicio 4 – PG 31, 660b-661a), force unificatrice, à laquelle tous les croyants doivent obéir (cf. ibid. 1-3 – PG 31, 653a-656c).

En conclusion, Basile se dévoua totalement au service fidèle de l’Eglise et à l’exercice du ministère épiscopal aux multiples aspects. Selon le programme qu’il traça lui-même, il devint « apôtre et ministre du Christ, dispensateur des mystères de Dieu, héraut du royaume, modèle et règle de piété, œil du corps de l’Eglise, pasteur des brebis du Christ, pieux médecin, père et nourricier, coopérateur de Dieu, vigneron de Dieu, bâtisseur du temple de Dieu » (cf. Moralia 80, 11-20 – PG 31, 864b-868b).

C’est ce programme que le saint Evêque remet aux annonciateurs de la Parole – hier comme aujourd’hui -, un programme qu’il s’engagea lui-même généreusement à mettre en pratique. En 379, Basile, qui n’avait pas encore cinquante ans, consumé par les peines et par l’ascèse, retourna à Dieu, « dans l’espérance de la vie éternelle, à travers Jésus Christ Notre Seigneur » (De Baptismo 1, 2, 9). C’était un homme qui a véritablement vécu avec le regard fixé sur le Christ. C’était un homme d’amour envers son prochain. Empli de l’espérance et de la joie de la foi, Basile nous montre comment être réellement chrétiens.

Saint Basile célébrant la divine liturgie - fresque de la cathédrale d'Ohrid en Macédoine

Saint Basile le Grand célébrant la divine liturgie
(fresque de la cathédrale d’Ohrid – Macédoine)

 2 - Catéchèse du mercredi 1er août 2007
à l’occasion de l’audience pontificale générale

Chers frères et sœurs!

Après ces trois semaines de pause, nous reprenons nos rencontres habituelles du mercredi. Aujourd’hui, je voudrais simplement reprendre la dernière catéchèse, dont le thème était la vie et les écrits de saint Basile, Evêque dans l’actuelle Turquie, en Asie mineure, au IV siècle. La vie de ce grand Saint et ses œuvres sont riches d’éléments de réflexion et d’enseignements précieux pour nous aussi aujourd’hui.

Avant tout, le rappel au mystère de Dieu, qui demeure la référence la plus significative et vitale pour l’homme. Le Père est « le principe de tout et la cause de l’existence de ce qui existe, la racine des vivants » (Hom 15, 2 de fide – PG 31, 465c) et surtout il est « le Père de Notre Seigneur Jésus Christ » (Anaphora sancti Basilii). En remontant à Dieu à travers les créatures, nous « prenons conscience de sa bonté et de sa sagesse » (Basile, Contra Eunomium 1, 14 – PG 29, 544b). Le Fils est l’« image de la bonté du Père et le sceau de forme égale à lui » (cf. Anaphora sancti Basilii). A travers son obéissance et sa passion, le Verbe incarné a réalisé la mission de Rédempteur de l’homme (cf. Basile, In Psalmum 48, 8 – PG 29, 452ab ; cf. également De Baptismo 1, 2 -  SC 357, 158).

Enfin, il parle largement de l’Esprit Saint, auquel il a consacré tout un livre. Il nous révèle que l’Esprit anime l’Eglise, la remplit de ses dons, la rend sainte. La lumière splendide du mystère divin se reflète sur l’homme, image de Dieu, et en rehausse la dignité. En contemplant le Christ, on comprend pleinement  la dignité de l’homme. Basile s’exclame : « [Homme], rends-toi compte de ta grandeur en considérant le prix versé pour toi:  vois le prix de ton rachat, et comprends ta dignité! » (In Psalmum 48, 8 – PG 29, 452b). En particulier le chrétien, vivant conformément à l’Evangile, reconnaît que les hommes sont tous frères entre eux, que la vie est une administration des biens reçus de Dieu, en vertu de laquelle chacun est responsable devant les autres et celui qui est riche doit être comme un « exécuteur des ordres de Dieu bienfaiteur » (Hom. 6 de avaritia - PG 32, 1181-1196). Nous devons tous nous aider, et coopérer comme les membres d’un seul corps (Ep. 203, 3).

Et, dans ses homélies, il a également utilisé des paroles courageuses, fortes sur ce point. Celui qui, en effet, selon le commandement de Dieu, veut aimer son prochain comme lui-même, « ne doit posséder rien de plus que ce que possède son prochain » (Hom. in divites - PG 31, 281b).

En période de famine et de catastrophe, à travers des paroles passionnées, le saint Evêque exhortait les fidèles à « ne pas se révéler plus cruels que les animaux sauvages…, s’appropriant le bien commun, et possédant seul ce qui appartient à tous » (Hom. tempore famis - PG 31, 325a). La pensée profonde de Basile apparaît bien dans cette phrase suggestive : « Tous les indigents regardent nos mains, comme nous-mêmes regardons celles de Dieu, lorsque nous sommes dans le besoin ». Il mérite donc pleinement l’éloge qu’a fait de lui Grégoire de Nazianze, qui a dit après la mort de Basile : « Basile nous persuade que nous, étant hommes, ne devons pas mépriser les hommes, ni offenser le Christ, chef commun de tous, par notre inhumanité envers les hommes; au contraire, face aux malheurs des autres, nous devons nous-mêmes faire le bien, et prêter à Dieu notre miséricorde car nous avons besoin de miséricorde » (Grégoire de Nazianze, Oratio 43, 63 – PG 36, 580b). Des paroles très actuelles. Nous voyons que saint Basile est réellement l’un des Pères de la Doctrine sociale de l’Eglise.

En outre, Basile nous rappelle qu’afin de garder vivant en nous l’amour  envers  Dieu, et envers les hommes, nous avons besoin de l’Eucharistie, nourriture adaptée pour les baptisés, capable d’alimenter les énergies nouvelles dérivant du Baptême (cf. De Baptismo 1, 3 – SC 357, 192). C’est un motif de grande joie de pouvoir participer à l’Eucharistie (Moralia 21, 3 – PG 31, 741a), instituée « pour conserver sans cesse le souvenir de celui qui est mort et ressuscité pour nous » (Moralia 80, 22 – PG 31, 869b). L’Eucharistie, immense don de Dieu, préserve en chacun de nous le souvenir du sceau baptismal, et permet de vivre en plénitude et dans la fidélité la grâce du Baptême. Pour cela, le saint Evêque recommande la communion fréquente, et même quotidienne :  « Communier même chaque jour, en recevant le saint corps et sang du Christ, est chose bonne et utile; car lui-même dit clairement : « Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle » (Jn 6, 54). Qui doutera donc que communier continuellement à la vie ne soit pas vivre en plénitude ? » (Ep. 93 – PG 32, 484b). L’Eucharistie, en un mot, nous est nécessaire pour accueillir en nous la vraie vie, la vie éternelle (cf. Moralia 21, 1 – PG 31, 737c).

Enfin, Basile s’intéressa naturellement également à la portion élue du peuple de Dieu, que sont les jeunes, l’avenir de la société. Il leur adressa un Discours sur la façon de tirer profit de la  culture  païenne de l’époque. Avec beaucoup d’équilibre et d’ouverture, il reconnaît que dans la littérature classique, grecque et latine, se trouvent des exemples de vertu. Ces exemples de vie droite peuvent être utiles pour le jeune chrétien à la recherche de la vérité et d’une façon de vivre droite (cf. Ad Adolescentes 3). C’est pourquoi, il faut emprunter aux textes des auteurs classiques ce qui est adapté et conforme à la vérité : ainsi, à travers une attitude critique et ouverte – il s’agit précisément d’un véritable « discernement » – les jeunes grandissent dans la liberté. A travers la célèbre image des abeilles, qui ne prennent des fleurs que ce dont elles ont besoin pour le miel, Basile recommande : « Comme les abeilles savent extraire le miel des fleurs, à la différence des autres animaux qui se limitent à jouir du parfum et de la couleur des fleurs, de même, de ces écrits également… on peut recueillir un bénéfice pour l’esprit. Nous devons utiliser ces livres en suivant en tout l’exemple des abeilles. Celles-ci ne vont pas indistinctement sur toutes les fleurs, et ne cherchent pas non plus à tout emporter de celles sur lesquelles elles se posent, mais elles en extraient uniquement ce qui sert à la fabrication du miel et laissent le reste. Et nous, si nous sommes sages, nous prendrons de ces écrits uniquement ce qui est adapté à nous, et conforme à la vérité, et nous laisserons de côté le reste » (Ad Adolescentes 4). Basile, surtout, recommande aux jeunes de croître dans les vertus, dans la façon droite de vivre : « Tandis que les autres biens… passent d’une main à l’autre, comme dans un jeu de dés, seule la vertu est un bien inaliénable, et demeure toute la vie et après la mort » (Ad Adolescentes 5).

