Prologue librement inspiré par celui de l’Evangile selon Saint Luc.

Prologue librement inspiré par celui de l'Evangile selon Saint Luc. dans Annonces & Nouvelles dsc08042copiecopie

Le Maître-Chat Lully

« Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements – parfois totalement insignifiants – qui se produisent en ces temps, j’ai décidé moi aussi (puisque je suis chaque jour le témoin scrupuleusement attentif d’une aventure qui est, elle, véritablement hors du commun), de tenir pour vous, amis du Mesnil-Marie, sous la forme d’un récit assorti de commentaires personnels, une espèce de diaire de la fondation du Refuge Notre-Dame de Compassion.

Ainsi pourrez-vous, en suivant les péripéties de notre vie quotidienne, ou en vous associant aux évènements humains et surtout spirituels qui en jalonnent l’existence, garder un lien plus concret avec cette oeuvre que vous soutenez d’une fidèle et pieuse amitié.

Je réclame, bien évidemment, votre indulgence car je ne suis qu’un tout petit chat, mais vous savez aussi que j’occupe au Mesnil-Marie une place privilégiée (voir ici > www)… Puissent néanmoins ces lignes être utiles à tous pour conserver et resserrer le lien de la charité, dans la paix et la joie du coeur! »

patteschats chronique dans Chronique de LullyLully, l’Observateur.

Publié dans : Annonces & Nouvelles, Chronique de Lully | le 10 septembre, 2007 |Commentaires fermés

2014-83. Le Coeur de Marie, rempli d’amour pour Dieu et de charité pour nous.

Extraits du « Coeur admirable de la Mère de Dieu »
et quelques autres écrits
de Saint Jean Eudes

vitrail du Coeur de Marie

Entre les fêtes de la Vierge Marie, celle de son Coeur est comme le cœur et la reine des autres, parce que le cœur est le siège de l’amour et de la charité. Quel est le sujet de cette solennité ? C’est le Coeur de la Fille unique et bien-aimée du Père Eternel ; c’est le Coeur de la Mère de Dieu ; c’est le Coeur de l’Epouse du Saint-Esprit ; c’est le Coeur de la Mère très bonne de tous les fidèles. C’est un Coeur tout embrasé d’amour envers Dieu, tout enflammé de charité pour nous.

Il est tout amour pour Dieu, car il n’a jamais rien aimé que Dieu seul, et ce que Dieu voulait qu’il aimât en Lui et pour Lui. Il est tout amour parce que la bienheureuse Vierge a toujours aimé Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces. Il est tout amour parce que, non seulement elle a toujours voulu tout ce que Dieu voulait, et n’a jamais rien voulu de ce qu’Il ne voulait pas, mais encore parce qu’elle a toujours mis toute sa joie en la très aimable volonté de Dieu.

Il est tout amour pour nous. Elle nous aime du même amour dont elle aime Dieu, car c’est Dieu qu’elle regarde et aime en nous. Et elle nous aime du même amour dont elle aime l’Homme-Dieu, qui est son Fils Jésus, car elle sait qu’Il est notre chef et que nous sommes Ses membres, et par conséquent que nous ne sommes qu’un avec Lui, comme les membres ne sont qu’un avec leur chef. C’est pourquoi elle nous regarde et nous aime en quelque sorte comme son Fils et comme ses propres enfants, qui portent cette glorieuse qualité pour deux raisons. En premier lieu, parce qu’étant Mère du chef, elle est par conséquent Mère des membres. En second lieu, parce que notre Sauveur, en la Croix, nous a donnés à Sa Mère en qualité d’enfants. Il nous l’a donnée, non seulement en qualité de Reine et de Souveraine, mais en la qualité la plus avantageuse pour nous qui puisse s’imaginer, c’est-à-dire en qualité de Mère, en disant à chacun de nous ce qu’Il dit à Son disciple bien-aimé : « Voilà votre Mère ». Et Il nous donne à elle, non pas seulement en qualité de serviteurs ou d’esclaves, ce qui serait un grand honneur pour nous, mais en qualité d’enfants : « Voilà votre fils », lui dit-Il, parlant de chacun de nous, en la personne de saint Jean, comme s’Il lui disait : « Voilà tous Mes membres que Je vous donne pour être vos enfants ; Je les mets en Ma place, afin que vous les regardiez comme Moi-même, et que vous les aimiez du même amour dont vous M’aimez ; aimez-les aussi comme Je les aime ».

O Mère de Jésus, vous nous regardez et nous aimez comme vos enfants, et comme les frères de votre Fils Jésus, et du même cœur, et vous nous aimez et aimerez éternellement du même amour de Mère dont vous L’aimez !

C’est pourquoi, dans toutes vos affaires, nécessités, perplexités et afflictions, ayez recours à ce Coeur de notre très charitable Mère. C’est un Coeur qui veille toujours sur nous et sur les plus petites choses qui nous touchent. C’est un Coeur si plein de bonté, de douceur, de miséricorde et de libéralité, que jamais aucun de ceux qui l’ont invoqué avec humilité et confiance, ne s’en est retourné sans consolation. C’est un Coeur très généreux, très fort et très puissant pour combattre nos ennemis, pour repousser et anéantir tout ce qui nous est contraire, pour obtenir de Dieu tout ce qu’il Lui demande, et pour nous combler de toutes sortes de biens.

Coeur de Marie Refuge de l'âme fidèle - détail

Litanies du Saint Coeur de Marie > www.
B.D. sur le Coeur de Marie > www.

2014-82. 20 août 1914 : Saint Pie X rend son âme à Dieu.

Saint Pie X sur son lit de mort

Saint Pie X sur son lit de mort 

Eté 1914 : le déclenchement des hostilités déchire le coeur du pape Pie X.
Le saint Pontife, qui a célébré le 2 juin précédent son soixante-dix-neuvième anniversaire, affaibli par une bronchite, est plus que tout accablé par ce qu’il pressent de cette guerre. L’auguste malade passe littéralement ses jours et ses nuits à prier, demandant à Dieu le retour de la paix ; il s’épuise rapidement. 

Le 19 août 1914, le Prélat Sacriste lui administre les derniers sacrements, qu’il reçoit avec beaucoup de piété : le pape Sarto avait déjà perdu l’usage de la parole, mais gardait toute sa lucidité et comprenait tout.
Dans la nuit du 19 au 20 août, une heure et quart après minuit, le saint Pape rendit son âme à Dieu.

La dépouille mortelle de Pie X, revêtue des ornements pontificaux, fut d’abord exposée dans la Salle du Trône, puis transportée dans la Basilique Vaticane pour être exposée dans la chapelle du Très Saint-Sacrement.
Les funérailles furent célébrées le 23 août.

Dépouille de Saint Pie X exposée dans la Basilique Vaticane

Exposition de la dépouille de Saint Pie X dans la chapelle du Très Saint-Sacrement de la Basilique Vaticane.

Le premier procès en vue de la canonisation du pape Pie X fut introduit le 14 février 1923 et dura jusqu’en 1931. Douze ans plus tard, deux guérisons de cancers ayant été reconnues miraculeuses, le pape Pie XII ouvrit le second procès, qui aboutit, au matin du 3 juin 1951, à la cérémonie de béatification, puis – deux nouveaux miracles ayant été authentifiés – à la canonisation, le samedi 29 mai 1954.
Cette année 2014 marque donc tout à la fois le centenaire de la mort et le soixantième anniversaire de la canonisation de Saint Pie X.

Pour cette canonisation – qui était la première d’un pape depuis celle de Saint Pie V, en 1712 – , l’affluence s’annonçait telle qu’il fallut prévoir la cérémonie à l’extérieur de la Basilique Saint-Pierre, ce qui était tout à fait inhabituel en 1954, et le trône papal fut dressé devant la porte centrale de la basilique.
Le rite solennel de la canonisation eut lieu le samedi 29 mai 1954, en fin d’après-midi. Il n’était – évidemment – pas inclus dans une Messe et culminait par la proclamation de la formule solennelle :
« En l’honneur de la Sainte et Indivisible Trinité, pour l’exaltation de la foi catholique et pour l’accroissement de la religion chrétienne, par l’autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux Apôtres Pierre et Paul et la Nôtre,  après une mûre délibération et ayant souvent imploré le secours divin, de l’avis de nos vénérables frères les Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine, les Patriarches, Archevêques et Evêques présents dans la ville, Nous décrétons et définissons Saint et Nous inscrivons au catalogue des Saints le bienheureux Pie X, confesseur ».

Après le chant du Te Deum, la châsse de Saint Pie X fut exposée devant l’autel papal, autel sur lequel il avait célébré la messe, au-dessus de la tombe de Saint Pierre.
Le lendemain, dimanche 30 mai, Son Eminence le cardinal Tisserant célébra la messe de la Chapelle Papale, Pie XII assistant au trône.

Il nous a paru judicieux de publier ci-dessous le discours que prononça Sa Sainteté le pape Pie XII à l’occasion de cette canonisation : tandis que nous rappelons le centenaire de la mort de Saint Pie X, un tel texte mérite d’être lu, relu, approfondi et médité, spécialement dans les circonstances présentes de l’Eglise et de la société…
Je ne pense pas qu’il y ait de plus bel hommage que celui rendu à ce saint Pontife par un autre saint Pontife.

   Lully.    

Pie XII cérémonie de canonisation de St Pie X 29 mai 1954

Sa Sainteté le Pape Pie XII à genoux pendant le Veni Creator
du rite de la canonisation de Saint Pie X,
sur le parvis de la basilique Vaticane, le soir du samedi 29 mai 1954

Armoiries de Pie XII

Discours prononcé par Sa Sainteté le Pape Pie XII
le 29 mai 1954
lors de la
canonisation de Saint Pie X :

« Cette heure d’éclatant triomphe que Dieu, qui élève les humbles, a préparée et comme hâtée, pour sceller l’ascension merveilleuse de son fidèle serviteur Pie X à la gloire suprême des autels, comble Notre âme d’une joie à laquelle, Vénérables Frères et chers fils, vous participez largement par votre présence.
Nous rendons donc de ferventes actions de grâces à la divine bonté pour Nous avoir permis de vivre cet événement extraordinaire, d’autant plus que, pour la première fois peut-être dans l’histoire de l’Eglise, la canonisation formelle d’un Pape est proclamée par Celui qui eut jadis le privilège d’être à son service dans la Curie Romaine.