Chers frères et sœurs, il me semble que l’on peut dire que ce Père d’une époque lointaine nous parle encore et nous dit des choses importantes. Avant tout, cette participation attentive, critique et créatrice à la culture d’aujourd’hui. Puis, la responsabilité sociale : c’est une époque à laquelle, dans un univers mondialisé, même les peuples géographiquement éloignés sont réellement notre prochain. Nous avons ensuite l’amitié avec le Christ, le Dieu au visage humain. Et, enfin, la connaissance et la reconnaissance envers le Dieu créateur, notre Père à tous : ce n’est qu’ouverts à ce Dieu, le Père commun, que nous pouvons construire un monde juste et un monde fraternel.

Saint Basile le Grand célébrant la divine liturgie - Pierre Subleyras

Saint Basile le Grand célébrant la divine liturgie
(Pierre Subleyras [1699-1749] – musée de l’Ermitage à Saint-Petersbourg)

2021-27. De la Messe votive à Saint Michel des premier mardi des mois « pour la sécurité et la prospérité de l’Église et de l’État ».

28 mai,
Fête de Saint Bernard de Menthon, abbé de l’Ordre de Saint Augustin et confesseur ;
Mémoire de Saint Augustin de Cantorbéry, évêque et confesseur ;
Anniversaire de la naissance de Mgr le Dauphin Louis, et de son frère Alphonse, duc de Berry (cf. > ici) ;
Anniversaire du massacre de Bédoin (cf. > ici).

église de Saint-Vaast-La Hougue - vitrail de l'apparition à Saint Aubert

L’apparition de l’archange Saint Michel à Saint Aubert d’Avranches
(vitrail de l’église de Saint-Vaast-La Hougue – Cotentin)

Nous sommes très reconnaissants envers Monsieur l’Abbé Louis de Saint-Taurin d’avoir bien voulu rédiger à l’intention de ce blogue une synthèse concernant la dévotion des premier mardi de chaque mois en l’honneur de Saint Michel, protecteur de la France.

En tout temps troublé, la France put toujours compter sur la protection du grand Archange saint Michel.

Dès la construction d’une église sur le Mont-Tombe, Childebert III (683-711) inaugura la longue liste de nos rois qui se rendirent en pèlerinage « au péril de la mer ».
Saint Charlemagne avait fait inscrire, en 802 dit-on, sur ses étendards : « Saint Michel patron et prince de l’Empire des Gaules ».
En 1212 eut lieu au Mont Saint-Michel une croisade de multitudes d’enfants, et donc appelée des Pastoureaux de France.
Sauvé in extremis d’un grave accident, Charles VII fonda en 1423 une messe d’action de grâces en l’honneur de saint Michel. Dès l’année suivante, sainte Jeanne d’Arc entendait l’Archange lui dire : « Je suis Michel protecteur de la France », et elle recevait ses premières leçons surnaturelles la préparant à sa grande mission de salut pour « le saint Royaume », le Mont Saint-Michel et Vaucouleurs constituant les deux bastions de résistance à l’invasion angloise dans le Nord du Royaume.
Le fils de Charles VII, Louis XI, fonda le 1er août 1469 l’Ordre de Saint Michel, dont le collier entoure les armes de France.

En ce milieu du XVIIe siècle, les tout débuts du règne de Louis le Grand furent marqués par les troubles de la Fronde.
Anne d’Autriche (1601-1666) assurait alors auprès de son jeune fils les destinées du Royaume, secondée par le Premier ministre, le cardinal Jules Mazarin (1602-1661). Bien que Louis XIV ait atteint la majorité légale à ses treize ans, le 5 septembre 1651, il avait ce jour-là annoncé solennellement à sa mère :
« Madame, je vous remercie du soin qu’il vous a plu de prendre de mon éducation et de l’administration de mon royaume. Je vous prie de continuer à me donner vos bons avis, et je désire qu’après moi vous soyez le chef de mon Conseil ».

Philippe de Champaigne - Louis XIV renouvellant le voeu de Louis XIII

Philippe de Champaigne : le jeune Louis XIV renouvelant le vœu de Louis XIII

Pour pallier à la révolte princière qui atteint à Paris son paroxysme à l’été 1652, la Reine régente, fit mander à « Monsieur Olier », l’abbé Jean-Jacques Olier de Verneuil (1608-1657), curé de la paroisse Saint-Sulpice depuis dix ans, de requérir l’aide du Ciel pour faire cesser la guerre civile ravageant le Royaume. Cette paroisse relevait non de la juridiction du Sieur Archevêque de Paris1 mais du Révérendissime Abbé de Saint-Germain-des-Prés2.
Le serviteur de Dieu, figure fondamentale de l’École française de spiritualité3, suggéra la résolution suivante que prononça la Reine :
« Abîmée dans mon néant et prosternée aux pieds de votre auguste et sacrée Majesté, honteuse dans la vue de mes péchés de paraître devant vous, ô mon Dieu, je reconnais la juste vengeance de votre sainte colère, irritée contre moi et contre mon État ; et je me présente toutefois devant vous, au souvenir des saintes paroles que vous dîtes autrefois à un prophète, au sujet d’un Roi pécheur, mais pénitent : J’aurai pitié de lui, et lui pardonnerai, à cause que je le vois humilié en ma présence. En cette confiance, ô mon Dieu, j’ose vous faire vœu d’ériger un autel à votre gloire sous le titre de saint Michel et de tous les anges et sous leur intercession y faire célébrer, tous les premier mardi des mois, le très saint sacrifice de la Messe, afin d’obtenir la paix de l’Église et de l’État ». 

La souveraine acheva par cette supplique à l’Archange, que rapporte « Monsieur Faillon » (1799-1870), prêtre sulpicien et historien du XIXe siècle et biographe de l’abbé Olier :
«  Glorieux saint Michel je me soumets à vous avec toute ma Cour, mon État et ma famille, afin de vivre sous votre sainte protection ; et je me renouvelle, autant qu’il est en moi, dans la piété de tous mes prédécesseurs, qui vous ont toujours regardé comme leur défenseur particulier. Donc, par l’amour que vous avez pour cet État, assujettissez-le tout à Dieu et à ceux qui le représentent » 4.

Anonyme vers 1645 - Anne d'Autriche avec le jeune Louis XIV et son frère puiné

La Reine régente Anne d’Autriche avec le jeune Louis XIV et son frère puiné
(anonyme, vers 1645)

L’on ne sait exactement où Anne d’Autriche fit ériger un autel au Prince des Anges pour y faire célébrer solennellement, tous les premier mardi des mois, le saint sacrifice de la Messe. Mais la paix revint promptement, le Roi fit son entrée triomphale dans sa capitale le 21 octobre et la France put alors connaître la stabilité et le rayonnement du « Siècle de Louis XIV ».

Les fondations de Messes furent assurées jusqu’à la Révolution de 1789. Il fallut attendre le milieu du XXe siècle pour que la France renouât avec cette belle tradition de la « Messe de saint Michel pour la France ».
En 1943 en effet, en pleine Seconde Guerre mondiale, l’abbé Constant Paulet, ressentant la nécessité d’un sursaut salutaire, lançait la parution du journal « Terre et Foi », y prônant la « maintenance chrétienne et terrienne de la France » et organisant une croisade de messes « pour la France et pour la paix ».
En 1948 il fit sortir de l’oubli la messe du premier mardi en l’honneur de saint Michel et reçut l’imprimatur. En 1956, une vingtaine d’Evêques  l’encouragèrent. Le 15 juin 1962, le pape Jean XXIII accorda sa bénédiction.

Depuis 1988, les Compagnons de Saint Michel Archange – dont feu l’abbé Christian-Philippe Chanut fut l’aumônier comme Chapelain Prieur –, s’efforcent de faire revivre la spiritualité michaëlique à la suite de l’abbé Paulet ; ils ont relevé cette vénérable tradition de la Messe mensuelle «  afin d’obtenir la paix à l’Église et à l’État » et s’efforcent de la faire connaître et de la diffuser.