Date heureuse et mémorable, non seulement pour Nous qui la comptons parmi les jours fastes de Notre Pontificat, auquel la Providence avait cependant réservé tant de douleurs et de sollicitudes, mais aussi pour l’Eglise entière qui, groupée spirituellement autour de Nous, exulte à l’unisson d’une vive émotion religieuse.

Le nom si cher de Pie X traverse en ce soir radieux toute la terre, d’un pôle à l’autre, scandé par les voix les plus diverses ; il suscite partout des pensées de céleste bonté, des élans puissants de foi, de pureté, de piété eucharistique, et résonne comme un témoignage éternel de la présence féconde du Christ dans son Eglise. Par un retour généreux, en exaltant son serviteur, Dieu atteste la sainteté éminente, par laquelle plus encore que par son office suprême, Pie X fut pendant sa vie le champion illustre de l’Eglise et se trouve par là aujourd’hui le Saint que la Providence présente à notre époque.

Or, Nous désirons que vous contempliez précisément dans cette lumière la figure gigantesque et douce du Saint Pontife, pour que, une fois l’ombre descendue sur cette journée mémorable et rentrées dans le silence les voix de l’immense Hosanna, le rite solennel de sa canonisation reste une bénédiction pour vos âmes et pour le monde un gage de salut.

§1 – Pie X fut d’abord préoccupé de rendre l’Eglise plus accessible, notamment en formulant le Droit Canon.

Le programme de son Pontificat fut annoncé solennellement par lui dès la première Encyclique (« E Supremi » du 4 octobre 1903) où il déclarait que son but unique était d’ « instaurare omnia in Christo » (Eph. I, 10), c’est-à-dire de récapituler, de ramener tout à l’unité dans le Christ.
Mais quelle est la voie qui nous ouvre l’accès à Jésus-Christ ? se demandait-il, en regardant avec amour les âmes perdues et hésitantes de son temps. La réponse, valable hier comme aujourd’hui et dans les siècles à venir, est : l’Eglise !
Ce fut donc son premier souci, poursuivi incessamment jusqu’à sa mort, de rendre l’Eglise toujours plus concrètement apte et ouverte au cheminement des hommes vers Jésus-Christ.
A cette fin, il conçut l’entreprise hardie de renouveler le corps des lois ecclésiastiques de manière à donner à l’organisme entier de l’Eglise un fonctionnement plus régulier, une sûreté et une promptitude de mouvements plus grandes, comme le demandait un monde extérieur imprégné d’un dynamisme et d’une complexité croissants. Il est bien vrai que cette entreprise, définie par lui-même, « une oeuvre assurément difficile » était digne de son sens pratique éminent et de la vigueur de son caractère ; cependant il ne semble pas que la seule considération de son tempérament donne le dernier motif de la difficile entreprise.
La source profonde de l’oeuvre législative de Pie X est à chercher surtout dans sa sainteté personnelle, dans sa persuasion intime que la réalité de Dieu perçue par lui dans une incessante communion de vie, est l’origine et le fondement de tout ordre, de toute justice, de tout droit dans le monde. Là où est Dieu, régnent l’ordre, la justice et le droit ; et, vice versa, tout ordre juste protégé par le droit, manifeste la présence de Dieu. Mais quelle institution sur la terre devait manifester plus éminemment que l’Eglise, corps mystique du Christ même, cette relation féconde entre Dieu et le droit ? Dieu bénit largement l’oeuvre du Bienheureux Pontife, si bien que le Code de droit canon restera à jamais le grand monument de son Pontificat et qu’on pourra le considérer lui-même comme le Saint providentiel du temps présent.

Puisse cet esprit de justice, dont Pie X fut un exemple et un modèle pour le monde contemporain pénétrer les salles de Conférences des Etats où l’on discute de très graves problèmes, concernant la famille humaine, en particulier la manière de bannir pour toujours la crainte de cataclysmes terribles et d’assurer aux peuples une ère durable de tranquillité et de paix.

§2 – Pie X fut aussi un intrépide défenseur de la foi.

Pie X se révèle aussi champion convaincu de l’Eglise et Saint providentiel de nos temps dans la seconde entreprise qui distingue son oeuvre et ressembla, par ses épisodes parfois dramatiques, à la lutte engagée par un géant pour la défense d’un trésor inestimable : l’unité intérieure de l’Eglise dans son fondement intime : la foi.

Déjà depuis son enfance, la Providence divine avait préparé son élu dans son humble famille, édifiée sur l’autorité, les bonnes moeurs et sur la foi elle-même vécue scrupuleusement. Sans doute tout autre Pontife, en vertu de la grâce d’état, aurait combattu et rejeté les assauts destinés à frapper l’Eglise à la base.
Il faut cependant reconnaître que la lucidité et la fermeté avec lesquelles Pie X conduisit la lutte victorieuse contre les erreurs du modernisme, attestent à quel degré héroïque la vertu de foi brûlait dans son coeur de saint. Uniquement soucieux de garder intact l’héritage de Dieu au troupeau qui lui était confié, le grand Pontife ne connut de faiblesse en face de quiconque, quelle que fût sa dignité ou son autorité, pas d’hésitations devant des doctrines séduisantes mais fausses, dans l’Eglise et au dehors, ni aucune crainte de s’attirer des offenses personnelles et de voir méconnaître injustement la pureté de ses intentions. Il eut la conscience claire de lutter pour la cause la plus sainte de Dieu et des âmes.
A la lettre, se vérifièrent en lui les paroles du Seigneur à l’Apôtre Pierre : « J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point, et toi… confirme tes frères » (Luc XXII, 32). La promesse et l’ordre du Christ suscitèrent encore une fois, dans la fermeté indéfectible d’un de ses Vicaires, la trempe indomptable d’un athlète.

Il est juste que l’Eglise, en lui décernant à cette heure la gloire suprême à l’endroit même où depuis des siècles brille sans se ternir celle de Pierre et en confondant ainsi l’un et l’autre dans une seule apothéose, chante à Pie X sa reconnaissance et invoque en même temps son intercession pour se voir épargner de nouvelles luttes du même genre.
Mais ce dont il s’agissait précisément alors, c’est-à-dire la conservation de l’union intime de la foi et de la science, est un bien si grand pour toute l’humanité que cette seconde grande oeuvre du Pontife est, elle aussi, d’une importance telle qu’elle dépasse largement les frontières du monde catholique.

Lorsque, comme le modernisme, on sépare, en les opposant, la foi et la science dans leur source et leur objet, on provoque entres ces deux domaines vitaux, une scission tellement funeste que « la mort l’est à peine plus ». On l’a vu en pratique : au tournant du siècle, on a vu l’homme divisé au fond de lui-même, et gardant cependant encore l’illusion de conserver son unité dans une apparence fragile d’harmonie et de bonheur basés sur un progrès purement humain, se briser pour ainsi dire sous le poids d’une réalité bien différente.

Le regard vigilant de Pie X vit s’approcher cette catastrophe spirituelle du monde moderne, cette déception spécialement amère dans les milieux cultivés. Il comprit qu’une foi apparente de ce genre, c’est-à-dire une foi qui au lieu de se fonder sur Dieu révélateur s’enracine dans un terrain purement humain, se dissoudrait pour beaucoup dans l’athéisme ; il perçut également le destin fatal d’une science qui, à l’encontre de la nature et par une limitation volontaire, s’interdisait de marcher vers le Vrai et le Bien absolus et ne laissait ainsi à l’homme sans Dieu, devant l’invincible obscurité où gisait pour lui tout l’être, que l’attitude de l’angoisse ou de l’arrogance.

Le Saint opposa à un tel mal le seul moyen de salut possible et réel : la vérité catholique, biblique, de la foi acceptée comme « un hommage raisonnable » (Rom. XII, 1) rendu à Dieu et à sa révélation. Coordonnant ainsi foi et science, la première en tant qu’extension surnaturelle et parfois confirmation de la seconde, et la seconde comme voie d’accès à la première, il rendit au chrétien l’unité et la paix de l’esprit, conditions imprescriptibles de la vie.

Si beaucoup aujourd’hui se tournent à nouveau vers cette vérité, poussés vers elle en quelque sorte par l’impression de vide et l’angoisse de leur abandon, et s’ils ont ainsi le bonheur de pouvoir la trouver fermement possédée par l’Eglise, ils doivent en être reconnaissants à l’action clairvoyante de Pie X. C’est à lui en effet que revient le mérite d’avoir préservé la vérité de l’erreur, soit chez ceux qui jouissent de toute sa lumière, c’est-à-dire les croyants, soit chez ceux qui la cherchent sincèrement. Pour les autres, sa fermeté envers l’erreur peut encore demeurer un scandale ; en réalité, c’est un service d’une extrême charité, rendu par un Saint, en tant que Chef de l’Eglise, à toute l’humanité.

§3 – Pie X vécut uni à Dieu, principalement dans l’Eucharistie.

La sainteté, qui se révèle comme inspiratrice et comme guide des entreprises de Pie X que Nous venons de rappeler, brille encore plus immédiatement dans ses actions quotidiennes. C’est en lui-même d’abord qu’il réalisa, avant de le réaliser dans les autres, le programme qu’il s’était fixé : tout rassembler, tout ramener à l’unité dans le Christ.
Comme humble curé, comme évêque, comme Souverain Pontife, il fut toujours persuadé que la sainteté à laquelle Dieu le destinait était la sainteté sacerdotale. Quelle sainteté peut en effet plaire davantage à Dieu de la part d’un prêtre de la Loi nouvelle, sinon celle qui convient à un représentant du Prêtre Suprême et Eternel, Jésus-Christ, Lui qui laissa à l’Eglise le souvenir continuel, le renouvellement perpétuel du sacrifice de la Croix dans la Sainte Messe, jusqu’à ce qu’il vienne pour le jugement final (1
 Cor. XI, 24-26) ; Lui qui par le sacrement de l’Eucharistie se donna Lui-même en nourriture aux âmes : « Qui mange de ce pain vivra éternellement » ? (Joan. VI, 58).

Prêtre avant tout dans le ministère eucharistique, voilà le portrait le plus fidèle du saint Pie X.
Servir comme prêtre le mystère de l’Eucharistie et accomplir le commandement du Seigneur : « Faites ceci en mémoire de moi » (Luc. XXII, 19), ce fut sa vie. Du jour de son ordination, jusqu’à sa mort comme Pontife, il ne connut pas d’autre sentier possible pour arriver à l’amour héroïque de Dieu et pour payer généreusement de retour le Rédempteur du monde qui par le moyen de l’Eucharistie « a épanché en quelque sorte les richesses de son amour divin pour les hommes » (Conc. Trente. Session XIII, chap. 2).
Une des preuves les plus significatives de sa conscience sacerdotale fut l’ardeur avec laquelle il s’efforça de renouveler la dignité du culte et spécialement de vaincre les préjugés d’une pratique erronée, en promouvant résolument la fréquentation même quotidienne de la table du Seigneur par les fidèles, et en y conduisant sans hésiter les enfants, qu’il souleva en quelque sorte dans ses bras pour les offrir aux embrassements du Dieu caché sur les autels ; par là l’Epouse du Christ vit s’épanouir un nouveau printemps de vie eucharistique.

Grâce à la vision profonde qu’il avait de l’Eglise comme société, Pie X reconnut dans l’Eucharistie le pouvoir d’alimenter substantiellement sa vie intime et de l’élever bien haut au-dessus de toutes les autres associations humaines. L’Eucharistie seule, en qui Dieu se donne à l’homme, peut fonder une vie de société digne de ses membres, cimentée par l’amour avant de l’êtrs par l’autorité, riche en oeuvres et tendant au perfectionnement des individus, c’est-à-dire « une vie cachée en Dieu avec le Christ ».

Exemple providentiel pour le monde moderne dans lequel la société terrestre devenue toujours plus une sorte d’énigme à elle-même cherche avec anxiété une solution pour se redonner une âme ! Qu’il regarde donc comme un modèle l’Eglise réunie autour de ses autels. Là, dans le mystère eucharistique, l’homme découvre et reconnaît réellement son passé, son présent et son avenir comme une unité dans le Christ. Conscient et fort de cette solidarité avec le Christ et avec ses propres frères, chaque membre de l’une et de l’autre société, celle de la terre et celle du monde surnaturel, sera en état de puiser à l’autel la vie intérieure de dignité personnelle et de valeur personnelle, qui est actuellement sur le point d’être submergée par le caractère technique et l’organisation excessive de toute l’existence, du travail et même des loisirs. Dans l’Eglise seule, semble répéter le Saint Pontife, et par elle dans l’Eucharistie, qui est « une vie cachée avec le Christ en Dieu », se trouvent le secret et la source de rénovation de la vie sociale.

De là vient la grave responsabilité de ceux à qui il incombe en tant que ministres de l’autel, d’ouvrir aux âmes la source salvifique de l’Eucharistie.
En vérité, l’action que peut déployer un prêtre pour le salut du monde moderne revêt de multiples formes, mais l’une d’elles est sans aucun doute la plus digne, la plus efficace et la plus durable dans ses effets : se faire dispensateur de l’Eucharistie après s’en être soi-même abondamment nourri. Son oeuvre ne serait plus sacerdotale si, fût-ce même par zèle des âmes, il faisait passer au second rang sa vocation eucharistique.
Que les prêtres conforment leurs pensées à la sagesse inspirée de Pie X et orientent avec confiance dans la lumière de l’Eucharistie toute leur activité personnelle et apostolique. De même, que les religieux et les religieuses, qui vivent avec Jésus sous le même toit et se nourrissent chaque jour de sa chair, considèrent comme une règle sûre ce que le saint Pontife déclare dans une circonstance importante, à savoir que les liens qui les unissent à Dieu par le moyen des voeux et de la vie communautaire ne doivent être sacrifiés à aucun service du prochain, si légitime soit-il.

L’âme doit plonger ses racines dans l’Eucharistie pour en tirer la sève surnaturelle de la vie intérieure, qui n’est pas seulement un bien fondamental des coeurs consacrés au Seigneur, mais aussi une nécessité pour tout chrétien, car Dieu l’appelle à faire son salut. Sans la vie intérieure, toute activité, si précieuse soit-elle, se dévalue en action presque mécanique, et ne peut avoir l’efficacité propre d’une opération vitale.
Eucharistie et vie intérieure : voici la prédication suprême et la plus générale que Pie X adresse en cette heure, du sommet de la gloire, à toutes les âmes. En tant qu’apôtre de la vie intérieure il se situe, à l’âge de la machine, de la technique, de l’organisation, comme le saint et le guide des hommes d’aujourd’hui.

Prière conclusive :

Oui, ô Saint Pie X, gloire du Sacerdoce et honneur du Peuple chrétien ; — Toi en qui l’humilité parut fraterniser avec la grandeur, l’austérité avec la mansuétude, la piété simple avec la doctrine profonde ; Toi, Pontife de l’Eucharistie et du catéchisme, de la foi intègre et de la fermeté impavide ; tourne ton regard vers la Sainte Eglise, que Tu as tant aimée et à laquelle Tu as donné le meilleur des trésors que la divine Bonté, d’une main prodigue, avait déposés dans ton âme ; obtiens-lui l’intégrité et la constance au milieu des difficultés et des persécutions de notre temps ; soulève cette pauvre humanité, aux douleurs de qui Tu as tellement pris part qu’elles finirent par arrêter les battements de Ton grand coeur ; fais que la paix triomphe dans ce monde agité, la paix qui doit être harmonie entre les nations, accord fraternel et collaboration sincère entre les classes sociales, amour et charité entre les hommes, afin que de la sorte les angoisses qui épuisèrent Ta vie apostolique se transforment grâce à Ton intercession, en une réalité de bonheur, à la gloire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui avec le Père et le Saint-Esprit vit et règne dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il ! »

Exposition de la chasse de St Pie X devant le maître autel de St Pierre après la canonisation

Exposition de la chasse de Saint Pie X devant l’autel de la confession de Saint-Pierre
après la cérémonie de canonisation, le 29 mai 1954

Armoiries de Saint Pie X

Voir aussi :
Prophétie et prière de Saint Pie X pour la France > www

« De ce trône de gloire où vous êtes assise, ne dédaignez pas d’abaisser encore sur nous vos regards… »

Prière à la Très Sainte Vierge
pour
la fête de sa glorieuse Assomption :

14 août, vigile de l’Assomption,
et mémoire de Saint Maximilien-Marie Kolbe, prêtre martyr.

Vous trouverez ci-dessous, chers Amis, le texte d’une très belle prière que l’un de nos amis vient de porter à ma connaissance et qui m’a véritablement ravi : elle est extraite du « Diurnal ou Office Complet – latin et français – pour les laïques, à l’usage du diocèse de Bayeux, imprimé par ordre de Mgr. Ch.-Fr. Duperrier, évêque de Bayeux », publié en 1825.
Cette prière fait suite aux prières prescrites pour la procession du renouvellement du Voeu de Louis XIII (sensiblement les mêmes que ce qui a été publié ici > www), et elle me semble toujours pertinente et conforme aux nécessités actuelles de notre pays

Ingres : le voeu de Louis XIII

Ingres : le Voeu de Louis XIII

O Marie, ô la plus pure, la plus sainte et la plus auguste de toutes les créatures ! de ce trône de gloire où vous êtes assise, ne dédaignez pas d’abaisser encore sur nous vos regards. Du milieu des concerts de louange que forment en votre honneur les esprits célestes dont vous êtes la Reine, souvenez-vous encore de ces pauvres exilés dont vous êtes la Mère.

Après nous être réjouis avec toute l’Eglise de votre triomphe, nous venons avec toute la France nous prosterner à vos pieds, nous consacrer à vous de nouveau, et vous conjurer de renouveler aussi l’adoption que vous avez faite de chacun de nous. Il nous semble en ce moment entendre notre divin Sauveur nous adresser cette consolante parole : « Enfants, voilà votre Mère! »
O mon Dieu ! nous la recevons avec action de grâces cette Mère si bonne, si tendre, si compatissante et si digne d’être aimée. Nous lui jurons un amour vraiment filial.
Mais vous aussi, Vierge Sainte, entendez votre Fils qui vous dit : « Femme, voilà vos enfants ! »
O Marie ! recevez-nous pour votre famille, aimez-nous, protégez-nous, comblez-nous de bienfaits.

Hélas ! nous ne méritons plus, nous n’avons jamais mérité votre protection. Mais quelque ingrats, quelque criminels que nous ayons été et que nous soyons encore, pouvez-vous oublier que vous êtes Mère, que vous nous avez enfantés dans la douleur, que vous avez sacrifié pour nous ce que vous aviez de plus cher, Jésus-Christ votre Fils bien-aimé ?
Faites donc éclater encore en faveur de ce Royaume les miracles de grâce et de miséricorde dont la piété de nos pères fut récompensée par votre intercession.
Obtenez-nous de les mériter comme eux, en marchant sur leurs traces dans la simplicité de la foi, dans l’attachement inviolable à l’Eglise, dans la soumission parfaite aux Pasteurs légitimes, dans l’éloignement absolu de toute nouveauté de doctrine, dans l’horreur du péché, dans l’union des coeurs, dans la paix et les saintes douceurs de la charité.
Ramenez à Dieu ceux qui l’ont oublié, convertissez à la Religion ceux qui la combattent, fortifiez dans les voies droites ceux qui sont demeurés fidèles.
Rendez-nous une nation sainte et un peuple choisi. Donnez au Roi la sagesse, aux dépositaires de son autorité l’intelligence et la justice, au peuple l’obéissance aux lois et l’amour pour son Prince, afin que la France soit toujours le Royaume Très Chrétien, et l’heureux apanage du Fils Aîné de l’Eglise.

Misérable pécheur, je n’oserais pas vous adresser ma prière : mais je m’unis à tant d’âmes ferventes qui redoublent aujourd’hui de dévotion pour vous, et qui se consacrent à votre Saint Coeur avec un zèle tout nouveau.
O Mère de miséricorde ! ô Refuge des pécheurs ! ne rejettez pas mon offrande. Je veux aussi désormais être tout à vous. Je vous consacre aujourd’hui ma vie et tout ce qui est en moi. Je vous consacre mes parents et mes amis. Je vous consacre mes biens, mon industrie, mes travaux. 
Je ne vous demande qu’une chose : c’est que vous me preniez sous votre protection ; alors je ne craindrai rien, ni du côté de mes péchés, parce que vous m’obtiendrez le remède aux maux qu’ils m’ont causé ; ni du côté des démons, puisque vous êtes plus puissante que tout l’enfer ; ni du côté de mon Juge, parce qu’une seule de vos prières suffit pour l’apaiser.