Il s’agit de célébrer, si les règles liturgiques le permettent, la Messe votive de saint Michel (soit celle du 29 septembre, soit celle du 8 mai en Temps pascal), en offrant surtout l’intention de la Messe pour la France. Et retenant que nos prêtres ne vivent pas que d’amour et d’eau fraîche, n’oublions pas de faire l’aumône d’offrandes de Messe. Le Bon Dieu, qui aime la France, nous le rendra au centuple !

Saint Michel - Paris fontaine Saint-Michel

Statue de l’archange Saint Michel dominant la fontaine éponyme à Paris

P.S. : Note d’accord… qui rassurera ceux d’entre vous qui auront bondi à la lecture du titre et de certaines graphies dans le corps de l’article…
Doit-on mettre la marque du pluriel aux jours de la semaine ? Oui car lundi, mardi etc. sont des noms communs soumis aux mêmes règles d’accord que les autres noms communs. On écrit : tous les lundis et tous les dimanches.
Suivi par une description de temps (semaine, mois), il faut compter le nombre de ces jours dans cet intervalle de temps. Une semaine n’ayant qu’un seul lundi, l’on écrit: les lundi de chaque semaine. Quant au mois, l’on dira les premier et troisième lundis de chaque mois. Premier et troisième sont au singulier puisqu’il n’y a qu’un premier et un troisième dans un mois. Mais les deux, ensemble, sont un pluriel. Tous les lundi et mardi de chaque semaine signifie : chaque lundi et chaque mardi de chaque semaine. Lundi et mardi ne peuvent pas être au pluriel puisqu’il n’y en a qu’un par semaine, mais ensemble, ils forment un pluriel (tous les).
Dans le même ordre d’idées, l’on écrit : tous les dimanches matin et le mardi soir de chaque semaine. Dans le premier cas, matin est au singulier car il n’y a qu’un seul matin dans une journée par contre il y a plusieurs dimanches. Dans le deuxième cas, il n’y a qu’un seul mardi dans la semaine d’où le singulier et il n’y a toujours qu’un seul soir dans un mardi 5.
L’on écrit donc à juste titre : Désormais, je ferai dire – et j’y assisterai dévotement – une Messe de saint Michel pour la France tous les premier mardi des mois…

Abbé Louis de Saint-Taurin

* * * * * * *

Notes :
1 Les évêques de Paris devinrent archevêques en 1622. Ils relevaient jusque là de l’archevêché métropolitain de Sens.
2 Cette abbaye jouissait de l’exemption et dépendait donc directement du Siège Apostolique, ce qui constituait un titre d’indépendance en plein Paris.
3 Selon le concept forgé par Henri Brémont dans son Histoire littéraire du sentiment religieux (t. III, 1929).
4Faillon (abbé Étienne-Michel) : Vie de Monsieur Olier ; Éd. Poussielgue, Frères, Paris, (1841) 1873, t. II, pp.535-536.
5Source : https://leconjugueur.lefigaro.fr/frplurieljour.php.

Mont Saint-Michel au couchant

 

2021-26. La république, en France, n’est pas autre chose que la révolution institutionnalisée.

Lettre mensuelle aux membres et amis

de la

Confrérie Royale

- 25 mai 2021 -

Blason de la Confrérie Royale

Bien chers Amis,

En cette fin du mois de mai 2021, les plus enragés des fanatiques révolutionnaires d’aujourd’hui font grand état du cent-cinquantième anniversaire de la Commune insurrectionnelle de Paris, et vont célébrer – comme s’il s’agissait de héros et de martyrs – leurs ancêtres en idéologie mis à mort lors de la reprise en main de la capitale par les forces militaires envoyées par le gouvernement républicain provisoire réfugié à Versailles.

Je ne veux pas m’étendre sur les faits : ceux d’entre vous qui désirent approfondir leur connaissance de ces dramatiques événements de la Commune qui mit à feu et à sang notre capitale trouveront aisément des articles (cf. > ici) et des ouvrages fort bien faits traitant du sujet.

En revanche, je souhaiterais vous entraîner à quelques réflexions, qui ne seront ici que des éléments épars et non exhaustifs qu’il vous sera là encore aisé d’approfondir par vous-mêmes, au prix de quelques efforts de volonté et d’intelligence, car j’ose espérer que les membres de cette Confrérie Royale non seulement ne répugnent pas à l’effort, mais sont toujours prêts à s’imposer de nouveaux défis spirituels et intellectuels pour mieux servir Dieu et le Roi, et pour être avec toujours plus de rayonnement et d’efficacité les ambassadeurs de la pure et sublime doctrine légitimiste !

Que fut la Commune ? Elle ne fut rien d’autre qu’une tentative – remarquable par sa violence et sa barbarie – de réactiver le processus révolutionnaire terroriste auquel on avait assisté moins de cent ans auparavant lorsque, au lendemain de la prétendue prise de la Bastille, un autoproclamé gouvernement révolutionnaire de Paris se constitua, composé des plus extrémistes des ennemis du Trône et de l’Autel.

Par bien des côtés, un certain nombre de meneurs de la révolution de mai 1968 étaient eux-aussi des nostalgiques des deux « Communes » précédentes : celle de juillet 1789 à août 1795, et celle de mars à mai 1871.

Tant que les choses n’auront pas été remises dans l’ordre voulu par Dieu dans la société, dans la famille, et surtout dans les consciences et dans les cœurs, il faudra s’attendre à des éruptions malsaines selon ce modèle de violence et de haine, de destruction et de pillage, de terrorisme et de crimes.

La république maçonnique (qu’elle porte les numéros 1, 2, 3, 4 ou présentement 5) est de toute manière, dans son essence même, nonobstant le langage de séduction qu’elle emploie parfois en mettant en avant des idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité qu’elle a pervertis, puisqu’elle les a détournés de la fin ultime de l’homme et de sa destinée surnaturelle, un édifice idéologique de violence et de haine, de destruction et de pillage, de terrorisme et de crimes.

Elle le reste même lorsqu’elle semble « conservatrice » et pacificatrice ; elle le reste même lorsque ses représentants officiels jouent la carte de la défense de la patrie, celle du maintien de l’ordre, celle de l’exaltation du génie et des gloires de la France, ou encore celle de l’union nationale contre l’anarchie et la barbarie.

Elle l’est encore et toujours quand elle s’en prend à ceux qui tentent de la déborder par la gauche ; elle l’est encore et toujours quand elle réprime les manifestations de ses enfants les plus extrémistes ; elle l’est encore et toujours quand elle riposte avec des gaz lacrymogènes, des canons à eau et autres « interpellations » et gardes-à-vue pour ceux qui veulent aller plus vite que ne vont ses propres rouages institutionnels dans le processus de déchristianisation et de démolition de la France.

Ce faisant d’ailleurs elle tente de séduire et de conquérir ceux des Français qui aspirent à l’ordre et à un semblant de « valeurs » et qui, sans ces épisodiques sursauts d’autorité, seraient restés dans l’opposition à ce qu’elle est.

La république n’a jamais été avare du sang et des larmes de ceux qu’elle appelle « enfants de la Patri-i-heu », mais dont elle use uniquement et sans humanité pour asseoir son idéologie, enfants qu’elle dévore comme Moloch dont elle est la fille !

Si sacrifier cruellement ceux qui veulent doubler par la gauche le programme de ce que les Loges maçonniques lui ont fixé pour aujourd’hui s’avère nécessaire, elle le fera, quand bien même elle accomplira plus tard, au temps fixé par les Loges, ce que revendiquaient les trublions.

C’est ainsi qu’elle s’assure un plus grand soutien de ce qui reste de plus raisonnable parmi les Français, dont elle fera ainsi de plus fermes appuis pour les plans qu’elle met en œuvre avec une lente méthode.

La république n’hésitera jamais à les sacrifier ses « enfants » les plus agités, quitte à leur adresser quelques décennies plus tard des éloges chaleureux. Elle est en somme comparable à ces pharisiens dont Notre-Seigneur Jésus-Christ a stigmatisé l’hypocrisie en disant qu’ils élevaient les tombeaux des prophètes que leurs pères ont mis à mort (cf. Matth. XXIII, 29-33).

Je le dis, je le redis, et je le redirai encore : la république, en France, n’est pas autre chose que la révolution institutionnalisée.
On ne peut en aucune manière et en aucun domaine collaborer avec elle !