Ainsi soit-il !

Armes de France

Autres prières ou textes accordés à la fête du 15 août :
1 – Textes traditionnels
pour la procession du renouvellement du Voeu de Louis XIII > www

2 – Lettre apostolique du Pape Pie XI
proclamant N.D. de l’Assomption patronne principale de la France > www

3 – Célèbre prière de l’abbé H. Perreyve :
« Vierge Sainte, au milieu de vos jours glorieux… » > www

4 – Prière à N.D. de l’Assomption composée par le vénérable Pie XII > www
5 – Paraphrase du Salve Regina composée par Saint Bonaventure > www

2014-81. Rappel à Dieu du Révérend Père Jean Charles-Roux.

Un nouveau deuil pour la famille légitimiste.

Nous avons appris hier soir, 8 août, le rappel à Dieu, à Rome, du Révérend Père Jean Charles-Roux : né le 12 décembre 1914, il était donc dans sa centième année.

Rd Père Jean Charles-Roux

Fils aîné du diplomate, homme d’affaires et historien François Charles-Roux, le Père Jean Charles-Roux était le frère de la redoutable Edmonde Charles-Roux (et donc le beau-frère de Gaston Defferre !) et de Cyprienne Charles-Roux, devenue par son mariage Princesse Marcello del Drago.
Il avait lui-même embrassé la carrière diplomatique avant d’entrer dans les ordres : son choix s’était alors porté sur l‘Institut de la Charité (dit des Pères Rosminiens), ce qui avait provoqué l’ire de son père qui avait vu dans cette voie un obstacle aux dignités ecclésiastiques ; il avait alors fallu l’intervention de Sa Sainteté le Pape Pie XII pour que l’ambassadeur de France près le Saint-Siège accepte la vocation de son fils.
Le Père Jean Charles-Roux avait été ordonné prêtre en 1954, dans sa quarantième année.

Une grande partie de son ministère s’est déroulée à Londres, dans l’église des Pères Rosminiens – où il a toujours célébré la Sainte Messe latine traditionnelle – , avant de se retirer à Rome auprès de sa soeur Cyprienne.
Il racontait lui-même avec beaucoup d’humour (un des traits particuliers de son caractère) que lorsque la nouvelle messe avait été imposée, il l’avait « essayée » mais s’était promptement rendu compte de l’indigence du nouveau rite : « J’ai donc écrit au pape Paul, que j’avais connu quand il était cardinal Montini, et dit : Saint-Père, soit vous me permettez de célébrer l’ancienne messe, soit je quitte la prêtrise et j’épouse la première jolie fille que je rencontre. »

Homme d’une immense culture, d’un raffinement exquis, d’un humour toujours très subtil – même s’il était parfois un peu décapant – , d’une charité sacerdotale exemplaire, il fut non seulement fidèle à la Sainte Messe traditionnelle (et l’on se souvient que c’est lui qui la célébrait quasi tous les jours dans les studios du tournage du film de Mel Gibson « La Passion du Christ »), mais il fut également fidèle à la légitimité dynastique : nous nous souvenons tous de sa silhouette fine et racée, de son sourire et de son extrême affabilité, lorsqu’il venait à Paris ou à Saint-Denys pour les cérémonies religieuses en l’honneur du Roi-martyr, de la Reine Marie-Antoinette, ou pour la Messe de fondation des Invalides…

Le Père Charles-Roux est l’auteur d’un ouvrage émouvant intitulé « Louis XVII – la mère et l’enfant martyrs », publié en janvier 2007 aux éditions du Cerf, dont voici la dédicace :
« Ces pages sont dédiées à la mémoire, sainte et sacrée, de Marie-Antoinette d’Autriche, de France et de Navarre, en tant que Reine mère, selon le Cœur Immaculé de Marie ; et toujours, en les palais comme en les prisons, à l’image de ces lys, inscrits en trinité dans les armes de France, et proposés par Jésus en modèle de beauté ! 
Ainsi qu’au Sang de France, très particulièrement en ces princes prometteurs à avoir souffert et expiré enfants, tels le Duc de Valois, fils d’Henriette d’Angleterre, Duchesse d’Orléans, et le Duc de Bourgogne, frère aîné de Louis XVI, et le Dauphin Louis Joseph, fils aîné des souverains martyrs, et, jusqu’en notre siècle, le Prince François de France, Duc de Bourbon, frère aîné de Louis XX ! 
À ce Sang, en effet, qui pour refléter en son cours le destin et la mission d’un peuple et d’une nation, incite si intensément à se demander avec Novalis : « Wer kann sagen daß er das Blut versteht ? » (*)
À ce Sang, qui est pour le peuple français celui choisi par Jésus, afin d’être, en aval de Son Incarnation, l’équivalent de ce qu’avait été en amont celui de David pour le Peuple élu ; c’est-à-dire le flot qui, par communion avec le Sang de la Personne même du Rédempteur, entraîne les destins des États et des populations, à affluer en la sereine vallée aux « vertes pâtures », entre « les collines éternelles » du Royaume des cieux. » 

Que le Roi du Ciel lui accorde la récompense qu’Il a promise pour Ses bons et fidèles serviteurs !

frise lys

(*) traduction : « Qui peut dire qu’il comprend le sang ? » (in  Geistliche Lieder (1798) VII Hymne ici)

Publié dans : Memento, Prier avec nous, Vexilla Regis | le 9 août, 2014 |2 Commentaires »

2014-80. « La pauvreté s’arrête au pied de l’autel ».

Vendredi soir 8 août 2014,
fête de Saint Jean-Marie Vianney.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Vous savez tous, je pense, que Saint Jean-Marie Vianney, dont nous avons célébré aujourd’hui la fête, et qui vivait lui-même dans une très grande austérité et pauvreté, veillait toujours à ce que les objets et ornements destinés au culte divin soient les plus beaux et les plus riches possibles.
Saint François d’Assise lui-même, modèle de pauvreté s’il en est, aurait eu cette sentence qui ne laisse pas de place à l’ambigüité : « La pauvreté s’arrête au pied de l’autel ».

Cela me hérisse donc le poil lorsque des ecclésiastiques s’imaginant être des disciples de Saint François, par ce qui pourrait bien n’être qu’une forme très subtile de l’orgueil voilé sous les oripeaux d’une tapageuse humilité, après avoir dépouillé le sanctuaire, s’exhibent dans des ornements sacerdotaux que l’on croirait taillés dans des tissus bon marché, sans tenue et sans art…

Notre Frère Maximilien-Marie, qui, lorsqu’il se rend à quelque activité extérieure au Mesnil-Marie, emporte toujours un petit appareil photo afin de me faire un compte-rendu par l’image, m’a rapporté hier cette photographie d’un très bel autel en bois doré qu’il a pu admirer dans l’église d’un village du Velay.

Autel XVIIe siècle

Il fut un temps où, jusque dans des campagnes reculées et relativement pauvres, les fidèles s’efforçaient d’avoir dans leurs églises de splendides autels, pour magnifier et exalter le Saint-Sacrifice, et dont le tabernacle, orné et bien mis en valeur, proclamait la gloire du Très Saint-Sacrement
… et puis est venu le temps où, dans le meilleur des cas, ces splendides autels ont été relégués dans quelque chapelle latérale.

C’est ce qui s’est justement passé dans cette église-ci ; mais je pourrais vous citer un certain nombre – un  trop grand nombre ! – de lieux où les anciens autels ont été découpés, démembrés, dépecés, mutilés, démolis, voire vendus, afin de laisser place à des « tables » ou à des « cubes » (c’est « furieusement tendance », les cubes !), plus ou moins « design », plus ou moins en accord avec le style de l’église, plus ou moins ornés : oeuvres – selon les cas, et surtout selon les finances de la paroisse – tantôt d’un artisan local, tantôt d’un « artiste contemporain » plus ou moins autoproclamé.

Ce que je constate aussi, c’est que, bien souvent, pour « faire pauvre », ces ecclésiastiques n’hésitent pas à payer des sommes d’autant plus élevées que le résultat sera plus dépouillé et plus… moche.
Ne soyons pas dupes : dans l’Eglise, l’apparence de pauvreté a un prix ; un prix que les vrais pauvres seraient bien incapables de payer, eux pour lesquels, aux siècles de foi, l’apparente richesse des églises était une fierté légitime, une consolation et une joie !

Quant aux tabernacles, « on » a – semble-t-il – tout fait pour leur ôter ce qui exprimait la gloire et le triomphe de la Sainte Eucharistie, et tout ce qui proclamait la foi catholique dans la Présence Réelle du Fils de Dieu notre Roi, pour les réduire à des espèces de « boites », les plus discrètes possibles.
Un peu comme si ce clergé-là était démangé par un zèle ardent à humilier et à faire oublier son Dieu !

Comme je parlais de toutes ces choses avec Frère Maximilien-Marie, il a poussé un grand soupir avant de s’épancher :
« Tu vois, mon Lully, les choses en sont au point où lorsque je visite une église, j’en viens à angoisser à l’avance au sujet de ce que je vais y trouver.
J’en ai vraiment marre de constater le délaissement et la saleté dans lesquels beaucoup d’entre elles sont laissées.
J’en ai vraiment marre, au moment où j’en franchis le seuil, d’être agressé par cette multiplication d’affiches toutes plus laides et toutes plus stupides les unes que les autres.
J’en ai vraiment marre de constater partout le saccage quasi irréparable qui a été perpétré dans les années qui ont suivi le concile vaticandeux : saccage artistique et patrimonial, à la mesure du saccage spirituel et doctrinal par lequel on a malmené les fidèles.
J’en ai vraiment marre de constater que la bêtise, l’inculture, et l’outrecuidante fatuité d’un clergé inodore, incolore et sans saveur, sont peut-être ce qui donne la plus exacte idée de l’infini !

Et l’on voudrait que j’aime ce que l’on a fallacieusement et pompeusement nommé « réforme liturgique » ? »

Que pouvais-je ajouter à cela ?