Nous ne sommes pas légitimistes parce que nous sommes des nostalgiques du passé, des nostalgiques des perruques poudrées et des chaises à porteurs, des nostalgiques des fastes de jadis : nous sommes légitimistes en vue de l’avenir, et cet avenir c’est avant tout la restauration de l’ordre naturel et surnaturel voulu par Dieu. Le reste sera donné par surcroît.

La plus contre-révolutionnaire des attitudes ne consiste pas en autre chose que de se faire serviteur de l’ordre naturel et surnaturel voulu par Dieu. Le combat légitimiste est prioritairement de l’ordre de la guérison des intelligences et des cœurs qu’il faut purger des poisons et virus inoculés par l’enfer et que l’on trouve dans toute la prétendue philosophie du « siècle des lumières ». La victoire légitimiste est celle du triomphe de la Vérité divine sur les ténèbres qui conspirent dans le secret des Loges et autres officines plus ou moins occultes inspirées par le « prince de ce monde ».

Dans ce combat, notre petite Confrérie Royale a toute sa place et doit se trouver en première ligne, avec les armes de la prière et du sacrifice, sans lesquelles il n’y aura jamais de victoire assurée, et pour lesquelles il n’y a aucune limite que nous devions nous imposer !

Domine, salvum fac Regem ;
Et exaudi nos in die qua invocaverimus Te !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Sacrifice d'enfant à Moloch

Sacrifice d’enfant à Moloch

2021-25. Vie et culte de Saint Georges le mégalomartyr.

23 avril,
Fête de Saint Georges, mégalomartyr.

Vous savez, chers Amis, en quelle vénération nous tenons Saint Georges en notre Mesnil-Marie : le Maître-Chat Lully vous en avait d’ailleurs parlé à plusieurs reprises (par exemple > ici, et > ici).
Cette année, à l’occasion de sa fête, nous avons résolu de publier l’intégralité de la notice que lui consacre le Rd Père François Giry dans sa volumineuse « Vie des Saints ».
Nous y ajoutons quelques précisions sous forme de notes explicatives qui nous paraissent utiles pour le lecteur d’aujourd’hui.

Pierre-Paul Rubens - Saint Georges

Pierre-Paul Rubens : Saint Georges
(musée du Prado – Madrid)

« Le cardinal Baronius (note 1) a recherché très-exactement, et recueilli avec une sévère critique, toutes les histoires de saint Georges qui se trouvent dans les plus anciennes bibliothèques ; nous donnons sans aucune difficulté au public ce qu’un si grave auteur nous en a laissé par écrit ; en voici la substance.

Saint Georges naquit en Cappadoce, de parents riches et d’une illustre noblesse ; ils eurent soin de le faire instruire, dès son enfance, en la religion chrétienne. Il ne fut pas plus tôt en âge, qu’il alla à la guerre ; et comme il y était fort adroit, il parvint, en peu de temps, à la charge de tribun, ou de mestre-de-camp dans l’armée de l’empereur ; Dioclétien en fit une estime particulière, à cause de ses belles qualités, et, ne sachant pas qu’il fût chrétien, il se proposait déjà de se servir de lui dans ses plus grandes entreprises. Mais cet empereur, ayant résolu de persécuter l’Eglise et d’abolir entièrement la foi de Jésus-Christ, fit part de son intention à son conseil. Chacun l’approuva avec de grands applaudissements, excepté Georges qui s’y opposa fortement, comme à un dessein injuste et contraire au service du vrai Dieu, qu’il aimait de tout son cœur, et pour la gloire duquel il était prêt à perdre la vie. L’empereur et toute l’assistance reconnurent bien, aux paroles de ce capitaine, qu’il était chrétien : on tâcha de le détourner de sa résolution, lui représentant les bienfaits qu’il avait reçus de son prince, les avantages qu’il en pouvait espérer, et les maux où sa haine et sa disgrâce l’allaient précipiter.

Georges ne fut point ébranlé par ce raisonnement, mais, s’adressant à Dioclétien, il lui dit qu’il ferait mieux de reconnaître le vrai Dieu et de lui rendre le culte qui lui est dû, que de persécuter ses serviteurs ; parce que c’était de lui seul qu’il tenait le sceptre, et non pas de ses idoles. Il n’est pas possible de dire qu’elle fut la rage de l’empereur. Il le fit prendre et jeter en prison ; on le chargea de chaînes, on l’étendit sur le pavé, et on roula sur son corps une grosse pierre, comme pour le moudre ou pour l’écraser. Le lendemain, il fut encore présenté à Dioclétien ; mais ce prince n’ayant rien pu gagner sur la constance de cet illustre Martyr, le fit mettre dans une roue armée de tous côtés de pointes d’acier, afin de le déchirer en mille pièces : durant ce supplice, il fut consolé par une voix du ciel qui s’adressait à lui, et lui disait : Georges, ne crains rien, car je suis avec toi. Il le fut aussi par l’apparition d’un homme, plus brillant que le soleil, et vêtu d’une robe blanche, qui lui tendit la main pour l’embrasser et l’encourager dans ses peines. Aussi les nouveaux tourments qu’on lui fit souffrir renouvelèrent sa patience : ce qui donna un merveilleux contentement aux chrétiens, et une extrême confusion à leurs ennemis. Quelques uns néanmoins se convertirent ; Potoleus, entre autres, et Anatolius, tous deux préteurs, qui perdirent la vie pour Jésus-Christ.

L’empereur, voyant la constance de Georges à l’épreuve de ses supplices, employa la douceur pour tâcher de l’ébranler. Mais ce généreux Confesseur de la vérité ne voulant plus répondre par des paroles, mais par des effets, lui demanda d’aller au temple, pour y voir les dieux qu’il adorait. Dioclétien, croyant que Georges rentrait enfin en lui-même et allait céder, fit assembler le sénat et le peuple, afin qu’ils fussent présents au célèbre sacrifice que Georges devait offrir. Tout le monde ayant les yeux sur lui pour voir ce qu’il ferait, il s’approcha de l’idole d’Appolon ; puis étendant la main, et faisant le signe de la croix : Veux-tu, lui dit-il, que je te fasse des sacrifices comme à Dieu ? Le démon, qui était dans la statue, répondit : Je ne suis pas Dieu, et il n’est point d’autre Dieu que celui que tu prêches. A l’heure même, on entendit des voix lugubres et horribles, qui sortaient de la bouche de ces idoles, et elles tombèrent enfin toutes par terre réduites en pièces et en poussière. Les prêtres de ce temple exhortèrent le peuple à mettre la main sur le saint Martyr, disant à l’empereur qu’il fallait se défaire de ce magicien, et lui trancher la tête, pour empêcher que le mal n’augmentât davantage. Il fut donc mené au lieu du supplice, où, après avoir fait son oraison, il tendit le col au bourreau, et mourut en Notre-Seigneur le 23 avril de l’an 303.

On assigne divers théâtres à son martyre : les uns disent que ce fut à Diospolis (note 2) ; d’autres à Mitilène, en Arménie ; mais l’opinion la plus probable est que ce fut à Nicomédie ; et que de là son corps fut porté, par un de ses serviteurs, à Diospolis en Palestine, où il a reposé longtemps dans un temple fort auguste qu’on lui fit bâtir.

Ce Martyr a toujours été très-célèbre, par toutes les Eglises de l’Orient et de l’Occident : les Grecs l’appellent par excellence le grand Martyr (note 3). On dit que saint Germain, évêque de Paris, revenant du pèlerinage de Jérusalem, en apporta le bras, qui lui fut donné par l’empereur Justinien, comme un précieux trésor, et qu’il le mit en l’église de Saint-Vincent, nommée aujourd’hui Saint-Germain-des-Prés ; et que l’autre de ses bras a depuis été apporté à Cologne, comme il est écrit aux actes de saint Annon, qui en était archevêque. Cela n’empêche pas la tradition des religieux du monastère d’Anchin, près d’Hédin, qui prétendent avoir un des bras de saint Georges : car, comme il y a deux ossements principaux en chaque bras, quatre églises différentes peuvent posséder les bras d’un même Saint. On gardait autrefois son chef à Rome, dans une église qui porte son nom (note 4), où le pape Zacharie le déposa en l’année 751, après l’avoir trouvé, avec son témoignage, dans le lieu patriarcal. Mais en l’année 1600, il fut donné par le pape Clément VIII aux habitants de Ferrare. Les Vénitiens, néanmoins, prétendent le posséder et l’avoir reçu des habitants de l’île d’Engia, en l’année 1462. Mais ces deux choses ne sont pas incompatibles, puisqu’il arrive souvent que le chef d’un Saint est divisé en deux parties ; à chacune desquelles on donne le nom de chef. Saint Grégoire, pape, fit rebâtir dans la ville une église de ce saint Martyr, et saint Grégoire, évêque de Tours, parle de ses reliques aux Livres des miracles, ou la gloire des Martyrs.

Les rois, dans leurs armées, le prennent pour leur patron, et l’Eglise romaine a coutume d’invoquer saint Georges, saint Sébastien et saint Maurice, comme les principaux protecteurs de l’Eglise contre ses ennemis ; parce qu’ayant été vaillants et généreux pour le service de leurs princes temporels, ils ne sont pas moins zélés pour la gloire de l’Epouse mystique du Fils de Dieu.

On représente ordinairement saint Georges en cavalier, qui attaque un dragon pour la défense d’une fille qui implore son secours ; mais c’est plutôt un symbole qu’une histoire, pour dire que cet illustre Martyr a purgé sa province, représentée par cette fille, de l’idolâtrie, figurée par ce dragon sorti des enfers.
Tous les Martyrologes font mémoire de saint Georges au 23 avril, que l’on croit avoir été le jour de son martyre ».

palmes

Notes :

Note 1 - Baronius : Cesare Baronio (1538-1607), couramment appelé selon la forme latinisé « Baronius » dans les ouvrages ecclésiastiques, est un disciple de Saint Philippe Néri, historien ecclésiastique de renom, nommé bibliothécaire de la Bibliothèque apostolique vaticane et créé cardinal, il a réalisé un très important travail de vérification des anciens traditions et documents.
Note 2 - Diospolis : Aujourd’hui Lod, dans l’Etat d’Israël, et précédemment appelé Lydda (d’où le nom de Saint Georges de Lydda souvent donné à notre Grand Martyr), cette cité qui existait à l’âge du bronze et se trouve aussi mentionnée dans le Nouveau Testament (Saint Pierre y accomplit une guérison miraculeuse – cf. Act. IX 32-38). L’église Saint-Georges de Lod conserve toujours, dans sa crypte, le tombeau de Saint Georges.
Note 3 - Grand Martyr : c’est le sens du nom « mégalomartyr », titre que l’usage et la tradition des Eglises d’Orient accordent à 12 saints et 6 saintes martyrs répondant aux quatre critères suivants : 1) l’ancienneté (ils sont antérieurs à 313) ; 2) la popularité ; 3) la laïcité (les évêques et prêtres martyrs sont appelés « hiéromartyrs ») ; et 4) le fait de ne pas être « protomartyr » (premier martyr).
Note 4 - Eglise Saint Georges au Vélabre (Sancti Georgii ad velum aureum), à Rome : construite en 685 sous le vocable de Saint-Sébastien, elle a pris celui de Saint-Georges lorsque, en 751, comme dit dans le texte du Rd. Père Giry, le pape Zacharie y déposa plusieurs reliques du mégalomartyr 

Saint Georges - abbaye de Weltenburg - Bavière

Saint Georges : groupe sculpté en retrait du maître-autel de l’abbaye de Weltenburg (Bavière)

Les textes de la Sainte Messe de la solennité de Saint Joseph :

Mercredi de la 2ème semaine après l’Octave de Pâques,
Solennité de Saint Joseph patron de l’Eglise universelle.

Nous avons eu l’occasion de publier (cf. > ici) une notice historique sur cette solennité de Saint Joseph et de publier en même temps le décret du Bienheureux Pie IX proclamant Saint Joseph « Patron de l’Eglise universelle ».
A l’intention spéciale des personnes qui n’auraient pas de missel antérieur à 1955 nous publions ci-dessous les textes propres de la Sainte Messe de cette solennité de Saint Joseph, avec leur traduction en regard.

Saint Joseph patron de l'Eglise universelle

frise avec lys naturel

Feria IV infra Hebdomadam II post Octavam Paschæ le Mercredi de la deuxième semaine après l’Octave de Pâques
S. IOSEPH SPONSI B. MARIÆ V. SAINT JOSEPH, ÉPOUX de la Bse VIERGE MARIE
Confessoris et Ecclesiæ universalis Patroni Confesseur et Patron de l’Église universelle
Duplex I classis cum Octava communi double de Ière classe avec Octave commune
   
Ant. ad Introitum. Ps. 32, 20-21. Introït
Adiútor et protéctor noster est Dominus : in eo lætábitur cor nostrum, et in nómine sancto eius sperávimus, allelúia, allelúia. Le Seigneur est notre secours et notre protecteur : c’est en lui que notre cœur se réjouira, et c’est en son saint nom que nous avons espéré. Alléluia, alléluia.
Ps. 79, 2.  
Qui regis Israël, inténde : qui dedúcis, velut ovem, Ioseph. Vous qui conduisez Israël, prêtez l’oreille : vous qui menez Joseph comme une brebis.
V/. Glória Patri.  
   
Oratio. Collecte
Deus, qui ineffabili providéntia beátum Ioseph sanctíssimæ Genetrícis tuæ sponsum elígere dignátus es : præsta, quǽsumus ; ut, quem protectórem venerámur in terris, intercessórem habére mereámur in cælis : Qui vivis. Dieu, qui dans votre ineffable providence avez daigné choisir le bienheureux Joseph pour être l’époux de votre très sainte Mère : faites, nous vous en prions ; que le vénérant comme protecteur sur cette terre, nous méritions de l’avoir pour intercesseur dans le ciel.
   
Léctio libri Génesis.  
Gen. 49, 22-26.  
Fílius accréscens Ioseph, fílius accréscens, et decórus aspéctu : fíliæ discurrérunt super murum. Sed exasperavérunt eum, et iurgáti sunt, inviderúntque illi habéntes iácula. Sedit in forti arcus eius, et dissolúta sunt víncula brachiórum et mánuum illíus per manus poténtis Iacob : inde pastor egréssus est, lapis Israël. Deus patris tui erit adiútor tuus, et Omnípotens benedícet tibi benedictiónibus cæli désuper, benedictiónibus abýssi iacéntis deórsum, benedictiónibus úberum et vulvæ. Benedictiónes patris tui confortátæ sunt benedictiónibus patrum eius, donec veníret Desidérium cóllium æternórum : fiant in cápite Ioseph, et in vértice Nazarǽi inter fratres suos. Joseph croîtra et se multipliera de plus en plus. Il est agréable à contempler ; ses rameaux courent le long de la muraille. Mais ceux qui étaient armés de dards l’ont exaspéré, l’ont querellé, et lui ont porté envie. Il a mis son arc et sa confiance dans le Très Fort, et les chaînes de ses mains et de ses bras ont été rompues par la main du Tout-Puissant de Jacob. De là est sorti le pasteur et le rocher d’Israël. Le Dieu de ton père sera ton protecteur, et le Tout-Puissant te comblera des bénédictions du haut du ciel, des bénédictions de l’abîme des eaux d’en bas, des bénédictions du lait des mamelles et du fruit des entrailles. Les bénédictions que te donne ton père surpassent celles qu’il a reçues de ses pères ; et elles dureront, jusqu’à ce que le désir des collines éternelles soit accompli. Que ces bénédictions se répandent sur la tête de Joseph, et sur le haut de la tête de celui qui est un nazaréen entre ses frères.
   
Allelúia, allelúia. V/. De quacúmque tribulatióne clamáverint ad me, exáudiam eos, et ero protéctor eórum semper. Allelúia, allelúia. V/. Dans quelque tribulation qu’ils m’invoquent, je les exaucerai et je serai à jamais leur protecteur.
Allelúia. V/. Fac nos innócuam, Ioseph, decúrrere vitam : sitque tuo semper tuta patrocínio. Allelúia. Allelúia. V/. Faites-nous mener, ô Joseph, une vie sans tache et qui soit toujours en sécurité sous votre patronage. Alléluia.
   
+ Sequéntia sancti Evangélii secundum Lucam. Lecture du Saint Evangile selon saint Luc.
Luc. 3, 21-23.  
In illo témpore : Factum est autem, cum baptizarétur omnis pópulus, et Iesu baptizáto et oránte, apértum est cælum : et descéndit Spíritus Sanctus corporáli spécie sicut colúmba in ipsum : et vox de cælo facta est : Tu es Fílius meus diléctus, in te complácui mihi. Et ipse Iesus erat incípiens quasi annórum trigínta, ut putabátur, fílius Ioseph. En ce temps-là : Il arriva que, tout le peuple recevant le baptême, Jésus ayant aussi été baptisé, comme il priait, le ciel s’ouvrit, et l’Esprit-Saint descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe ; et une voix se fit entendre du ciel : Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi Je me suis complu. Or Jésus avait environ trente ans lorsqu’il commença Son ministère, étant, comme on le croyait, fils de Joseph.
   