Lully.

pattes de chat - frise

Voir aussi :
- La B.D. consacrée au thème de l’autel > www
- l’autel contemporain de la cathédrale de Viviers > www
- le texte de Mgr. A. Schneider sur l’autel et le tabernacle > www

2014-79. Ces petits riens qui changent tout…

Il y a quelques semaines, je vous ai parlé de ce recueil des « Paillettes d’or » que nous possédons dans la bibliothèque du Mesnil-Marie, et dont je vous ai déjà retranscris un texte spirituel (ici > les malcontents).
En cette fête de la Transfiguration, voici un autre beau texte extrait des « Paillettes d’or », simple et profond, portant, sous le couvert d’une petite leçon de grammaire, une leçon spirituelle à méditer…

Lully.

Leçon de grammaire à l'école des chats

Une leçon de grammaire :

Voyez donc comme un préfixe, cette menue syllabe qui se place au gré de l’écrivain à la tête d’un mot, le modifie, le transforme, lui donne des allures ou plus délicates, ou plus fines, ou plus extravagantes.
On nous donnait un jour à définir et à transformer le mot

Figurer

Figurer, c’est habituellement remplir une place uniquement pour ne pas la laisser vide, et rester là comme une tapisserie tout le temps d’une séance, d’une représentation, d’une réception.
Figurer, c’est quelquefois se poser dans un salon, une réunion, même dans la rue, comme ces figures de cire placées devant un magasin de modes et qui rient aux passants de ce rire perpétuel qu’un seul mot peut définir rire béat.
Figurer, c’est tout naïvement et sans arrière pensée dire : Regardez-moi.

chat au livre

Faites précéder ce verbe, un peu raide de sa nature, d’un petit monosyllabe charmant appelé pronom personnel, le charme, les délices, l’amour de l’égoïste – et vous aurez cet autre verbe qui toujours sur les lèvres amène un sourire de bonheur :

Se figurer

Autant figurer est raide, béat, nul, autant se figurer est gracieux, attrayant, fécond en douces et intarissables illusions.
Se figurer ! mais ne voyez-vous pas surgir dans votre imagination tout un monde de satisfactions, de vanités, d’applaudissements, de jalousies procuréces, d’adulations méritées.
Se figurer ! C’est se sentir, se croire, se savoir quelqu’unquelqu’un d’important, quelqu’un de nécessaire – quelqu’un qui tient une place dans le monde et dont la disparition laisserait un vide immense.
Se figurer ! C’est ce sentir et se savoir quelque chosequelque chose qui compte dans l’atmosphère de la politique ou de la littérature – quelque chose qu’on est forcé d’admirer.
O charmant effet d’un petit pronom personnel.

chat professeur

Voulez-vous au verbe se figurer ajouter le petit préfixe ? Voilà subitement une transformation étonnante et troublante :

Se défigurer !

Se défigurer, c’st tout simplement s’enlaidir.
Oh ! non pas, certes, aux yeux de celui qui s’ajoute ces petits riens dont nous allons parler, croyant par là s’embellir – mais aux yeux du public, heureux d’avoir un but à ses fines moqueries, à ses pointes piquantes et acérées et à ses réflexions malignes.
Voyez-le donc, lui qui se figure valoir davantage par sa pose magistrale – par son accent emprunté aux régions hyperboréennes – par la coupe, la couleur, l’agencement excentrique de ses vêtements, par le balancement qui accompagne chacun de ses pas, par le choix de locutions bizarres dont il ornemente son langage – comme avec tous ces préfixes ajoutés à sa personne il a su se défigurer.

chat bon élève

Encore ! mais, cette fois, ce n’est pas des yeux du corps qu’il faut regarder, c’est des yeux de l’âme.
Au mot se figurer ajoutez la syllabe trans et, devant vous, resplendira cette ravissante image :

Se transfigurer

Se transfigurer, c’est se diviniser. – C’est rayonner par les yeux, par le sourire, par l’éclat du visage, par la parole, par le maintien, par l’être tout entier, c’est rayonner la divine personne de Jésus-Christ, résidant dans l’âme par la grâce qu’il y a apportée.
Vous êtes transfigurée, jeune fille, qui, venant à la Table Sainte, apportez aux vôtres le dévouement de votre coeur, les grâces de votre visage et l’activité de vos mains, n’ayant qu’une pensée : Etre utile.
Vous êtes transfiguré, jeune homme, qui, obéissant à la voix intérieure qui vous pousse, n’avez qu’un but : faire votre devoir et le faire sans défaillances, prêt à lutter toujours et partout.
Vous êtes transfigurée, mère chrétienne, qui partout où vous êtes, rayonnez sans vous en douter, la paix, la joie, le sacrifice.

chat professeur

Au point de vue moral, le préfixe est la collection des petits riens que, dans la vie de tous les jours, on ajoute à son caractère, comme le préfixe grammatical est la collection des petits mots ajoutés au langage ordinaire.
Les petits riens et les petits mots ont une puissance étonnante pour modifier le sens des phrases et la valeur de la conduite.
Un sourire sur les lèvres en accueillant quelqu’un – une parole aimable, un mot qui flatte, qui rassure, qui ranime – préfixe qui transfigure le visage, le caractère, le coeur.
Un geste d’ennui à une demande importune, un mouvement d’impatience, une parole vive, emportée – préfixe qui défigure le visage, le caractère, el coeur.
Le mot moi revenant à chaque phrase et prononcé avec un certain air de satisfaction : préfixe qui fait poser, et donne cet air béat que nous avons admiré sur les figures de cire des magasins de mode.

chat au livre

Prenons garde aux petits riens !

Chat gif en marche

Publié dans : Lectures & relectures, Textes spirituels | le 6 août, 2014 |1 Commentaire »

2014-78. Du bon Père Rouville et de ses compagnons martyrisés à Privas le 5 août 1794 (3ème & 4ème parties).

(suite de ce qui a été publié ici > www et ici > www)

palmes

3ème partie – Les Soeurs de Saint-Joseph de Vernosc.

Vernosc, où l’abbé Barthélémy Montblanc était venu se réfugier en mai 1794 avait cette particularité que trois Soeurs de Saint-Joseph, malgré la persécution qui s’était abattue sur les congrégations religieuses, avaient continué à y mener la vie commune. Ce sont elles qui avaient recueilli l’ « oncle Barthélémy », tout heureuses de bénéficier du ministère d’un « bon prêtre », car le curé de Vernosc était un jureur.

Il faut ici préciser un point de l’ancien droit ecclésiastique : seules étaient appelées « religieuses » les femmes consacrées qui avaient prononcé des voeux solennels de religion – ordinairement dans un ordre cloîtré.
Les « filles dévotes » qui vivaient en communauté, portaient un habit distinctif, avaient prononcé des voeux dits privés, n’étaient pas astreintes à la clôture mais se dévouaient dans les oeuvres charitables (dispensaires, visites et soins aux malades, aide au clergé paroissial…) et tenaient des écoles rurales ou des orphelinats, étaient appelées « Soeurs ». C’est ce qui permettra à certaines d’entre elles, devant les tribunaux révolutionnaires, de soutenir sans mensonge qu’elles n’étaient pas des « religieuses ».

Les Soeurs de Saint-Joseph de Vernosc appartenaient à cette seconde catégorie de femmes consacrées. Il s’agissait de
Soeur Sainte-Croix, née Antoinette Vincent, originaire de la paroisse de Burdignes (dans l’actuel département de la Loire, limitrophe de l’Ardèche), âgée de soixante-trois ans, elle était la supérieure de la petite communauté ;
Soeur Madeleine, née Marie-Anne Sénovert, originaire d’Empurany (dans le nord du Vivarais), âgée d’une quarantaine d’années ;
- Soeur Toussaint, née Madeleine Dumoulin, originaire de Sainte-Sigolène (Velay), âgée de trente-et-un ans.

Selon plusieurs auteurs, il y avait avec ces trois Soeurs une jeune fille, auxquels certains donnent le nom de « pensionnaire » et d’autres celui de « novice » : ni son nom, ni son origine ne nous sont connus, mais, selon un témoin, elle pouvait être âgée d’environ 17 ans.

Comme nous l’avons vu ci-dessus, jusqu’à ce mois de juin 1794, elles avaient continué la vie commune et leurs oeuvres de bienfaisance et d’instruction : raison sans doute pour laquelle on ne les avait pas trop inquiétées jusqu’alors, puisqu’elles étaient utiles à la population.
Le lendemain de l’arrestation de l’abbé Barthélémy Montblanc, c’est-à-dire le mardi de Pentecôte 10 juin 1794, les gendarmes furent envoyés d’Annonay à Vernosc pour se saisir d’elles.
Elles étaient accusées d’avoir refusé le serment civique, continué à vivre en congrégation au mépris de la loi, donné asile à un prêtre réfractaire, permis qu’il célébrât la messe chez elles et favorisé son ministère auprès de la population, caché ses ornements sacerdotaux et facilité son évasion : c’était donc, aux yeux des « patriotes » du plus pur « fanatisme », et cela faisait d’elles de très grandes coupables.
Le samedi de Pentecôte 14 juin, elles furent emmenées à Privas dans la même charette que l’abbé Montblanc.

Les Soeurs de Saint Joseph au pied de l'échafaud - Privas 5 août 1794

Les Soeurs de Saint-Joseph au pied de l’échafaud.

4ème partie – Le martyre.

Le lieu de l’incarcération de nos martyrs n’existe plus aujourd’hui : l’emplacement des anciennes prisons de Privas serait sous l’actuel hôtel de ville, à l’angle sud-est, dans la ruelle qui le sépare de la préfecture (ancien hôtel particulier du marquis de Faÿ-Gerlande).
C’étaient des cachots particulièrment insalubres, très humides et mal aérés, où la chaleur de l’été rendait l’atmosphère irrespirable, tandis que la vermine grouillait dans la paille rare qui servait de litière aux prisonniers, à même le sol…

Comme nous l’avons vu précédemment, l’abbé Bac y avait été transféré le 9 juin 1794, rejoint le 14 juin par l’abbé Montblanc et les Soeurs de Saint-Joseph, le 16 juin par l’abbé Gardès, le 9 juillet par l’abbé d’Allemand et enfin le 14 juillet par le Père Rouville.

Interrogés les uns après les autres, dans l’ordre de leur arrivée, par le tribunal révolutionnaire qui siégeait, nous l’avons dit, dans la chapelle profanée du couvent des Récollets, nos héroïques confesseurs avaient tous été condamnés à mort, ce qui, en ces temps de fervent patriotisme, semblait le moyen souverain pour faire régner la liberté, l’égalité et la fraternité. La sentence était normalement exécutoire dans les vingt-quatre heures.