Credo per totam Octavam. Credo pendant tout l’Octave.
   
Ant. ad Offertorium. Ps. 147, 12 et 13. Offertoire
Lauda, Ierúsalem, Dóminum : quóniam confortávit seras portárum tuárum, benedíxit fíliis tuis in te, allelúia, allelúia. Jérusalem, loue le Seigneur : car il a consolidé les verrous de tes portes, il a béni tes fils au milieu de toi. Alléluia, alléluia.
   
Secreta Secrète
Sanctíssimæ Genetrícis tuæ sponsi patrocínio suffúlti, rogámus, Dómine, cleméntiam tuam : ut corda nostra fácias terréna cuncta despícere, ac te verum Deum perfécta caritáte dilígere : Qui vivis. Soutenus par le patronage de l’époux de votre très sainte Mère, nous implorons, Seigneur , votre clémence : faites que nos cœurs méprisent toutes les choses terrestres et vous aiment d’une parfaite charité, vous le vrai Dieu.
Præfatio de S. Ioseph Et te in Festivitáte, quæ dicitur per totam Octavam, iuxta Rubricas. Préface de saint Joseph  »Et, en cette fête… », que l’on dit pendant tout l’Octave selon les rubriques.
   
Ant. ad Communionem. Matth. 1, 16. Communion
Iacob autem génuit Ioseph, virum Maríæ, de qua natus est Iesus, qui vocátur Christus, allelúia, allelúia. Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle est né Jésus, qui est appelé Christ. Alléluia, alléluia.
   
Postcommunio Postcommunion
Divíni múneris fonte refécti, quǽsumus, Dómine, Deus noster : ut, sicut nos facis beáti Ioseph protectióne gaudére ; ita, eius méritis et intercessióne, cæléstis glóriæ fácias esse partícipes. Per Dóminum. Rassasiés à la source du don divin, nous vous demandons, Seigneur, notre Dieu : de même que vous nous avez donné la joie d’être sous la protection du bienheureux Joseph ; ainsi, par ses mérites et son intercession, vous nous fassiez devenir participant de la gloire céleste.

frise avec lys naturel

2021-24. Vœux de Sa Majesté le Roi Louis XX aux Français à l’occasion de la fête de Pâques 2021.

Samedi Saint 3 avril 2021.

A la veille du Saint Jour de Pâques, ce Samedi Saint 3 avril 2021, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, a publié sur les réseaux sociaux, un peu après 22 h 30, ce message de Pâques à l’adresse des Français :

Illustration vœux royaux Pâques 2021

Chers Français,

Après 2019 où la France était meurtrie par l’incendie de Notre-Dame de Paris survenu durant la Semaine Sainte ; après 2020, où les fêtes de Pâques furent presque celles du retour à une Eglise des catacombes, voici qu’une nouvelle fois nous vivons une Semaine Sainte et une Fête de Pâques dans des conditions anormales.
Quand donc retrouverons nous la possibilité d’exprimer librement, en famille, dans la joie de la Résurrection, la Foi bi-milllénaire de la fille aînée de l’Eglise ?
Que l’on soit croyant ou non, les fêtes religieuses font partie de notre héritage et de la mémoire de la France. Ne pas pouvoir les vivre dans leur plénitude est une atteinte à ce qui unit tous les Français dans une histoire où tous puisent de communes racines.
Mes pensées et celles de la Princesse Marie-Marguerite se tournent vers toutes les familles et particulièrement les personnes seules et les malades afin que, malgré les conditions difficiles, elles puissent retrouver dans cette Fête de Pâques, l’Espérance dont elles ont toutes un si grand besoin.

Que Notre-Dame, que Saint-Louis et tous les saints et saintes de France protègent les familles.

Louis de Bourbon,
Duc d’Anjou.

grandes armes de France

2021-23. Nous avons lu et nous avons aimé : « La Semaine Sainte réformée sous Pie XII – bref examen critique ».

En mars 2011, l’excellent site « Liturgia » de la Schola Sainte Cécile, commençait la publication d’une série d’excellents articles consacrés à l’étude de la réforme liturgique de la Semaine Sainte accomplie dans les dernières années du pontificat de Pie XII.
L’article d’introduction à cette étude (pas encore totalement publiée) commençait ainsi :
« Tous ceux qui s’intéressent aux antécédents de la réforme liturgique de 1969 ne manquent pas de s’intéresser aux deux grandes réformes qu’à connu le XXème siècle, à savoir la réforme du bréviaire conduite sous saint Pie X en 1911 et celle de la Semaine Sainte menée sous le Pape Pie XII en 1955, quelques années avant le Concile Vatican II.
A l’approche de la Semaine Sainte, il parait intéressant d’examiner le détail de ce qui a été modifié lors de la réforme de 1955. Si dans le monde traditionnel, beaucoup savent confusément qu’une réforme de la Semaine Sainte a eu lieu en 1955, peu connaissent ce qui a exactement été réformé et comment. Promulguée par le décret Maxima redemptionis nostrae mysteria de la Sacrée Congrégation des Rites le 16 novembre 1955, la Semaine Sainte réformée témoigne de l’activité de réforme liturgique qui précéda immédiatement le concile et engendra le rit de 1969. »

Nous ne pouvons qu’encourager avec force les amoureux de la liturgie authentiquement catholique et de la vérité historique à lire et à approfondir ces articles : pour ce faire il suffit de se rendre > ici (introduction dont nous avons cité ci-dessus les premières lignes), puis de suivre les liens donnés en fin de texte pour se rendre vers les articles subséquents.

Pour ceux qui souhaiteraient au préalable avoir un aperçu plus concis des tenants et aboutissants de cette réforme liturgique qui prépara celle qui suivi le concile vaticandeux et la ruine de la Sainte Messe catholique dans les paroisses, il existe un tout petit livre (à peine 75 pages) publié par Monsieur l’Abbé Olivier Rioult (prêtre ordonné dans la Fraternité Saint Pie X mais qui n’en fait plus partie aujourd’hui) aux éditions Saint Agobard qu’il a fondées et dirige. Si toutes les publications de ce prêtre ne sont pas également recommandables, cet opuscule, lui, est particulièrement intéressant et digne d’attention. Ce pourquoi nous nous permettons d’en faire la promotion ici.

En effet, la réforme des rites de la Semaine Sainte sous le pontificat de Pie XII avait déjà pour artisan le Révérend Père Annibale Bugnini de sulfureuse mémoire, si bien que, dans le missel de 1962, utilisé dans la plupart des chapelles et églises où est pratiquée la liturgie antéconciliaire, la célébration de la Semaine Sainte selon ces nouveaux rites promulgués en 1956 (et que beaucoup imaginent être traditionnels) fait véritablement figure d’un cheval de Troie dans la liturgie authentiquement traditionnelle.

En 2018, de manière discrète et parcimonieuse, le Saint Siège a autorisé « expérimentalement » la reprise des rites millénaires antérieurs à cette réforme de la Semaine Sainte, qui a été fallacieusement qualifiée de « restauration ».
Peut-être vous souvenez-vous que justement nos avons publié dans les pages de ce blogue plusieurs « reportages » sur cette célébration de la Semaine Sainte selon les rites authentiquement traditionnels (à partir > d’ici) : il vous est toujours loisible de vous y reporter.

la-semaine-sainte-reformee-sous-pie-xii-abbe-olivier-rioult

Quatrième de couverture :

En 1951, Pie XII autorisait, à titre d’essai, la célébration de la Vigile pascale au cours de la nuit. Puis en 1955, il rendait obligatoire une réforme de toute la Semaine sainte.
Le problème est que la principale cheville ouvrière de la commission qui a œuvré à cette réforme ne fut autre que son secrétaire : Mgr Annibale Bugnini. Ce “fossoyeur de la Messe” qui en 1969, avant de tomber en disgrâce en 1975, pouvait se « rendre dans le bureau » de Paul VI « et lui faire signer tout ce qu’il veut ».
Comment le Père Carlo Braga, bras droit de Bugnini et directeur d’une célèbre revue liturgique, pouvait-il écrire au sujet de la réforme qu’elle était « un bélier qui a pénétré dans la forteresse de notre liturgie » ?
Pourquoi Mgr Gromier, éminent liturgiste et cérémoniaire papal sous Pie XII s’était-il permis, publiquement, d’en faire une critique sans concession ?
Pourquoi même les meilleurs, et parmi eux l’Abbé Berto futur théologien de Mgr Lefebvre au concile Vatican II, n’ont-ils pas vu que la question de l’horaire de la Vigile n’était qu’un prétexte pour bouleverser les rites séculaires de la Semaine Sainte ?
Quels ont été ces changements substantiels opérés depuis le dimanche des Rameaux jusqu’à la Vigile pascale ?
Le bref examen, aussi court et précis que possible, se propose de faire la synthèse critique de cette réforme qui déstabilisa la liturgie romaine dans ses jours les plus saints de l’année.

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2021-22. Saint Jean Damascène, « personnage de premier plan dans l’histoire de la théologie byzantine » et « grand docteur dans l’histoire de l’Eglise universelle ».

Présentation de Saint Jean Damascène

par
Sa Sainteté le pape Benoît XVI

à l’occasion de l’audience générale
du mercredi 6 mai 2009

 Saint Jean Damascène

Chers frères et sœurs,

Je voudrais parler aujourd’hui de Jean Damascène, un personnage de premier plan dans l’histoire de la théologie byzantine, un grand docteur dans l’histoire de l’Eglise universelle. Il représente surtout un témoin oculaire du passage de la culture chrétienne grecque et syriaque, commune à la partie orientale de l’Empire byzantin, à la culture de l’islam, qui s’est imposée grâce à ses conquêtes militaires sur le territoire reconnu habituellement comme le Moyen ou le Proche Orient.
Jean, né dans une riche famille chrétienne, assuma encore jeune la charge – remplie déjà sans doute par son père – de responsable économique du califat. Mais très vite, insatisfait de la vie de la cour, il choisit la vie monastique, en entrant dans le monastère de Saint-Saba, près de Jérusalem. C’était aux environs de l’an 700. Ne s’éloignant jamais du monastère, il consacra toutes ses forces à l’ascèse et à l’activité littéraire, ne dédaignant pas une certaine activité pastorale, dont témoignent avant tout ses nombreuses Homélies. Sa mémoire liturgique est célébrée le 4 décembre (note : marqué au 4 décembre dans le calendrier réformé après le second concile du Vatican, Saint Jean Damascène est célébré le 27 mars dans le calendrier antérieur à la réforme). Le Pape Léon XIII le proclama docteur de l’Eglise universelle en 1890.

En Orient, on se souvient surtout de ses trois Discours pour légitimer la vénération des images sacrées, qui furent condamnés, après sa mort, par le Concile iconoclaste de Hiéria (754). Mais ces discours furent également le motif fondamental de sa réhabilitation et de sa canonisation de la part des Pères orthodoxes convoqués par le second Concile de Nicée (787), septième Concile œcuménique. Dans ces textes, il est possible de retrouver les premières tentatives théologiques importantes de légitimer la vénération des images sacrées, en les reliant au mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu dans le sein de la Vierge Marie.

Jean Damascène fut, en outre, parmi les premiers à distinguer, dans le culte public et privé des chrétiens, l’adoration (latreia) de la vénération (proskynesis) :  la première ne peut être adressée qu’à Dieu, suprêmement spirituel, la deuxième au contraire peut utiliser une image pour s’adresser à celui qui est représenté dans l’image même. Bien sûr, le saint ne peut en aucun cas être identifié avec la matière qui compose l’icône. Cette distinction se révéla immédiatement très importante pour répondre de façon chrétienne à ceux qui prétendaient universel et éternel l’observance de l’interdit sévère de l’Ancien Testament d’utiliser des images dans le culte. Tel était le grand débat également dans le monde islamique, qui accepte cette tradition juive de l’exclusion totale d’images dans le culte. Les chrétiens, en revanche, dans ce contexte, ont débattu du problème et trouvé la justification pour la vénération des images. Damascène écrit :  « En d’autres temps, Dieu n’avait jamais été représenté en image, étant sans corps et sans visage. Mais à présent que Dieu a été vu dans sa chair et a vécu parmi les hommes, je représente ce qui est visible en Dieu. Je ne vénère pas la matière, mais le créateur de la matière, qui s’est fait matière pour moi et a daigné habiter dans la matière et opérer mon salut à travers la matière. Je ne cesserai donc pas de vénérer la matière à travers laquelle m’a été assuré le salut. Mais je ne la vénère absolument pas comme Dieu ! Comment pourrait être Dieu ce qui a reçu l’existence à partir du non-être ?… Mais je vénère et respecte également tout le reste de la matière qui m’a procuré le salut, car pleine d’énergie et de grâces saintes. Le bois de la croix trois fois bénie n’est-il pas matière ? L’encre et le très saint livre des Evangiles ne sont-ils pas matière ? L’autel salvifique qui nous donne le pain de vie n’est-il pas matière ?…. Et, avant tout autre chose, la chair et le sang de mon Seigneur ne sont-ils pas matière ? Ou bien tu dois supprimer le caractère sacré de toutes ces choses, ou bien tu dois accorder à la tradition de l’Eglise la vénération des images de Dieu et celle des amis de Dieu qui sont sanctifiés par le nom qu’ils portent, et qui, pour cette raison, sont habités par la grâce de l’Esprit Saint. N’offense donc pas la matière :  celle-ci n’est pas méprisable ; car rien de ce que Dieu a fait n’est méprisable » (Contra imaginum calumniatores, I, 16, ed; Kotter, pp. 89-90). Nous voyons que, à cause de l’incarnation, la matière apparaît comme divinisée, elle est vue comme la demeure de Dieu. Il s’agit d’une nouvelle vision du monde et des réalités matérielles. Dieu s’est fait chair et la chair est devenue réellement demeure de Dieu, dont la gloire resplendit sur le visage humain du Christ. C’est pourquoi, les sollicitations du Docteur oriental sont aujourd’hui encore d’une très grande actualité, étant donnée la très grande dignité que la matière a reçue dans l’Incarnation, pouvant devenir, dans la foi, le signe et le sacrement efficace de la rencontre de l’homme avec Dieu. Jean Damascène reste donc un témoin privilégié du culte des icônes, qui deviendra l’un des aspects les plus caractéristiques de la théologie et de la spiritualité orientale jusqu’à aujourd’hui. Il s’agit toutefois d’une forme de culte qui appartient simplement à la foi chrétienne, à la foi dans ce Dieu qui s’est fait chair et s’est rendu visible. L’enseignement de saint Jean Damascène s’inscrit ainsi dans la tradition de l’Eglise universelle, dont la doctrine sacramentelle prévoit que les éléments matériels issus de la nature peuvent devenir un instrument de grâce en vertu de l’invocation (epiclesis) de l’Esprit Saint, accompagnée par la confession de la foi véritable.

Jean Damascène met également en relation avec ces idées de fond la vénération des reliques des saints, sur la base de la conviction que les saints chrétiens, ayant participé de la résurrection du Christ, ne peuvent pas être considérés simplement comme des « morts ». En énumérant, par exemple, ceux dont les reliques ou les images sont dignes de vénération, Jean précise dans son troisième discours en défense des images : « Tout d’abord (nous vénérons) ceux parmi lesquels Dieu s’est reposé, lui le seul saint qui se repose parmi les saints (cf. Is 57, 15), comme la sainte Mère de Dieu et tous les saints. Ce sont eux qui, autant que cela est possible, se sont rendus semblables à Dieu par leur volonté et, par l’inhabitation et l’aide de Dieu, sont dits réellement dieux (cf. Ps 82, 6), non par nature, mais par contingence, de même que le fer incandescent est appelé feu, non par nature mais par contingence et par participation du feu. Il dit en effet :  Vous serez saint parce que je suis saint (Lv 19, 2) » (III, 33, col. 1352 A). Après une série de références de ce type, Jean Damascène pouvait donc déduire avec sérénité :  « Dieu, qui est bon et supérieur à toute bonté, ne se contenta pas de la contemplation de lui-même, mais il voulut qu’il y ait des êtres destinataires de ses bienfaits, qui puissent participer de sa bonté:  c’est pourquoi il créa du néant toutes les choses, visibles et invisibles, y compris l’homme, réalité visible et invisible. Et il le créa en pensant et en le réalisant comme un être capable de pensée (ennoema ergon) enrichi par la parole (logo[i] sympleroumenon) et orienté vers l’esprit (pneumati teleioumenon) » (II, 2, PG, col. 865A). Et pour éclaircir ultérieurement sa pensée, il ajoute :  « Il faut se laisser remplir d’étonnement (thaumazein) par toutes les œuvres de la providence (tes pronoias erga), les louer toutes et les accepter toutes, en surmontant la tentation de trouver en celles-ci des aspects qui, a beaucoup de personnes, semblent injustes ou iniques (adika), et en admettant en revanche que le projet de Dieu (pronoia) va au-delà des capacités cognitives et de compréhension (agnoston kai akatalepton) de l’homme, alors qu’au contraire lui seul connaît nos pensées, nos actions et même notre avenir » (II, 29, PG, col. 964C). Du reste, Platon disait déjà que toute la philosophie commence avec l’émerveillement :  notre foi aussi commence avec l’émerveillement de la création, de la beauté de Dieu qui se fait visible.