Le problème, car problème il y avait et non des moindres, c’est que le département de l’Ardèche, s’il possédait bien une guillotine, n’avait – bien que la place soit grassement payée – pas de bourreau pour la faire fonctionner !
En outre, l’accusateur public Marcon – un « vrai tigre » selon les contemporains – avait fait lui-même l’objet de dénonciations et avait passé quelques semaines en prison : il avait fallu un  décret, signé de Robespierre, Couthon et Collot d’Herbois pour l’en faire sortir. Lorsqu’il reprit ses fonctions, le 8 juillet 1794, Marcon était bien résolu à montrer qu’il n’avait pas faibli dans son zèle révolutionnaire.

Dans leur cachot, soumis à de rudes traitements, nos futurs martyrs priaient, s’encourageaient et se fortifiaient mutuellement pour se préparer à la mort.
Quelques uns purent écrire à leurs proches ou à des paroissiens fidèles : certaines de ces admirables lettres, interceptées par les « patriotes » et ajoutées aux pièces de leurs procès, nous ont été conservées.
Quelques bonnes âmes s’efforçaient d’adoucir leur captivité en leur faisant passer des fruits ; un jeune homme courageux venait, en qualité de barbier, raser et rafraîchir la tonsure des abbés.

Enfin s’approcha la perspective de la consommation de leur martyre : le bourreau, prêté par le département de la Drôme voisine, revenant d’une « tournée » dans le sud de l’Ardèche, fit annoncer qu’il pourrait « opérer » à Privas au matin du 18 thermidor.
A Paris, depuis une semaine déjà, les têtes de Robespierre et des enragés de son entourage avaient elles-mêmes roulées dans le panier de la guillotine : la nouvelle en parvint à Privas le 17 thermidor dans la soirée !
Nos révolutionnaires locaux ne virent pas dans cet évènement l’annonce de la fin de la terreur, puisque les Tallien, les Fouché et les nouveaux maîtres de la convention accusaient Robespierre et ses affidés d’avoir voulu « arrêter le cours majesteux et terrible » de la révolution.
Comme ils s’interrogeaient toutefois de l’opportunité de surseoir à l’exécution, le féroce Marcon emporta néanmoins l’avis des juges en déclarant : « La guillotine est prête ; elle a soif de sang. Force à la loi ! »

Un juge et un greffier se rendirent donc dans les cellules attenantes au tribunal révolutionnaire où on les avait transférés, pour notifier aux cinq prêtres et aux trois Soeurs qu’ils seraient exécutés le lendemain.
Abasourdis devant le calme et la force qui les animaient, les deux agents du tribunal entendirent un vibrant « Deo gratias ! » comme réponse à la lecture de la sentence. L’abbé Montblanc ajouta même : « C’est un vrai bonheur, Messieurs, que vous venez nous annoncer. Nous vous pardonnons de grand coeur, et nous prions Dieu qu’Il vous pardonne de répandre le sang innocent… »
Seule la Soeur Toussaint, d’après certains témoignages, se lamentait et exprimait des sentiments voisins de la révolte devant cette injustice.

Ils passèrent la nuit à psalmodier l’Office des morts et à chanter les pièces de la messe de Requiem, s’exhortèrent  à l’ultime sacrifice, puis se donnèrent la sainte absolution.
Lorsque, au matin de ce 5 août 1794, on les fit sortir de leur cachot pour descendre la rue vers « la Placette », les religieuses entonnèrent le chant des litanies, puis les prêtres psalmodièrent le Miserere en ajoutant entre chaque verset : « Parce, Domine ! Parce populo tuo : Pardonnez, Seigneur ! Pardonnez à votre peuple ! »
La population privadoise était bouleversée par ces chants qu’elle n’avait pas entendus depuis longtemps, et par le spectacle de ces martyrs qui se rendaient à la mort comme à une fête.

Les condamnés se rangèrent autour de l’échafaud comme autour d’un autel, continuant leur psalmodie et leurs chants.
Les Soeurs furent exécutées les premières : selon certains témoignages, mais ils ne sont pas unanimes, la Soeur Toussaint fut prise de défaillance, et c’est à demi-inconsciente qu’elle fut liée sur la bascule ; selon d’autres, c’est la jeune « pensionnaire » ou « novice », condamnée avec les Soeurs, qui aurait été la victime de ce moment de faiblesse.
Les prêtres gravirent les marches de l’échafaud avec assurance, l’un après l’autre sans attendre de se faire appeler. Le bon Père Rouville fut le troisième d’entre eux à être guillotiné ; le dernier fut l’abbé Bac qui continua à chanter d’une voix assurée jusqu’au moment-même où le couperet lui trancha la tête.

Rd.P.Rouville et martyrs de Privas du 5 août 1794

Le Révérend Père Rouville et ses compagnons arrivant sur « la Placette » de Privas
où ils vont être martyrisés, le 5 août 1794.

Epilogue :
« culte » des martyrs et grâces signalées. 

Le bourreau s’appropria les hardes et les effets de nos martyrs et laissa leurs dépouilles totalement nues exposées en tas sur « la Placette ». Les juges durent réquisitionner un tombereau pour les faire enlever avant la fin de la journée et les faire emporter au cimetière, qui se trouvait alors en contrebas de la ville, au lieu-dit Gratenas.

Le fossoyeur, huguenot mais honnête homme, avait reçu l’ordre de les ensevelir dans une fosse commune ; mais en réalité il prépara pour le Révérend Père Rouville une sépulture à part, séparée des autres corps par un muret de pierres sèches, et il refusa de livrer la tête du bon Père aux « patriotes » d’Aubenas qui étaient venus la lui réclamer afin de la promener triomphalement dans leur ville.
Vers la minuit, un habitant de Privas vint avec son neveu pour planter une croix sur la tombe des martyrs : ils témoignèrent par la suite devant leur prêtre que, lorsqu’ils enfoncèrent cette croix dans le sol, ils furent saisis par une merveilleuse odeur d’encens.

Cette même nuit du 5 au 6 août 1794, le fossoyeur eut en songe la vision du Père Rouville, resplendissant de gloire, qui le remercia de n’avoir point voulu livrer sa tête aux profanateurs, et qui lui déclara : « Pour prix de ton courage, dans un an et un jour tu auras ta récompense : tu seras où je suis. Mais auparavant, de protestant tu seras devenu catholique. »
L’homme, en effet, abjura le protestantisme entre les mains d’un prêtre réfractaire dès qu’il put en rencontrer un. Le 6 août de l’année 1795, il rentra chez lui en portant quatre planches, disant à sa fille : « Voici pour mon cercueil, demain. » La jeune fille se récria : « Mais, père, vous n’êtes point malade ! » Il lui rétorqua : « Je mourrai cette nuit, comme le saint me l’a dit ».
Et au matin, la fille trouva sans vie le corps de son père, sur le visage duquel s’était figé un paisible sourire.

Dès les années 1795-1796, la sépulture des martyrs devint un véritable lieu de pèlerinage, malgré les gendarmes envoyés pour disperser les fidèles qui venaient s’y agenouiller en très grand nombre. Jusqu’à la fin de la révolution, les catholiques privadois, sans église, s’y rassemblèrent – parfois  jusqu’à trois cent, les jours de dimanche et aux fêtes – pour y réciter les prières de la messe dont ils étaient privés.

Nous avons vu que certains des Judas qui avaient contribué à l’arrestation des martyrs avaient été très rudement châtiés.
La tradition privadoise raconte aussi qu’un impie, qui avait renversé à coups de pieds la croix de bois élevée sur leur tombe, fut frappé de paralysie jusqu’à ce que, faisant pénitence et demandant publiquement pardon, il soit guéri de son mal en invoquant le bon Père Rouville.

Ce qui fut plus remarquable encore fut la conversion des juges et de l’accusateur public Marcon : rentrant en eux-mêmes, après la révolution, ils firent publiquement, et à plusieurs reprises, amende honorable de leurs crimes et menèrent ensuite une vie de pénitence et de réparation. Marcon légua même sa maison du Pouzin pour qu’on y établit une école tenue par les religieuses, et c’est à son emplacement que s’élève aujourd’hui l’église de ce village.

A Privas, à la suite de la désaffection du cimetière de Gratenas (au milieu du XIXe siècle) et de l’ouverture d’un nouveau cimetière dans le quartier du Vanel, on fit exhumer les ossements du Révérend Père Rouville, qui furent identifiés, mais – malheureusement – on ne prit pas la peine de reconnaître les restes des autres martyrs, qui furent donc perdus.
Sur la nouvelle tombe du Père Rouville, en 1884, une généreuse paroissienne fit édifier une chapelle, dans le pavement de laquelle fut incrustée la croix de pierre qui se dressait à Gratenas sur la tombe du martyr.

A l’intérieur de cette chapelle, de nombreux ex-voto, des fleurs, ainsi qu’un cahier sur lequel les « pélerins » peuvent écrire les intentions qu’ils recommandent à l’intercession du Père Rouville et leurs messages de remerciement, témoignent de la permanence d’une vénération : les fidèles de la région, sans toujours bien connaître aujourd’hui l’histoire du bon Père et de ses compagnons martyrs, placent toujours en lui leur confiance et viennent encore volontiers solliciter sa prière…

Cimetière de Privas - chapelle sur la tombe du Père Rouville

Cimetière du Vanel, à Privas : chapelle édifiée sur la tombe du Révérend Père Rouville.

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Publié dans : Memento, Prier avec nous, Vexilla Regis | le 4 août, 2014 |Pas de Commentaires »

2014-77. Du bon Père Rouville et de ses compagnons martyrisés à Privas le 5 août 1794 (2ème partie).

(la 1ère partie, résumant la vie du Révérend Père Rouville, se trouve > ici )

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2ème partie – Les abbés d’Allemand, Bac, Gardès et Montblanc.

- L’abbé Pierre-François Dulau d’Allemand de Montrigaud.
Issu d’une très ancienne famille du Dauphiné, apparenté au chevalier Bayard, il était né le 26 février 1764 à Pierre-Chatel.
Ordonné prêtre par Monseigneur Jean-Georges Lefranc de Pompignan, archevêque de Vienne, au printemps 1790, il fut aussitôt nommé prieur-curé de Saint-Julien-Vocance, à quatre lieues au sud-ouest d’Annonay : cette partie de l’actuel département de l’Ardèche appartenait alors à l’archidiocèse de Vienne.