L’optimisme de la contemplation naturelle (physikè theoria), de cette manière de voir dans la création visible ce qui est bon, beau et vrai, cet optimisme chrétien n’est pas un optimisme naïf : il tient compte de la blessure infligée à la nature humaine par une liberté de choix voulue par Dieu et utilisée de manière impropre par l’homme, avec toutes les conséquences d’un manque d’harmonie diffus qui en ont dérivées. D’où l’exigence, clairement perçue par le théologien de Damas, que la nature dans laquelle se reflète la bonté et la beauté de Dieu, blessées par notre faute, « soit renforcée et renouvelée » par la descente du Fils de Dieu dans la chair, après que de nombreuses manières et en diverses occasions Dieu lui-même ait cherché à démontrer qu’il avait créé l’homme pour qu’il soit non seulement dans l’ »être », mais dans le « bien-être » (cf. La foi orthodoxe, II, 1, PG 94, col. 981°). Avec un enthousiasme passionné, Jean explique : « Il était nécessaire que la nature soit renforcée et renouvelée et que soit indiquée et enseignée concrètement la voie de la vertu (didachthenai aretes hodòn), qui éloigne de la corruption et conduit à la vie éternelle… C’est ainsi qu’apparut à l’horizon de l’histoire la grande mer de l’amour de Dieu pour l’homme (philanthropias pelagos)… ». C’est une belle expression. Nous voyons, d’une part, la beauté de la création et, de l’autre, la destruction accomplie par la faute humaine. Mais nous voyons dans le Fils de Dieu, qui descend pour renouveler la nature, la mer de l’amour de Dieu pour l’homme. Jean Damascène poursuit : « Lui-même, le Créateur et le Seigneur, lutta pour sa créature en lui transmettant à travers l’exemple son enseignement… Et ainsi, le Fils de Dieu, bien que subsistant dans la forme de Dieu, abaissa les cieux et descendit… auprès de ses serviteurs… en accomplissant la chose la plus nouvelle de toutes, l’unique chose vraiment nouvelle sous le soleil, à travers laquelle se manifesta de fait la puissance infinie de Dieu » (III, 1. PG 94, coll. 981C-984B).

Nous pouvons imaginer le réconfort et la joie que diffusaient dans le cœur des fidèles ces paroles riches d’images si fascinantes. Nous les écoutons nous aussi, aujourd’hui, en partageant les mêmes sentiments que les chrétiens de l’époque : Dieu veut reposer en nous, il veut renouveler la nature également par l’intermédiaire de notre conversion, il veut nous faire participer de sa divinité. Que le Seigneur nous aide à faire de ces mots la substance de notre vie.

Note :
Dans ce blogue, on trouvera des extraits d’une homélie de Saint Jean Damascène
à l’occasion de la fête de la Nativité de la Très Sainte Vierge > ici

Armoiries de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

2021-21. Faire connaître à notre France en péril les bienfaits qui découleraient d’un retour fidèle à sa tradition monarchique et à la foi de ses pères…

A l’occasion du début de son Priorat à la tête de la Confrérie Royale, ce 25 mars 2021, le Révérend Père Jean-François Thomas, a adressé à tous les membres une belle lettre que je ne peux manquer de publier aussi dans les pages de ce blogue.

 Blason de la Confrérie Royale

Lettre du Révérend Père Jean-François Thomas
aux membres de la
Confrérie royale
à l’occasion du début de son Priorat

Messieurs les Chanoines,
Mes Révérends Pères,
Messieurs les Abbés,
Mes Frères,
Chers Membres de la Confrérie Royale,

Par le Fiat de la Très Sainte Vierge au jour de l’Annonciation, s’ouvrit pour le monde une ère nouvelle. Son acceptation totale pour répondre à cette mission surnaturelle n’était que l’aboutissement d’une consécration personnelle dès sa naissance, en aval de sa conception immaculée. Les écrits apocryphes qui relatent la vie de la Sainte Vierge insistent sur cette préparation spirituelle de Marie au cours de son enfance. Ainsi, même pour Celle qui est l’Immaculée, choisie de toute éternité, il a été voulu par Dieu qu’Elle fût instruite peu à peu des mystères de la foi et qu’Elle grandît dans l’accueil de la grâce insigne qui lui était réservée. Personne d’autre qu’Elle ne connaîtra jamais plus une telle perfection sur cette terre, et aucun homme ne bénéficiera jamais plus de telles visites archangéliques. En revanche, chacun peut reconnaître soigneusement et avec reconnaissance les messages ordinaires que Dieu lui envoie, la protection quotidienne de son ange gardien, les grâces offertes jour après jour. Nos annonciations sont modestes mais elles n’en existent pas moins. Pour les reconnaître, les yeux du cœur doivent se dessiller.

L’Annonciation est le commencement, le basculement, la révolution copernicienne de la Révélation. Il est bon de la contempler sans cesse comme la source de notre salut puisque le portail royal s’ouvre alors, première étape menant jusqu’à la Résurrection de Notre Seigneur. Choisir cette date pour recevoir une nouvelle charge, avec humilité, est une bénédiction. Le cher Frère Maximilien-Marie a désiré passer le flambeau et je le reçois avec respect et crainte car notre petite confrérie est ambitieuse spirituellement. Il s’agit de prier pour la France comme royaume, pour son Roi légitime Louis, et d’offrir des sacrifices, des pénitences afin que ce règne soit réellement rétabli en notre pays. La tâche est rude et elle nous dépasse, mais nous avons choisi de suivre cet étendard, sachant que le monde le raille et que le Malin le méprise. Il faut le porter sans ostentation et sans timidité, sans se lasser lorsque objet de moquerie ou d’ironie. Il est nécessaire, dans ce domaine, d’être prosélyte, comme dans le domaine religieux. Si nous n’annonçons pas, beaucoup de personnes de bonne volonté ne connaîtront pas la richesse de l’histoire de leur terre paternelle et ne pourront pas se raccrocher à ses racines. Aujourd’hui, la plupart des hommes sont ignorants, involontairement. Il suffit qu’ils croisent sur leur route un témoin fidèle pour qu’ils découvrent ce qui se trouvait en eux à l’état de braises mourantes. La France atteint un état de déliquescence bien pire que celui de la révolution car, désormais, les pasteurs et les sages ont disparu, les foules sont manipulées avec des moyens sophistiqués, le terreau catholique a été emporté par les crises et les démissions. Une renaissance passera uniquement par des individus, souvent isolés, toujours en minorité. Cela demande de notre part une constance et une confiance décuplées.

Soyons donc des ferments, modestes, effacés mais efficaces. Le temps n’appartient qu’à Dieu et non point aux hommes, contrairement à ce qu’ils croient avec assurance. Le temps de Dieu n’a pas disparu, même s’il n’est reconnu que par une poignée. Ce temps divin demeure dans la pâte et la fera lever lorsque Dieu le jugera opportun. Auparavant, il est nécessaire de traverser une période de purification. Toute restauration a besoin de préparation qui nettoie, rabote.

Ensemble, sous le regard de Dieu, serrons-nous les coudes afin de faire connaître à notre France en péril les bienfaits qui découleraient d’un retour fidèle à sa tradition monarchique et à la foi de ses pères. Tant d’âmes attendent, assoiffées, curieuses, fatiguées. Il est toujours temps de retourner vers la maison paternelle abandonnée.

P. Jean-François Thomas s.j.
Dimanche de la Passion
21 mars 2021

Strozzi Bernardo - Annonciation 1643-44

Bernardo Strozzi : Annonciation (1643-44)

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