En janvier 1791, il prêta le serment avec « les réserves et restrictions que sa conscience et sa religion réclamaient », ce qui faisait qu’en rigueur ce serment était nul aux yeux de la loi, mais la municipalité s’en contenta ainsi que les autorités d’Annonay, qui à ce moment-là étaient plutôt portées à la conciliation.
Monsieur d’Allemand continua donc son ministère sans être inquiété pendant plus d’une année.

Tout se détériora lorsque, pour la Pentecôte 1792, Monsieur d’Allemand avisa la municipalité que, conformément aux années précédentes, il conduirait sa paroisse en pèlerinage au tombeau de Saint Jean-François Régis, à La Louvesc, et qu’il désirait que la procession soit accompagnée de la garde nationale jouant du tambour !
Les révolutionnaires d’Annonay s’en émurent et firent interdire la procession, avec des menaces à peine voilées…
Deux mois plus tard, c’était le 10 août : le Roi captif ne pouvait plus protéger de son veto les prêtres réfractaires au serment, qui furent donc tenus, par le décret du 26 août 1792, « de sortir du royaume dans le délai de quinze jours ».
Monsieur d’Allemand ne se laissa pas intimider : « Quand les loups hurlent, disait-il, le pasteur ne doit pas s’enfuir. »

Refusant d’abandonner sa paroisse et rétractant vigoureusement son serment restreint, malgré des menaces de plus en plus virulentes, il vit les vexations s’abattre sur les Soeurs de Saint-Joseph qui l’aidaient dans son ministère (école, catéchisme, visite des pauvres et des malades…) et sur sa personne, fut contraint de quitter sa cure, dut renoncer à célébrer dans son église, mais continua néanmoins son ministère en se cachant dans des hameaux éloignés.

Il fut trahi par un paroissien qui l’avait fait appeler pour baptiser son fils qui venait de naître : pris dans la nuit du 4 au 5 juillet 1794, traîné à Annonay en subissant de nombreux outrages, il fut conduit dans les prisons de Privas le 9 juillet 1794.
C’est le plus jeune de nos martyrs : il était âgé de trente ans.

église de St-Julien Vocance avec stèle commémorative de l'abbé Allemand

Saint-Julien-Vocance : l’église aux origines romanes, profondément remaniée au XIXe siècle.
En 1937 une stèle a été érigée sur le parvis rappelant « la pieuse et glorieuse mémoire » de l’intrépide curé et martyr, Pierre-François d’Allemand.

- L’abbé Jean-Jacques André Bac.
Né le 30 novembre 1751 à la ferme du Grand-Bosc, sur la paroisse de Saint-Julien-Labrousse, à trois petites lieues au nord-est du Cheylard, dans les Boutières, après sa formation cléricale au séminaire de Bourg-Saint-Andéol, il fut ordonné prêtre le 23 mars 1776, par Monseigneur Joseph Rollin de Morel Villeneuve de Mons, évêque de Viviers.

Vicaire pendant dix ans dans deux paroisses du diocèse de Viviers, il fut choisi en 1786 pour être prieur-curé du village de Mens, dans le diocèse de Die : ce diocèse était en effet très pauvre en prêtres et devait donc faire appel à des prêtres extérieurs. Il fallait pour cette cure de Mens un prêtre particulièrement zélé et instruit, car la population de cette paroisse y était presque pour moitié protestante.
Il prêta le serment constitutionnel avec restrictions au début de l’année 1791, mais le rétracta quelques mois plus tard quand il apprit la condamnation de la constitution civile par le Pape Pie VI. Ayant subi des pressions psychologiques très fortes auxquelles il résista autant qu’il put, il fut finalement chassé de son presbytère et remplacé par un curé jureur.

Monsieur Bac pensa d’abord demeurer dans sa paroisse pour y continuer son ministère, mais il dut bientôt se rendre à l’évidence : poursuivi par de farouches révolutionnaires, s’il restait sur place il attirerait des représailles sanglantes sur les paroissiens fidèles qui l’auraient caché et aurait assisté à sa messe. Après quelques semaines d’errance, au début de l’année 1792, il revint dans sa famille à Saint-Julien-Labrousse.
Les municipaux de Saint-Julien-Labrousse étaient d’anciens camarades et n’étaient nullement des révolutionnaires enragés, au contraire ; dans toute cette paroisse, ainsi qu’aux environs, la population était très fortement chrétienne, attachée à ses prêtres et à la pratique religieuse, si bien que, par exemple, le curé – noble messire Alexis du Chier – était demeuré dans son presbytère sans avoir jamais été inquiété. Ce vieux prêtre rendit paisiblement son âme à Dieu le 3 juin 1793.
L’abbé Bac, requis de prêter le serment de « liberté-égalité », le prononça avec toutes les restrictions – dûment explicitées et consignées par les municipaux – que lui dictait sa conscience, ce qui, pendant deux années, lui permit d’exercer publiquement les actes du ministère, à Saint-Julien et dans les villages environnants, au début pour seconder le vieil abbé  du Chier, puis pour le remplacer et suppléer au manque de pasteurs dans les paroisses voisines. Il en fut ainsi depuis le début de l’année 1792 jusqu’à mai 1794.

C’est le maire de Vernoux, gros bourg distant de quelque quatre lieues, qui le dénonça au district : « Il existe depuis un certain temps un ci-devant prêtre insermenté (…) nommé Bac, chassé de Mens, département de l’Isère, où il versait son poison. Cet homme fait beaucoup de mal, et il convient d’en purger la terre de la raison. [Donne donc l'ordre] d’arrêter Bac qui promène tranquillement son incivisme dans cette commune » (sic). 
Le 12 mai 1794, la maréchaussée de Tournon cerna à l’aube la ferme du Grand-Bosc et se saisit de l’abbé Bac.
D’abord incarcéré et interrogé à Tournon, les restrictions qu’il avait exprimées lors des différents serments exigés par la loi révolutionnaire et sa rétractation du serment schismatique furent établies : c’était un crime suffisant pour être conduit dans les prisons du chef-lieu.
L’abbé Bac arriva à Privas le 9 juin 1794, il était dans sa quarante-troisième année.

Mens

Le village de Mens, dans l’ancien diocèse de Die :
paroisse de l’abbé Jean-Jacques André Bac, natif de Saint-Julien-Labrousse. 

- L’abbé Louis Gardès.
Né le 25 juillet 1754 dans une famille paysanne de la paroisse du Béage, sur les hauts plateaux vivarois qui confinent au Velay, au terme de ses études sacerdotales qu’il suivit au séminaire de Bourg-Saint-Andéol, il fut ordonné prêtre le 19 décembre 1778 par Monseigneur Charles de La Font de Savine qui venait tout juste de prendre possession du diocèse de Viviers.

Après avoir été vicaire pendant cinq ans dans le diocèse de Viviers, comme l’abbé Bac et pour la même raison – surabondance de vocations en Vivarais et pénurie en quelques diocèses voisins – , l’abbé Gardès partit pour le diocèse d’Alès où, après quelques mois de vicariat, il fut nommé curé-prieur de Saint-Gilles-de-Ceyrac, qui est aujourd’hui un hameau de la commune de Conqueyrac et constituait alors une petite paroisse de l’archiprêtré de Saint-Hippolyte-du-Fort.
Entraîné par l’exemple de ses confrères voisins, l’abbé Gardès prêta d’abord le serment constitutionnel, mais dès qu’il en apprit la condamnation par le Souverain Pontife, il fit une rétractation solennelle non seulement devant les municipaux de Saint-Hippolyte mais aussi par acte notarié. 

Considéré dès lors comme réfractaire, l’abbé Louis Gardès dut renoncer à tout ministère public : d’ailleurs sa petite église de Ceyrac avait été fermée, son mobilier vendu et son argenterie envoyée à la monnaie. Pendant quelque temps, il fut toléré qu’il exerçât les fonctions du culte à titre privé, dans des chaumières ou dans des granges, mais dans les premiers mois de 1792 la situation devint critique : Saint-Hippolyte était un ardent foyer du calvinisme cévenol ; la révolution y avait rallumé dans la population huguenote acquise aux idées révolutionnaires des idées de représailles fort peu évangéliques envers les catholiques. En juillet 1792, l’un des confrères de l’abbé Gardès fut horriblement torturé pendant toute une journée par la populace avant d’être décapité…

C’était dans le même temps que l’échec de ce que l’on a appelé « la conspiration de Saillans » entraîna une sanglante répression contre les catholiques et loyaux sujets du Roi dans le nord du Gard et le sud de l’Ardèche (cf. l’histoire des camps de Jalès > ici). En se cachant, l’abbé Louis Gardès quitta les Cévennes pour remonter vers son pays natal et, après plusieurs mois d’errance, pour venir se cacher dans le mas familial de Peyregrosse, sur la paroisse du Béage.

Profondément enracinées dans la foi catholique et farouchement hostiles au clergé constitutionnel, les populations rurales des hauts plateaux vivarois étaient entrées en résistance dès la fin de l’année 1791 : les paroisses s’étaient organisées autour de chefs à la forte personnalité, véritables chouans – tels « notre » Grand Chanéac (cf. www) – sous la protection desquels, de toutes parts, des prêtres réfractaires étaient venus se placer.

A plusieurs reprises, de véritables battues furent organisées. C’est à l’occasion de l’une d’elles que, fuyant Le Béage et  cherchant à rejoindre le village de La Chapelle-Graillouse, à la mi-juin 1794, vaincu par la fatigue, il s’était endormi dans un taillis, la tête appuyée sur son bréviaire qu’il venait de réciter, que l’abbé Louis Gardès fut surpris et formellement identifié par un miséreux auquel il avait fait la charité.
Il arriva à Privas pour y être incarcéré et interrogé le 16 juin 1794, il était âgé de quarante ans.

La Chapelle-Graillouse

La Chapelle-Graillouse, village en direction duquel s’enfuyait l’abbé Louis Gardès
lorsqu’il fut pris à la mi-juin 1794.

- L’abbé Barthélémy Montblanc.
Né le 18 avril 1760 à Cruzy, près de Narbonne, on sait peu de choses sur ses origines et sa formation cléricale en raison des destructions des archives. Des actes de catholicité qui ont subsisté nous montrent qu’il était diacre le 30 juillet 1785 mais prêtre le 4 octobre suivant. 

Le 12 juillet 1789, nous le trouvons nommé vicaire d’une succursale de Givors, à quelque sept lieues au sud de Lyon. Probablement était-ce pour se rapprocher de son frère, « maître en chirurgie » à Condrieu, qu’il avait obtenu de venir dans l’archidiocèse de Lyon.
Son absence fut remarquée aux célébrations organisées le 14 juillet 1790 pour l’anniversaire de la prise de la Bastille, et lorsque, à la fin de janvier 1791, il apprit qu’on allait exiger de lui le serment constitutionnel, il résolut de partir : le jour de la Chandeleur, 2 février 1791, à l’issue de la messe, il fit ses adieux à ses paroissiens en leur expliquant que sa conscience ne lui permettait pas de prêter le serment qu’on exigeait de lui. 

L’abbé Montblanc se retira d’abord chez son frère, à Condrieu, puis, craignant de lui être à charge et de constituer un danger pour sa famille, quelques mois plus tard, il gagna dans un premier temps Annonay, où s’était organisée une association clandestine de prêtres qui « feignant d’être chirurgiens, colporteurs, garçons boulangers, gardes nationaux, à la faveur de [leurs] déguisements, s’insinuaient dans les maisons où leur ministère était nécessaire ».
Mais le zèle de l’abbé Barthélémy Montblanc en faisait un des principaux suspects, et il dut bientôt s’enfuir pour mener une vie errante dans les montagnes du nord du Vivarais, du sud du Forez et du Pilat, se mettant au service des âmes dans les paroisses qui n’avaient plus de pasteur.

Cela dura jusqu’à la Pentecôte de 1793 où, revenant d’administrer un mourant – probablement dans les environs de Pelussin – , il fut pris par une bande de révolutionnaires qui, après les outrages que l’on peut imaginer, l’envoyèrent dans les prisons de Lyon.
L’héroïque révolte des Lyonnais contre la convention le tira de son cachot. 

Fuyant Lyon lorsque la ville fut prise et livrée à la vengeance révolutionnaire, l’abbé Montblanc revint à Annonay sous un déguisement de sans-culotte. 
Sous le nom de code d’ «oncle Barthélémy », il exerça à Annonay un rocambolesque ministère clandestin d’octobre 1793 à mai 1794. Les « patriotes » enrageaient contre lui et avaient juré sa perte ; le « comité de surveillance » multipliait les ruses pour le prendre… et finit par resserrer l’étau autour de lui, si bien qu’à la fin du mois de mai, l’ « oncle Barthélémy » dut s’éloigner d’Annonay et se cacher, à deux lieues de là, à Vernosc
Dans ce village, trois Soeurs de Saint-Joseph - dont nous reparlerons plus loin – avaient maintenu, dans une relative discrétion, leur vie de communauté, de prière et de bonnes oeuvres. Là, l’abbé Montblanc continua son ministère avec un zèle ardent, jusqu’à ce qu’une religieuse défroquée, dont la demeure servait de rendez-vous aux démagogues et aux libertins, n’attire l’attention des « patriotes » du lieu sur lui : « Je parierais que c’est un calotin. Je m’y connais. Il a plutôt l’allure d’un ci-devant curé que d’un celle d’un sans-culotte… »

Le lundi de Pentecôte 9 juin 1794, alors qu’il avait jugé prudent de s’éloigner de Vernosc pendant quelques temps, l’abbé Barthélémy Montblanc fut reconnu, pourchassé et finalement pris dans la vallée de la Cance, près de la « roche Péréandre ».
A celui qui lui mit la main au collet, l’abbé se contenta de dire : « Le bras qui m’arrête périra ». Peu de temps après, pendant la moisson, cet homme se querella avec un camarade qui lui donna un coup de faucille sur la main droite : la plaie s’infecta, la gangrène s’y mit et se propagea, et on dut lui amputer le bras.

Emenné captif à Annonay, l’abbé Montblanc fut, dès le 14 juin 1794, transféré à la prison de Privas : il était âgé de trente-quatre ans.

La roche péréandre - vallée de la Cance - Vernosc

Près d’Annonay, sur la commune de Vernosc, dans la vallée de la Cance, la roche Péréandre
près de laquelle fut capturé l’abbé Barthélémy Montblanc.

palmes

(à suivre > ici)

Publié dans : Memento, Nos amis les Saints, Vexilla Regis | le 4 août, 2014 |1 Commentaire »

2014-76. Du bon Père Rouville et de ses compagnons martyrisés à Privas le 5 août 1794 (1ère partie).

palmes

Le promeneur qui flane dans les ruelles de Privas ne manque pas d’apprécier le charme de cette petite place que les Privadois appellent depuis des siècles « la Placette » : habituellement calme, bien ombragée, elle est bordée de quelques façades anciennes assez bien restaurées, parmi lesquelles la fameuse « tour Diane de Poitiers » (belle tourelle d’escalier du XVème siècle de l’hôtel particulier des comtes de Valentinois).
Une fontaine y fait entendre le doux murmure de l’eau : cette fontaine excentrée sur le côté le plus élevé de la place, porte en son centre une espèce d’obélisque surmonté d’un buste de « Marianne », car si les anciens Privadois continuent de parler de « la Placette », le nom officiel est « place de la république ».

Il est bien peu de passants qui prêtent réellement attention à ce buste haut perché, et il en est encore bien moins qui soupçonnent que cette paisible fontaine a été édifiée sur l’emplacement de la sanglante guillotine, par le couperet de laquelle furent martyrisés, le 5 août 1794, cinq prêtres et trois religieuses mis à mort en haine de l’Eglise et de la foi catholiques.
En ce deux-cent-vingtième anniversaire de leur martyre, voici résumée l’histoire de ces héroïques confesseurs de la foi dont le sang versé, à n’en pas douter, a obtenu au diocèse de Viviers des grâces abondantes de renouveau après la tourmente révolutionnaire.

Privas tour Diane de Poitiers et fontaine marquant l'emplacement de la guillotine

Privas, « la Placette » :
Tour Diane de Poitiers et fontaine marquant l’emplacement de la guillotine.

1ère partie – Le « bon Père » Rouville :

François-Augustin Roubaud, né et baptisé le 29 août 1734 à Aix-en-Provence, était entré dans la Compagnie de Jésus et avait été professeur au collège de Billom, en Auvergne.

Dans les années 1761-1762, les jansénistes et les « philosophes » obtinrent du parlement de Paris la fermeture des collèges jésuites, puis, malgré l’opposition de Sa Majesté le Roi Louis XV, le banissement du Royaume de la Compagnie, en 1764.
Le Révérend Père Roubaud, vint alors à Aubenas où, après l’expulsion des jésuites, le maire voulait maintenir le collège et cherchait des professeurs. Pour échapper aux décrets qui interdisaient l’enseignement aux anciens jésuites, le Père Roubaud changea alors son nom en Rouville, et c’est le nom sous lequel il est passé à la postérité.

Pendant plus de vingt ans, le Père Rouville fit l’édification non seulement des autres professeurs et des élèves du collège, mais aussi de toute la ville d’Aubenas : sa modestie, sa douceur, sa piété, sa bonté et sa charité étaient connues de tous, et il répondait volontiers à l’invitation des curés de la ville ou des environs pour prêcher et confesser dans les paroisses où ses vertus rappelaient celles de Saint Jean-François Régis.
Le temps qu’il ne passait pas à prier, à enseigner, à prêcher et à confesser, il le consacrait à la visite des pauvres et des malades. Les fidèles ne parlaient de lui que comme « le bon Père Rouville ».

En 1791, réfractaire au serment constitutionnel imposé par la révolution, le Père Rouville entra dans la clandestinité : caché chez des chrétiens fidèles et courageux, il continua à exercer son ministère, jusqu’à ce que, le 12 juillet 1794, alors qu’il revenait de porter les secours de la religion à un moribond, malgré son déguisement, il fut reconnu  et livré par deux misérables dont la convoitise était excitée par la somme promise à qui le dénoncerait.
Il comparut devant les officiers municipaux d’Aubenas et, pour ne pas compromettre ceux qui l’avaient caché, s’efforça de ne donner que des réponses vagues aux questions dont on l’assaillait :
- Qui vous a nourri ?
- La Providence !
- Qui vous cachait ?
- L’amitié !
- Qui fréquentiez-vous ?
- Des gens de bien !
- Pourquoi avez-vous refusé le serment aux nouvelles lois ?
- Parce qu’il est contraires aux principes de la Religion et à la discipline de l’Eglise.
- Sachant qu’il vous est interdit d’exercer votre ministère, pourquoi l’exerciez-vous ?
- J’en tiens le pouvoir de Dieu : Dieu seul peut me l’ôter.

Les dénonicateurs du Père Rouville étaient le citoyen Meynier Cartier et sa femme : ils reçurent cinquante francs pour prix de leur trahison.
Or, peu de temps après la mort du saint prêtre, les Albenassiens furent les témoins de la vengeance divine sur ces deux apostats : lui fut frappé de paralysie de tout le côté droit, et elle, qui avait été très belle et très fière de sa beauté, fut défigurée par un rictus déformant qui la rendait horrible à voir. Dans la rue, les enfants les poursuivaient en leur criant : « vendeurs de chrétiens », et ils n’eurent de repos qu’après avoir fait une longue pénitence.

Le 14 juillet 1794, le Père Rouville fut transféré à Privas.
Dès le lendemain, il comparut devant le tribunal révolutionnaire qui siégeait dans l’ancienne chapelle des Récollets : l’accusateur public – dont nous reparlerons – se nommait Marcon.
On posa au « bon Père » le même type de questions qu’à Aubenas, auxquelles il fit le même genre de réponses.
Il fut condamné à la peine capitale, mais on allait surseoir pendant trois semaines à son exécution. Dans les geôles privadoises, il rejoignait quatre autres prêtres héroïques et trois religieuses dont nous parlerons plus loin.
Le Révérend Père François-Augustin Rouville arrivait au terme de sa soixantième année au moment de son martyre.

Privas ancienne chapelle des Récollets

Privas, l’ancienne chapelle des Récollets dans laquelle siégeait le tribunal révolutionnaire.

palmes

(à suivre, ici > www)

Publié dans : Memento, Nos amis les Saints, Vexilla Regis | le 3 août, 2014 |1 Commentaire »
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